lundi 30 novembre 2009

RENCONTRES LITTERAIRES : QUAND LA FRANCE POSE DE NOUVEAUX REGARDS SUR LA CHINE


Lorsque l’exception culturelle française, faite « d’élégance mélancolique », d’après la formule non moins élégante de Jean Noël Pancrazi, rencontre la Chine éternelle, celle des loups et du pont dont parle Mme Ning Tie ou encore celle de la "transcendance d’esprit", que recommande Mo xue, le dialogue des cultures s’instaure forcément ou à tout le moins, se construit patiemment. C’est le jeu plutôt passionnant auquel se sont livrés, pendant deux jours, les 25 et 26 novembre 2009, 7 auteurs chinois et 8 auteurs français. C’était dans le cadre des premières rencontres littéraires franco-chinoises au thème très évocateur : « France-Chine : nouveaux regards ».

Ces rencontres sont organisées par le service culturel de l'Ambassade de Chine en France dont le responsable, le ministre conseiller culturel Pu Tong, a reçu des remerciements appuyés des participants, l'Association nationale des écrivains de Chine et Cultures France, en partenariat avec la société des Gens de Lettres, l'Institut de France, le centre national du livre et le service culturel de l'Ambassade de France en Chine.
Placé sous le co-commissariat pour la France de Pierre Jean Rémy, de l’Académie française, et pour la Chine de Mme Ning Tie, présidente de l’Association nationale des écrivains de Chine, ces rencontres ont permis aux deux parties de s’abreuver à la source des littératures des deux pays, la littérature étant appréhendée ici, d’après le propos savant de Mo Xue, comme un « élément nutritif de l’âme humaine". Les rencontre qui ont permis aux écrivains chinois d’accéder dans des hauts lieux du pouvoir intellectuel français, à l’instar de la Société des Gens de Lettres et de l’Institut de France, était l’occasion d’aborder des thèmes tels les expériences d’écriture de chacun, les figures de la femme dans le roman contemporain, la littérature et le spirituel, les passages et les traductions d’une langue à l’autre et plus généralement, sur la place que tient la littérature d’aujourd’hui en France et en Chine.
Dans son propos liminaire, Mme Ning Tie a déroulé l’intrigue fort instructive d’une œuvre littéraire qui met en scène des loups, le héros et un pont périlleux que ce dernier doit absolument traverser pour échapper aux loups. Et effectivement, il réussi à traverser in extremis, ce pont qui craque sous ses pas et à atteindre l’autre rive, loin de la menace des loups. Par cette métaphore, Mme Tie jetait ainsi un pont de compréhension mutuelle entre les deux cultures en présence. Lesquelles cultures sont appelées à s’enrichir mutuellement car, comme l’a affirmé Gérard Macé, « il n’y a pas d’identité toute faite par la naissance et la transmission des gênes, mais des identités à construire ». A condition de les voir avec François Jullien, non pas en terme d’identité mais de fécondité. L’affirmation de Macé est d’autant plus vraie que le propos de Mme TIE transpirait des figures empruntées aux auteurs français, Romain Rolland, Balzac, Flaubert, Zola, Camus, Sartre dont elle a profondément étudié et parfois traduit les œuvres. C’était son regard à elle posé sur la littérature française et sans doute sur la société française.

Regards croisés
Mais plus qu’un regard unilatéral, ce sont de nouveaux regards croisés et presque simultanés que les écrivains français et les écrivains chinois ont posé, les uns sur les autres, les uns sur les œuvres des autres, les uns sur la culture des autres. Regards parfois sans complaisance compte tenu de la volonté partagée de parvenir à un véritable dialogue des cultures. Or, comme l’affirme François Jullien, « les cultures ne se mettent en dialogue que si on prend en compte l’écart entre elles. L’écart étant entendu comme une mise en tension pour déclencher une réflexivité ». C’est au nom de ces écarts et de cette mise en tension qu’une série de comparaisons ont pu être conduites par les orateurs. Ainsi, d’après Mme Sa Shan, le poème en chinois est très imagé et plus synthétique que le poème en français et la traduction en français des poèmes chinois poussent souvent à perdre ces images et cette musicalité. Parlant de la liberté, Mo Xue trouve que « la liberté en Orient est le soleil alors qu’en Occident c’est la lune ». Il révèle aussi que le cœur est plus vaste en Orient et la tolérance plus grande. Et pour tout dire, il soutient que la sagesse de quelqu’un de l’Est ressemble à un miroir qui reflète tout ce qui est dans la chambre dans se laisser influencer.
Regards nouveaux certainement parce qu’il était question, pour ces premières journées littéraires de poser les fondations d’une institutions qui se projette dans l’avenir. Il fallait donc partir sur de bonnes bases car, comme le dit Wu Yuetan, « les choses mal faites ne pourront jamais se rattraper ». Regards nouveaux aussi car il s’agit de réchauffer des relations d’échanges plus anciens que l’imaginaire collectif ne peut l’appréhender. Heureusement que le livre est là, non seulement pour transmettre le savoir, comme l’affirme Marcel Lambron, mais aussi et surtout pour provoquer et construire l’imaginaire. Et aujourd’hui, aussi bien en France que dans la Chine moderne, la construction d’un nouvel imaginaire est une tâche impérative.

Construire un nouvel imaginaire
Ce nouvel imaginaire doit épouser les formes du temps littéraire qu’il fait aujourd’hui et pousse Marcel Lambron à parler d’une « société post littéraire ». En effet, d’après lui, « l’écriture comme pratique quotidienne avec l’avènement de Internet ». Avant, le livre était un sentier que pouvait emprunter l’imaginaire de l’enfant. Aujourd’hui, les enfants sont confrontés à des outils chronophages, de véritables prothèses électroniques. Ils sont absorbés par la télévision et les jeux vidéo. Ces instruments de la socialisation moderne qui les uniformisent et atomisent leur vision du monde. Il s’agit d’échapper à la monotonie de ce monde réel, unique et figé pour essayer de le rendre multiple sous la plume des écrivains. Mais s’il pose le diagnostic, Marcel Lambron laisse le soin aux autres d’apporter des éléments nécessaires à la construction de ce nouvel imaginaire.
Cela passera certainement par de nouvelles formes d’engagement littéraires dont parle François Jullien : « l’engagement aujourd’hui, c’est repérer les sources de négativité qui se sont disséminées dans la société et les faire apparaître ». Jean Noël Pancrazi voit l’engagement, d’abord dans l’engagement de soi-même et surtout un élément déclencheur : « Pour qu’il y ait engagement, dit-il, il faut toujours qu’il y ait des loups qui symbolisent le danger », rappelle t-il. Et d’ailleurs, Pancrazi préfère dépasser le concept de l’engagement pour enfourcher celui de l’implication. Et pour lui, la meilleure façon de s’impliquer, c’est tenter d’être juste : « Il faut témoigner en s’impliquant ». Mais avec suffisamment de hauteur car, d’après Mme Tie, « l’écrivain ne doit pas donner un jugement mais faire connaître la réalité ».
La construction de ce nouvel imaginaire passera aussi par l’appropriation de ce que Mo Xue appelle la « transcendance d’esprit » et qui veut dire selon lui, « éliminer tout ce qui est mauvais au fonds de mon cœur pour laisser apparaître la lumière. Laquelle lumière éloigne l’avidité et le souci. Après, on aura un cœur grand et sans souci ». Cette construction passera par la prise en compte et la mise en pratique de la solitude qui seule, d’après Mo Xue, nous éloigne des « réalités étouffantes qui ne valent parfois pas grand chose ». Pour lui, la vraie solitude qu’il définit comme la pression qu’on ressent lorsqu’on n’obtient pas ce qu’on veut, « est synonyme de sagesse et de prise de conscience ». Cette construction passe enfin, d’après certains orateurs, par le combat commun qu’il faut mener contre l’anglais ou plus précisément l’anglo-américain, cette langue qui a déployé son rouleau compresseur et est prête à tout écraser sur son passage. Cette langue à coté de laquelle « toutes les autres langues deviennent des dialectes », d’après Gérard Macé, « pousse tous les hommes et de toutes origines confondues d’emprunter les chemins d’assimilation irréversible » et oblige Yu Zhang à dire « qu’au paradis, les hommes ont la même apparence ».

Tout le monde va en Chine!
La rencontre avec les autres étaient aussi l’occasion pour les écrivains français de déployer un immense miroir et se poser cette question que Marcel Lambron n’a pas hésité à balancer à la salle : « Qu’est ce qu’être écrivain français aujourd’hui dans un monde mondialisé ». Et on constate bien que l’identité est passée par là. Remontant le temps pour retracer l’évolution de l’écriture en France, Marcel Lambron recommande la consolidation du nouveau roman : « répudier deux éléments de tradition (psychologie et histoire) et mettre plutôt les caméras et objectifs ». Et pour tout dire, il pense que « la littérature française sera d’autant plus mondialisée qu’elle retrouvera le rapport balsacien avec le livre monde ».Pour sa part, toujours dans le but de donner plus de visibilité à la littérature et partant à la société française, Florence Delay, de l’Académie française convoque son collègue Erik Orsena pour faire l’éloge de l’ombre. Et pour cause, la décomposition des mœurs sociales : « la surexposition de nos vies à travers les écrans, les écrits. Notre intimité est mise à nu. On connaît nos goûts avant nous » s’exclame t-elle. Pour Florence Delay, « il faut protéger la littérature de l’expansion du moi ». Et elle pense que le propos spirituel pourrait apporter à la littérature l’ombre qui lui manque.
En choisissant la Chine comme sparring partner dans ces autres jeux olympiques de la littérature qui pourraient un jour s’instituer et prendre une dimension planétaire, la France a conscience qu’elle se frotte à un géant toute catégorie, même dans les domaines où on les croyait encore très en retard. La Chine, est, d’après les révélations de Bertrand Mialaret, chroniqueur au site Rue89, le leader mondial en nombre d’internautes, en nombre de détenteurs de téléphones portables ainsi qu’en nombre de livres publiés par an. Dans l’empire du milieu, il y a à ce jour : 242 millions d’internautes dont plus de 100 millions qui tiennent un blog, on compte en Chine, 7000 écrivains sous contrat.
Puisqu’il faut savoir prolonger la fin des bonnes choses et ne pas leur donner l’occasion de se terminer, nous plongeant dans l’amertume, les autorités littéraires françaises et les écrivains français ont déjà pris rendez-vous pour les deuxièmes rencontres littéraires en 2010 à Pékin. Pour les deux pays, il s’agit de sortir d’un certain « relativisme paresseux », une sorte de « culturalisme » qui a souvent caractérisé les pays du monde. D’ici à là et à la vitesse où vont les choses, le nombre de sinologues en France aura presque doublé. S’il m’était permis de dire quelque chose sur ces rencontres, je dirai qu’elles gagneraient à être moins élitistes, non pas pour rentrer dans la sphère populaire au sens vulgaire du terme, mais à tout le moins rester entre deux. Car, comme Mme Tie, « la vérité n’est pas toujours détenue par l’élite. Elle peut aussi se cacher dans les banalités », lesquelles sont l’apanage du commun des mortels.

Etienne de Tayo
Promoteur « Afrique Intègre »
www.edetayo.blogspot.com



TROIS QUESTIONS A Mme TIE NING, Présidente de l’association nationale des écrivains de Chine et co-commissaire des premières rencontres littéraires franco-chinoises.

Lorsqu’on lui tend le micro, Mme Tie Ning est intarissable et cela se voit que c’est un leader. Cette dame qui est devenue présidente de l’Association nationale des écrivains de Chine en 2006, remplaçant un monument en la personne de Ba Jin, a connu le succès très tôt. Depuis trente ans que dure sa carrière d’écrivain, elle a publié de nombreux recueils de nouvelles, des essais, des romans et des critiques d’art. Elle a aussi collectionné de nombreux prix littéraires. Ses principaux romans sont : La porte de roses, Une ville sans pluie, La Grande baigneuse, Le village Benhua.
Mais l’originalité de Mme Tie Ning, c’est surtout ce pont que très tôt aussi elle a jeté en direction de la littérature française. A la voir égrener les œuvres des auteurs français tels Romain Roland, Balzac… même les membres de l’Académie française finissent par pâlir d’admiration bien sûr.
Transcendant les barrières linguistiques et affichant un volontarisme à tout crin, elle a tenu à répondre à nos trois questions.


Madame, vous êtes co-commissaire de ces premières rencontres littéraires franco-chinois et, en parcourant votre biographie, on remarque que vous avez étudié et traduit de très nombreux écrivains français. Comment avez-vous rencontré la littérature française ?

Mme TIE Ning : Je suis née comme vous avez pu le relever en parcourant ma biographie, dans les années 1950 et plus précisément en 1957. Dans notre génération, nous avons lu beaucoup de traduction de la littérature française. Quand j’étais jeune, j’étais très influencé par la littérature du 19e siècle. Bien sûr j’ai parlé hier combien Romain Rolland, qui est certes du 20e siècle, a eu de l’influence sur moi. Après, j’ai commencé à lire beaucoup de Balzac, de Flaubert, Zola. J’ai beaucoup aimé le style de Flaubert. Je n’oublie pas, au 20e siècle, Sartre et Camus. Parmi les écrivains français du 20e siècle justement, celui que j’aime le plus c’est Proust. Et pour les écrivains d’aujourd’hui, il y a surtout Mireille Calmel qui a une influence considérable sur les écrivains chinois. Je pense qu’elle vit maintenant à Paris. J’ai lu presque tous ses romans.

Dans cet échange, qu’est c e que la littérature française vous a apporté ou vous a enlevé dans votre propre cheminement d’écrivaine. Est-ce que le fait de lire et d’assimiler tous ces auteurs français a eu une influence sur la culture chinoise que vous portez et sur la culture de Chine en général ?

Mme T. N. : Quand on parle de l’influence littéraire, il faut d’abord souligner à quelle époque et dans quelle situation nous avons eu contact avec cette littérature. Personnellement, j’ai beaucoup parlé de Romain Rolland. La raison est qu’à cette époque, je vivais une ère où l’individualité et l’affirmation de soi-même étaient complètement négligés et oubliés. C’est ce roman de Romain Rolland qui m’a donné confiance en moi-même. On peut dire que pour la plupart des lecteurs aujourd’hui, ce n’est pas un chef d’œuvre, ni même pas un écrivain de première catégorie. Et pourtant, il m’a beaucoup impressionné et même influencé. Pas seulement moi mais toute une génération d’écrivains chinois.

Vous êtes présidente de l’Association nationale des écrivains de Chine. Comment se porte la littérature chinoise aujourd’hui ?

Mme T. N. : Je pense qu’à l’issue de ce colloque, vous aurez la réponse à votre question. Ce matin M. Wu Yuetian a présenté la situation de la traduction des ouvrages en Chine ; Mme Kun Xu présentera l’écriture féminine pendant trente ans ; en fin d’après midi, M. Jiang Yun va présenter l’écriture littéraire sur Internet, une pratique en constante progression en Chine aujourd’hui ; il y a enfin Mme Zhang Yun qui nous entretiendra sur les identités et la mondialisation. Tout çà, c’est l’image globale de la littérature chinoise aujourd’hui, mais je préfère que vous puissiez faire votre propre opinion à l’issue de ces rencontres.

Propos recueillis à Paris par : Etienne de Tayo

dimanche 29 novembre 2009

KOFI YAMGNANE : "quels sont ces intérêts français en Afrique, si importants et si occultes pour que seuls les dictateurs puissent les protéger?


Comme il l'avait déjà fait en 2005, Kofi Yamgnane, le plus togolais des Bretons ou le plus Breton des Togolais, c'est selon, vient de se porter candidat à l'élection présidentielle de février prochain au Togo. Comme déjà en 2005, ses adversaires avancent essentiellement deux critiques pour tenter de le disqualifier : la méconnaissance des réalités du Togo du fait de son expatriation précoce; risque de recolonisation du Togo au travers de celui qu'on présente volontiers comme un néo-colon. Accusation trop facile qui pourtant a souvent des apparences de vraisemblance mais qui ne résiste pas à une analyse sérieuse pour peu qu'on donne la parole à l'intéressé.
Bien qu'il ait été introduit dans le saint des saint du pays des Gaules, l'enfant de Banjeli, dans le pays Bassar au nord du Togo, est resté profondément africain. La preuve, ce bracelet de connexion à ses ancêtres, à lui légué par ses parents et, qu'il porte constamment à son poignet. Il n'y a aussi qu'à rappeler que Kofi Yamgnane est cet Africain qui a enrichi l'identité française et même européenne, en créant à Saint-Coulitz, la ville dont il était Maire, le conseil des Sages, laquelle expérience a depuis été adopté par d'autres communes en France d'abord, dans d'autres pays européens ensuite et rayonne désormais sur l'Europe.
Depuis qu'il a pris ses quartiers à Lomé il y a plus d'un an, Kofi Yamgnane dit avoir déjà foulé le sol de 4200 des 4885 villages que compte le Togo. Et il promet combler les 600 restants avant la présidentielle. Il parcours ces villages non pas en touriste, mais en vendeur d'espoir à un peuple désabusé et apeuré qui partout, trouve les dernières ressources pour entonner avec lui ce refrain de son slogan de campagne : Esu nè nè : "çà suffit comme çà". Sûr qu'au sortir de cette expérience d'imprégnation, il ne sera plus le blanc bec de la politique togolaise dont l'accable ses adversaires. Et d'ailleurs, il laisse entendre qu'il y a 40 ans, lorsqu'il se faisait projeter par la marée noire sur les côtes bretonnes, il ne connaissait rien à la France, ni des Français. Et pourtant, il est devenu un notable de ce pays. Pourquoi pas le Togo où sont enfoncées ses racines et avec lequel la reconnexion peut de ce fait être plus rapide?
De passage à Paris en octobre dernier, Kofi Yamgnane s'est vu accuser de vouloir remuer ses réseaux français pour faire main basse sur le pouvoir au Togo. Accusation qu'il réfute en rappelant à souhait qu'il n'est pas le candidat de la France même s'il compte au sein de la communauté internationale en général de solides relations pouvant être mis au service du développement du Togo. S'il avoue avoir rencontré les autorités françaises et même européennes, c'est surtout, dit-il, pour attirer leur attention sur ce qui se passe au Togo afin qu'il anticipe sur les pressions à mettre sur les autorités togolaises fortement soupçonnées de tripatouillage électorale.
Il dit aussi vouloir profiter de son statut d'icône médiatique pour ameuter la presse afin qu'elle braque ses projecteurs sur le Togo. Il veut profiter de ce que les dictatures ont la crainte et même la peur des journalistes puisque leur action s'apparente à de la lumière sur un monde obscur, pour obtenir des élections transparentes au Togo. Et à ceux qui trouvent la cause presque perdue, il rappelle qu' c'est lorsque tout semble inespéré qu'il faut justement essayer.


Nous l'avons rencontré dans une interview à bâtons rompus.


Désormais, vous êtes beaucoup plus présent du coté du Togo que de la France où vous avez pourtant fait vos classes politiques. Comment se passe cette autre reconversion politique et même identitaire ?

Kofi Yamgnane : Il y a plus d’un an que je suis sur le terrain. Maintenant, c’est la campagne qui est rentrée dans sa phase déterminante. A ce jour, j’ai visité beaucoup de villages pour regarder les Togolais dans les yeux. Il y a 4 885 villages au Togo, j’en ai visité 4 200 environs. Il me reste donc 600 à peu près à visiter. C’est ce que je vais faire en rentrant demain à Lomé. J’ai vu les Togolais, j’ai compris leur problème que je ne connaissais pas de façon aussi prégnante. Et aujourd’hui, le Togo n’a plus de mystère pour moi. Plus que jamais, çà doit changer. Esu nè nè : « ça suffit comme çà ».

En quelques mots, c’est quoi le problème des Togolais ?

K. Y. : Le Togo est un pays qui est improbable, un pays où la liberté d’aller et venir, les libertés politiques sont constamment entravées, un pays où l’impunité, les crimes économiques et de sang meublent le quotidien des populations. En gros, la liberté n’existe pas et cela pose problème. Les gens ont faim. Il y a des Togolais qui se réveille le matin et ne sont pas sûrs d’avoir quelque chose à manger avant le coucher du soleil. Les gens ne peuvent pas se soigner. Ceux qui ont les moyens vont se faire soigner dans les hôpitaux occidentaux. L’école s’est médiocrisé de façon absolument ahurissante. On trouve des classes de 120 à 140 élèves. L’Etat d’est désengagé de ses missions régaliennes puisque c’est les parents qui construisent les écoles, qui recrutent les maîtres et les payent. La jeunesse togolaise est au chômage. Elle est sur les motos qu’on appelle « Zébidjan », c’est épouvantable.

Dans vos messages de campagne, vous usez constamment de la métaphore du football et plus précisément celle du joueur providentiel qui doit enfin transformer le cinquième penalty. Pouvez-vous expliciter cette métaphore ?

K. Y. : La métaphore est celle du football et la voici : Il y a une équipe qui joue contre la nôtre et nous obtenons un premier penalty. On désigne notre meilleur joueur mais il tire et la balle ne rentre pas. On a un deuxième penalty, un troisième, un quatrième. Mais comme c’est vraiment le meilleur, on le choisit à chaque fois. Il tire çà ne rentre pas. L’idée c’est de dire qu’au cinquième penalty, peut-être que nous les joueurs sommes idiots, peut-être que le coach ne comprend rien au foot. Mais quand même, je pense qu’au cinquième penalty, nous devons changer de tireur. Et je veux être ce cinquième tireur là.

On parle généralement de la fraude électorale qui est un phénomène presque chronique en Afrique et pas en Afrique seulement d’ailleurs. A chaque fois les opposants parlent de leur victoire volée mais finissent par accepter le fait accompli, par résignation ou par contrainte. Qu’avez-vous pour protéger votre victoire le cas échéant ?

K. Y. : Au Togo, depuis qu’on vote en 1993, le RPT, parti au pouvoir, n’a jamais gagné aucune élection. Il les a prises par la force parce que ceux qui ont gagné ne sont pas aller chercher leur victoire. L’idée c’est instituer un recollement des votes et un collectage des voix qui me permet de dire dès le lendemain que voilà les vrais chiffres sortis des urnes. C’est pour lutter contre la fraude qui est massive au Togo, l’achat des consciences, l’empêchement physique, la falsification des listes électorales et des PV.

Maintenant, alors que le terrain des opérations c’est au Togo, qu’est ce que vous êtes venus faire à Paris ?

K. Y. : Je ne suis pas venu faire campagne à Paris, elle se passe au Togo. Je suis venu attirer l’attention des pouvoirs publics français et des médias sur ce qui se passe au Togo et ce qui risque d’arriver si l’élection du 28 février n’est pas transparente, il y aura des violences et il y aura encore des morts. Ce que je veux prévenir, c’est que les pouvoirs politiques français et la communauté internationale ne viennent pas pleurer ensuite et verser sur nous des larmes de crocodiles parce qu’il y a eu des morts. Je leur demande de tout faire pour qu’il n’y ait pas de morts. S’il n’y a pas de tricherie, il n’y aura pas de contestation et donc pas de violence. Je souhaite que le maximum de journalistes aille au Togo afin que les caméras, les appareils photos, les yeux humains, les crayons et les papiers soient témoins. C’est pour çà que je suis en Europe.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes venus chercher des soutiens dan votre pays d’adoption, que vous venus réveiller vos réseaux pour prendre le pouvoir au Togo ?

K. Y. : Je ne suis pas venu demander à personne d’aller chercher le pouvoir pour moi. C’est contre productif. Je ne suis pas le candidat de la France. Je suis un Togolais qui veut travailler à la libération de son pays, point. Evidemment, c’est une campagne qui coûte cher. S’il y a des gens qui sont prêts à m’aider, je suis près à prendre. Mais je ne veux pas qu’une entreprise me lie les pieds et les poings en me donnant deux ou trois millions d’euros pour faire la campagne. Je ne veux pas de ça. Je veux que la diaspora africaine, la diaspora Togolaise et tous les démocrates donnent 5 euros celui-ci, 10 euros celui là. C’est de çà que j’ai besoin et pas des mercenaires de la politique.

On parle d’une officine sur les Champs-Élysées par où il faut passer pour se faire offrir le pouvoir en Afrique. Voulez-vous me dire que vous dérogerez à cette règle ?

K. Y. : Ce sont les Togolais qui m’ont révélé çà. Ils disent que c’est la France qui donne le pouvoir en Afrique francophone. Ils m’ont dit : « il y a une officine sur les Champs-Élysées, c’est par là qu’il faut passer pour devenir président ici. Est ce que tu es déjà passé là bas ? » M’ont-ils demandé. J’ai dit : non je ne suis pas passé parce que je n’ai pas trouvé d’officine. C’est vrai que les intérêts français sont importants en Afrique. Mais la question qu’il faut se poser c’est : quels sont ces intérêts français si importants et si occultes pour que seuls les dictateurs soient en capacité de les protéger? Pourquoi un républicain, pourquoi un démocrate ne pourrait pas protéger les intérêts de la France en Afrique. C’est çà la question à laquelle je demande à la France de répondre.

Propos recueillis à Paris par : Etienne de tayo

vendredi 13 novembre 2009

L'Afrique que les médias occidentaux ne montreront jamais

THE AFRICA THEY NEVER SHOW YOU

JUST ANOTHER SIDE OF MAMA AFRICA

Created and edited by : Lo Nyambok

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jeudi 12 novembre 2009

AFRIQUE-CHINE : LA MOISSON AFRICAINE DE CHARM EL CHEIKH

La 4e conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), s'est tenue récemment à Cham El Cheikh en Egypte. L'occasion était ainsi donnée aux deux parties chinoises et africaines, d'évaluer les promesses chinoises faites en 2006 via le plan d'action de Beijing pour la période 2007-2009.

De l'avis du président de l'Union africaine Jean Ping, ces engagements de la Chine ont été très largement appliqué : "la Chine a déployé de nombreux efforts pour réaliser ses promesses vis-à-vis des pays africains", a-t-il souligné. C'est dans ce cadre, entre autre, que les investissements directs chinois en Afrique sont passés de 491 milliards de dollars en 2003 à 7,8 milliards de dollars fin 2008. Quant aux échanges commerciaux, ils ont décuplé passant d'une dizaine de milliards de dollars en 2000 à 106,8 milliards de dollars en 2008.
A l'ouverture des travaux, le premier ministre chinois a tenu à dire ce qu'il pense de l'aide chinoise à l'Afrique et du développement de l'Afrique : "L'aide chinoise à l'Afrique n'a pas été et ne sera pas liée à des conditions politiques (…) L'Afrique est capable de faire face à ses problèmes par elle-même", a-t-il souligné. Sur le développement de l'Afrique, le premier ministre chinois pense qu'il "passe essentiellement par une prise en compte des réalités de l'Afrique. C'est le modèle africain qui va faire le développement de l'Afrique même si le développement de tout pays ne peut se passer de l'apprentissage des autres".
Du discours du premier ministre chinois, il ressort que la Chine a donné à sa coopération un contenu à la fois économique, social et environnemental. Face à une Afrique qu'elle veut soudée, unie, parlant d'une seule voix tout en regardant dans la même direction que Beijing, la Chine a pris de nouveaux engagements en direction du continent. Si le grand public n'a pu retenir que les crédits préférentiels bonifiés, c'est parce que les médias occidentaux en ont décidé ainsi dans le but de brouiller le message et d'apporter un soutien substantiel à leurs gouvernements en lutte contre ce qu'ils qualifient de péril jeune. Et pourtant, ce sont 8 promesses concrètes que la Chine a faites à l'Afrique. Ces promesses, les voici :
- Réalisation de 100 projets écologiques en Afrique dans le cadre du partenariat sino-africain sur le changement climatique;
- Promotion de la coopération dans le domaine de la science et de la technologie avec à la clé 10 projets de recherche conjointement avec les Etats africains;
- Fourniture de 10 milliards de dollars de crédits préférentiels bonifiés aux pays africains ainsi qu'un fonds spécial d'un milliard de dollars aux PME africaines;
- Ouverture davantage du marché chinois aux produits africains et offre d'un tarif douanier zéro à 95% des produits des pays les moins avancés africains;
- Mise en place dans le cadre de la coopération agricole de 20 centres agricoles de démonstration technique en Afrique et l'envoi de 50 équipes techniques agricoles et la formation de 2000 agronomes africains;
- Fourniture dans le domaine de la santé des équipements et autres matériels médicaux d'une valeur de 5 milliards de yuans (plus de 700 millions de dollars) et formation de 3000 médecins et infirmiers africains;
- Construction d'ici 2012 de 50 écoles d'amitié sino africaine en Afrique et fourniture de 5500 bourses aux étudiants africains avec un dispositif simplifié d'obtention des visas;
- Promotion des échanges intellectuels.
C'est vrai qu'ainsi décliné, l'aide chinoise à l'Afrique semble épouser le cliché qui voudrait que l'Afrique soit toujours en attende de subsides pour son développement. Mais ee n'est qu'une impression. Car, la coopération sino-africaine, une coopération sud sud entre partenaires qui se comprennent et se respectent, s'inscrit parfaitement dans la vision globale de l'Afrique qu'avaient eu à l'origine les panafricanistes tels Kwame Krumah et les initiateurs du Népad ont prolongé d'une certaine façon. La Chine sait que les rapports bilatéraux la liant à chaque pays africains isolément ne contribueront pas au développement de l'Afrique. Parce que, contrairement aux autres, la Chine a un souci du développement de l'Afrique. Les initiateurs du Népad avaient compris que l'Afrique ne peut se développer qu'en transcendant et en dépassant les divisions imposées par la colonisation et à adopter une vision d'ensemble du développement par les grands ensembles régionaux et les grands projets continentaux. C'est pourquoi, l'union africaine doit être un interlocuteur privilégié entre la Chine et l'Afrique.

Etienne de Tayo
Promoteur Afrique Intègre
http://www.edetayo.blogspot.com/

mardi 3 novembre 2009

ANNIVERSAIRE : CE QUE OBAMA APPORTE A L'AFRIQUE

Cette réflexion a été rédigée à la demande du journal Italien "La Stampa" qui réalisait un dossier sur l'anniversaire de Barack Obama à la Maison Blanche. La substance de l'article est consultable via le lien ci dessous :

http://www.lastampa.it/redazione/cmsSezioni/obamannodopo/200911articoli/48930girata.asp
L'élection du président Barack Obama à la tête des Etats-Unis, le 04 novembre 2008, a suscité un grand espoir chez les Africains en même temps qu'elle les a comblé de fierté. Certains, surtout ceux qui sont constamment dans l'attente d'une hypothétique assistance extérieur, n'ont pas hésité à y voir une chance pour le développement de l'Afrique. D'autres encore, qui n'attendent pas forcément l'aide, souhaitent voir Obama user de son influence pour débarrasser l'Afrique de ses dictateurs.
Je voudrais, un an après l'arrivée du président Obama à la Maison blanche, questionner cet espoir, dire ce qu'il doit être et ce qu'il ne doit pas être. Je pose d'abord comme postulat que le développement de l'Afrique dépend en priorité des Africains. Et là, je rejoins le président Obama qui dans son discours d'Accra au Ghana invitait instamment les Africains à se prendre en main : "nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique", soulignait-il. Je l'avais déjà posé en thèse de mon ouvrage coup de gueule au G8, "Pour la Dignité de l'Afrique, laissez-nous crever".
L'Africain, celui qui a une conduite digne, celui qui a pris conscience de ce qu'il est en réalité indépendamment des clichés dénigrant qui circulent à son sujet, cet Africain là n'attend aucun apport extérieur, en terme d'aide ou de prêt, ni d'Obama ni d'aucun autre président. Obama le dit d'ailleurs clairement aux Africains : "Le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre coeur", dit-il.
Barack Obama a été élu président de Etats Unis et non celui de l'Afrique ou même du Kenya d'où est originaire son père. Le président Sénégalais Abdoulaye Wade le rappelait fort opportunément. Toutefois, Obama est une chance immense pour la désaliénation de l'Africain et finalement pour la Renaissance africaine. Pour contribuer au développement et au rayonnement de l'Afrique, l'Africain a besoin d'une profonde transformation. Obama est un homme qui a réussi sa propre transformation en se débarrassant de ce que Frantz Fanon qualifiait de complexe de nègre. Ce manque d'audace qui caractérise généralement les Noirs et les maintient souvent au bas de l'échelle sociale comme la pierre sur laquelle il est attaché maintient le cadavre au fond de l'eau.
De par son élection à la tête des Etats Unis, de par son action à la tête de cet Etat phare du monde, Obama apporte à l'Africain la substance nécessaire à sa propre transformation. Cette substance, c'est la fierté, c'est la dignité, c'est l'audace, c'est la soif de réussir. A ce titre, le "Yes We Can" intraduisible de Barack Obama, pour l'Africain va au-delà du simple slogan de campagne électoral pour devenir, pour le Noir, un art de vivre, un signe distinctif et un cri de ralliement. Si vous voulez, la réussite de Obama est une source de motivation, au sens du management, pour l'Africain. En le comblant de joie et de fierté, elle contribuera à sa désaliénation et lui permettra d'avoir plus d'assurance et plus confiance en lui-même, d'aller au fonds de lui-même puiser la ressource qui y était bloqué par des siècles d'oppression et d'humiliation. Cet espoir transparaît dans le discours d'Obama à Accra lorsqu'il déclare que : "ce seront les jeunes, débordant de talent, d'énergie et d'espoir qui pourront revendiquer l'avenir que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé".
Ce dont l'Africain a besoin, c'est une véritable prise de conscience de ce qu'il est réellement et de ce qu'est réellement ce continent qui lui est cher. L'Afrique, c'est le continent le plus riche de la planète : riche en ressources naturelles, riche en ressources humaines, riche par sa démographie (près d'un milliard d'habitants), riche par la jeunesse de son peuple (plus de 50% de la population). L'Afrique c'est le continent premier d'où était parti la race humaine pour essaimer dans le monde. C'est aussi le continent d'où partira le bonheur du monde. Obama l'exprime en ces termes en s'adressant aux parlementaires ghanéens et à travers eux, à tous les Africains : "votre prospérité peut accroître la prospérité des Etats Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé et à la sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l'homme pour tous les peuples". Mais les circonstances de l'histoire ont fait qu'on inculque aux Africains et à l'Afrique, la conscience de pauvre, "la partie du monde où on ne veut voir que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable". Et malheureusement, ce destin tragique, l'Afrique l'a endossé, les Africains l'ont intégré. Le problème aujourd'hui c'est d'amener l'Afrique à une prise de conscience de riche qu'elle est. Obama, qui lui même a réussi sa transformation notamment en se débarrassant de tout complexe, peut aider l'Africain à cette transformation, à cette prise de conscience. Donc, il ne s'agit pas de donner à l'Afrique, on ne donne pas à un riche. C'est ce que Obama dit lorsqu'il soutient que, "le véritable signe de réussite n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal mais si nous sommes partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur".

Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
www.edetayo.blogspot.com