lundi 2 juin 2008

CRISE ALIMENTAIRE : LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS DE LA FAO


Les émeutes qu'ont connues récemment l'Egypte, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, l'Indonésie, Madagascar ou encore Haïti ont replacé l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur les feux de l'actualité. Depuis lors, son Directeur Général Jacques Diouf parcoure le monde pour faire entendre raison aux Etats membres par rapport à la nécessité de soutenir les programmes agricoles mais surtout susciter la générosité des pays en excédents alimentaires afin qu'ils viennent en aide aux pays en déficit. Le 24 avril, il donnait une conférence de presse à Paris. Au moment où s'ouvre Le sommet mondial sur la sécurité alimentaire de la FAO, c'est le lieu de s'interroger sur la capacité ou non de cet organisme de venir à bout de la catastrophe qui menace l'humanité.

Il faut tout de suite reconnaître que face à l'ampleur et à la profondeur du problème qui déborde largement son mandat et ses moyens, la FAO semble bien démunie. Et malgré le volontarisme de Jacques Diouf, on est bien en droit de relever que c'est une crise alimentaire aux conséquences incalculables qui se profile à l'horizon : selon la FAO, "la facture des importations céréalières des pays les plus pauvres du monde devrait augmenter de 56% en 2007/2008 (…) pour les pays à faible revenu et déficit alimentaire en Afrique, cette facture augmentera de 74%". Toujours selon la FAO, "les stocks céréaliers mondiaux chuteraient à 405 millions de tonnes en 2007/2008, soit 21 millions de tonnes en moins de 5% que le niveau déjà réduit de l'année précédente".
A ce jour, les causes de la catastrophe sont à peu près cernées : mauvaises conditions climatiques, des stocks au plus bas depuis 1980, une demande en augmentation avec la croissance de la population mondiale, la spéculation, l'envolée des cours internationaux des céréales, des tarifs du fret et du baril du pétrole. La production des biocarburants est aussi citée comme l'une des causes majeures. D'autres causes connexes expliquent la situation critique que vit le monde aujourd'hui d'un point de vue alimentaire. Selon la fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA), "le prix des engrais a doublé depuis un an seulement. Quant au coût du transport, il a augmenté de 100% au cours de chacune des trois dernières années. Le prix des semences a presque doublé également au cours des dernières années".

Le ver dans le fruit
Mais lorsqu'on observe de près, on constate que ces causes ne sont en réalité que des conséquences des causes encore plus profondes. Et la cause majeure est l'absence de prévisibilité et de visibilité des Etats du monde par rapport à la nutrition de la population de la planète. C'est ce que Jacques Diouf traduit en ces termes : "Tant qu'on ne sortira pas de ce schéma qui consiste à attendre qu'il y ait une crise avant de réagir en cherchant des boucs émissaires, on ne sera pas sorti de l'auberge". Et le bouc émissaire, c'est bien la FAO vers laquelle tous les regards sont tournés aujourd'hui.
Dans le monde, "37 pays sont actuellement confrontés à des crises alimentaires". Comme il est de coutume, les pays les plus touchés sont ceux de l'hémisphère sud et en particulier les pays africains. Il se trouve que dans les années 1980, tous les mécanismes visant à soutenir l'agriculture dans ces pays avaient été démantelés comme l'a relevé le directeur général de la FAO. Il s'agit des caisses de stabilisation des produits agricoles qui servaient à assurer un prix constant aux paysans et soutenir ainsi leur effort de production; il s'agit aussi des structures de machinisme agricole; il s'agit enfin de la suppression des subventions à l'achat des intrants (engrais et semences). Le responsable de ce démantèlement s'appelle Fonds monétaire international (FMI) qui avait introduit des plans d'ajustement structurels (PAS) dans ces pays. Le FMI est un géant contre lequel la FAO ne peut rien en raison de la strict répartition des tâches au sein du système des Nations Unies : "un mandat spécifique est confié à chaque institution par des Etats membre. La FAO n'est pas une institution de financement. Nous avons une mission d'information, d'étude et d'analyse", se justifie Jacques Diouf, un rien impuissant. Mais la plus grosse responsabilité incomberait aux Etats membres qui peinent toujours à mettre au point des programmes publics efficaces et cohérents susceptibles de doper la production intérieure afin d'assurer à terme la souveraineté alimentaire. Selon la FIPA, "certains pays tel l'Inde dépensent plus pour importer des céréales que les sommes qu'ils versent à leurs agriculteurs pour assurer la production locale". C'est ce qu'on appelle la dépendance agricole qui est malheureusement le lot de la plupart des pays de l'hémisphère sud.
Alors que peut faire la FAO en pareille circonstance? Presque rien en raison du caractère souverain de chaque Etat membre par rapport à ses choix en matière de politique agricole et en raison du rôle plutôt de consultant que joue finalement la FAO : "Le développement économique et social d'un pays dépend de son gouvernement et de son peuple et non de la FAO (…) Nous conseillons les pays et les aidons à préparer des programmes. Mon rôle est de faire des analyses, filière par filière et faire une documentation qui va être adoptée ou non par rapport par les Etats membres. Les politiques nationales sont du ressort des souverainetés nationales et non de la FAO", soutient Jacques Diouf qui ne manque pas de préciser à ceux qui souhaiteraient le voir critiquer le FMI qu'il est "un fonctionnaire qui a un devoir de réserve".
C'est vrai que la montée vertigineuse des cours du baril de pétrole et surtout la volonté de plus en plus affirmée de certains pays d'avoir recours au biocarburant sont des parfaits ingrédients d'une catastrophe alimentaire annoncée. En effet, la production des biocarburants viendra en diminution sensible des surfaces cultivables. Si en plus les prix des biocarburants sont confortables, l'esprit rationnel des populations du monde les poussera à se lancer dans la culture des biocarburants. Et du coup on se retrouvera dans la situation d'il y a une soixantaine d'années lorsque l'ordre mondial dominant avait imposé aux pays du sud la culture des produits industriels dont ils étaient seuls à maîtriser les prix. Aujourd'hui, l'urgence frappe à la porte, il n'est plus question de tergiverser. Les manifestations de février dernier dans une dizaine de pays ont donné un avant goût de ce que sera le monde si certains continuent à affamer les autres.
Néanmoins, la FAO ne se laisse pas aller au fatalisme mais prend des initiatives allant dans le sens de la sensibilisation des Etats membre. Par ailleurs, elle "exhorte les bailleurs de fonds et les institutions de financement internationales à revoir leurs programmes d'assistance en faveur des pays les plus affectés par la flambée des prix des denrées alimentaires". Mais on sait ce que les bailleurs de fonds et les puissances mondiales font souvent des demandes formulées en faveur des pays défavorisés. Selon les premières estimations de la FAO, "les financements supplémentaires requis pour mettre en œuvre les programmes et projets dans ces pays se situeraient entre 1,2 milliard et 1,7 milliard de dollars". La FAO vient de lancer "l'initiative visant à lutter contre la flambée des prix des denrées alimentaires (IFPA)". Et sans doute pour donner le bon exemple la FAO a déjà alloué 17 millions de dollars à cette initiative.

Etienne de Tayo
Promoteur Afrique Intègre
www.edetayo.blogspot.com

2 commentaires:

Eric a dit…

Bonjour,

si vous voulez écouter l'interview de Jacques Diouf sur France 24.

Cordialement
Eric

ps : est-ce Saint-Pierre de Rome sur la photo en bas de page ?

Anonyme a dit…

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