mardi 15 avril 2008

LE MILITANTISME DES NOIRS DE FRANCE EN QUESTIONS


Récemment lors de la campagne électorale en vue des municipales de mars 2008 en France, un échange plutôt musclé a eu lieu entre Mme Mariam Seri Siribé et M. Séga Doucouré. Il faut souligner que la première militante de la ligue communiste révolutionnaire. Elle était candidate à Pantin alors que M. Doucouré est président du Cercle de réflexion africaine (CERA) et militant de l'UMP. Si mes souvenirs sont exacts, M. Doucouré voulait faire entendre raison à Mme Siribé qui venait de s'en prendre à la secrétaire d'Etat Rama Yade. A l'issue de l'échange, les deux protagonistes, pourtant deux valeurs sûres et respectables de la communauté noire africaine de France, se sont presque tournées le dos.

Cet épisode a réveillé en moi une question qui y sommeillait depuis quelques temps au sujet du militantisme des populations noires, surtout d'origine africaine, en France. En effet, je me suis toujours demandé si, au-delà des appartenances partisanes, les "noirs de France" comme on les appelle, qui plus est ceux qui militent par ailleurs activement pour l'émancipation de la communauté noire, pouvaient se retrouver dans une sorte de "pacte de non agression" de façon à préserver la cohésion nécessaire au second combat, et d'ailleurs le plus noble, qui les attend : la cause noire? Une question appelant une autre, je me suis retrouvé en train de m'interroger sur les motivations des migrants africains dans le choix de leur parti politique une fois qu'ils ont acquis la nationalité française.
Longtemps, la gauche française en général a toujours recueilli les faveurs de migrants africains ou les "afro-français" comme ils aiment se faire appeler aujourd'hui. Ils y militaient presque automatiquement. Par contre être migrant africain et militer dans un parti de droite relevait et relève encore, pour certains, presque, de la trahison. Nous sommes en fait dans un schéma où militer à gauche c'est la voie royale alors que celui qui milite à droite est suspect et doit constamment soit s'excuser, soit raser les mûrs. Il n'y a qu'à se rappeler l'émotion qui avait traversé une bonne partie de la communauté noire de France lorsque Dieudonné avait pris sur lui d'accompagner Mme Le Pen au Cameroun. Beaucoup ne comprenaient pas pourquoi, une personne qui naturellement selon eux devrait militer à gauche flirte ainsi avec l'extrême droite française.
Aujourd'hui encore, et ceci malgré une timide percée des partis de droite dans la communauté noire d'origine africaine, les partis de gauche tiennent encore le haut du pavé. En effet, d'après un sondage TNS Sofres mené en 2005 et qui a abouti à la publication du livre "Des Français comme les autres" de Vincent Tiderg et Sylvain Brouard, "75% des Français issus de l'immigration vont se dire proches d'un parti de la gauche et près d'un sur deux se dit proche du parti socialiste ". Le sondage précise que "la gauche reste le camp politique qui a l'image la plus favorable aux immigrés et aux pauvres en général". Il faut savoir que dans cette formulation, immigré fait corps avec pauvre. Et on verra les répercussions d'un tel amalgame dans la suite. Ce choix des afro-français pour les partis de gauche, parfois presque mécanique tient au moins à deux choses : l'histoire et l'utilitaire. Les partis de gauche et surtout le parti communiste étaient aux cotés des pays africains lors de la décolonisation. En France, ces mêmes partis s'arrangent pour caresser l'immigré dans le sens du poil notamment en promettant de répondre à l'ensemble de ses désirs : leur trouver du travail, du logement, leur fournir des allocations familiales…
En France, une certaine pensée conservatrice largement partagée et ce, au-delà des appartenances partisanes, fige les français issus de l'immigration dans un certain nombre de clichés plus ou moins dégradants : le noir d'origine africaine est forcément un nécessiteux, un défavorisé de Dieu qu'il faut recueillir, laver, vêtir, nourrir et loger. L'offre politique des partis de gauche prospère dans cette direction. En mettant ainsi l'accent exclusivement sur la promotion du social elle finit par épouser les contours de ces clichés et tente d'y remédier. Même la droite procède aussi par recyclage des clichés pour essayer de capter l'électorat des afro-français. Ainsi, le concept de discrimination positive qui vise l'introduction des quotas, participe t-il de ce renforcement de clichés en diluant la compétence de l'immigré dans son origine et la couleur de sa peau.
Mon interrogation et le débat que je souhaite pouvoir soulever, vise essentiellement à amener les membres de la communauté noire à assumer pleinement leurs convictions politiques et procéder à une adhésion plus réflexive que mécanique au sein des partis politiques. Pour cela, je pars d'un postulat selon lequel, chaque membre de la communauté noire – c'est vrai que beaucoup n'aiment pas entendre cette formulation au sein de la République – où qu'il milite, quoi qu'il fasse, doit se comporter de façon à recouvrer pour lui-même et pour ses congénères, la fierté et la dignité que des siècles d'aliénation l'avait privé.
Alors, en rejoignant les partis de gauche dans lesquels on le considère comme le mollusque, le défavorisé de Dieu qu'il faut absolument aider et protéger, le Français issu de l'immigration ne favorise t-il pas le renforcement des clichés véhiculés depuis l'esclavage et la colonisation et néfastes à son image? Autrement dit, les acquis sociaux que propose la gauche permettent-ils de compenser la perte de dignité et de fierté? Le clivage qui fait de la droite le casseur de la cohésion sociale et de la gauche le racoleur des morceaux est-il réaliste? Peut-on endosser les valeurs de justice sociale, d'égalité, de fraternité, peut-on avoir à cœur la défense des plus faibles et des plus pauvres et militer dans un parti de droite? Autrement dit, comment dépasser les clivages et porter ce discours là au cœur de la droite et tenter de la transformer? Voilà autant de questions qui sont balancées comme çà comme des bouteilles à la mer, non plutôt dans le débat.
Il existe aujourd'hui une classe des afro-français qui ne supporte plus la dialectique d'assistanat et tous les discours misérabilistes et compassionnels qui entourent toujours la problématique des français issus de l'immigration. Ils ne supportent plus le regard humanitaire de ceux qui parfois sont moins disant intellectuellement qu'eux. Ils veulent réussir par leur travail et en être fier. Ainsi le sondage évoqué plus haut révèle que "les personnes interrogées sont 77% à considérer que la réussite est très ou extrêmement importante. Ils sont 82% à penser de même pour l'ambition et pour travailler dur pour réussir". Dans le nouveau rôle politique qu'ils veulent jouer, ils ne veulent plus être des colleurs d'affiches et d'encadreurs de marches dans ce rôle de vigile qui leur colle à la peau. Ils ou elles ont pour noms : Gaspard Hubert Lonsi Koko, Dogad Dogoui, Harlem Désir, Patrick Lozes, Eugène Ebodé, Sega Doucouré, Mariam Seri Sidibé, Basile Boli, Pierre Franklin Tavares, Bassi Diarra, Madeira Diallo, Lucien Pambou, Rama Yade…
Pour fuir donc le confinement à gauche et surtout attiré par la bulle Sarkozy, certains de ces français issus de l'immigration africaine ont investi la droite et principalement l'UMP le parti présidentiel. Mais lorsqu'un drame survient qui implique un membre de la communauté, tel le jeune malien mort noyé dans la Marne parce qu'il fuyait la police, ou encore d'autres actes grossiers de discrimination, les regards des autres membres de la communauté se tournent vers eux pour avoir des réponses qu'ils n'ont souvent pas. Mais pour moi en fin de compte, il faut que chacun milite selon ses convictions et surtout en préservant la fierté et la dignité sans lesquelles on ne sera aux yeux des autres que l'esclave d'hier.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"
Blog : http://www.edetayo.blogspot.com/

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merveilleux blog! j ai bcp apprecie vos deux premiers articles sur lesquels je suis tombe.

Et surtout la photo de "Margaret Tchatcher"! Et oui, ca m a fait un petit "boum' au coeur de voir enfin une image d elle. Nous en avons entendu parler pdt que ns etions encore au secondaire.

Je me demande s il n est pas possible de nous faire un reportage sur ce qu ils sont devenus aujourd hui, ce qu ils pensent de la situation actuelle du Cameroun.

Cette generation de leaders a bcp marque les esprits et je me dis qu en ce moment de carence de leaders politiques, peut etre qu un retour bien prepare de ceux la pourrait faire l'affaire. Deja moi je m y associerai sans trop reflechir: Ils ont fait leurs preuves par le passe, et de la belle maniere.