vendredi 4 mars 2022

 


CHINE-CAMEROUN : 50 ANS DE PROSPERITE PARTAGEE

Le 26 mars dernier, le Cameroun et le Chine ont fêté les 50 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays en 1971. A l’occasion de cette célébration, les deux Présidents Paul Biya du Cameroun et Xi Jinping de la République Populaire de Chine ont échangé des félicitations.

Cet échange de civilités a permis aux deux dirigeants de dire, chacun à l’égard de l’autre tout le bien qu’il pense en justifiant cela par la richesse de la coopération qui lie les deux pays depuis un demi siècle. Le Président Xi Jinping soutient ainsi « qu’au cours de ces 50 dernières années, la Chine et le Cameroun se sont tenus cote à cote contre vents et marrées, avec l’amitié traditionnelle liant les deux pays qui s’est renforcé au fil du temps ». En perspective de cette relation qui porte chaque jour de nouveaux fruits, le Président chinois marque « sa volonté de travailler avec le Président Paul Biya pour concrétiser les décisions prises lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) tenu à Beijing en 2018 et renforcer leurs efforts conjoints pour mettre en œuvre l’initiative de la Ceinture et de la Route (ICR), de manière à ce que tout ceci bénéficie aux deux pays et à leurs peuples et contribue à la création d’une communauté de destin sino-africaine plus étroite ».

En réponse à ces bonnes dispositions du partenaire chinois, le Président Paul Biya se montre reconnaissant pour « une coopération sino-camerounaise dont les fruits ont grandement contribué à améliorer le bien être du peuple camerounais et à aider le pays à se moderniser ». Il se félicite de ce que « la grande nation chinoise est devenue, grâce à l’ardeur au travail de son peuple et à la clairvoyance de ses dirigeants, un acteur global et majeur de la scène internationale ». Mais, malgré cette place conquise dans la cour des grands où elle est en train de devenir le plus grand, le Président Paul Biya se félicite une fois de plus de ce que la République Populaire de Chine « est restée attachée à la coopération Sud-Sud, tout en soutenant les politiques d’émergence des pays africains ». En guise de perspectives pour le Cameroun, le Président Paul Biya « souhaite que la coopération sino-camerounaise soit plus étroite, se tienne dans une perspective plus large, afin de mieux profiter aux deux peuples ».

De ces échanges, il se dégage plusieurs constantes : d’abord la publicité faite autour de cette célébration qui montre la fierté mutuelle qu’éprouvent les deux partenaires à se montrer ensemble. Ce qui colle bien avec une sagesse Bamléké qui dit ceci : « Si tu es mon ami et que tu l’assumes, viens donc afin que nous construisions ma clôture ensemble le jour du marché ». Il coule aussi de source le fait que les deux partenaires sont « attachés aux principes de sincérité, d’amitié, d’égalité, de coopération gagnant-gagnant et de développement commun ». Il se dégage que les enjeux de la coopération sino-camerounaise laissent clairement apparaître un partenariat stratégique fondé sur le développement et donc dépouillé d’un certain voyeurisme politico-diplomatique et d’une ingérence tapageuse. Comme le précise si bien l’ambassadeur de Chine au Cameroun : « La Chine promet de partager les opportunités de croissance avec le Cameroun, renforcer le poids des pays en développement sur la scène internationale tout en construisant conjointement la Ceinture et la Route et une communauté d’avenir partagé Chine Afrique encore plus solide », souligne Wang Yingwu.

De par la profondeur des textes produits par les deux présidents à l’occasion de cette célébration conjointe, de par les activités qui ont ponctué la célébration impliquant les fonctionnaires, les diplomates, les journalistes, les intellectuels, les acteurs culturels et bien d’autres, on a eu une impression, proche d’ailleurs d’une conviction que les deux pays voulaient passer un message fort à tous ceux qui au travers du China-Bashing tendent à discréditer la coopération sino-africaine dans un double élan de la diabolisation et du dénigrement de la Chine d’un part, et de l’infantilisation de l’Afrique d’autre part. En célébrant en grande pompe l’anniversaire de leurs 50 ans de coopération, et surtout en se félicitant de la bonne santé de ces relations et des perspectives merveilleuses qui l’attendent,  la Chine et le Cameroun ont ainsi faire un pied de nez aux oiseaux de mauvaise augure.

En conduisant cette étude et dans la continuité d’autres études menées sur le sujet, nous voulons aller au cœur du China-Bashing pour tenter de neutraliser le venin qu’il porte et montrer que la Chine et l’Afrique en général et le Cameroun en particulier ont une coopération stable, prospère et mutuellement bénéfique.

Au cœur du China-Bashing

Le China-Bashing est une sorte de campagne sinophobe promu par la propagande occidentale dès le début du 21ème siècle face à la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale. Aux Etats-Unis, cela veut dire littéralement « taper sur la Chine ». D’après Jean Joseph Boillot, spécialiste de la de la coopération sino-africaine, « le China-Basching » est « le miroir de la faiblesse des occidentaux en Afrique ». François Soudan de Jeune Afrique pense que « le China Basching cache mal l’inquiétude des occidentaux face à une Chine sûr d’elle-même et de sa place retrouvée dans le monde ». En remontant l’histoire pour voir le comportement des occidentaux face à la montée en puissance d’une entité non occidentale, Ken Iwasaki, dans un article sur la China Basching paru dans la revue « Outre Terre », affirme que « devant l’affirmation du Japon en tant que seconde puissance économique au début des années 1970, l’admiration avait cédé en occident à la nippophobie. Et plus cette montée en force  des sentiments anti-japonais avait trouvé son apogée dans le Japan Basching et la campagne médiatique de la seconde moitié des années 1980. Le Japan Basching s’est épuisé avec la crise du début des années 1990 » lorsque confronté à la surchauffe, le Japon a disparu des radars économiques du monde. Compte tenu de ce que démontre Isawaki, le China-Basching devient une ligne de défense de l’occident face à l’offensive des puissances économiques émergentes. En fait, le X Basching découle souvent d’une surveillance internationale de la part de l’Occident en ce qui concerne le glissement du curseur dans les luttes d’influence des puissances. Ce qui veut dire qu’au fil des tours de la roue de la fortune dans le monde, on aura droit au : « India Basching » ; « Nigeria Basching » ; « South-Africa Basching » ; « Russia Basching » ; « Brasilia Basching »… Et  que si d’aventure la Chine venait à  lâcher du lest pour une raison ou une autre, aussitôt le China Basching mourrait de sa plus belle mort

Le China Basching procède généralement par des clichés les plus éculés et les plus ridicules. Mais comme on dit dans la manipulation propagandiste, « plus c’est gros, mieux çà passe ». Dans le China Basching, les tâches sont bien reparties. Les charges les plus virulentes et parfois les plus grossières sont portées par des officiels des grandes puissances occidentales qui cherchent ainsi à leur offrir quelque légitimité. Ils donnent ainsi le ton, balisent le terrain avant de sous-traiter ce concert de haine, de calomnie et de dénigrement  aux journalistes et intellectuels à la solde de la propagande. Aux Etats-Unis par exemple, après la découverte du nouveau coronavirus à Wuhan en Chine et dans une perspective stigmatisante, et assumant son animosité envers la Chine, le Président américain d’alors a décidé de baptiser ce nouveau virus de « virus chinois ». Après Donald Trump, c’est le Président français qui s’est saisi du fouet du China Basching pour flageller la Chine. Ainsi, sur l’initiative de la Ceinture et la Route, Emmanuel Macron parle « des routes d’une nouvelle hégémonie qui viendraient mettre en vassalité les pays qu’elles traversent ». Quant à l’ex Secrétaire d’Etat américain qui s’intéresse aux prêts, Rex Tillerson parle « des prêts prédateurs qui engluent les pays africains dans la dette ». Globalement, au sujet de la coopération sino-africaine, les occidentaux crient aux traités inégaux, au pillage des ressources naturelles, à l’occupation coloniale. Des meurtrissures qu’ils connaissent très bien pour les avoir fait subir à la Chine entre 1840 et 1949 et à l’Afrique. Sur l’Afrique, les clichés qui reviennent très souvent et repris en boucle par certains médias occidentaux, problématisés par des intellectuels africanistes sont : la Chine pille les ressources naturelles de l’Afrique et refuse de payer le juste prix ; la Chine endette grossièrement l’Afrique, hypothèque l’avenir des générations futures  dans le seul but de se construire une puissance mondiale ; les entreprises chinoises refusent d’employer la main d’œuvre africaine et lorsqu’elles le font, elles la traite mal ; la Chine refuse de faire le transfert de technologie ; la Chine veut recoloniser l’Afrique.

Passons maintenant en revue les arguments des tenants du China-Basching qui veulent absolument disqualifier la présence chinoise en Afrique en faisant croire aux Africains qu’ils les défendent. Jing Gu est spécialiste des questions de développement, elle soutient  que « la Chine a utilisé l’Afrique comme une sorte de laboratoire  pour ses ambitions internationales croissantes ». Howard French, est  l’auteur du livre «China’s second continent ». Il pense que « l’Afrique a été un atelier de nouvelles idées qui sont maintenant devenues de grands atouts stratégiques pour la Chine ». Lorsque la Chine construit les routes, les chemins de fer, les ports en Afrique, les tenants du China Basching soutiennent que ces investissements sont destinés à « relier le monde en développement à l’Empire du milieu via une nouvelle route de la soie ». Finalement, plus précis dans la charge, David Pilling, auteur d’un article dans Jeune Afrique, rapporte ce qu’il qualifie de l’opinion de certains qui pensent  que « la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois ». D’autres sorties dans ce registre du China Basching sont plus infantilisantes pour l’Afrique et ses dirigeants. Il en est ainsi de Plo Lumumba, Directeur du Kenya School of Law qui pense que « les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que le Africains, eux, ne le savent pas. La Chine veut gagner en influence, elle veut être une puissance mondiale (…) Les gouvernements africains contractent tellement de dette envers la Chine qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique ». Le caricaturiste Godfrey Mwampembwa enchaîne : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? ».

Face au China Basching et sa virulence, nous avons quand même des personnes qui s’interrogent, d’autres qui se montrent agacées et tentent de démonter le complot. Ainsi, d’après Jeffrey Sachs, Directeur de Earth Institute à l’université de Columbia : « L’enthousiasme de la Chine en Afrique représente même la plus importante source de développement du continent ». Car, comme le soutient Lucie Ngono de l’Université du Québec à Montréal, « les analyses effectuées confirment que la coopération sino-africaine vient remettre l’Afrique au centre des enjeux géostratégiques internationaux ». Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays africains, a montré que « pour 63% des Africains interrogés, l’influence chinoise a été plutôt ou très positive ». Le président Djiboutien est plus ironique. Imaïl Omar guelleh pense que « ce que les  Chinois construisent chez nous, tous les autres partenaires avaient refusé de la faire ». Répondant au cliché d’une Chine qui veut piller les minerais de l’Afrique, David Pilling révèle dans son article que « les Etats-Unis investissent dans l’exploitation minière en Afrique beaucoup plus que la Chine (66% du total des investissements pour les Etats-Unis contre 28% pour la Chine ». Et sur l’accusation qui tend à faire croire que les prêts chinois sont dirigés en priorité aux pays au sous sol généreux, Pilling démontre que « depuis 2000, la Chine a accordé 12,3 milliards de dollars de prêts à l’Ethiopie, pays sans ressources naturelles, alors que le Soudan, pays pétrolier et le RD Congo qui est qualifié de scandale géologique, ont reçu moins de la moitié de cette somme ». Plus pragmatique, l’économiste Damissa Moyo envisage une Afrique qui s’ouvrirait au monde pour son développement : « Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissements. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil – c’est toujours une bonne nouvelle d’avoir de nouveaux partenaires ». Lui emboitant le pas dans ce pragmatisme, Lucie Ngono propose : « Les enjeux du nouveau partenariat doivent être ceux de la diversification des secteurs économiques et de la promotion de l’intégration économique régionale et propulser la croissance ».

Chine-Cameroun en toute sérénité

Loin du China Basching, le Cameroun tisse sa toile diplomatique et veut tirer le maximum de la présence chinoise en Afrique. Et un indice, le nombre des visites des deux chefs d’Etat camerounais en Chine depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1971, montre ce volontarisme dans la coopération. En effet, les deux chefs d’Etat Ahmadou Ahidjo et Paul Biya totalisent en 50 ans de coopération, douze voyages d’Etat dans l’Empire du milieu, à savoir 5 voyages pour le premier et 7 voyages pour le second. Pour le record ainsi battu même au niveau africain, le Président Paul Biya  a été élevé au titre de « Grand ami de la Chine » par la Président Xi Jinping. Ce nombre impressionnant de voyages en Chine pour les dirigeants camerounais ne relève pas simplement du fait du hasard. Depuis toujours, la Cameroun a misé sur la Chine comme étant le partenaire stratégique avec lequel il devra partager la prospérité.

En septembre 1986, le Président Paul Biya effectue une visite d’Etat en Allemagne Fédérale. A Hambourg où le Cameroun vient d’ouvrir un consulat, il annonce l’exemption des visas pour les Allemands désireux de venir investir au Cameroun. Et pour convaincre les sceptiques, il tient ces propos révolutionnaires pour l’époque : « Le Cameroun n’est la chasse gardée de personne et d’aucune grande puissance », di-il. Il annonçait ainsi sa ferme volonté de diversifier sa coopération du pays dont il vient de prendre les rênes. En mars 1987, le Président Paul Biya effectue son premier voyage d’Etat en Chine sur le sillage de son prédécesseur. Cette même année 1987, il publie son ouvrage programme : « Pour le libéralisme communautaire » aux Editions Marcel Fabre. Cet ouvrage est publié dans un contexte d’incertitude socio-économique. Il tend à mettre l’homme au centre des préoccupations de toute action publique. A sa sortie, « Pour le libéralisme communautaire » est vite apparu aux yeux de la critique, comme le souligne Jean Marie Nzekoué de Cameroon Tibune : « comme une boussole pour la mise en œuvre d’un projet de société original et ambitieux opérant une sorte de synthèse entre les grands courants de notre époque ». L’auteur fit reposer l’argumentaire de cet ouvrage sur trois piliers qui sont autant de prises de position idéologiques : « la liberté d’entreprendre ; la fonction régulatrice de l’Etat et le devoir de solidarité ». Même si cela n’apparaît pas clairement, on y voit « l’ouverture et la réforme » prônée en Chine par Deng Xiaoping à la fin des années 1970. Juste pour dire que depuis toujours, le Président Paul Biya a pensé que la Chine pouvait non seulement inspirer son système de gouvernement mais aussi et surtout être un partenaire de poids pour l’émergence du Cameroun.

Aujourd’hui, pour le Cameroun, la moisson d’une coopération fructueuse avec la Chine est tout simplement impressionnante. Sur les réalisations infrastructurelles, on peut citer : le barrage de Lagdo, le palais des congrès de Yaoundé, le palais polyvalent des sports de Yaoundé, les hôpitaux gynéco-obstétriques de Yaoundé et de Douala, le port en eau profonde de Kribi, les barrages hydroélectriques de Lom Pangar, de Memvele, Meking, le projet d’approvisionnement de Yaoundé en eau potable, le projet d’extension de la dorsale en fibre optique, l’autoroute Yaoundé-Douala (première phase), l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, le nouvel immeuble de l’Assemblée nationale (en construction), la barrage de Natchigal (en construction). Au plan diplomatique, on peut citer le protocole sur l’exemption réciproque de l’obligation de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. Sur les 50 ans de coopération, la mission médicale chinoise a servi au Cameroun pendant 46 ans avec 713 médecins déployés. Chaque année, 100 étudiants camerounais reçoivent des bourses pour étudier en Chine. De même, des centaines de fonctionnaires et chercheurs se sont rendus en Chine pour des visites et des formations. L’institut Confucius de Yaoundé qui est l’un des plus importants d’Afrique a formé 130 000 étudiants parmi lesquels plusieurs ont remporté le championnat d’Afrique du concours de langue chinoise « China Bridge ». Les échanges sino-camerounais entre think-tanks, les médias, les jeunes, les femmes et les groupes culturels sont en nette progression. Mais le plus grand raffermissement de ces liens s’est observé pendant la pandémie du coronavirus. En effet, face au Covid19, la Chine a procédé à de nombreuses reprises à des échanges d’expériences antiépidémiques avec le Cameroun et lui a fourni l’assistance matérielle importante. La mission médicale chinoise a lutté cote à cote ave les homologues camerounais contre la pandémie. Mettant en œuvre la promesse du Président Xi Jinping, à savoir que : « le vaccin chinois sera un bien public mondial » et comme l’a souligné l’ambassadeur de chine au Cameroun, « la Chine a fait don de 200 000 doses de vaccins de Sinopharm contre le Covid19 ». Toutes ces réalisations et bien d’autres à venir nous fondent à croire à la promesse de la Chine «de se tenir aux cotés de l’Afrique et donc du Cameroun pour bâtir un monde multipolaire et mondialisé sur le plan économique ou encore  de partager les opportunités de croissance avec le Cameroun ».

 

Dr Etienne  Tayo Demanou

Promoteur du Think Tank « Chemin de Chine »

Auteur de l’ouvrage : « Tout Chemin mène en Chine »

tayoe2004@yahoo.fr

mardi 27 décembre 2011

LE PARADIS C'EST L'AILLEURS

Lorsqu'au bout de quelques semaines de mon séjour au pays, j'ai compris enfin ce que, pris dans la spirale de la mondialisation et d’une démocratisation emballée, le Cameroun était en train d'endurer, les rêves, parfois insensés, que le peuple camerounais était en train de se construire; lorsque j'ai analysé tous ces regards admirateurs de ceux – pourtant détenteurs de situations confortables - qui, les posant sur moi, semblaient me faire comprendre que j'avais réussi ma vie tout simplement parce que je vis en Europe. Lorsque j'ai perçu le rapport que les Camerounais entretiennent désormais avec la vie, la mort, l’amour, l'argent; lorsque j'ai compris que dans leur immense majorité, les jeunes du Cameroun, « bien que frustrés mais ne parvenant pas à l’expression politique de leur mécontentement », étaient désormais confortement installés dans la sublimation de l'ailleurs, l’adoration du Dieu Argent exacerbé par le phénomène de « feymania », je me suis assigné au moins trois missions.

J'ai voulu faire comprendre, en tentant de les décourager ou du moins de leur donner suffisamment d’éléments de discernement par rapport à leur projet d’émigration, à ceux qui le croient fermement, que l'Europe n'est nullement un paradis et y élire domicile pour un immigré, surtout après un certain âge, est plus un signe d'échec de la vie que de réussite. Et pour donner du contenu à ce que je dis, je leur citai un certain nombre de métier de merde que les immigrés sont parfois obligés d’accomplir par des temps effroyables : veilleur de nuit, ouvrier de chantier, cireur de carreaux, éboueur… Je leur rappelai les images des hôtels brûlant en plein Paris emportant dans l’au-delà leur locataire, en général des immigrés qui y étaient entassés. Les images qu’ils ont d’ailleurs l’habitude de voir aussi car, malgré leur apparent dénuement, ils sont tous câblés aux chaînes de télévision étrangères.

J'ai voulu aussi faire comprendre que, malgré le semblant de bonheur qu'il semble nous combler, l’argent est un moyen et non une fin. Il sert certes à réussir une vie mais ne remplace pas la vie elle-même, ni ne favorise l’accès au bonheur. A mon sens, je pense qu’il doit exister un point d’inflexion dans l’accumulation à partir duquel l’argent devient nuisible à son détenteur. Il suffit juste de tendre l’oreille pour suivre certaines affaires qui illustrent bien cette sorte d’overdose de l’argent.

Et pour étayer mon propos, je fis accompagner mes sermons de cette pensée d'Epicure : "La pauvreté, mesurée aux besoins de notre nature est une grande richesse. La richesse pour qui ne connaît pas de bornes est une grande pauvreté". Je voulais faire comprendre à tous ceux qui se sont installés confortablement dans la posture de pauvre qu’ils étaient en réalité très riches. C’est vrai que, confronté à la réalité, mon propos n’avait au mieux que la valeur d’un prêche de prélat illuminé, au pire des entourloupes d’une personne égoïste qui ne veut pas partager le bonheur que représente pour eux l’émigration.

J'ai voulu enfin faire comprendre, au vu du faste qui entourait désormais le deuil et la banalisation qui touche finalement ce moment pénible, que dans aucune civilisation on ne peut transformer la mort, le deuil en occasion déguisée de fête, tout simplement parce que cela heurte la décence. Le deuil est d’abord une occasion de recueillement qui doit préserver l’intimité des personnes éplorées.

A mon grand étonnement, j’ai eu l’impression qu’au Cameroun des deuils étaient désormais programmés comme des anniversaires. Comme toutes ces maladies de la pauvreté ont fait beaucoup de morts-vivants, c'est-à-dire des hommes et femmes ayant déjà un pied dans l’au-delà, les gens ne s’embarrassent plus, en voyant passer une de ces personnes, d’affirmer que son enterrement aura lieu dans deux ou trois semaines. Et comme par enchantement, ces prévisions tombent souvent juste. Je pensais et je le faisais comprendre aux autres que tout cela n’est pas normal.

Mais, très vite, au bout de quelque temps, j'ai compris que si je continuais à prêcher ces idées très déconnectées de la réalité selon plusieurs personnes, je courais le risque d'un lynchage public en règle. Alors, j'ai décidé à mon corps défendant de ne plus heurter des convictions aussi ancrées. Je leur disais désormais que l'Europe est un vrai paradis sur terre et malheur à celui qui mourra sans y avoir mis les pieds. Sur la mort et sa célébration, ce que j'appelle la civilisation de la morgue et du service traiteur, je leur disais désormais que peut-être un homme qui n'a pas réussi la vie sur terre peut ainsi s'atteler à réussir sa mort.



Etienne de Tayo

Promoteur « Afrique Intègre »

mercredi 21 décembre 2011

DU MARCHE POLITIQUE A LA POLITIQUE DE MARCHE

A l’origine, le mot marché est d’essence économique à tel point qu’il serait redondant de parler de marché économique. L’évolution de la société marquée par l’adoption des modèles démocratiques nous impose aujourd’hui d’explorer un autre marché : le marché politique.

Dans un marché ordinaire, virtuel ou physique, se rencontre l’offre et la demande d’un ou de plusieurs biens. C’est aussi le lieu de rencontre de plusieurs offreurs et plusieurs demandeurs. Au marché, on rencontre d’un coté des offreurs et de l’autre les demandeurs mais on rencontre aussi ceux qui sont à la fois demandeurs et offreurs d’où le terme de Bayam Sellam bien connu au Cameroun. A la différence d’un marché ordinaire, le marché politique est beaucoup plus complexe. Ceci, en raison de son caractère essentiellement étagé. On parlerait d’ailleurs mieux des marchés politiques.

Le premier marché qui se situe au sommet de la pyramide est celui de l’offre du pouvoir politique suprême par l’Etat à travers la programmation de l’élection présidentielle par exemple. Dans ce marché monopolistique à offre unique, l’Etat offreur a en face plusieurs demandeurs que sont les entrepreneurs politiques connus sous le vocable de hommes ou femmes politiques. La monnaie utilisée dans ce marché se décline en voix d’électeurs détenues par le peuple. Lesquelles voix se fructifient au travers du suffrage électoral. Le pouvoir suprême est ainsi servi à l’entrepreneur politique qui fait le meilleur score en voix d’électeurs. Lesquelles voix il doit acquérir en accédant au second marché.

Dans ce deuxième marché, l’entrepreneur politique tente d’acquérir les voix d’électeurs en offrant des programmes politiques dans lesquels il essaye d’intégrer les promesses de réalisation dont le peuple, offreur de voix, est demandeur. Dans un marché de concurrence pure et parfaite qu’on qualifierait dans le contexte politique de cadre démocratique, les offreurs de voix que sont le peuple, doivent disposer de capacités leur permettant d’évaluer les offres de programme des entrepreneurs politiques en vue de leur accorder le juste prix le jour du marché symbolisé ici par le jour du scrutin. Lorsque cette condition de clairvoyance et de transparence n’est pas remplie, nous assistons à une sorte de marché pervers, dissimulant des sous marchés où l’entrepreneur politique est tout sauf un honnête homme et où le peuple est une sorte de dindon de la farce consentant.

L’analyse d’un marché électoral à la lumière de l’élection présidentielle passée au Cameroun peut nous permettre de confronter la théorie développée plus haut. Dans le cadre de l’élection présidentielle justement, le premier marché est une sorte de marché sélectif à l’entrée duquel s’élèvent d’énormes barrières sous forme de caution à payer et de pièces à fournir en vue de l’étude du dossier d’acceptation de candidature. Cette caution s’élève à 5 millions de F CFA (7 500 euros). Une somme suffisamment élevée pour un pays où le revenu moyen dépasse à peine les 150 000 F CFA (225 euros). En bout de chaîne se trouve une sorte d’agrément permettant aux heureux élus d’accéder au second marché, celui de l’acquisition de voix d’électeurs nécessaires à la conquête du pouvoir suprême. Cet agrément est délivré par Elecam, l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun.

Au Cameroun, l’ouverture du premier marché s’est faite par la convocation du corps électoral. Aussitôt, plusieurs entrepreneurs politiques, cinquante deux au total, se sont bousculé aux portes du marché. La sélection faite aussi bien au niveau de « Elections cameroon » que de la cour suprême a finalement ouvert les portes du marché à 23 entrepreneurs politiques seuls habileté à solliciter les voix d’électeurs. Pendant la campagne électorale qui s’est étalée du 24 septembre au 8 octobre 2011, les médias ont rendu compte des véritables parties de chasse qu’organisent les différents états major de partis politiques engagés dans la compétition. Chacun des hommes et femmes politiques y allait de son génie propre.

Mais, la nature du champ politique camerounais, les logiques et les jeux des acteurs, les stratégies qu’ils déploient donnent à voir un marché particulier qui découle de la spécificité du Cameroun. C’est la présence de ce marché souterrain qui offre à l’élection présidentielle l’allure d’une affaire économique au sens le plus mercantile du terme. Il s’agit d’un marché de placement et de fructification des fonds. A l’origine, la décision de l’Etat d’offrir gracieusement et sans condition de rentabilité électorale, la somme de 30 millions de F cfa (50 mille euros) à chaque candidat sélectionné qui aura conduit sa campagne électorale jusqu’au bout. Nous avons vu que pour accéder au statut de candidat, il faut disposer d’un peu de courage, payer une caution de 5 millions de F cfa et justifier d’un certain nombre de pièces attestant de la nationalité camerounaise et de la qualité de citoyen et justifier d’une résidence permanente depuis au moins un an.

Face à une telle offre, l’entrepreneur politique rationnel pense à un investissement de départ de 5 millions qu’il peut obtenir auprès d’une banque ou d’une tontine. Après quoi, il s’arrange pour être présent sur le terrain pendant la campagne électorale. S’appuyant sur la pauvreté ambiante, il lui suffit de donner la somme de 1000 F cfa ou l’équivalent d’une bière aux personnes qui viendront chaque fois meubler ses meetings, de payer 2000 F cfa à chacun de la dizaine des motos taxi qui l’accompagneront dans ses tournées urbaines en faisant le plus de bruits possible. Comme tout entrepreneur rationnel, il a une gestion rigoureuse de ses fonds avec le souci de la réalisation du plus grand profit. Après l’élection présidentielle, s’il a pu dépenser 10 millions, il s’en tirera avec un bénéfice net de 20 millions qu’il investira dans un vrai marché économique. Ainsi va la politique au Cameroun.



Par Etienne de Tayo

Promoteur « Afrique intègre »

jeudi 15 décembre 2011

LES SYMBOLES DE POUVOIR

L’image avait été furtive voire subliminale à la télévision mais assez significative du rapport que le président Paul Biya a au pouvoir politique. Nous sommes le 03 novembre 2004, jour de sa prestation de serment à l’Assemblée nationale ouvrant ainsi l’ère du Cameroun des « grandes ambitions ». Après avoir apposé sa signature sur le document de prestation de serment, le président de la République se lève et se saisi de la serviette contenant le précieux sésame. Machinalement, son aide de camp s’avance pour le soulager de cette charge. Mais l’homme du 6 novembre refuse ostensiblement de lui donner le document. Mieux il le serre fortement sous son aisselle et l’emporte avec lui jusque dans sa limousine.

Pour un monsieur, adepte de la représentation politique, qui n’a que tant côtoyé le pouvoir dans sa vie avant d’en faire finalement son objet de compagnie, cela n’a rien d’anodin. Paul Biya sait plus que quiconque, que cette serviette dans laquelle est logé la preuve de sa prestation de serment est un symbole de pouvoir autant que sa limousine, son palais, son bureau, son avion… Il sait qu’en laissant cette serviette à son aide de camp, même seulement pour quelques minutes, il lui concède ainsi, symboliquement, la jouissance d’une partie du pouvoir. L’appétit venant en mangeant, celui-ci peut se faire des idées par rapport à la possession du pouvoir.

Il sait surtout qu’au-delà des définitions savantes présentant le pouvoir à la fois comme contenant et contenu, le pouvoir n’est finalement qu’une somme de prérogatives disséminées dans les actes de la vie quotidienne. Il sait par ailleurs que ces prorogatives, symboliques ou réelles, sont susceptibles d’une appropriation frauduleuse de la part des personnes plus futées que le détenteur officiel du pouvoir. Il sait aussi que le pouvoir ne se partage pas, qu’il n’y a pas de canapé mais de fauteuil présidentiel dans lequel il faut se visser pleinement pour ne pas donner l’occasion à un autre de tenter de le partager. Il sait enfin que, plus que tous les autres biens précieux, le pouvoir ne saurait être laissé à la garde de quelqu’un d’autre.

En 1982, Ahidjo cède le pouvoir à son successeur constitutionnel Paul Biya dans les conditions que tout le monde sait. Une transmission plutôt élégante du pouvoir saluée à l’époque par tous les observateurs. La démission du premier et le discours chargé d’émotion qui l’accompagne, la prestation de serment du second et le vœu de fidélité qui la caractérise laisse penser qu’entre les deux protagonistes le ciel est sans nuage. Et pourtant un soupçon de tentative de subtilisation de pouvoir de l’un par l’autre va tout faire basculer.

En effet, quelques temps après sa démission, l’ancien président Ahmadou Ahidjo doit aller en Europe pour son contrôle de santé. C’est tout naturellement qu’il sollicite du nouveau président Paul Biya l’avion présidentiel pour l’accompagner dans son voyage. Après avoir cogité pendant longtemps, le président Paul Biya ou son entourage décide de lui envoyer un lot de billet d’avion de la Camair. Ahidjo pique une colère noire et le fait savoir à son successeur. Le feu qui finira par embraser leur relation vient ainsi d’être allumé.

Dans ce conflit, l’ancien président Ahidjo avait été un peu court. Malgré la connaissance qu’il avait du pouvoir du fait de ses origines peuls, le « grand camarade » n’était pas parvenu à la compréhension de cette vérité presque sacré qui voudrait qu’un pouvoir ne valle que par ses symboles. Il n’a pas compris qu’en sollicitant l’avion, il se comportait comme s’il avait juste gardé le pouvoir chez son dauphin et qu’il reviendra de temps à autre faire un emprunt de pouvoir. Il n’a pas compris qu’en embarquant à Yaoundé et en débarquant à Paris de l’avion présidentiel, il risquait de créer une certaine confusion diplomatique et de fragiliser le pouvoir de son successeur. Dans l’entourage du nouveau président, cette tentative de subtilisation, peut-être involontaire et inconsciente, de pouvoir avait été très vite repérée et interprétée.

La prise de conscience du fait que le pouvoir est un objet susceptible de vol intégral ou de vol partiel oblige malheureusement ses détenteurs à développer toutes sortes de technologies pour le protéger et le conserver. La plupart des critiques portée au système du président Paul Biya portent sur sa propension à la protection et à la conservation du pouvoir au point de sacrifier plusieurs autres missions attachées à sa fonction de président de la République. Dans l’entourage du président, on ne se gène pas pour faire observer que : moins il y aura des voleurs de pouvoir, moins de temps sera consacré à sa protection et plus consistant sera le temps mis pour la réalisation de la vision du président de la République. Argument valable ou simple pirouette de politique ?



Etienne de Tayo


Promoteur « Afrique Intègre »

dimanche 12 juin 2011

2012 : JACQUES CHIRAC VOTERA VILLAGE

Entre Corréziens, on se comprend
Même s’il n’a plus qu’une apparence d’un petit vieux qui avance en traînant les pieds comme ses congénères des maisons de retraite ; même si pour l’enterrer politiquement, certains avaient voulu lui attribuer la maladie d’Alzheimer, l’ancien président de la République française, Jacques Chirac dispose quand même d’assez de lucidité pour savoir qu’il est un homme de droite et qu’à ce titre, il doit travailler à faire gagner le candidat de son camp à la prochaine élection présidentielle quel qu’en soit le candidat.

Et pourtant, celui qui reste l’une des personnalités politiques les plus populaires auprès des Français a dit, lors de la visite d’un Musée à lui dédiée à Saran en Corrèze, qu’il votera pour François Hollande, son compatriote de Corrèze à la prochaine présidentielle.

Cette déclaration venait compléter l’affirmation dans le dernier tome de ses mémoires, selon laquelle le président du conseil général de Corrèze a la stature d’un homme d’Etat. A contrario, Jacques Chirac fait un portrait moins reluisant de l’actuel président de la République. Sous la plume de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy est décrit comme un homme « nerveux, impétueux, débordant d’ambition ne doutant de rien et surtout pas de lui-même ».

Contre cette prise de position claire, ni les dénégations de François Hollande qui préfère parler de « plaisanterie lancée juste pour énerver ses amis, sur un mode de sourire » ; ni les mises au point de Bernadette Chirac plus portée au soutien à Nicolas Sarkozy dont l’épouse, Carla est sa filleule, n’y feront rien.

Un animal politique de la stature de Jacques Chirac ne parle jamais pour ne rien dire ou pour amuser la galerie. Et puis, à la veille d’une élection présidentielle comme c’est le cas en France, toutes les sorties médiatiques des hommes politiques ont un sens.

En appelant à voter François Hollande, l’ancien président français, en plus du fait qu’il laisse penser que l’élection de 2012 se jouera sur le registre du terroir, envoie au moins trois messages :

- Il règle un vieux compte personnel à Nicolas Sarkozy et tous les Balladuriens qui l’avaient trahi en 1995. Depuis 2007, à la faveur de l’élection de Nicolas Sarkozy, ils sont revenus aux affaires et ne manquent pas de le narguer et même de le tourmenter avec des affaires judiciaires ;

- Il fait primer la préférence territoriale sur l’appartenance politique, démontrant ainsi que les attaches territoriales ou villageoises ont encore en France une force que les siècles de construction nationale n’ont pas réussi à effacer. Ce faisant, il lance un réel défi au modèle politique français ;

- Il montre enfin que par delà les camps et les appareils politiques, la politique n’est qu’un jeu de don et de retour d’ascenseur.

En 1981, c’est Jacques Chirac, un leader pur jus de droite qui avait fait élire François Mitterrand contre Valery Giscard d’Estaing, un homme du centre droit. Un ascenseur que Mitterrand a tenu à lui retourner en 1995. En 2012, un François peut-il cacher un autre ?

PS : Aux dernières nouvelles un communiqué émanant de Jacques Chirac est venu mettre du bémol à sa déclaration : « C’était simplement un trait d’humour corrézien entre républicains qui se connaissent de longue date », déclare Jacques Chirac



Etienne de Tayo


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mardi 7 juin 2011

CANCER POUR TOUS EN 2050


En septembre 1978, 134 pays réunis dans le cadre de la conférence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont signé la déclaration dite d’Alma Ata. Ce plan définit la stratégie mondiale de la santé pour tous en l’an 2000. La santé étant appréhendée ici, selon la déclaration, comme ressource de la vie quotidienne et non comme le but de la vie.

Très vite transformé en slogan presque structurant pour l’OMS, cette stratégie a nourri par endroit dans le monde, bien d’espoirs et englouti des budgets parfois faramineux. C’est vrai qu’un slogan est par essence un artifice publicitaire servant à mobiliser les ressources pour atteindre des objectifs situés bien en deçà de ce qu’il proclame.

L’année 2000 est finalement arrivée et a coïncidé avec le paroxysme de la propagation du vih Sida dans le monde. Depuis près d’une décennie maintenant, cette maladie dite du siècle, procède au prélèvement d’un nombre impressionnant de jeunes de par le monde. Ils n’ont pas eu la santé pour tous promise en l’an 2000.

L’an 2000 a aussi coïncidé avec la vulgarisation du téléphone portable présenté par la publicité comme l’une des révolutions du 21e siècle qui aura facilité non seulement la vie des hommes dans la monde mais aussi leur communication. Sauf que, comme le Sida, le téléphone portable risque conduire au cancer qui lui-même conduit à la mort.

Se défaisant de la pression des lobbies de l’industrie téléphonique, l’OMS a décidé de jeter un pavé dans la marre par rapport au danger que ferai courir le téléphone portable à la santé des hommes. En effet, le 31 mai dernier, 31 experts de 14 pays, réunis depuis une semaine à l’OMS et après avoir passé en revue des centaines de pages des articles scientifiques, sont parvenus à la conclusion selon laquelle « les téléphones portables sont considérés comme pouvant entrainer des cancers ».

Une information d’une gravité certaine quand on sait que, d’après le journal « Le Monde », on compte aujourd’hui 5 milliards d’abonnement à la téléphonie mobile dans le monde. Et pourtant la nouvelle a été accueillie par les utilisateurs du téléphone portable dans une indifférence presque suicidaire. Et tout laisse croire, au vu de cette insouciance, que l’OMS devrait concocter un autre slogan pour promouvoir, non plus la santé pour tous mais le cancer pour tous en 2050.



Etienne de Tayo


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dimanche 5 juin 2011

LE SPORT NATIONAL

"Présentez-la à DSK..."

L’affaire DSK est en train de devenir un véritable révélateur de ce qu’est réellement la société française, du moins, son cercle des politiques. Après Tristane Banon qui a menacé un temps d’enfoncer DSK avant de se rétracter ; après les deux ex-employées de Mairie dont les révélations ont finalement fait tomber le Tronc de Draveille, plusieurs chaumières en France bruissent d’autres histoires de sexe au sujet des hommes politiques français.

Alors qu’on espérait l’accalmie, l’ancien ministre de l’éducation Luc Ferry est sorti des placards pour relater ce que la presse qualifie de « scandale à tiroirs ». En effet, dans le grand journal de Canal+, Luc Ferry lève le voile sur l’histoire d’un « ministre qui s’est fait poisser dans une partouze avec des petits garçons ». Et de préciser que l’affaire lui a été racontée par les plus hautes autorités de l’Etat dont le premier ministre.

Si on ne ferme pas très vite ce robinet de toutes ces affaires de dessous de ceinture, bientôt toute la classe politique française sera noyée de dénonciations politico-sexuelles. Et cela risque même devenir une arme politique redoutable. Mais dans tout çà, c’est le modèle social et politique français qui est mis à l’épreuve et l’exception française sérieusement écornée.

En effet, l’arrestation de DSK et la campagne anti-française entamée par les tabloïds de Rupert Murdock est une grosse agression contre le modèle social et politique français. Ce modèle comprend dans sa dimension sociale, le partage, le fromage, la baguette, le vin et dans son volet politique, le sexe. On a ainsi pu dire de la pratique politique en France que si on lui enlevait le sexe, elle perdrait de toute sa saveur.

Du chauffeur de François Mitterrand qui poireautait des heures sur les Champs- Elysées parce que son patron a disparu dans les feuillages avec une compagnie galante à Bernadette Chirac qui passait son temps à ameuter le tout Paris politique avec cette phrase : « n’as-tu pas vu Jacques ? », le gotha politique français a toujours trouvé dans le sexe le réconfort que nulle autre pratique ne peut procurer.

En France, on ne voit aucun drame dans le fait qu’en fin de journée, pour se débarrasser du stress inhérent à sa fonction, un Maire, un député, un ministre convoque sa collaboratrice pour la soumettre à une séance de mammographie. Après tout, se dit la société, il ne les lui prélève pas ses seins. Aux Etats –Unis, si vous rêvez d’être un jour président, il faut tenir votre sexe dès l’adolescence. En France par contre, il faut le plus le laisser balader.

C’est ainsi qu’en France, DSK, un redoutable prédateur était présenté par des journalistes comme un séducteur. Or, les deux postures n’ont rien de commun. Si toutes les deux auraient quelque chose à se reprocher dans une société puritaine, l’une diffère nettement de l’autre. Le séducteur fait de la femme un jouet de ses fantasmes alors que le prédateur transforme la femme en proie sur laquelle il se jette pour satisfaire ses désirs bestiaux.

Au moment où ils sont à la recherche des arguments pour tenter de l’innocenter, les avocats de DSK n’ont qu’à plaider le fait qu’en France, le sexe en politique est un sport national. Et au nom de l’exception française qui voudrait que le modèle social et politique français ne devienne  jamais l’American way of live, demander sa relaxe pure et simple.

Etienne de Tayo


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vendredi 3 juin 2011

LE TESTAMENT DU COLONEL MOUAMMAR KADHAFI, GUIDE DE LA JAMAHIRIYA ARABE LIBYENNE DEMOCRATIQUE ET SOCIALISTE



Cela fait deux mois que la Libye subit l’agression de quelques pays occidentaux revanchards qui veulent se débarrasser du colonel Kadhafi et faire main basse sur les fonds souverains de la Libye estimés aujourd’hui à près de 175 milliards de dollars.

Mesurant la taille, l’état d’esprit et la férocité des agresseurs, le guide de la Jamahiriya arabe libyenne démocratique et socialiste sait que tout peut arriver y compris pour lui-même le sacrifice suprême. C’est pourquoi, dans une lettre émouvante, il a décidé de saisir ses frères africains pour donner sa version des faits devant le tribunal de l’opinion, avant de continuer le combat jusqu’au dernier souffle comme il le dit lui-même.

Demain, lorsqu’il sera exécuté ou capturé et humilié comme le président Laurent Gbagbo, ces mots seront déjà là pour interpeller notre conscience d’Africain sur ce que nous voulons pour notre continent.


Traduit de l’arabe en anglais par le professeur Sam Hamod.


Au nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux...


Depuis 40 ans, à moins que ce ne soit plus, je ne me souviens pas, j'ai fait

tout mon possible pour donner aux gens des maisons, des hôpitaux, des

écoles, et, quand ils avaient faim, je leur ai donné à manger. À Benghazi,

j'ai même transformé le désert en terres arables, j’ai tenu tête aux

attaques de ce cow-boy, Reagan, quand il a tué ma fille adoptive orpheline.

Essayant de me tuer, il a tué à la place cette pauvre enfant innocente.

Ensuite, j'ai épaulé mes frères et sœurs d'Afrique avec de l'argent pour

l'Union africaine.

J'ai fait tout mon possible pour aider les gens à comprendre le vrai concept

de démocratie, qui consiste en des comités populaires dirigeant leur pays.

Mais ce n'était jamais assez, comme me l'ont dit certains. Même ceux qui

possédaient une maison de 10 chambres, des costumes et du mobilier neufs,

n'étaient jamais satisfaits. Ils étaient si égoïstes qu’ils en voulaient

toujours plus. Ils ont dit aux Zuniens et aux autres visiteurs qu'ils

avaient besoin de « liberté » de « démocratie » et n’ont jamais réalisé

qu'il s'agit d'un système de panier de crabes, où le plus gros bouffe les

autres. Ils étaient seulement ensorcelés par ces mots, sans réaliser jamais

qu’en Zunie, il n’y a pas de médicaments gratuits, ni d'hôpitaux gratuits,

ni de logement gratuit, ni d'enseignement gratuit, ni non plus de nourriture

gratuite, sauf quand les gens sont obligés de mendier ou de faire longtemps

la queue pour avoir de la soupe.

Non, peu importe ce que j'ai réalisé ! Pour certains ce n'était jamais

assez. Mais les autres savaient que j'étais le fils de Gamal Abdel Nasser,

le seul vrai leader musulman arabe que nous avons eu depuis Salah-al-Din.

Nasser était sur ses traces quand il a exigé le canal de Suez pour son

peuple, tout comme j'ai réclamé la Libye pour mon peuple. J'ai essayé de

l’imiter pour garder mon peuple libre de la domination coloniale, des

voleurs qui nous détroussent.

Maintenant, je suis attaqué par la plus grande force de l'histoire

militaire. Obama, mon petit-fils africain, veut me tuer, priver notre pays

de liberté, nous priver de la gratuité de nos biens : logements, médecine,

éducation, nourriture, et remplacer tout ça par la grivèlerie à la zunienne

appelée « capitalisme. » Or, nous tous, dans le tiers monde, savons ce que

cela veut dire. Cela signifie que les multinationales dirigeront le pays,

dirigeront le monde, et le peuple souffrira. Voilà pourquoi il n'y a pas

d'autre solution pour moi, je dois prendre mes dispositions. Et si Allah le

veut, je mourrai en suivant Sa Voie, la voie qui a rendu notre pays riche en

terres arables, avec de quoi manger et la santé, et nous a même permis

d'aider nos frères et sœurs africains et arabes en les faisant travailler

ici avec nous, dans le Jamahiriya libyen.
Je ne désire pas mourir, mais si cela devait advenir, pour sauver cette

terre, mon peuple, tous ces milliers de gens qui sont tous mes enfants,

alors qu'il en soit ainsi.

Que ce testament soit ma voix dans le monde. J’ai tenu tête à l’agression

des croisés de l'OTAN, résisté à la cruauté, contrecarré la trahison ; je me

suis élevé contre l'Occident et ses ambitions colonialistes, et, avec mes

frères africains, mes vrais frères arabes et musulmans, je suis dressé comme

un phare de lumière. Quand d'autres construisaient des châteaux, je vivais

dans une maison modeste et dans

une tente. Je n'ai jamais oublié ma jeunesse à Syrte, je n’ai pas

stupidement dépensé notre trésor national, et comme Salah-al-Din, notre

grand leader musulman qui sauva Jérusalem pour l'Islam, je n’ai guère pris

pour moi-même...

En Occident, sachant pourtant la vérité, certains me qualifient de «fou» de

«bizarre», ils continuent de mentir, ils savent que notre pays est

indépendant et libre, et non pas sous emprise coloniale, que ma vision, ma

conduite, est et a été sincère et pour

mon peuple, et que je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour garder

notre liberté. Puisse Allah Tout-Puissant nous aider à rester fidèles et

libres.

mercredi 1 juin 2011

L'AFRIQUE TRAHIE, L'AFRIQUE VIOLEE, L'AFRIQUE HUMILIEE


L’organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) a continué et même intensifié ses frappes sur Tripoli quelques heures seulement après la visite de l’émissaire de l’union africaine, Jacob Zuma.

En lançant ainsi ses raids meurtriers – le fils cadet de Kadhafi, sa femme et leurs trois enfants ont déjà été tués dans ces raids - le bras armé de l’Occident, donne un message clair sur sa volonté de saper, jusqu’à l’humiliation, les efforts de la médiation africaine préparée par l’Union africaine et conduite par le président sud africain.

Les effets dévastateurs de la crise financière de 2008 et la concurrence féroce des pays émergents sur le continent africain sont les deux raisons qui ont détraqué l’Occident en transformant certains de ses leaders en véritables conquistadors du 21e siècle.

Pendant quelques années - et malheureusement, cela pourra encore durer bien longtemps – cet Occident là errera comme une bête féroce blessée en semant la mort et la désolation à son passage. Et comme dans un documentaire animalier, l’Afrique reste l’endroit idéal où le gibier sans défense foisonne.

Nul n’a le droit de se réjouir du sort qui s’abat sur l’Occident et le pousse au crime. Mais nous avons l’obligation et le devoir d’éclairer la lanterne des populations aussi bien africaines qu’occidentales afin de prévenir les dérives de certains Etats désormais pilotés par « des voyous et des assassins », comme l’ont souligné les avocats français Jacques Verges et Roland Dumas. Ce dont ces Français accusent Nicolas Sarkosy qu’ils poursuivent désormais en justice pour « crimes contre l’humanité », c’est d’avoir entraîné la France dans la politique du colt et de la gâchette facile. Une posture propre aux américains et aux anglo-saxons qu’en leur temps, Jacques Chirac et Dominique de Villepin, au nom d’une certaine exception française, avaient rejeté avec une élégance certaine.

De la criminalisation de l’Otan et de l’ONU

Pour ceux qui ne le savent pas ou qui l’aurait oublié, l’Otan est le dernier vestige d’un Occident belliqueux et meurtrier. La conjoncture internationale défavorable, pousse les dirigeants occidentaux à mettre l’Otan au service de l’économie politique de la prédation. Celle qui aidera un occident en déclin économique à se refaire une santé en faisant main basse sur les ressources des nations faibles ou fragiles de préférence dirigées par des éléments infiltrés.

La même conjoncture internationale difficile pousse l’occident à dégager le verni du droit international qui naguère recouvrait certaines de ses actions. C’est ainsi que les missions de l’ONU sont dévoyées à coup de mensonges infantilisants. La « protection des civils » a pris en Libye et en Côte d’Ivoire la place des « armes de destruction massives » utilisés contre l’Irak de Saddam Hussein.

Une résolution de l’ONU censée d’isolement de l’espace aérien de la Libye devient un prétexte à un coup de force visant à renverser le régime de Kadhafi et à placer au pouvoir de Libye des hommes sûrs et dévoués au service de l’Occident : « il pourrait falloir déployer, à un certain stade, une petite force (…) pour aider les insurgés », soutient Samuel Lockear, chef du commandement conjoint des opérations de l’Otan à Naples.

Les infiltrés

Au lendemain des indépendances africaines, les Etats colonialistes avaient réussi à perpétrer des coups d’Etat en Afrique en utilisant leurs services secrets. Mais, avec ce qui s’est passé en Côte d’ivoire et est en train de se passer en Libye, c’est la première fois que, depuis l’opération Barracuda commanditée par Valery Giscard D’Estaing et ayant servi à déposer son « frère », l’empereur de Centrafrique Jean Bedel Bokassa, la France et les autres nations occidentales osent violer aussi grossièrement le continent africain avec la caution à peine voilée de l’ONU.

Et si l’Occident réussi une telle prouesse avec tant d’aisance et d’assurance, c’est qu’il compte sur la traitrise active de ses éléments infiltrés qui ont été placé et continuent d’être placé, à la tête de certains Etats africains. En effet, dans la perspective de la recolonisation du continent africain, l’Occident a tenu à réveiller tous ses réseaux dormant sur le continent africain. Les éléments infiltrés pour servir le colonialisme sont entrés en action avec Abdoulaye Wade comme le commandant en chef. Les infiltrés prennent leurs ordres à Paris, Londres ou Washington. Par contre, ils ignorent l’instance africaine qu’est l’union africaine qu’ils s’arrangent d’ailleurs à humilier au passage.

Quand Abdoulaye Wade tombe le masque

Je m’étais toujours opposé à ses compatriotes qui, à Paris, tentaient de me faire comprendre que Wade n’est autre qu’un dangereux infiltré de l’Occident en service à la tête du Sénégal. Je mettais cela dans le compte de simples jérémiades des déçus du Wadisme.

Je me laissais naïvement séduire par les sorties coup de gueule de Abdoulaye Wade contre l’Occident sans savoir que cela n’était qu’une pirouette destinée à perdre les patriotes africains et tenter d’effacer les traces de sa traitrise.

Aujourd’hui, avec le braquage de l’Occident sur l’Afrique, Wade ne pouvait plus se cacher. On l’a ainsi vu à l’œuvre dans la presque initiation du nouvel infiltré qu’est Alassane Ouattara. Celui que la France venait de placer en Côte d’Ivoire au prix des charniers géants a réservé sa première visite officielle au patriarche de Dakar. Avec Wade, le Sénégal a été le premier pays africain à reconnaître le CNT libyen, autre appellation des insurgés qui sont prêts à livrer tous les richesses de la Libye ainsi que ses fonds souverains pour se faire porter au pouvoir de Tripoli par l’Otan.

Et pourquoi Abdoulaye Wade livre t-il ainsi l’Afrique à l’Occident ? Pour une bouchée de pain pour ainsi dire et pour des intérêts égoïstes. En effet, les services occidentaux ont promis la présidence à vie à Wade ainsi que l’intronisation de son fils Karim au pouvoir de Dakar après sa mort.

Et pour agrémenter ces promesses, les dirigeants du G8 invitent très souvent Abdoulaye Wade à venir faire de la figuration lors de leurs sommets et se prendre aussi, le temps d’un sommet, pour un grand de ce monde à la tête d’un petit Etat.

Depuis la mort de Omar Bongo, le camerounais Paul Biya est très souvent utilisé à titre décoratif lors des cérémonies par Nicolas Sarkosy. On la vu à Yamoussokro à l’intronisation d’Alassane Dramane Ouattara. Toutefois, le président français se garde toutefois bien d’en faire une pièce maîtresse de son système de recolonisation. Et les journaux camerounais se sont étonnés de ce que Sarkosy n’ai pas invité Paul Biya au dernier sommet du G8 de Deauville en France.

Sans doute le sphinx de Yaoundé n’offre pas les gages nécessaires pour remplir cette fonction. Auquel cas, le système serait en train d’œuvrer à son remplacement lors de la présidentielle d’octobre prochain par une personne plus soumise et moins usée politiquement. Mais contrairement à ce que laissent entendre les communiqués de Barack Obama et d’Hilary Clinton adressés au peuple Camerounais à l’occasion de la fête nationale du Cameroun, un tel changement ne sera pas fait dans l’intérêt de ce peuple mais bien dans celui de l’Occident.

Obama, toi aussi mon frère !

Naïvement, les Africains avaient vu en l’arrivée de Barack Obama à la tête des Etats Unis comme une chance pour l’Afrique. Naïvement parce qu’ils croyaient qu’à ce niveau de responsabilité, la couleur de la peau et la texture des cheveux pouvaient avoir quelque impact sur la prise de décision.

Prudent, j’avais tenu à commettre à l’époque une réflexion au titre suivant : « PRUDENCE : CE N'EST PAS OBAMA QUI DEVELOPPERA L'AFRIQUE! » Dans cette réflexion, je soutenais que, parce qu’il a été élu à la tête des Etats Unis dont les intérêts peuvent être divergents de ceux de l’Afrique, Obama ne se saborderait pas pour les beaux yeux des Africains.

Je ne m’y suis pas trompé. Ce qui vient de se passer en Côte d’ivoire, ce qui se passe aujourd’hui en Libye et ce qui se prépare dans d’autres pays africains pour les mois et les années à venir, me confortent pleinement dans cette prudence par rapport à une certaine idée d’ Obama l’Africain.

Entre participer à une opération de « braquage » du continent africain pour tenter de combler le déficit abyssal des Etats-Unis, espérer une relance de son économie et aider les peuples d’Afrique à parvenir à la maîtrise de leurs libertés et au contrôle des ressources de leur continent, s’offrir des dirigeants patriotes qui pensent d’abord aux intérêts de l’Afrique, Obama a fait son choix. Un choix dramatique pour l’Afrique.

L’union africaine des patriotes

Maintenant que les ennemis de l’Afrique sont repérés, que les infiltrés sont démasqués, l’union africaine doit prendre ses responsabilités et prendre date devant les peuples d’Afrique. Elle peut pour cela compter sur le volontarisme de l’actuel président de la commission Jean Ping. Il est question de construire un noyau autour de quelques chefs d’Etats restés fidèle à la ligne tracée par les pères fondateurs de l’organisation de l’unité africaine (OUA) et dont le colonel Mouammar Kadhafi était l’un des fervent défenseurs.

Ce noyau doit se construire autour des leaders tels Jacob Zuma, Abdelaziz Bouteflika. Ensuite il faudra travailler pour redonner confiance à tous les autres chefs d’Etats apeurés par la terreur de l’Occident. Il suffit de leur faire comprendre que la meilleure façon de se protéger de l’Occident n’est pas de jouer les poules mouillées mais de lui tenir tête car, dans son univers, l’Occident n’entend que le langage de la force et de la brutalité.

Pour ceux qui se laissent encore berner par les promesses du G8, il suffit de leur dérouler le tapis des promesses antérieures non tenues tout simplement parce que l’Occident, étranglé par la crise, n’a plus les moyens de ses promesses. Tel de l’eau remontant un morceau de sucre la contestation du Maghreb, au lieu de descendre vers le Sud du continent, est en train de remonter vers le cœur de l’Europe. Les indignés font le siège de Madrid et de Paris. Personne n’en parle, c’est contre nature.

Pour ceux des chefs d’Etats qui continuent à aller jouer les animaux de zoo dans les fora du G8, il suffit de leur demander d’établir eux-mêmes, pour leur peuple, le bilan de leur villégiature. Pour le sommet de Deauville, le président Sarkosy a invité les nouveaux chefs d’Etats élus de Guinée et du Niger ainsi que le putschiste de Yamoussokro. Les « puissants du monde » n’ont même pas eu l’élégance de leur faire des promesses. Ils sont rentrés bredouille.

Et enfin, pour les Africains qui s’étranglent à cause du viol de leur continent par des forces étrangères, il suffit de leur rappeler un autre viol qui défraie la chronique mondiale depuis quelques temps et au centre duquel se trouve un occidental et une Africaine. Lorsque la justice américaine aura démontré sa culpabilité, l’affaire Strauss Khan épousera parfaitement les contours symboliques du viol actuel de l’Afrique. Alors, rira bien qui rira le dernier.



Etienne de Tayo


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Auteur de l’ouvrage : « Pour la Dignité de l’Afrique, laissez-nous crever : coup de gueule au G8 »

jeudi 19 mai 2011

AFFAIRE DSK OU LA REVANCHE DES PAUVRES


Dans cette réflexion, pour des raisons de démonstration, je retiens du concept de pauvreté, la définition découlant du modèle occidental de développement. Une définition que je récuse évidemment.

Le combat aux griffes, pour le sexe, qu’ont livré dans la suite 2806 du Sofitel Manhattan de New York, le directeur Général du FMI, Dominique Strauss Khan et la femme de chambre, Safiatou Diallo, du fait de l’identité et des trajectoires des personnes qu’il met en scène, constitue finalement un épisode majeur dans la résistance africaine contre l’impérialisme, tant ce combat est chargé de symboles.

Après son arrestation, DSK, l’homme à la braguette facile, a été gardé à vue dans un commissariat du quartier de Harlem à New York. C’est de ce commissariat qu’il sortira menottes aux poings. Harlem symbolise le plus grand ghetto des noires aux Etats Unis.

Directeur Général du FMI, Dominique Strauss Khan symbolise le capitalisme sauvage, celui des hedge funds et des subprimes, qui a précipité le monde dans la crise économique et financière depuis bientôt trois ans. Cette crise a eu pour conséquence de faire basculer le centre de gravité économique du monde vers les pays émergents, provoquant ipso facto un appauvrissement et un endettement sans précédent des pays occidentaux.

En réaction à ces contre performances économiques, les dirigeants de ces pays, transformés en néo conquistadores, ont décidé de remettre au goût du jour, l’économie politique de la prédation, celle là même qui, du temps de l’esclavage et de la colonisation, avait permis le pillage des ressources du reste du monde. Le résultat, nous le voyons aujourd’hui dans la déstabilisation programmée de la Côte d’Ivoire et de la Libye avec un seul et même objectif : faire main basse sur les ressources de ces deux pays.

Dominique Strauss Khan symbolise la réussite et le bonheur version occidental : un compte bancaire bien fourni ; des hôtels à 3000 dollars us la nuit ; des costumes à 10 000 euros pièce ; des voitures de luxe… Il symbolise aussi la puissance tous azimuts de la France qu’il allait bientôt gouverner.

Safiatou Diallo dont le nom sonne les tréfonds de l’Afrique éternelle, symbolise de par sa résidence dans le quartier de Harlem, l’immigration, la pauvreté, la misère mais surtout le cri de révolte des Africains déportés aux Etats Unis dans le cadre de l’esclavage.

Safiatou est originaire de la Guinée et plus précisément du Fouta Djalon. La Guinée de Sékou Touré, auteur du mémorable « non » au Général de Gaulle, symbolise la résistance active de l’Afrique contre le colonialisme français. Mais ce pays symbolise aussi le martyr du panafricanisme du fait de la vengeance et de la haine de la France et, de tout le monde occidental, qu’il a subi.

L’issue du combat de la suite 2806, on le connaît aujourd’hui. Safiatou qui symbolise aussi David a terrassé DSK qui n’est autre que Goliath. L’enseignement qu’on peut en tirer, c’est que le concept de puissance sur lequel s’appuient les pays occidentaux pour dominer le monde et s’offrir tous les excès, ce concept doit être révisé de fonds en comble.

Le combat qui a opposé DSK à Safiatou était en réalité une guerre symbolique qui oppose l’Afrique résistante au capitalisme sauvage. Dans ce combat, les Africains savent que Dieu dont tous ceux qui ne croient plus qu’à leur puissance de feu, n’ont plus la crainte, que ce Dieu là leur viendra en aide.

Deux poids deux mesures

Une des choses qui m’ont frappé dans cette affaire DSK, c’est l’émotion qui s’est saisi de la classe politique française toute tendance confondue face à l’image de Dominique Strauss Khan menotté et sortant du commissariat de Harlem.

Beaucoup ont tenu à dénoncer le traitement humiliant et dégradant infligé celui qui était encore directeur Général du FMI. On parle d’ailleurs aujourd’hui d’une montée d’un sentiment anti-américain en France. Et pourtant on a bine vu les Français faire l’économie de leur émotion face à d’autres actes similaires de barbarie.

Le 11 avril 2011, après avoir pilonné et détruit le palais présidentiel et la résidence du président de Côte d’Ivoire, l’armée française a permis l’arrestation du couple présidentiel Laurent et Simone Gbagbo.

Livrés à leurs pires ennemis qu’étaient les rebelles de Ouattara, ils ont été torturés et c’est dans un état piteux qu’ils ont été présenté aux médias. Mme Gbagbo par exemple a eu les cheveux arrachés à la racine. Laurent Gbagbo a été présenté en petite tenue.

Les photos et vidéos de ce mélodrame ont fait le tour du monde et n’ont suscité en France qu’indifférence et mépris de la part des politiques, des journalistes et même d’une partie du peuple.

Le 1er mai 2011, le jeune fils de Mouammar Khadafi, Saïf al Arab, âgé de 29 ans, sa belle fille et ses trois petits enfants ont été tués dans les bombardements de l’Otan auxquels participe la France dans une guerre injuste où il est tout simplement question pour les pays occidentaux de déstabiliser la Libye pour faire main basse sur ses fonds souverains.

Cette information n’a suscité aucune émotion de la part des politiques en France malgré le fait qu’une femme et trois enfants ont été tués. Comment donc comprendre que l’image de DSK menotté choque plus que des humaines qu’on supprime.

L’argument avancé pour humilier et tuer ainsi en Afrique sans susciter l’émotion en France, c’est de présenter les victimes comme des criminels ou des proches des criminels qui tuent leur peuple. A supposer que cela soit vrai.

Mais le FMI que dirigeait Strauss Khan est, toute proportion gardée, une organisation criminelle. Chaque jour dans le monde – et ce ne sont pas les Grecs ou les portugais qui nous démentiraient – des hommes et des femmes meurent parce que les mesures iniques imposées par le FMI visant à favoriser l’essor du capitalisme sauvage, les appauvri toujours plus.

Aujourd’hui, Dominique Strauss Khan est inculpé pour crime sexuel. Et lorsque sa culpabilité aura été démontrée, il ne sera plus qu’un criminel sexuel. Le criminel ordinaire supprime la vie à ses victimes. Le criminel sexuel leur supprime leur dignité qui est une composante essentielle de la vie.

Il faut d’ailleurs dire que dans le cas de DSK et tous leurs semblables qui sont engagés dans les luttes de pouvoir, ces actes vont bien au-delà de la simple satisfaction du désir sexuel pour englober des pratiques que la décence et la pudeur nous empêchent d’évoquer.



Etienne de Tayo


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mardi 17 mai 2011

STRAUSS KHAN : CASTRATION EN HAUTE ALTITUDE

Strauss Khan Show
N’eût été la spectacularisation médiatique dont les américains ont seuls le secret et qu’ils qualifient souvent de Show, l’affaire Dominique Strauss Khan s’apparenterait à une simple castration politique. Cette opération à laquelle les politiciens sont souvent soumis soit à l’entrée au club, soit lorsqu’ils veulent gravir des échelons.

La castration consiste à amener le postulant, au travers d’un scandale, à tremper profondément ses mains dans du sang, de la boue et toutes les autres merdes dont exhale le politique. Car, comme le soutient souvent l’historien Jean Charles Gomez, « la politique est d’abord une affaire de salauds et de criminels à col blanc ».

Il s’agit pour la castration, d’une opération de l’indignité et de retrait de l’honorabilité, parfois très violente et spectaculaire où beaucoup de politiciens laissent leur vie politique. Mais comme le dit le vieil adage que je me permets de paraphraser, si la castration ne vous tue pas, elle vous rend plus fort.

Depuis l’ère Sarkozy en France marqué par l’extrême médiatisation du champ politique, nous avons assisté à un certain nombre d’opérations de castration. On peut ainsi citer l’affaire Bernard Kouchner, déclenchée par le livre de Pierre Péan, « Le monde selon K. » dont le journal Marianne disait qu’il peut « ruiner Kouchner ». On peut citer aussi la castration de Frédéric Mitterrand dont les meurs ont été étalées dans la presse et qui a eu une défense très émue sur les plateaux de télévision. Il y a la castration d’Eric Woerth et de Michel Alliot Marie qui a fini par les emporter. Il y a enfin celles de Dominique de Villepin et de Christine Lagarde qui sont en cours.

La castration vise à rendre le politicien semblable à ses congénères, question d’éviter les phénomènes de rejet souvent préjudiciable à l’harmonie du champ politique. Tout ce qui s’assemble doit forcément se ressembler. Comme je l’ai appris chez les bergers de Malombo du Nord du Cameroun, pour rentrer dans l’enclos des bœufs sans courir le risque de se faire agresser, il suffit de s’oindre avec les bouses de ces mammifères.

L’affaire Strauss Khan qui tient en haleine tous les médias du monde – et qui semble avoir détrôné Ben Laden – va bien au-delà de la simple castration pour tourner au lynchage médiatique en règle. Et le statut d’icône médiatique qui lui collait à la peau de Strauss Khan ne semble rien arranger. Car, comme on le sait, en situation de surexposition médiatique, un simple faux pas est de nature à prendre des proportions incalculables. Pour autant, le patron du FMI est-il excusable ?

Le piège et la politique

L’argument de Dominique Strauss khan et des strausskhaniens selon lequel il aurait été piégé est aussi léger qu’une plume d’oiseau. Et si c’est le seul qu’ils détiennent pour sa défense, autant jeter l’éponge et accepter le verdict du destin. On en vient à se demander si Strauss Khan était prêt pour un combat politique ou se laissait-il tout simplement porter par les sondages.

Faire de la politique c’est d’abord être capable de poser et d’éviter les pièges si bien que celui qui se surprend face aux pièges ne fait pas encore la politique. C’est un peu comme si, en voulant cueillir les roses, on se montrait surpris voire outré par les piqures des épines qui sont le moyen naturel de défense du rosier.

Parlant de pièges en politique, l’ancienne secrétaire d’Etat Rama Yade m’avouait ceci au cours d’une rencontre : « Lorsque j’arrive au bureau tous les matins, je me demande de quel coté viendra le piège du jour. En regardant la moquette de mon bureau, je me dis qu’il peut dissimuler des chausse trappe ». C’est cette prise de conscience qui lui permettait d’éviter les pièges.

Dominique Strauss Khan, candidat favori à la présidentielle française de 2012 d’après tous les sondages, aurait dû lui aussi prendre conscience de ce qu’il était désormais la cible privilégiée de toute la classe politique française aussi bien de gauche que naturellement de droite. Autant que ses adversaires de tout bord, Strauss Khan connaissait son péché mignon dont le terrain de satisfaction se situe bien en deçà de la ceinture. Il savait que c’est sur ce terrain qu’on finira par le piéger comme il l’a déclaré au journal Libération.

Ce qu’il aurait dû faire, au lieu de crier au complot aujourd’hui comme si faire la politique était autre chose que fomenter des complots, c’était d’observer un certain nombre de règles jusqu’à la présidentielle.

Dans un premier temps, il devait s’imposer une sorte de ramadan sexuel quoi que cela lui coûte. Et comme mesures d’accompagnement, il devait :

- Faire déjà venir sa femme Anne Sainclair à ses cotés à Washington pour le soutenir dans cette épreuve ;

- Mettre une sorte de tampon masculin entre lui et toutes ses collaboratrices directes au FMI ;

- Eviter systématiquement tous les lieux de tentation que sont les hôtels et les restaurants. Ce qui veut qu’à New York, il aurait dû coucher dans un canapé chez sa fille qu’il était censé venu voir selon sa défense. Un sacrifice n’est jamais assez grand pour celui qui veut être président de la France ;

Le jeûne sexuel de Dominique Strauss Khan aurait ainsi duré jusqu’à la présidentielle française de mai 2012. Et une fois élu président, il aurait pu tout simplement proposer à l’Assemblée nationale de voter un droit officiel de cuissage pour le président de la République, question de rattraper le temps perdu. Cela est tout à fait possible en France.

Mais faute d’avoir su se retenir ou d’avoir pu éviter les pièges, Dominique Strauss Khan, désormais entre les griffes acérés de la justice impitoyable des Etats Unis, pourrait subir une petite castration chimique qui l’éloignerait définitivement de la recherche effrénée de ces petites secondes de plaisir qui lui coûtent finalement trop cher.


Etienne de Tayo

Promoteur « Afrique intègre »

www.edetayo.blogspot.com