vendredi 4 mars 2022

 


CHINE-CAMEROUN : 50 ANS DE PROSPERITE PARTAGEE

Le 26 mars dernier, le Cameroun et le Chine ont fêté les 50 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays en 1971. A l’occasion de cette célébration, les deux Présidents Paul Biya du Cameroun et Xi Jinping de la République Populaire de Chine ont échangé des félicitations.

Cet échange de civilités a permis aux deux dirigeants de dire, chacun à l’égard de l’autre tout le bien qu’il pense en justifiant cela par la richesse de la coopération qui lie les deux pays depuis un demi siècle. Le Président Xi Jinping soutient ainsi « qu’au cours de ces 50 dernières années, la Chine et le Cameroun se sont tenus cote à cote contre vents et marrées, avec l’amitié traditionnelle liant les deux pays qui s’est renforcé au fil du temps ». En perspective de cette relation qui porte chaque jour de nouveaux fruits, le Président chinois marque « sa volonté de travailler avec le Président Paul Biya pour concrétiser les décisions prises lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) tenu à Beijing en 2018 et renforcer leurs efforts conjoints pour mettre en œuvre l’initiative de la Ceinture et de la Route (ICR), de manière à ce que tout ceci bénéficie aux deux pays et à leurs peuples et contribue à la création d’une communauté de destin sino-africaine plus étroite ».

En réponse à ces bonnes dispositions du partenaire chinois, le Président Paul Biya se montre reconnaissant pour « une coopération sino-camerounaise dont les fruits ont grandement contribué à améliorer le bien être du peuple camerounais et à aider le pays à se moderniser ». Il se félicite de ce que « la grande nation chinoise est devenue, grâce à l’ardeur au travail de son peuple et à la clairvoyance de ses dirigeants, un acteur global et majeur de la scène internationale ». Mais, malgré cette place conquise dans la cour des grands où elle est en train de devenir le plus grand, le Président Paul Biya se félicite une fois de plus de ce que la République Populaire de Chine « est restée attachée à la coopération Sud-Sud, tout en soutenant les politiques d’émergence des pays africains ». En guise de perspectives pour le Cameroun, le Président Paul Biya « souhaite que la coopération sino-camerounaise soit plus étroite, se tienne dans une perspective plus large, afin de mieux profiter aux deux peuples ».

De ces échanges, il se dégage plusieurs constantes : d’abord la publicité faite autour de cette célébration qui montre la fierté mutuelle qu’éprouvent les deux partenaires à se montrer ensemble. Ce qui colle bien avec une sagesse Bamléké qui dit ceci : « Si tu es mon ami et que tu l’assumes, viens donc afin que nous construisions ma clôture ensemble le jour du marché ». Il coule aussi de source le fait que les deux partenaires sont « attachés aux principes de sincérité, d’amitié, d’égalité, de coopération gagnant-gagnant et de développement commun ». Il se dégage que les enjeux de la coopération sino-camerounaise laissent clairement apparaître un partenariat stratégique fondé sur le développement et donc dépouillé d’un certain voyeurisme politico-diplomatique et d’une ingérence tapageuse. Comme le précise si bien l’ambassadeur de Chine au Cameroun : « La Chine promet de partager les opportunités de croissance avec le Cameroun, renforcer le poids des pays en développement sur la scène internationale tout en construisant conjointement la Ceinture et la Route et une communauté d’avenir partagé Chine Afrique encore plus solide », souligne Wang Yingwu.

De par la profondeur des textes produits par les deux présidents à l’occasion de cette célébration conjointe, de par les activités qui ont ponctué la célébration impliquant les fonctionnaires, les diplomates, les journalistes, les intellectuels, les acteurs culturels et bien d’autres, on a eu une impression, proche d’ailleurs d’une conviction que les deux pays voulaient passer un message fort à tous ceux qui au travers du China-Bashing tendent à discréditer la coopération sino-africaine dans un double élan de la diabolisation et du dénigrement de la Chine d’un part, et de l’infantilisation de l’Afrique d’autre part. En célébrant en grande pompe l’anniversaire de leurs 50 ans de coopération, et surtout en se félicitant de la bonne santé de ces relations et des perspectives merveilleuses qui l’attendent,  la Chine et le Cameroun ont ainsi faire un pied de nez aux oiseaux de mauvaise augure.

En conduisant cette étude et dans la continuité d’autres études menées sur le sujet, nous voulons aller au cœur du China-Bashing pour tenter de neutraliser le venin qu’il porte et montrer que la Chine et l’Afrique en général et le Cameroun en particulier ont une coopération stable, prospère et mutuellement bénéfique.

Au cœur du China-Bashing

Le China-Bashing est une sorte de campagne sinophobe promu par la propagande occidentale dès le début du 21ème siècle face à la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale. Aux Etats-Unis, cela veut dire littéralement « taper sur la Chine ». D’après Jean Joseph Boillot, spécialiste de la de la coopération sino-africaine, « le China-Basching » est « le miroir de la faiblesse des occidentaux en Afrique ». François Soudan de Jeune Afrique pense que « le China Basching cache mal l’inquiétude des occidentaux face à une Chine sûr d’elle-même et de sa place retrouvée dans le monde ». En remontant l’histoire pour voir le comportement des occidentaux face à la montée en puissance d’une entité non occidentale, Ken Iwasaki, dans un article sur la China Basching paru dans la revue « Outre Terre », affirme que « devant l’affirmation du Japon en tant que seconde puissance économique au début des années 1970, l’admiration avait cédé en occident à la nippophobie. Et plus cette montée en force  des sentiments anti-japonais avait trouvé son apogée dans le Japan Basching et la campagne médiatique de la seconde moitié des années 1980. Le Japan Basching s’est épuisé avec la crise du début des années 1990 » lorsque confronté à la surchauffe, le Japon a disparu des radars économiques du monde. Compte tenu de ce que démontre Isawaki, le China-Basching devient une ligne de défense de l’occident face à l’offensive des puissances économiques émergentes. En fait, le X Basching découle souvent d’une surveillance internationale de la part de l’Occident en ce qui concerne le glissement du curseur dans les luttes d’influence des puissances. Ce qui veut dire qu’au fil des tours de la roue de la fortune dans le monde, on aura droit au : « India Basching » ; « Nigeria Basching » ; « South-Africa Basching » ; « Russia Basching » ; « Brasilia Basching »… Et  que si d’aventure la Chine venait à  lâcher du lest pour une raison ou une autre, aussitôt le China Basching mourrait de sa plus belle mort

Le China Basching procède généralement par des clichés les plus éculés et les plus ridicules. Mais comme on dit dans la manipulation propagandiste, « plus c’est gros, mieux çà passe ». Dans le China Basching, les tâches sont bien reparties. Les charges les plus virulentes et parfois les plus grossières sont portées par des officiels des grandes puissances occidentales qui cherchent ainsi à leur offrir quelque légitimité. Ils donnent ainsi le ton, balisent le terrain avant de sous-traiter ce concert de haine, de calomnie et de dénigrement  aux journalistes et intellectuels à la solde de la propagande. Aux Etats-Unis par exemple, après la découverte du nouveau coronavirus à Wuhan en Chine et dans une perspective stigmatisante, et assumant son animosité envers la Chine, le Président américain d’alors a décidé de baptiser ce nouveau virus de « virus chinois ». Après Donald Trump, c’est le Président français qui s’est saisi du fouet du China Basching pour flageller la Chine. Ainsi, sur l’initiative de la Ceinture et la Route, Emmanuel Macron parle « des routes d’une nouvelle hégémonie qui viendraient mettre en vassalité les pays qu’elles traversent ». Quant à l’ex Secrétaire d’Etat américain qui s’intéresse aux prêts, Rex Tillerson parle « des prêts prédateurs qui engluent les pays africains dans la dette ». Globalement, au sujet de la coopération sino-africaine, les occidentaux crient aux traités inégaux, au pillage des ressources naturelles, à l’occupation coloniale. Des meurtrissures qu’ils connaissent très bien pour les avoir fait subir à la Chine entre 1840 et 1949 et à l’Afrique. Sur l’Afrique, les clichés qui reviennent très souvent et repris en boucle par certains médias occidentaux, problématisés par des intellectuels africanistes sont : la Chine pille les ressources naturelles de l’Afrique et refuse de payer le juste prix ; la Chine endette grossièrement l’Afrique, hypothèque l’avenir des générations futures  dans le seul but de se construire une puissance mondiale ; les entreprises chinoises refusent d’employer la main d’œuvre africaine et lorsqu’elles le font, elles la traite mal ; la Chine refuse de faire le transfert de technologie ; la Chine veut recoloniser l’Afrique.

Passons maintenant en revue les arguments des tenants du China-Basching qui veulent absolument disqualifier la présence chinoise en Afrique en faisant croire aux Africains qu’ils les défendent. Jing Gu est spécialiste des questions de développement, elle soutient  que « la Chine a utilisé l’Afrique comme une sorte de laboratoire  pour ses ambitions internationales croissantes ». Howard French, est  l’auteur du livre «China’s second continent ». Il pense que « l’Afrique a été un atelier de nouvelles idées qui sont maintenant devenues de grands atouts stratégiques pour la Chine ». Lorsque la Chine construit les routes, les chemins de fer, les ports en Afrique, les tenants du China Basching soutiennent que ces investissements sont destinés à « relier le monde en développement à l’Empire du milieu via une nouvelle route de la soie ». Finalement, plus précis dans la charge, David Pilling, auteur d’un article dans Jeune Afrique, rapporte ce qu’il qualifie de l’opinion de certains qui pensent  que « la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois ». D’autres sorties dans ce registre du China Basching sont plus infantilisantes pour l’Afrique et ses dirigeants. Il en est ainsi de Plo Lumumba, Directeur du Kenya School of Law qui pense que « les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que le Africains, eux, ne le savent pas. La Chine veut gagner en influence, elle veut être une puissance mondiale (…) Les gouvernements africains contractent tellement de dette envers la Chine qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique ». Le caricaturiste Godfrey Mwampembwa enchaîne : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? ».

Face au China Basching et sa virulence, nous avons quand même des personnes qui s’interrogent, d’autres qui se montrent agacées et tentent de démonter le complot. Ainsi, d’après Jeffrey Sachs, Directeur de Earth Institute à l’université de Columbia : « L’enthousiasme de la Chine en Afrique représente même la plus importante source de développement du continent ». Car, comme le soutient Lucie Ngono de l’Université du Québec à Montréal, « les analyses effectuées confirment que la coopération sino-africaine vient remettre l’Afrique au centre des enjeux géostratégiques internationaux ». Un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays africains, a montré que « pour 63% des Africains interrogés, l’influence chinoise a été plutôt ou très positive ». Le président Djiboutien est plus ironique. Imaïl Omar guelleh pense que « ce que les  Chinois construisent chez nous, tous les autres partenaires avaient refusé de la faire ». Répondant au cliché d’une Chine qui veut piller les minerais de l’Afrique, David Pilling révèle dans son article que « les Etats-Unis investissent dans l’exploitation minière en Afrique beaucoup plus que la Chine (66% du total des investissements pour les Etats-Unis contre 28% pour la Chine ». Et sur l’accusation qui tend à faire croire que les prêts chinois sont dirigés en priorité aux pays au sous sol généreux, Pilling démontre que « depuis 2000, la Chine a accordé 12,3 milliards de dollars de prêts à l’Ethiopie, pays sans ressources naturelles, alors que le Soudan, pays pétrolier et le RD Congo qui est qualifié de scandale géologique, ont reçu moins de la moitié de cette somme ». Plus pragmatique, l’économiste Damissa Moyo envisage une Afrique qui s’ouvrirait au monde pour son développement : « Les pays africains ont besoin de commerce et d’investissements. Peu importe d’où cela vient – de Chine, d’Inde, de Turquie, de Russie, du Brésil – c’est toujours une bonne nouvelle d’avoir de nouveaux partenaires ». Lui emboitant le pas dans ce pragmatisme, Lucie Ngono propose : « Les enjeux du nouveau partenariat doivent être ceux de la diversification des secteurs économiques et de la promotion de l’intégration économique régionale et propulser la croissance ».

Chine-Cameroun en toute sérénité

Loin du China Basching, le Cameroun tisse sa toile diplomatique et veut tirer le maximum de la présence chinoise en Afrique. Et un indice, le nombre des visites des deux chefs d’Etat camerounais en Chine depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1971, montre ce volontarisme dans la coopération. En effet, les deux chefs d’Etat Ahmadou Ahidjo et Paul Biya totalisent en 50 ans de coopération, douze voyages d’Etat dans l’Empire du milieu, à savoir 5 voyages pour le premier et 7 voyages pour le second. Pour le record ainsi battu même au niveau africain, le Président Paul Biya  a été élevé au titre de « Grand ami de la Chine » par la Président Xi Jinping. Ce nombre impressionnant de voyages en Chine pour les dirigeants camerounais ne relève pas simplement du fait du hasard. Depuis toujours, la Cameroun a misé sur la Chine comme étant le partenaire stratégique avec lequel il devra partager la prospérité.

En septembre 1986, le Président Paul Biya effectue une visite d’Etat en Allemagne Fédérale. A Hambourg où le Cameroun vient d’ouvrir un consulat, il annonce l’exemption des visas pour les Allemands désireux de venir investir au Cameroun. Et pour convaincre les sceptiques, il tient ces propos révolutionnaires pour l’époque : « Le Cameroun n’est la chasse gardée de personne et d’aucune grande puissance », di-il. Il annonçait ainsi sa ferme volonté de diversifier sa coopération du pays dont il vient de prendre les rênes. En mars 1987, le Président Paul Biya effectue son premier voyage d’Etat en Chine sur le sillage de son prédécesseur. Cette même année 1987, il publie son ouvrage programme : « Pour le libéralisme communautaire » aux Editions Marcel Fabre. Cet ouvrage est publié dans un contexte d’incertitude socio-économique. Il tend à mettre l’homme au centre des préoccupations de toute action publique. A sa sortie, « Pour le libéralisme communautaire » est vite apparu aux yeux de la critique, comme le souligne Jean Marie Nzekoué de Cameroon Tibune : « comme une boussole pour la mise en œuvre d’un projet de société original et ambitieux opérant une sorte de synthèse entre les grands courants de notre époque ». L’auteur fit reposer l’argumentaire de cet ouvrage sur trois piliers qui sont autant de prises de position idéologiques : « la liberté d’entreprendre ; la fonction régulatrice de l’Etat et le devoir de solidarité ». Même si cela n’apparaît pas clairement, on y voit « l’ouverture et la réforme » prônée en Chine par Deng Xiaoping à la fin des années 1970. Juste pour dire que depuis toujours, le Président Paul Biya a pensé que la Chine pouvait non seulement inspirer son système de gouvernement mais aussi et surtout être un partenaire de poids pour l’émergence du Cameroun.

Aujourd’hui, pour le Cameroun, la moisson d’une coopération fructueuse avec la Chine est tout simplement impressionnante. Sur les réalisations infrastructurelles, on peut citer : le barrage de Lagdo, le palais des congrès de Yaoundé, le palais polyvalent des sports de Yaoundé, les hôpitaux gynéco-obstétriques de Yaoundé et de Douala, le port en eau profonde de Kribi, les barrages hydroélectriques de Lom Pangar, de Memvele, Meking, le projet d’approvisionnement de Yaoundé en eau potable, le projet d’extension de la dorsale en fibre optique, l’autoroute Yaoundé-Douala (première phase), l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, le nouvel immeuble de l’Assemblée nationale (en construction), la barrage de Natchigal (en construction). Au plan diplomatique, on peut citer le protocole sur l’exemption réciproque de l’obligation de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. Sur les 50 ans de coopération, la mission médicale chinoise a servi au Cameroun pendant 46 ans avec 713 médecins déployés. Chaque année, 100 étudiants camerounais reçoivent des bourses pour étudier en Chine. De même, des centaines de fonctionnaires et chercheurs se sont rendus en Chine pour des visites et des formations. L’institut Confucius de Yaoundé qui est l’un des plus importants d’Afrique a formé 130 000 étudiants parmi lesquels plusieurs ont remporté le championnat d’Afrique du concours de langue chinoise « China Bridge ». Les échanges sino-camerounais entre think-tanks, les médias, les jeunes, les femmes et les groupes culturels sont en nette progression. Mais le plus grand raffermissement de ces liens s’est observé pendant la pandémie du coronavirus. En effet, face au Covid19, la Chine a procédé à de nombreuses reprises à des échanges d’expériences antiépidémiques avec le Cameroun et lui a fourni l’assistance matérielle importante. La mission médicale chinoise a lutté cote à cote ave les homologues camerounais contre la pandémie. Mettant en œuvre la promesse du Président Xi Jinping, à savoir que : « le vaccin chinois sera un bien public mondial » et comme l’a souligné l’ambassadeur de chine au Cameroun, « la Chine a fait don de 200 000 doses de vaccins de Sinopharm contre le Covid19 ». Toutes ces réalisations et bien d’autres à venir nous fondent à croire à la promesse de la Chine «de se tenir aux cotés de l’Afrique et donc du Cameroun pour bâtir un monde multipolaire et mondialisé sur le plan économique ou encore  de partager les opportunités de croissance avec le Cameroun ».

 

Dr Etienne  Tayo Demanou

Promoteur du Think Tank « Chemin de Chine »

Auteur de l’ouvrage : « Tout Chemin mène en Chine »

tayoe2004@yahoo.fr

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