mercredi 7 octobre 2009

LE CENTRALIEN ET LE SYSTEME


Ainsi, Célestin Ndonga, directeur général de Electricité du Cameroun (EDC) a finalement été viré de son poste à l'issue du conseil d'administration extraordinaire du 24 juillet dernier. Il a perdu la partie de bras de fer qui l’opposait au conseil d’administration, certainement du fait du démantèlement de son réseau suite au remaniement ministériel de juillet dernier. Certaines informations au Cameroun le disait proche de l’ancien Premier ministre Inoni Ephraim, lui même viré lors de ce remaniement. Ainsi va le pays : « lorsque le quelqu’un de quelqu’un n’est plus quelqu’un, le premier quelqu’un se retrouve généralement dans des sales draps ».

Officiellement, il était reproché à Célestin Ndonga "la signature d'une convention avec les coréens au sujet de la construction d'une centrale à gaz à Douala dans le cadre du programme d'urgence du développement du secteur de l'énergie au Cameroun". Mais d'après les observateurs, il ne s'agit que de la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
Déjà dans un article titré : « un centralien électrocuté », le journal « Mutations » du 26 juin dernier relatait les déboires de Célestin Ndonga à la tête de la société d’Etat où le conseil d’administration l’a presque étalé. Célestin Ndonga, l’homme aux dreadlocks n’est certainement pas le plus célèbre des centraliens du Cameroun. Les plus célèbres dont les noms ressortent des archives de l’école Centrale de Paris sont : Justin Ndioro et Thomas Dakayi Kamga, tous deux anciens membres du gouvernement. L’histoire ne dit pas s’ils sont célèbres parce qu’ils ont réussi dans l’administration de leur pays ou célèbres parce qu’ils étaient parmi les plus brillants de leur promotion. Le premier, Justin Ndioro, a eu un parcours professionnel sans faute et s’est presque tué à la tâche au service du Prince. Quant à Thomas Dakayi Kamga, lui aussi décline un parcours professionnel époustouflant. Mais, il doit désormais se faire petit pour ne pas être repéré par le fameux « Epervier », pour passage à la tête de la défunte Camair. Non pas qu’il se reproche quelque chose ou qu’il soit déjà dans l’œil du cyclone, mais parce ce que comme on a l’habitude de dire au Cameroun, « on ne sait jamais ».
Mais le malheur qui arrive à Célestin Ndonga - qui n’est d’ailleurs qu’un épiphénomène, une virgule dans l’immense pièce mélodramatique que jouent et chantent désormais les anciens gestionnaires de la fortune publique au Cameroun - nous permet plutôt de nous interroger sur le sort qui est souvent celui des diplômés de certaines grandes écoles, en France ou ailleurs en occident, une fois revenus servir le pays. Ceci, parce que, tout compte fait, le fait de présenter quelqu’un comme polytechnicien, HEC, centralien ou Saint Cyrien a toujours été appréhendé par l’assistance comme une marque de prestige et les concernés en tirent très souvent une singulière respectabilité. Avec une pointe d’admiration pour ceux qui ont réussi à faire un parcours prestigieux et avec des regrets pour ceux qui n’ont pas pu tirer leur épingle du jeu. On entend souvent dire : « Et pourtant il avait tout pour réussir ! ».
Nous prendrons juste un échantillon, certainement pas représentatif, des diplômés de quelques grandes écoles réputées dans les pays occidentaux et voir comment ils ont eu des fortunes diverses et nous interroger sur le pourquoi de ces fortunes diverses :
- Les Polytechniciens : le général de corps d’armée Nganso Sunji Jean, actuel inspecteur général des armées; l’honorable Jean Jacques Ekindi, entrepreneur infortuné, homme politique et actuellement député à l’Assemblée nationale ; André Siaka, directeur général des Brasseries du Cameroun et ancien patron des patrons du Cameroun ; Christian Penda Ekoka, consultant; Alphonse Siyam Siwe, ancien ministre récemment condamné à la prison à vie pour détournement de fonds publics.
- Les HEC : Elisabeth Tankeu, ancien ministre et actuellement commissaire à l’union africaine ; Jean Pascal Zoleko, ancien entrepreneur infortuné à la retraite ; Célestin Bedzigui, ancien dirigeant infortuné de sociétés et homme politique à la tourmente, actuellement exilé aux Etats Unis.
- Les Saint Cyriens : le général d’armée Pierre Sémengue, contrôleur général des armées, longtemps, l’unique général de l’armée camerounaise ; le colonel Edouard Etonde Ekoto, très redouté sous Ahidjo et mis à la retraite anticipée, démystifié sous Biya et actuellement pensionnaire à la prison centrale de Douala pour détournement de fonds publics ; le général de division Meka René Claude, actuel chef d’état major des armées ; les généraux de division Jean René Youmba, et Philippe Mpay ; le général de brigade Tchemo Hector Marie ; le capitaine Waffo Robert, bloqué au grade de capitaine jusqu’à son décès, pour insolence notoire.
- Les centraliens : Jean David Bilé, ancien patron de Aes Sonel ; Emmanuel Bityéki, ancien pensionnaire de la prison politique de Tcholliré pour distribution de tracts sous Ahidjo et néanmoins inventeur des fondements mathématiques du football ; l’honorable Christophe Eken, député à l’Assemblée nationale et actuel président de la chambre de commerce.
Qu’ils aient été dans la fonction publique, le secteur privé ou qu’il aient voulu tout simplement se mettre à leur propre compte, certains de ceux que nous nommerons sous le vocable générique de centraliens ont eu très peu de fortune lorsqu’ils ont voulu se déployer dans le secteur privé notamment en créant des sociétés. Le cas de Jean Jacques Ekindi est à ce titre édifiant. D’autres, intégrés aussi bien dans l’administration publique que dans les entreprises privées ont eu maille à partir avec le système qui souvent n’a pas manqué de les broyer. C’est justement le cas de Célestin Ndonga contre qui les récriminations du conseil d’administration sont édifiantes.

Péchés mignons
Dans une de ses résolutions, le conseil d’administration, qui a certainement été fatal à Célestin Ndonga, relevait ce qu’elle considérait alors comme des manquements de la direction générale et décide de la « suspension de certains pouvoirs du Directeur Général par la limitation de sa capacité à engager financièrement la société, notamment à travers l’instauration d’une double signature de tous les actes à caractère financier ». Et pour parer à toute éventualité, le conseil d’administration « a désigné l’administrateur représentant la tutelle financière comme co-signataire ». Pour justifier ce désaveu doublé de suspicion, le conseil d’administration soutient que « la Direction Générale fait preuve de dispersion dans l’exécution des missions de la société ; que l’action de la Direction Générale est caractérisée par de graves lacunes dans la compréhension et la mise en œuvre des procédures prévues par la réglementation en vigueur dans les entreprises du secteur public et para-public au Cameroun ; que la gestion financière de la société par la Direction Générale est peu conforme aux règles, normes et procédures généralement admises et prévues par la réglementation en vigueur ».Un tel coup de semonce porté à un gestionnaire de la fortune publique serait passé totalement inaperçu si le mis en cause ne se présentait pas sous le vocable prestigieux de centralien. Comment donc comprendre que des gens qui ont été formé pour gérer aussi bien les hommes que les biens se voit sanctionné pour des fautes aussi élémentaires ? Où donc trouver le ver ? Dans le fruit ou sous la langue de celui qui consomme le fruit ? Autrement dit, les produits sortis des grandes et prestigieuses écoles des pays occidentaux sont-ils inadaptés pour les pays en voie de développement comme les nôtres ?
Le cas de Célestin Ndonga nous permet plutôt de nous interroger sur l’apport des centraliens mais aussi de tous ceux sortis d’autres écoles prestigieuses telles Polytechnique, Saint-Cyr et autres, à la promotion du développement du développement en Afrique. Autrement dit, l’environnement et le système en cours dans les pays africains sont-ils propices à l’appropriation du savoir dont sont détenteurs les centraliens ? Faut-il au centralien, une sorte de tropicalisation de son savoir pour mieux le mettre au service de son pays ? Au regard de ce qui arrive à Célestin Ndonga et à tous les autres « centraliens » qui ont échoué, nous pouvons nous interroger sur l’utilité des réseaux presque sectaires mis sur pieds par ces écoles et auxquels appartiennent les anciens lauréats.
Au Cameroun et dans la plupart des pays africains, « centralien » renvoie aux lauréats de la prestigieuse école de la rue Grande Voie Vignes à Châtenay Malabry au sud de Paris. Mais parfois, tous ceux qui ont décroché un diplôme d’ingénieur dans quelque école de France ou d’ailleurs en occident, peuvent aussi se présenter sous ce vocable pour profiter du prestige y afférent. Créée en 1829 par 4 personnalités ouvertes au développement de la science industrielle, l’Ecole centrale de Paris qui a ouvert une annexe à Pékin en 2005, a formé des ingénieurs de renom tels : Eiffel, Peugeot, Schlumberger, Blériot… La devise de cette école est : « sens de l’innovation, esprit d’entreprise, compétence de gestionnaire ». C’est dire si en lisant l’article du journal Mutations, les dirigeants de l’Ecole Centrale serait très gênés de voir un de leur produit pris dans les filets de la gestion d’entreprise, ce pourquoi ils sont d’ailleurs formés.

Et pourtant
Célestin Ndonga dont il est question ici a eu un parcours professionnel plutôt brillant jusqu’à ce qu’il se prenne le pied dans cette affaire de mal gouvernance présumée à la tête d’une société d’Etat. Pendant 15 ans, il a été directeur de l’industrie avant d’être nommé conseiller technique du ministre de l’industrie des mines et du développement technologique. Finalement, ce qui devait être pour lui un couronnement d’une carrière bien conduite, à savoir sa nomination à la tête de Electricité du Cameroun, s’avère être le révélateur des tares peut-être dissimulées.
Lorsqu’ils reviennent au pays auréolé de leur parchemin de centralien, les produits de l’école de Châtenay Malabry, et d’autres écoles de même calibre, intègrent un système et c’est à ce niveau que tout se joue. Ils retrouvent parfois leurs anciens camarades de classe qui n’ont pas pu aller aussi loin qu’eux mais qui du fait de l’ancienneté dans le système occupent déjà des positions parfois stratégiques. Ils retrouvent aussi les lauréats de ces grandes écoles qui les ont précédé au pays. Dans tous les deux cas, ceux qu’ils retrouvent ont de l’avantage sur eux du fait de la connaissance du système tel qu’il fonctionne. Soit il cherche à s’imposer au système en voulant le changer et il sera broyé par ce dernier avec l’aide des deux catégories de personnes citées plus haut, soit il obéit au système et alors, il pourra tirer son épingle du jeu. Toute la problématique de la réussite ou de l’échec des centraliens repose sur ce choix initial. Il lui revient de mettre son intelligence à profit pour explorer le système et apprendre à lui obéir.

Le système en questions
Le système est cet agencement de toutes les pratiques individuelles qui dans une société permet aux diverses parties d’un tout de s’imbriquer harmonieusement. Ceci est bien sûr une définition du système tel que nous le rêvons. Un système des comportements vertueux tel qu’il doit fonctionner pour produire la société idéale. Le système, peut aussi être une sorte de monstre généré par les conduites perverses des hommes. Cet autre système, imbibé généralement de ce que Paul Biya a l’habitude de qualifier d’inertie, contribue plutôt à bloquer le vrai système de promotion du développement et de l’épanouissement de l’espèce humaine. Ce système pervers est très souvent le paravent derrière lequel certains dirigeants se cachent dans les sociétés modernes pour régler leurs comptes à leurs adversaires. Ainsi dira t-on d’une personne prise dans les filets de la justice et embastillée par exemple qu’elle est victime du système. Ce système est par essence complexe, inextricable, parfois incontrôlable, toujours insaisissable. Le système ne saurait être réduit à une personne ou à un groupe de personne. Même si parfois, il a des personnes plus ou moins zélées à son service. Toute personne qui prétend contrôler le système de bout en bout est dans l’illusion. Comme l’affirme Roland Cayrol à propos du système politique et médiatique, « le fonctionnement du système politique ou médiatique dépasse les individus et fait souvent d’eux les acteurs d’une pièce qu’ils n’ont pas souhaité écrire de cette manière ».
Le système est l'un des supports sur lequel repose le politique. C'est un peu la fondation sur laquelle il est bâti. Or, comme on le sait, la pratique politique n'est jamais un long fleuve tranquille. "Elle n'est pas seulement un constant procès où les sentences tranchées se succèdent, c'est une lutte, un jeu de forces concurrentes et souvent opposées". Au-delà du fait qu'il est institué par les hommes dans leur volonté d'administrer la cité, un système finit par devenir une entité vivante presque autonome. Ainsi, comme l'affirme Alain Lancelot, "chaque système a ses conceptions de l'avenir de la société. Il propose certaines fins à l'action publique et précise par quels moyens elles doivent être recherchées".
Dans un pays comme la France, le système est déjà très complexe. Il l’est davantage dans les pays de la post colonie où le système néo-colonial subsistant, forme avec le système local un cocktail parfois explosif. Ces systèmes s'alimentent le plus souvent des savoirs de croyances : "chaque système propose une explication des faits du présent mais par un curieux aveuglement, il retient seulement de la réalité, ce qui confirme ses thèses. Il paraît choisir les victimes qu'il faut secourir et les événements dont il faut s'indigner. Ces croyances sont nourries d'expériences et on ne peut pas avoir raison contre l'histoire".
Selon les cas, le système peut privilégier l’excellence ou la médiocrité. Mais en général, les systèmes, aussi bien en Afrique que dans les pays comme la France, se méfient des grandes intelligences et ont tendance à les briser pour les faire rentrer dans les rangs. Pour s’en rendre compte, il suffit de recenser sur une période donnée les majors des promotions des écoles de formation les plus prestigieuses et les suivre le long de leur carrière. La même expérience peut être menée par rapport aux derniers des promotions. En prenant uniquement le cas de la France, on peut constater comment Alain Juppé dont Jacques Chirac disait que « c’est le meilleur de nous tous », mène plutôt une carrière en dent de scie. Ou encore Laurent Fabius sur lequel Mitterrand avait tant misé. Au Cameroun, nous pouvons citer le cas de Frédéric Godwe, jeune polytechnicien diplômé de l’école de Yaoundé à 20 ans et présenté comme "le meilleur parmi les meilleurs de cette école". Nommé directeur général de la Sotuc au début des années 1980, à 23 ans, il a eu une fin de vie dramatique.

Dompter le système ou lui obéir
Le jeune cadre qui intègre la vie professionnelle ou bien le cadre issu de la diaspora qui arrive au pays, doit prendre le temps de savoir quelles sont les options du système mis en place : l'action ou l'inaction. Car, comme le souligne Alain Lancelot, "la portée politique de l'inaction peut être considérable et certains gouvernements ne sont connus que pour leur immobilisme : ils ont choisi le statu quo contre les sollicitations opposées de l'action et de la réaction". C'est seulement lorsqu'il aura analysé la nature du système que le cadre réellement intelligent doit définir sa propre stratégie de collaboration avec ce système. Face au système, il peut choisir d'adopter la sagesse du proverbe peul : "si la terre tourne, tourne avec elle". Il peut aussi choisir de ne pas tourner avec la terre, de se poser des questions sur cette terre qui tourne ou même tenter de l'arrêter de tourner.
Dans une société très politisée comme c’est le cas dans la plupart des pays francophones, le système est très hostile à l’intelligence pétillante. Ceci parce que c'est le profil politique du postulant qui est privilégié et mis en avant. Or, la pratique politique est le métier qui requiert le moins d’intelligence possible. Comme le disait Churchill, « faire la politique, c’est plus facile que faire cuire une omelette ». Au Cameroun sous Ahidjo, pour disqualifier ces genres d’intelligences, le régime les qualifiait de marxisants. Ainsi me disait Moussa yaya à propos de Victor Kanga : « il était intelligent mais un peu marxisant ». Une façon de les mettre au banc de la société et de les livrer au système dans ce qu’il a de plus meurtrier. Pour assurer la reproduction du système, il est procédé à la promotion, si ce n’est de la médiocrité, mais des intelligences très moyennes. Celles qui ne poseront pas trop de questions, qui n’auront pas une approche trop intelligible de la gestion des affaires mais se contenteront de reproduire à l’identique des faits et gestes de leurs devanciers et à se laisser conduire par le système. Dans un tel système, comme le dit si joliment Charly Gabriel Mbock, "on ne se soutient pas, on se tient".
Mais cette prudence a son revers. Dans la majorité de ces pays fonctionne aujourd’hui un système fou que plus personne n’arrive à dompter, à contrôler. Ceci parce que, comme des virus, les travers du système ont tellement muté au point de devenir résistant à tout traitement. Dans sa phase la plus achevée, tout système qui se referme sur lui même, est comparable à une révolution trahie. C’est à dire celle qui se nourrit de ses fils. Il commence d’abord par broyer ceux qui lui sont réfractaires. Pendant ce temps, ceux qui croient le contrôler exultent, jusqu’au jour où eux-mêmes sont atteints et broyés. Ce système là génère aussi un pouvoir fragmenté. En fait, on parlerait mieux des pouvoirs lorsque chaque responsable croit détenir ou détient effectivement une parcelle de ce pouvoir et le gère à sa guise en se prenant pour le chef suprême. C’est ce qui fait dire que le Cameroun est un pays de 15 millions de présidents de la République. Regardez autour de vous et vous constaterez que chaque Camerounais d’un certain âge est au moins président de quelque chose : une association familiale ou amicale par exemple.
Au moment où on parle de plus en plus d’une ouverture du pays aux cadres de la diaspora. Au moment où au sein de la diaspora, l’impatience se fait ressentir chez les potentiels candidats au retour, un effort d’adéquation entre les pratiques propres du pays et la norme internationale est absolument nécessaire. Si le pays veut réellement acquérir la plus value dont se prévalent les cadres de la diaspora, c’est à dire ceux qui ont acquis d’autres attitudes et se sont laissés mouler dans d’autres systèmes, il est impérieux de mener une profonde réflexion pour voir dans quelle mesure il faudra parvenir à une intégration optimale des ressources humaines de la diaspora dans le système sans que ceux ci se fassent broyer mais plutôt qu’il se laisse renouveler. Là est peut-être toute la problématique de la contribution de la diaspora au développement du Cameroun.

Etienne de Tayo
Promoteur « Afrique Intègre »
http://www.edetayo.blogspot.com/

dimanche 16 août 2009

SUZANNE KALA LOBE ET LES DIASPORAS : VOICI POURQUOI LA GUERRE N'AURA PAS LIEU


Une récente lettre ouverte de Suzanne Kala Lobé, chroniqueur(e) bien connue au Cameroun, adressée à la diaspora camerounaise, a provoqué une levée de boucliers de la part de certains membres de cette diaspora et a servi à entretenir un débat parfois très viril sur le Net et dans certains journaux. Ce qui a obligé la chroniqueur de la « Nouvelle Expression » à faire une deuxième sortie pour re-préciser sa pensée et tenter de recadrer le débat. Une sorte de méta-discours. Mais la polémique était déjà largement ouverte.

De toutes les critiques adressées à Kala Lobé et dont certaines volent malheureusement bien bas, il ressort trois griefs majeurs :
- Le déni de légitimité dont souffrirait Suzanne Kala Lobé, selon ses contempteurs, par rapport à l’interpellation de la diaspora et donc le déni de crédibilité dont souffrirait son message ;
- Un message démobilisateur d’une combattante fatiguée qui doute désormais du sens et de l’issue du combat ;
- Une tentative de positionnement sur la tard d’une personne qui souhaite bien rattraper le temps perdu.
Pour qu’une communication passe sans encombre dans un public cible, il faut que le problème soit et se donne à comprendre sans ambiguïté. Il faut que le sujet parlant justifie d’une certaine légitimité, sinon d’une légitimité certaine, que lui offre son statut pour le poser. Il faut que le contexte se prête à une telle communication pour en fournir le prétexte. Enfin, il faut qu’il y ait une attente qu’elle viendra combler ou non : le bien fondé et l’opportunité de la communication.
Mais parfois, le mode d'inscription du discours dans l'espace public – et pour le cas d'espèce, une chronique interpellative choisi par Suzanne Kala Lobé - un imaginaire dit socio-discursif, construit de longue date, par les partenaires à l’échange, des savoirs préconstruits qui circulent dans l'interdiscours et surdéterminent le sujet parlant, tous ces éléments exogènes peuvent interagir et perturber sérieusement le sens de la communication. Cela conduit donc à ce que nous appelons polémique. C’est sans doute ce qui s’est produit dans la communication de Suzanne Kala Lobé. D'emblée, il faut faire remarquer que si l'énoncé de Kala Lobé a suscité une telle émotion discursive, c'est l que la prise de position claire et tranchée de la chroniqueur(e) de la Nouvelle Expression sur ce qu'elle considère comme une arrogance stupide de la diaspora camerounaise, a réveillé une sorte de mémoire polémique des rivalités antérieures entre les Camerounais du terroir et ceux de la diaspora. Une rivalité qui se déroulait jusque là sous des formes larvées.
Dans la présente réflexion, en tenant compte du fait que le sujet parlant est aussi surdéterminé par les dispositifs de communication dans lesquels il s'inscrit pour parler, lesquels lui imposent certaines places, certains rôles et certains comportements, je souhaite interroger la polémique née de la sortie de Suzanne Kala Lobé pour essayer de démonter les ressorts sur lesquels elle repose. Ce faisant, je visiterai l’imaginaire socio-discursif d’où sont partis plusieurs éléments ayant servi au brouillage du message, j'explorerai l'interdiscours pour voir comment d'autres discours antagonistes sont venus se heurter au sien. Il s’agira en fin de compte de visiter les questions suivantes en se projetant dans le moi de l'orateur(e) Suzanne Kala Lobé : qui suis-je ? De quoi je parle ? D’où je parle ? Et au bout du compte, on saura si l’orateur avait ou non qualité pour parler. S’il a qualité pour parler, il s’instaurera un débat intellectuel et on jettera l’eau en gardant le bébé. Mais s’il n’a pas qualité pour prendre la parole, il s’installera une polémique. Et on jettera le bébé avec l’eau du bain.

Qui ? Quoi ? Où ? Comment ?
Sur le problème, Suzanne Kala Lobé le pose clairement : il s’agit pour elle se d’interroger sur l’efficacité des stratégies déployées depuis toujours par les membres de la diaspora en vue de favoriser l’alternance politique dans leurs pays d’origine, le Cameroun pour le cas d’espèce. Il s’agit donc, plus d’un appel à l’évaluation du chemin parcouru, en vue peut-être d’une modification des objectifs et des stratégies, qu’un dernier baroud d’une combattante fatiguée et affamée comme le pensent certains. Au lieu d’une stratégie révolutionnaire, Suzanne Kala Lobé relève et dénonce auprès de ses compatriotes de la diaspora, ce qu’elle qualifie « d’idéologie de la contrebande ». Le positionnement de Kala Lobé qui ne peut pas être alimentaire comme le pensent certains découlerait plutôt d'un déchirement intérieur d'une militante qui, déjà à dix huit ans, donnait des leçons de communisme à son bourgeois de père. Ce positionnement équivaut – toute proportion gardée bien sûr – à celui qu'a eu Aimé Césaire en rédigeant la lettre dans laquelle il marquait à Maurice Thorez, alors patron du parti communiste en France, son profond désaccord sur les pratiques attribuées au parti communiste de l'union soviétique sous Staline. Pour autant que je puisse interpréter son propos, ce n'est pas le combat que récuse mais les formes de combat qu'elle dénonce. Et je crois savoir qu'elle partage tout à fait cette conclusion de Aimé dans la conclusion de sa lettre à Maurice Thorez : "Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve". Autrement, Suzanne Kala Lobé ne rejette pas la diaspora dont elle reconnaît le rôle primordial dans le combat pour la modernisation du Cameroun. Elle a besoin d'une autre diaspora : "nous avons besoin de vous avec plus d'intelligence que celle que vous manifestez aujourd'hui. Nous avons besoin de vous avec plus d'humilité et un sens aigu de l'analyse", dit-elle.
Sur le statut de l’orateur, et au delà des querelles d’écoles, Suzanne Kala Lobé est une intellectuelle qui a réussi à se faire un nom au sein de l’intelligentsia camerounaise. Et on ne le fait pas en vendant des cacahuètes, mais en prenant courageusement position sur divers problèmes se posant à la société. Et le problème se posant à la diaspora camerounaise ne saurait faire exception à la règle. Lorsqu’on lit Kala Lobé, on comprend tout de suite qu’elle s’exprime avec ses tripes, qu’elle parle d’une thématique qui lui tient à cœur et qu’elle parle finalement d’un sujet qu’elle connaît et dont elle en fait sa préoccupation majeure. Il transparaît aussi dans son propos, une sorte d'insécurité discursive si souvent l'apanage des journalistes : "je sais que vous saurez me lire et je vois déjà vos objections. Mais çà, j'attends : je suis disposé au débat", dit-elle en conclusion de sa lettre. Mais l'insécurité discursive, les chroniqueurs en ont l'habitude : lorsqu'on rédige une chronique, on perd des amis et en gagnent d'autres. Comme dit Aimé Césaire, "il y a des alliés que nous impose le lieu, le moment et la nature des choses". Et ces alliés circonstanciels, nous les perdons aussi comme nous les avons gagné, c'est-à-dire au détour d'une phrase. En clair, "il n'y a pas d'allié de droit divin" dans un champ discursif. Certaines personnes dans la diaspora se sont senti visés par le propos de Kala Lobé, mais d’après moi il s’agissait plutôt d’un monologue. Il s’agit d’un récit de vie très engagé, d’une autocritique, parfois même autoflagellante, d’une combattante qui évalue le chemin parcouru, depuis cette lumière révolutionnaire perçue au jour de ses dix huit ans.
Suzanne Kala Lobé a donc la légitimité nécessaire pour s’adresser à la diaspora. Et son discours dans ce sens est tout à fait crédible. Ceci, parce qu’elle est un pur produit de la diaspora. Non pas de cette diaspora de ceux qui font « métro-boulot-dodo » et trouve juste un peu de temps pour signer un communiqué incendiaire mais une diaspora militante et surtout réflexive. Après avoir fait ses classes au sein de la diaspora, elle a pu conduire – avec succès ? Je ne sais pas – son retour et sa reconversion dans la société camerounaise. Et quand elle parle de répression ou de misère, ce ne sont aucunement des phénomènes rapportés, c’est parce qu’elle le vit et le sent en arpentant les rues de Kongmondo par exemple. Il faut simplement signaler que beaucoup des membres de la diaspora avaient aussi tenté l’expérience de retour au bercail mais sont depuis revenu se « mettre au chaud » en Europe. Et lorsqu’on leur pose la question, ils disent – pince sans rire – que leur vie était menacée au pays. C’est vrai que lorsqu’on les voit, certains de ces « combattants » ont même peur de leur propre ombre. Il faut aussi remarquer le fait que depuis très longtemps, certains membres qui ont logiquement terminé leur mission au sein de la diaspora, tergiversent face à la décision de faire leurs bagages pour ce pays qu'ils aiment tant. Ayant donc été membre de la diaspora, Suzanne Kala Lobé peut légitimement parler et peut-être même d’autorité des problèmes se posant à cette entité. Le ton un peu emporté se justifie pleinement, la colère est saine pour qui s’est, un seul jour, intéressé à la problématique de la diaspora dans ses rapports avec le pays d’origine.
Sur le contexte, il faut rappeler que le coming out de Suzanne Kala Lobé intervient à quelques mois de la célébration du cinquantième anniversaire de l’accession du Cameroun à l’indépendance. Il faut surtout rappeler qu’il y a bientôt cinquante ans, certains Camerounais, en majorité réfugiés dans la diaspora, s’étaient inscrits pour combattre le régime de Yaoundé qu’ils qualifiaient de fantoche, alors dirigé par Ahmadou Ahidjo, traité lui même de suppôt du colonialisme. Certains des combattants de cette diaspora là, dont Ossendé Afana peut être considéré comme l’icône, sont morts dans les conditions que nous savons en menant certainement le bon combat. Mais quant au régime dont on ne vendait pas cher la peau, il s’est enraciné au fil des années, a vieilli et a même donné un « enfant » qui lui aussi s’est enraciné, est en train de vieillir à son tour. Pendant ce temps, on rencontre, à ce jour, au sein de la diaspora camerounaise, certains « vieux combattants » - de véritables pièces de musée pour certains – qui continuent de tenir un discours complètement anachronique du genre de celui que tiendraient des soldats vietnamiens rencontrés dans la forêt et qui ne savaient toujours pas que la guerre avec les Etats Unis avait pris fin il y a près d’un demi siècle.
Le contexte est celui de la disparition brutale de Omar Bongo Ondimba. Avec cette disparition, qui ouvre la vacance du pouvoir suprême, beaucoup de Camerounais ont compris que le Gabon peut leur être si proche et que cela n’arrive pas qu’aux autres. C’est ainsi qu’on peut relever une mobilisation sans précédent au sein de la diaspora camerounaise où, depuis quelques temps, les membres rivalisent de regroupements associatifs, de mots d’ordre, de manœuvres diverses en vue de se positionner sur le bon couloir devant mener tout droit au trône du palais d’Etoudi.
Le contexte est aussi celui d’une diaspora qui, du fait des trajectoires diverses de ses membres, peine à s’homogénéiser pour se donner des objectifs communs et surtout peine à se crédibiliser aux yeux d’elle même, aux yeux des autorités camerounaises – c’est vrai que certains disent en avoir pas besoin – aux yeux du peuple camerounais et enfin aux yeux des partenaires du cameroun. Il s’agit d’une diaspora marquée par ses anachronismes, son incapacité à parfaire ses stratégies et à renouveler son discours pour l’adapter à la nouvelle donne.
Le contexte est enfin celui d’une volonté de plus en plus marquée des autorités camerounaise pour établir une connexion avec ce qu’elles appellent la diaspora positive, c’est à dire celle constituée de ce que le discours politique au Cameroun a toujours qualifié de « Camerounais de bonne volonté ». La dernière visite de Paul Biya à Paris et la rencontre qu’il a eu au pavillon Dauphine avec certains membres de la diaspora participe de cette démarche.
Face à une telle situation et à la décharge de Suzanne Kala Lobé, je me permets cette question : ne devrait-on pas poser un regard froid et critique sur la nature du combat de la diaspora ? Autrement dit, la nature et la situation des diasporas camerounaises ne commandent-elles pas qu’on s’interroge légitimement sur son efficacité par rapport à une proposition alternative ? J’espère qu’ayant fait le chemin contraire à celui de Suzanne, à savoir partir du pays pour m’installer provisoirement dans la diaspora, je témoignerai de suffisamment de légitimité pour ne pas me voir, à mon tour, pris à partie.
En principe, dans la situation de communication engagée par Suzanne Kala Lobé en direction des diasporas camerounaises, il y avait bien adéquation entre l’objet et le sujet parlant. De même que le contexte s’y prêtait parfaitement. Ce qui de fait, devait crédibiliser sa communication. Et pourtant, la polémique s’est installée. Voyons quel a été l’imaginaire socio-discursif qui a présidé au décryptage du message querellé.

En attendant le Grand Soir
Le message de Suzanne Kala Lobé est venu heurter un imaginaire électrique et mutuellement culpabilisateur, que se partagent depuis toujours, les Camerounais du terroir et ceux de la diaspora. Cet imaginaire est irrigué par un contentieux presque historique qui oppose les deux groupes. Pour aussi curieux que cela puisse paraître, la séparation que provoque le départ des autres Camerounais pour d’autres horizons, créé finalement deux groupes antagonistes qui se regardent en chiens de faïence et s’accusent mutuellement.
A la base du contentieux, il y a une accusation de trahison portée par les Camerounais du pays contre ceux de la diaspora. Même s’ils ne l’expriment pas souvent clairement, ils sont convaincus qu’en partant du pays, l’autre les a trahi en abandonnant le combat contre la misère pour aller se la couler douce dans une relative insouciance, dans la plénitude de toutes les facilités qu’offre la société du progrès. Ceci vient de ce que, quelque niveau qu’il ait et quelque position qu’il occupe, le Camerounais du pays est toujours sous le coup du mythe de l’occident paradis. Evidemment, cette posture génère un sentiment très proche de la jalousie et pousse à dresser un portrait très infantilisant des membres de la diaspora.
Dans l’imaginaire du commun du Camerounais du terroir, les membres de la diaspora sont caractérisés par leur incapacité presque congénitale à résister à la pression et surtout à se retrouver dans l’environnement du pays qu’on dit désormais trop complexe pour eux. C’est ainsi qu’ils sont qualifiés de « poulets de ferme », seulement utiles lorsqu’ils font un transfert d’argent ou lorsqu’ils font un présent.
En face, au sein de la diaspora, certains membres pensent à tort que le fait d’assister leurs frères et amis restés au pays, leur donne le droit de les traiter avec condescendance. De façon parfois inconsciente, ils enfilent très souvent la toge du maître. Influencé par les discours racistes, méprisant et dégradant de certains occidentaux à l’endroit des Africains, certains membres de la diaspora reprennent à leur compte les lieux communs et les stigmates contenus dans ces discours et les collent à leurs compatriotes. Ainsi, aux dirigeants africains, ils balancent du : « Tous des dictateurs, tous des corrompus ». Au peuple, ils servent du : « Tous des fainéants, tous des incultes, tous des pourris, tous des corrompus ». En conclusion, ils pensent que le salut du pays passe par eux, par leur arrivée aux affaires.
Le message de Suzanne Kala Lobé a été finalement pris dans le tourbillon de ces deux courants de discours aux antipodes. Ce qu’on appellerait en communication et plus précisément en science de langage, l’espace d’interdiscursivité. Et le fait qu’elle soit issue de la diaspora n’a rien arrangé. Elle pouvait ainsi facilement être taxée de traîtrise par ses anciens camarades qui, dans la diaspora – et ce malgré le poids de l’âge et l’usure du temps - sont toujours dans l’attente du Grand Soir.

Destins liés
La vérité ne se trouvant jamais aux extrêmes, je reviens rapidement au centre de cette réflexion pour rechercher des points de convergence pouvant rapprocher les deux groupes et contourner le piège du néocolonialisme. Il s’agit finalement juste d’un problème de respect mutuel.
Respect pour tous les Camerounais de l’intérieur qui, parfois au péril de leur vie, combattent les forces d’inertie afin de faire avancer le processus de démocratisation, offrir un peu plus de libertés aux Camerounais et contribuer au relèvement général de leur niveau de vie, condition nécessaire et suffisante à l’enracinement de la démocratie. Respect pour tous ceux qui hier dans la diaspora, ont pu vaincre la peur et ont décidé de s’installer au pays pour faire avancer les choses de l’intérieur. A coté de Suzanne Kala Lobé, on peut citer Abel Eyinga, Dominique Djeukam Tchameni – qui avait toutes les raisons du monde pour craindre pour sa vie – Sévérin Tchounkeu, Jean Claude Shanda Tonme, Thomas Patrick Eyoum à Ntoh… Ils auraient pu eux aussi rester en occident à écumer quelque université, créer quelque ONG pour demander l’aumône censé soulager les souffrances des populations au pays, en balançant en contrepartie le fiel contre les régimes dictatoriaux et corrompus. Ou encore faire des boulots de merde et sortir de temps à autre pour donner des leçons aux indigènes restés au pays. Non, ils ont choisi d’aller porter le message et le combat sur place. Cela mérite du respect.
Respect pour tous les membres de la diaspora qui, parfois, sans être directement engagé dans quelque combat, de par leur soutien financier et aux apports multiformes aux familles restées au pays, maintiennent fermé, le couvercle de l’irruption sociale, évitant des pics de violence et des sacrifices humains parfois inutiles comme en février 2008. C’est connu, les Camerounais de la diaspora se caractérisent par leur haut niveau de patriotisme parfois exacerbé. Chaque jour, s’appuyant sur leur carnet d’adresses et, dans le secret de leur bureau, sans tambour ni trompette, des Camerounais, occupant parfois des positions prestigieuses dans leur pays d’accueil, poussent chacun un pion en direction du Cameroun. Et de ce pion, sortira un projet qui contribuera à son tour à soulager une ou plusieurs familles dans l’arrière pays. Ils le font alors même qu’ils ont depuis acquis la nationalité de leur pays d’accueil, perdant par le fait même le bénéfice de la nationalité camerounaise au sens de la loi camerounaise en la matière. Ces actions secrètes méritent du respect.
Aujourd’hui, les Africains de la diaspora autant que ceux du continent, aspirent désormais légitimement à conduire le destin de leur pays à un plus haut niveau. Hier, Abdoulaye Wade et Boni Yayi sont partis de Paris pour conquérir le pouvoir respectivement au Sénégal et au Bénin. Aujourd’hui, d’autres ambitions de la diaspora africaine s’expriment. Kofi Yamgnane qui a conduit une brillante carrière politico-administrative en France, décide d’aller à l’assaut du pouvoir au Togo, son pays natal. Ceci, avec toutes les chances d’une ancien ministre français et détenteur de ce fait d’un puissant réseau de relations qu’il compte mettre au service du Togo. Dans les vestiaires de la diaspora camerounaise aussi, certaines personnes s’échauffent dans la perspective de 2011.
Finalement, le combat, le vrai qu’il faut mener, c’est contre la peur. La peur de l’autre, celle qui pousse à lui nier sa vraie valeur. La peur qui paralyse et inhibe l’action.

Etienne de Tayo
Promoteur Afrique Intègre
Doctorant en communication politique

jeudi 16 juillet 2009

A PROPOS DE MICHAEL JACKSON : JE PERSISTE ET SIGNE, RIEN QUE DE L'ALIENATION


Une vilaine rupture de ma connexion domestique m’empêche depuis près de deux moins d’avoir une activité normale sur le Net. C’est pourquoi, j’accuse un retard à répondre à certaines critiques par rapport à ma réflexion sur Michael Jackson intitulée : « Michael Jackson : le Noir qui voulait devenir blanc, rien de plus ».

S’agissant d’un certain respect que nous devons aux morts, je dois tout de suite dire que je ne suis pas un partisan de l’hypocrisie des cimetières. Celle qui transforme si souvent tous les défunts en hommes et femmes exemplaires. C’est pourquoi, sans cynisme aucun, je n’ai éprouvé aucune gêne à profiter de la mort de Michael Jackson pour dire ce que je pensais de lui, en tant que homme et en tant qu’artiste. Je souhaite en ce qui me concerne, qu’un tel témoignage sincère et sans complaisance puisse être fait le jour de ma mort, par un ami. Je lui en saurai gré. A tous les fans de Michael Jackson, je dis que j’aurai tant aimé les accompagner dans la rédaction de l’ode à l’immense star qu’il aura été ! Mais je ne peux tout simplement pas, parce que cela n’a pas été mon angle d’attaque de la réflexion, parce que je ne suis pas obligé de partager une certaine opinion sur lui et sur son oeuvre, fut-elle majoritaire et à la limite épidermique.
Je savais qu’en écrivant avec une certaine liberté de ton sur Michael Jackson, ses fans et tous ceux qui se sont laissés transporter par la vague hystérique de son aura d’artiste, trouveront tout à fait blasphématoire, ma prise de position. Et pourtant, je n’hésite pas un seul instant à assumer l’entièreté de mes propos et même le caractère éventuellement essentialiste que d’aucuns veulent bien y voir. J’assume par rapport à l’angle d’attaque qui a été le mien dans la conduite de cette réflexion et surtout par rapport au paradigme dans lequel j’ai voulu camper. Mon sujet pouvait tout à fait s’intituler : Michael Jackson et le combat des Noirs. Et se ramener à la question simple de savoir ce qu’il a apporté ou retranché à ce combat. Dans un contrat de communication, il est absolument nécessaire que l’énonciateur et l’énonciataire disposent ensemble d’un code commun devant les aider à décoder justement le message : la même langue par exemple. C’est ainsi que la communication devient impossible lorsque les deux personnes communiquent dans deux langues foncièrement différentes : le chinois et le français par exemple. Dans ma réflexion, le code se trouve être le combat des Noirs. Il est donc tout à fait normal que celui qui n’a jamais intégré ce combat ou qui ne l’a intégré que très superficiellement, n’y comprendre pas grand chose ou veuille y voir des choses que moi son vis à vis je ne vois point. Finalement, cette réflexion pourraît être utilisée comme un révélateur du militantisme des Noirs par rapport au combat qui est le leur. Certaines personnes l'ont trouvée à propos, juste et appropriée, ce qui sans doute témoignage de la flamboyance de leur militantisme. D'autres personnes par contre, l'ont trouvée déplacée, méchante et superfétatoire, cela pourrait témoigner sans doute de la tiédeur de leur militantisme. Il se pourrait aussi que ce soit le contraire.
Pour moi, au delà de l’immense artiste qu’il a été et le restera pour ses fans, je considère que, par rapport au combat des Noirs, Michael Jackson, malgré lui certainement - tout lui ayant été volé y compris son enfance et peut-être son humanité - n’aura été qu’un jouet, qu’une poupée animée aux mains des puissances d’argent et d’autres. Lesquelles puissances l’ont fait monter au firmament de l’illusion de la puissance et de la célébrité mais ont contribué finalement, en réalité, à détruire son image - et à travers lui l’image de tous les Noirs - pour n’en faire qu’un vulgaire « violeur d’enfants ». C’est à dire une ogre qui devrait plus repousser qu’attirer. Eh oui ! Ce à quoi, un nègre peut être naturellement ramené. Il aura ainsi incarné jusqu’à la caricature, le destin d’un Noir qui veut échapper à lui même. En me plaçant dans une perspective du combat des Noirs, je voudrai dérouler les thèmes de chansons de Michael Jackson et les thèmes de chansons de Bob Marley par exemple. Ce dernier nous a parlé de Marcus Garvey il a chanté « Africa Unite ». Qu’a chanté Michael Jackson ? S’insérant dans les clichés de ses maîtres, il a chanté contre la famine en Afrique. Validant ainsi l’idée répandue d’une Afrique affamée et peut-être maudite.
Au final, je constate qu’on ne pouvait rien tirer, sinon très peu de choses dans la vie de Michael Jackson, qui puissent aider le Noir à avancer dans son combat. Par contre, il y a beaucoup de choses dans ses choix de vie qui contribuent à maintenir le Noir dans l’aliénation, qui contribuent à la sublimation de la haine de soi dont souffrent encore tant de Noirs dans le monde. Par exemple, se décaper la peau pour échapper à la couleur noire, synonyme de celle du diable. Se faire opérer le nez pour l’allonger un peu et ne point ressembler à ces nègres maudits, aux nez épatés, pendus aux cordes meurtrières du Ku Klux Klan ou tout simplement pour ne plus ressembler à son propre père. Si on peut renier son propre père à ce point, quelle image voulez-vous qu’on laisse à la postérité des enfants qui veulent aimer leur papa malgré tout ?
J’assume mes propos d’un simple « noir qui voulait devenir blanc », parce que je suis convaincu de ce que, dans le combat des Noirs pour la conquête de leur dignité et de leur respectabilité, celui que nous a légué Marcus Garvey, Toussaint Louverture, Patrice Emery Lumumba, Steve Biko, Martin Luther King, Bob Marley, Myriam Makéba, Aimé Césaire, Ruben Um Nyobe… celui que continuent Nelson Mandela, Barack Obama et tous les autres… il y a plusieurs niveaux d’appréhension et de compréhension. Et ce sont ces niveaux qui déterminent de la qualité de la réflexion à mener par chacun dans la formation de l’opinion. Autrement dit, l’appréhension et la compréhension doivent se faire au niveau global et systémique, sinon, on n’aura que des parties éparses du puzzle. N’ayant que des parties du puzzle, on aura tendance à trouver l’autre, celui qui a une approche globale, inutilement excessif et même contre productif. Ce faisant, on fera aboutir la prophétie de Frantz Fanon selon laquelle, à une certaine étape de son combat, sans savoir ce qu’il fait, l’arme du nègre se retournera contre le nègre.
L’approche globale et systémique dont il est question ici nous permet de saisir la traçabilité des problèmes qui se posent à nous, de repérer ainsi les causes cachées, de remonter la filière pour démasquer les commanditaires dissimulés. Lorsque vous analysez les agissements d’un chef d’Etat africains en voulant l’appréhender comme un chef autonome et indépendant et non pas comme un simple maillon d’un vaste réseaux, non pas comme un concierge d’un immeuble dont d’autres personnes ailleurs que dans son pays revendiquent la propriété, vous aurez manqué beaucoup d’éléments de compréhension du problème posé. Autrement dit, lorsque vous appréhendez Michael Jackson, uniquement que comme un simple artiste et non pas comme une pièce de l’immense puzzle du show biz dans ce qu’il a de plus pervers, de plus mercantile, de plus méprisable, vous ne disposerez jamais de tous les éléments d’analyse. Vous aurez un jugement biaisé et vous vous laisserez constamment transporter par les nuages du star system.
Je constate que dans sa critique Mboa, dont j’apprécie souvent les prises de position parfois iconoclastes, demande de quel droit on doit se permettre de juger les autres. Mais nous ne faisons que çà lorsque chaque fois nous prenons notre plume pour rédiger quelques lignes. Sinon, on se la boucle et on s’occupe de sa petite famille. En tout cas, en ce qui me concerne, je n’ai jamais pensé que je puisse prendre ma plume pour amuser la galerie ou pour enfoncer des portes ouvertes ou encore pour accompagner l’esprit bien-pensant dans sa perdition.
Dans la critique de ma réflexion, j’ai vu passer aussi le mot jalousie que je considère totalement impropre à la situation qui est la mienne. La jalousie, dans une première acception, est la sentiment de possession qu’éprouve un amoureux envers son rival ou ses rivaux potentiels : mon mari est très jaloux, dira une femme. Or, je n’étais ni la femme, ni le mari de Michael Jackson. Dans une deuxième acception, la jalousie est le sentiment d’envie et finalement de haine qu’on éprouve face à une personne dont on envie justement la position. Ne pouvant pas atteindre cette position, on souhaite voir cette personne dégringoler et tomber dans notre position. Ainsi, étant désormais deux à souffrir de cette position, nous souffrirons moins, du moins, en aurons-nous l’impression. Or, Dieu seul sait que je n’ai jamais rêvé être chanteur ou danseur comme Michael jackson. Tout simplement parce que j’ai ma petite idée tout à fait iconoclaste par rapport à tout cela.
Lorsque vous regardez une danse, en ayant une approche méta réflexive, c’est à dire une réflexion par rapport à la réflexion, en dehors du fait que cela a été codifié et que la communauté des homme a décidé de lui attribué le nom de « danse », c’est à dire une expression corporelle validée, en quoi cela est différent de la gesticulation d’un malade mental ou d’un possédé. De même, lorsque vous regardez le football : 22 personnes qui courent frénétiquement derrière une boule, à part le fait que ce jeu a été codifié par les anglais et validé par la société, en quoi il est fondamentalement intéressant ? Et pourtant des centaines de millions de spectateurs et téléspectateurs se regroupent souvent pour se nourrir de son spectacle. Autrement fois, des Romains se passionnaient aussi pour des spectacles où des hommes se réunissaient pour voir des lions dévorer d’autres hommes. Depuis, le semblant d’humanisme qui s’est saisi des agissements des hommes nous a éloigné de telles atrocités. Demain certainement, d’autres valeurs viendront juger d’autres jeux et d’autres expressions culturelles des hommes.
Il découle de cette deuxième acception du mot jalousie qu’un pauvre peut être jaloux du riche, en souhaitant qu’il tombe en faillite et vienne le retrouver dans son état de pauvreté. Or, je n’ai jamais rêvé avoir beaucoup d’argent parce que pour moi, les problème d’un homme débutent au moment où le stock d’argent ou la fortune multiforme qu’il a accumulé dépasse sa capacité à s’en servir rationnellement et sereinement. Et c’est ici qu’on dit que l’argent est un mauvais maître. Je crois que je dois même mépriser, quelque part, les capitalistes primaires, ceux qui pensent que l’accumulation est l’alpha et l’oméga de la vie. D’un autre coté, je ne me considère pas comme pauvre autant que j’ai de la peine à considérer Michael Jackson comme ayant été riche, au sens d’une personne vivant dans l’opulence matérielle et dans le bonheur spirituel. Je crois qu’il était profondément pauvre, malheureux et même misérable. Un seul indice : lorsqu’il est mort, les médecins l’ont déclaré anorexique, un mot savant juste pour dire qu’il est mort en fait de famine, d’inanité, comme un enfant d’Ethiopie hier ou un enfant du Dafour aujourd’hui, du moins selon les clichés de ceux qui propagent ces images, comme n’importe quel prisonnier maintenu en réclusion. Dans l’estomac de Michael Jackson, les médecins légistes n’ont trouvé que des médicaments, pas une seule trace de la nourriture. Lorsqu’on est riche et équilibré, la moindre des choses c’est de se nourrir au moins pour rester en vie et continuer à produire, manuellement ou intellectuellement.
Pour conclure sur ce feuilleton Michael Jackson, je dirai tout simplement, que nos vies ne nous appartiennent pas. Notre passage sur terre est en fait une montée sur les planches de la représentation théâtrale. Et les rôles que nous occupons, la façon de les tenir, devrait servir à la postérité. C’est pour cela que je me suis permis d’interroger le rôle tenu par Michael Jackson dans une perspective du combat des Noirs. Ceci en raison de l’influence qu’il pourrait avoir sur des générations futures. Je suis arrivé à la conclusion qu’il aura été le contre exemple. Et que, sans renier totalement son apport, il faudrait néanmoins être très modeste dans son appréhension.

Etienne de Tayo
Afrique Intègre
www.edetayo.blogspot.com

dimanche 5 juillet 2009

MICHAEL JACKSON : LE NOIR QUI VOULAIT DEVENIR BLANC, RIEN DE PLUS


Il est des moments où dans la vie de l’humanité, certains événements surviennent, ouvrent une sorte de feuilleton planétaire et amènent les peuples de la planète vers une envie inextinguible d’atteinte d’un type particulier d’orgasme collectif. La mort de Michael Jackson est de ces événements là.

Face à un tel événement, le journaliste a le choix entre plusieurs angles d’attaque. J’ai décidé dans la présente réflexion d’approcher l’événement sous l’angle de l’assomption ou de la non assomption identitaire qui aura été celle de Michael Jackson tout au long de sa vie.
Depuis sa mort par arrêt cardiaque dans sa résidence de Los Angeles, Michael Jackson a donné le la d'une médiatisation monstrueuse. Désormais, ce qui convient d’appeler le feuilleton Michael Jackson occupe au moins les ¾ des journaux des principales chaînes de télévision dans le monde, sans compter les émissions spécialisées. De leur coté, la radio et la presse écrite rivalisent d’adresse, de superlatifs et d’émotion pour rendre un hommage toujours appuyé à l’illustre disparu. Bien entendu, de temps à autre, un scandale sera débusqué pour agrémenter le feuilleton et peut-être offrir ainsi un sens à certaines vies. Dans ce jeu, les moyens cde communication moderne jouent un rôle de premier de plan.
Selon Alain Lancelot, le rôle des moyens de communication de masse, qui sont utilisé aujourd’hui de façon massive pour rendre compte du décès de Michael Jackson, « est la structuration des normes de la perception et de diffusion des schémas culturels d’interprétation de la situation ». C’est à dire que dans vingt ans, lorsque les chercheurs et autres documentaristes, s’y seront eux aussi mis pour décortiquer la vie de Michael Jackson, elle influencera les modes de vie des générations entières. A ce moment là, que sera le monde ? Peut-être un lieu où du lever au coucher du soleil, hommes et femmes et peut-être même les animaux aussi, danseront à longueur de journée dans un air de ré-enchantement retrouvé.
Mais en attendant cet âge d’or, nous devons regarder notre monde d’aujourd’hui, celui que Michael Jackson nous laisse. Un monde en total perte de repères. Un monde à la dérive, dans lequel, selon Roland Carol, « les idéologies tendent à décliner, les affiliations partisanes à se relâcher, l’intérêt pour la politique à faiblir ». Un monde dans lequel, sans pour autant que le vocabulaire ait été révisé, les mots, dans les discours des hommes, glissent sur eux mêmes et finissent par désigner le contraire de ce qu’ils sont en réalité. Un monde dans lequel, la fiction et la réalité se discute la vedette.
C’est donc en pensant à ce monde là et peut-être en ramant complètement à contre courant de la pensée dominante par rapport au traitement de cet événement, que je m’efforcerai de poser les trois questions que m’inspire la disparition de Michael Jackson. Mon souci n'est point d'engager une polémique sur une affaire déjà suffisamment embrouillée mais d'essayer de démêler l'écheveau pour séparer la bonne graine de l'ivraie et aider peut-être la postérité à mieux appréhender le sens de l'histoire : Qu’a t-il fait Michael Jackson de sa vie, surtout de son destin de noir et de l’immense talent que le créateur a placé en lui ? Qu’aurait-il pu faire ? En quoi pourra t-il inspirer positivement les générations futures ?
Le débat que personne ne veut engager sur le problème d'identité qu'a eu Michael Jackson aura pourtant bel et bien lieu en dépit et certainement grâce à son caractère non conformiste. Ce débat se réduit à une question simple : Michael Jackson a-t-il renié son identité noire? A-t-il poussé l'autoflagellation au point d'atteindre le niveau de la haine de soi? Sous prétexte qu'il charrie un tabou racial et risque de ce fait de conduire aux questions indécentes, certains procèdent par évitement par rapport à ce débat. Si de temps en temps, certaines personnes acceptent de s'intéresser à la transformation identitaire de Michael Jackson, c'est surtout pour la justifier ou pour mieux l'enrober dans des formules alambiquées. Ils s'engouffrent dans une faille ouverte par l'intéressé lui-même dans un déni d'assomption spectaculaire. En effet, Michael Jackson explique la blancheur progressive de sa peau par une maladie nommée « vertiligo ». Une maladie qui, selon ceux qui veulent y croire, provoquerait des tâches de blancheur sur sa peau, un peu comme un appel à se décaper. D'autres personnes affirment que c'est une opération marketing qui a poussé Michael Jackson à vouloir se transformer en blanc pour mieux coller au pop, une musique blanche. Et pour mettre un peu de bémol ces personnes affirment que "Elvis Presley était un blanc qui avait voulu devenir noir" pour chanter une musique attribuée aux noirs. D'autres encore, veulent voir dans l'attitude de Michael Jackson, une volonté de combattre le racisme et toutes les autres formes de discriminations qui caractérisent souvent l'espèce humaine : il a voulu ne plus "être noir, ni blanc, ni jeune, ni adulte, ni homme, ni femme", disent-ils. Ceux qui approchent de plus près l'aveu de transformation accablent aussitôt le père de Michael Jackson que ce dernier accuse de l'avoir trop rudoyé pendant son enfance, notamment en insultant son nez épaté.

Un simple prisonnier du système
Mais force est de reconnaître que toutes ces justifications plus ou moins convaincantes, ne sont qu'un verni, malheureusement bien mince, que les uns et les autres veulent poser sur la vie de la star pour mieux entretenir le mystère et continuer à gruger le public. La vérité est pourtant simple et crue : Michael Jackson est un noir qui, comme beaucoup d'autres qui croupissent encore dans l'enfer de l'aliénation et de la haine de soi, n'a pas pu assumer son destin de noir, n'a pas accepté sa couleur noire et son nez épaté. Il est même allé au-delà du simple reniement de sa peau pour embrasser une sorte de détestation de cette peau cramée. En effet, Michael Jackson déteste tellement les peaux noires que les enfants qu'il présente aujourd'hui comme le fruit de ses œuvres sont tout simplement blonds. Or, on sait qu'on peut s'éclaircir la peau, mais éclaircir le gène et plus tard le spermatozoïde, est certainement une trouvaille à venir pour les scientifiques.
Et chez Michael Jackson d'ailleurs, le "crime" de non assomption identitaire est double : non seulement il a refusé d'assumer son destin de noir, mais il a aussi manqué d'assumer le déni d'assomption. Autrement dit, il lui a manqué le courage pour avouer qu'il n'est qu'un noir complexé qui veut devenir blanc. Ce qui, du coup, jette un trouble grave sur sa personnalité. Un homme qui ne s'assume pas est dangereux pour lui-même et pour la multitude. C'est sans doute cette image trop controversée, cette personnalité très superficielle et trop artificielle qui avait amené l'état major du candidat Obama à le maintenir éloigné de sa campagne. Ceci parce que au contraire de Michael Jackson, Barack Obama est métis qui s'assume et assume son destin : il assume autant le coté noir de son père que celui blanc de sa mère.
Vouloir justifier l'attitude de Michael Jackson par une quelconque opération de communication manque totalement d'efficacité, car, comme l'affirme Roland Cayrol, "on ne communique bien que si l'on s'assume et si l'on sait d'où on parle". En la matière, poursuit-il, "il faut amener l'homme public à s'accepter avec ses défauts, qu'il doit finir par considérer comme des qualités". Or, certainement conseillé par son entourage professionnel, Michael Jackson a préféré gommer jusqu'à la caricature, ce qu'il considérait comme des défauts de sa créature : sa peau noire et son nez de nègre. Il a préféré devenir la personne qu'il n'a jamais été et ne sera jamais. Parti pour être blanc, il n'a pu que devenir gris ou quelque chose d'inqualifiable. Ce n'était pas de la communication, mais de l'anti communication, celle qui a tout de même permis de créer un "monstre" générateur des plus grosses ventes de disque dans le monde. C'est ce "monstre" que les Américains ont dénommé "wacko Jacko", c'est-à-dire Jackson le dingue.
Une des questions, certainement dérangeante, est de savoir si Michael Jackson aurait pu atteindre la dimension planétaire qui est la sienne et atteindre le niveau de vente de disques qu'il a atteint, à savoir plus de 750 millions de titres, s'il était resté lui-même, s'il avait gardé sa peau noire, ses cheveux crépus à la mode afro et son nez épaté? C'est vrai, nul ne peut répondre à cette question, à moins de vouloir faire dans la science fiction. Mais la vérité qui s'offre à nous aujourd'hui est celle d'un homme qui s'est laissé dépasser par les événements, un homme qui, comme l'affirme Manu Dibango, "n'était pas à la hauteur de l'artiste en lui".
Mais à sa décharge, il faut reconnaître que Michael Jackson s'est laissé voler son destin. Le système lui a tout volé : son enfance, sa célébrité, sa fortune. Il n'a jamais eu d'enfance. Transporté dès sa tendre jeunesse dans le monde impitoyable de la "star system", il n'a jamais eu suffisamment de lucidité pouvant lui permettre de conduire sa vie comme un être humain au sens où nous voulons l'entendre. Les enquêtes qui sont encore en cours sur les causes de sa mort, montre que Michael Jackson est mort presque à l'œuvre, bourré de médicaments et de drogues par ceux qui voulaient une fois de plus s'enrichir au travers de la tournée mondiale qu'il s'apprêtait à entamer et pour laquelle la bagatelle somme de près de 450 millions de dollars était attendue. A sa décharge aussi, il faut savoir que Michael Jackson est né dans les années 50 lorsque l'Amérique était encore plongé dans la nuit noire de la discrimination raciale la plus agressive. Il est possible qu'il ait pu voir certains noirs pendus par le Ku Klux Klan au simple motif qu'ils sont noirs. Il est possible qu'il ait pu croire à la malédiction de Cham, celle qui voudrait que cet ancêtre des noirs ait subi la malédiction de Dieu pour avoir vu son père nu.
Je pense qu'en donnant le dernier soupir, et contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, Michael Jackson a plutôt échappé à une sorte d'enfer sur terre imposé par le système criminel qu'engendre souvent le capitalisme sauvage. Il suffit juste d'attendre et on verra comment ce système transformé en vautour s'acharnera sur ses restes. Aux dernières nouvelles, des gorges profondes ont déjà commencé à vendre des informations à prix d’or à la presse depuis l’entourage de Michael Jackson. Ce sont des crocs-morts d’une autre espèce. Demain, c’est sûr, lorsque s’ouvrira la bataille pour la garde des enfants, en fait pour la garde de la fortune léguée à ces enfants, un autre spectacle honteux se déroulera aux yeux du monde.
Finalement, plus qu'à Michael Jackson, c'est au système qui lui a tout volé qu'il faut jeter la pierre. Comment comprendre qu'un homme qui a vendu le plus d'album dans le monde et qui bénéficie de ce fait des droits d'auteur les plus faramineux ait été ruiné au point de mourir sur les planches parce qu'il tentait d'organiser une dernière série de concerts pour dit-on rembourser ses dettes? Il n'y a que le système qui peut répondre à une telle question. En échappant au système, Michael Jackson va enfin se reposer en paix. Et je joins ma voix à celle de tous ses fans pour lui souhaiter un repos éternel à l'immense artiste qu'il a été, malgré tout.

Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
www.edetayo.blogspot.com

dimanche 28 juin 2009

LA PHILOSOPHIE DU VENTRE


Un certain nombre d’Africains vivant sur le continent et que je rencontre lors de leur passage à Paris me parlent très souvent de "philosophie" pour désigner l’attitude qu’il faut avoir face aux attitudes et aux agissements des régimes politiques opérant sur le continent : « mon frère, face à ce qu’on voit et entend, si tu n’es pas philosophe, tu vas mourir un jour qui n’est pas le tien », soupire un adepte.

Dans son dernier ouvrage intitulé «Nihilisme et Négritude», paru récemment aux Presses universitires de France, Célestin Monga, qui a un immense talent à capter et à analyser les tranches de vie, évoque le cas d’un de ses amis chez qui il s'était précipité pour lui marquer son indignation après la "fessée nationale souveraine" subie par certains opposant camerounais en 1991. Son ami lui avait alors prescrit, en ces termes, la posture de philosophe qu’il faut adopter face aux événements quotidiens : « le secret d'une longue vie dans ce pays, c'est d'accepter et de comprendre que tout est illusion et de ne surtout pas tenter d'intellectualiser les petits mystères de la vie quotidienne (…) Si tu commences à te soumettre au moralisme des grandes vertus, tu cours le risque de devenir lucide, ce qui est le début de la folie" (Monga, 2009 : 208).
Le mot philosophie est utilisé ici complètement à contre sens. Il ne renvoie ni à la discipline académique connue, ni à un certain comportement propre aux philosophes. Un philosophe, tel que l’ont défini les pères fondateurs de la philosophie est forcément un intellectuel. Et un intellectuel tel que le définit Jean Paul Satre est "celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. C'est celui qui use de sa notoriété pour critiquer la société et les pouvoirs établis au nom d'une conception globale de l'homme". Un philosophe doit constamment prendre position et même contester quoi que cela lui coûte. Etre philosophe ici, ce n’est plus simplement faire partie de la discipline académique connue sous le nom de philosophie ou occuper une chaire de philosophie dans quelque université, mais c’est agir constamment, par son action et par son comportement, en faveur du changement, c'est-à-dire à bousculer l'establishment.
Pour le cas du Cameroun, il faut être philosophe comme Sindjoun Pokam, comme Fabien Eboussi Boulaga, comme Abel Eyinga, comme Charles Ateba Eyene, comme Shanda Tonme, comme Pius Njawe, comme Mboua Massock, comme l’ont été, Jean Marc Ela, Jean Mfoulou, Tchuidjang Pouémi et Mongo Beti par exemple. Il faut être capable de troubler le sommeil de l’establishment pour lui faire entendre la voix des sans voix. Le philosophe tel que nous l’appréhendons ici doit prendre sur lui d’être l’éclaireur de la société. Il doit le faire parce qu’il a eu le privilège de sortir de la caverne pour accéder à la lumière. Ayant ainsi accédé à la lumière, il a accédé à la connaissance. Et ayant accédé à la connaissance, il doit la partager notamment en redescendant dans la caverne pour apporter un peu de lumière à ceux qui sont encore dans les ténèbres.
Le philosophe Friedrich Nietzsche disait en parlant de ce partage de connaissances et même d’un certain devoir de partage que : « celui qui ne sait pas et se tait est un ignorant. Celui qui sait et se tait est un criminel ». Or beaucoup de ceux qui professent la philosophie face à la prévarication appartiennent à la classe de ceux qui savent parfaitement ce qui se passe. Donc si l’on s’en tient à la logique de Nietzsche, on dirait que ce sont des criminels. Mais qu’en est-il de la philosophie qu’ils professent ?
L’utilisation du mot philosophie dans ce contexte est impropre. Il s’agit pour ceux qui l’utilisent d’une usurpation de titre. La manœuvre est actionnée pour justifier le silence, la démission, la complicité et pour garantir les retombées de ce silence. Ce sont des philosophes du ventre. Il s’agit en réalité d’une prise de conscience de classe déguisée. Ils prennent conscience de ce qu’ils appartiennent à la classe des privilégiés, à la classe de ceux qui ont tout à perdre dans un quelconque bouleversement. La philosophie qu’ils proposent vise tout simplement à calmer les ardeurs de ceux dont la lutte pourrait faire bouger les lignes de la configuration sociale et leur faire perdre des privilèges acquis. Il s’agit donc d’une philosophie de la résistance au changement.
On connaissait déjà la politique du ventre détectée par la presse camerounaise et porté sur le terrain épistémologique par le politologue Jean François Bayart dans son ouvrage intitulé : "L'Etat en Afrique : la politique du ventre". C’est une politique dans laquelle, le soin à apporter au tube digestif et l'accumulation systématique des fortunes parfois insolentes sont l’alpha et l’omega. La politique du ventre éloigne ses pratiquants de toute conviction, si oui, la conviction selon laquelle, il n’y a que le ventre qui compte. La politique du ventre vide la politique de son contenu réel qui est la recherche du bien commun et la recentre sur l'exaltation de la réussite personnelle y compris en se servant dans les poches de l'Etat. C’est une politique dans laquelle on est prêt à accepter toutes les compromissions, pourvu que le ventre soit constamment plein et la peau parfaitement tendue. Il faut relever que dans cet environnement, l’embonpoint, caractérisé par ce qu’on a appelé le « ventre administratif » et le « cou plié » est une marque à la fois de séduction, d’autorité et de respect. Au Cameroun par exemple, être qualifié de « cou plié » est extrêmement flatteur.
L’attitude des philosophes du ventre s’apparente plutôt à ce que j’ai qualifié par ailleurs de « cynisme protecteur ». Un état d’esprit que je recommande à tous les peuples en combat afin qu’ils protègent leur santé et ne s’étranglent pas face aux injustices et à l’oppression. Donc il s’agit d’une préservation de la santé en vue des combats futurs qui pourront être plus déterminants. Le cynisme des philosophes du ventre est aussi protecteur, sauf qu’ils n’envisagent aucun combat futur car selon eux tout combat est voué d’avance à l’échec. S’ils protègent quelque chose, c’est plutôt leurs privilèges et bien entendu… leur ventre.

Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

MENAIBUC INTERNATIONAL KAMIT MEETING


Les Editions Menaibuc organisent pour la 6ème année consécutive le Colloque International Kamit Menaibuc 2009 qui se déroulera :
les 10, 11 et 12 juillet 2009 à Paris
Nous sollicitons par ce présent mail votre bienveillance afin de relayer sur votre site cette information et éventuellement sponsoriser cet évènement qui réunis une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :
Le thème retenu cette année est le suivant :
Relancer l’économie Kamite :
Analyses et Opportunités
3 jours de débat, d’histoire, d’analyse et de découvertes
pour envisager des solutions économiques pratiques face à la crise
Diverses initiatives économiques menées dans le cadre syndical, associatif et surtout en matière de création d’entreprises (TPE/PME) vous seront présentées par leurs responsables respectifs (homme/femme) car face aux répercussions multiples de la crise financière et économique actuelle, le Monde Panafricain se doit d’agir de façon responsable et collective pour son épanouissement culturel, social et économique (formation professionnelle, créations d’emplois, création d’activités économiques et soutien solidaire à ces activités).
Kamita (l’Afrique) est toujours un continent riche, en raison de son histoire, de ses peuples et de leurs cultures, de sa faune, de sa flore, de ses matières premières, etc….
Diverses nations y ont puisé à différents moments de l’histoire humaine, des richesses variées (sciences, technologie, littérature, spiritualité, êtres humains, faune, flore, matières premières…) pour pourvoir à leur développement.
Aujourd’hui, les fils et filles de Kamita doivent se débarrasser de leur aliénation culturelle, de leur manque d’esprit d’équipe et de leurs complexes hérités de la période coloniale, pour se hisser au sommet de leur sphère économique (micro et macroéconomie). La crise ne sera pas pour le Monde Kamit (Panafricain) une fatalité, s’il parvient à faire preuve de lucidité.
Désirer le big bang économique Kamit pour libérer le Génie Africain et mettre en marche la Renaissance Africaine…
Ces 3 jours de débat et d’échanges, sous la houlette du professeur Moléfi Kete Asante (Université de Temple, USA), nous permettrons aussi de valoriser le patrimoine culturel et économique Kamit à travers les âges, de l’antiquité à nos jours, à travers divers panels (histoire, culture, spiritualité….).
Une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :
Leonard Jeffries (Etats-Unis) Yves Ekoué Amaïzo (Autriche) Mubabinge Bilolo (Allemagne) Kalamba Nsapo(Belgique) Jean-Jacques Seymour (France) Doumbi-Fakoly (France) Senfo Tonkam (Allemagne) René Louis Etilé (France) Jean Paul Mopo(France) Modeste Nji Mfenjou (France) JP Omotunde (France) Nicolas Agbohou (France) Ama Mazama (Etats-Unis) Diakité Bouakary Sidiki (France) Molefi Kete Asante (Etats-Unis) Kenya Suwedi (Canada) Michel Kouam (Cameroun) Jean-Paul Kamdem (France) Jean Emmanuel Fumbi (France) Kheperankh-street (France) François Ndengwe (France)
...vous feront partager les résultats de leurs travaux de recherche et célébreront avec vous, le Génie Africain…
Ne ratez pas ce 6ème Colloque International Kamit 2009 et réservez dès aujourd’hui vos places…
Merci pour votre soutien, pour votre prise de conscience, pour votre détermination et pour votre décision de ne plus rester passif ou passive face à la réalité !
Vie, Santé, Force aux fils et filles de Kamita !
Nous restons naturellement à votre disposition pour tout complément d'information et vous remercions par avance de l'intérêt que vous porterez à cet éminent évènement qui œuvre pour la renaissance du continent africain.


Iman ABANE

Pôle Communication

MIKM MENAIBUC BP 109 75862 Paris Cedex 18
+33 6 61 53 28 60



www.menaibuc.comwww.africamaat.com

Vie, santé et force!

mardi 2 juin 2009

LES POLITIQUES ET LE SCANDALE


Faire de la politique, officiellement, c'est poser un certains nombre d'actions de représentation susceptibles d'offrir une visibilité institutionnelle. C'est, comme le définit Bernard Lamizet, parvenir à une sorte "d'articulation entre la représentation et l'action dont sont porteurs les acteurs de la sociabilité". Mais c'est aussi des passes douloureuses où l'acteur politique doit constamment composer avec sa conscience pour poser un certain nombre d'actes plus ou moins répréhensibles, plus ou moins délictueux, au vu des normes sociales requises.
Ainsi, faire la politique, c'est parfois accepter de remplir son placard de "cadavres", c'est accepter de trahir une amitié de 30 ans, c'est parfois exécuter des cruautés que Machiavel trouve nécessaire dans toute phase inaugurale de l'usurpation politique, c'est parfois tremper les mains dans le sang jusqu'aux coudes comme le disait Jean Paul Sartre, c'est côtoyer le scandale en permanence, c'est parfois se faire rattraper par lui, c'est finalement vivre avec le scandale et s'en accommoder. Le scandale n'est donc pas une donnée extérieure à la politique, il est consubstantiel à la pratique politique. On peut dès lors dire que faire de la politique, c'est poser constamment un certain nombre d'actes plus ou moins scandaleux.
Le scandale est un acte qui transgresse parfois de façon violente la morale humaine. Ce sont des actes qui sont susceptibles d'être retenus dans le tamis du contrôle social. Mais tout se passe comme si la société leur connaît des circonstances atténuantes et leur accorde un niveau incompressible de scandales à tous ceux qui se présentent sous la figure du politique. Ainsi, la société pardonnerait facilement à un homme politique, des actes qu'elle condamnerait avec véhémence si ils étaient posés par un religieux par exemple.
Ces actes scandaleux tournent souvent autour du sexe, de l'argent et du pouvoir qui, sont, en fait, les trois fleurs du mal pour lesquelles on va en politique. Très souvent, l'argent et le pouvoir vont ensemble. Ceci en raison de la collusion de plus en plus marquée entre politique et business. En parcourant quelques grands scandales dans l'histoire récente de la politique, on classe Bill Clinton et l'affaire Monica Lewinsky ou encore Paul Wolfowitz et l'affaire Shaha Riza dans la catégorie de sexe. On classe Giscard D'Estaing et l'affaire des diamants de Bokassa ou encore Charles Pasqua, Jean Charles Marchiani, Roland Dumas et l'affaire Elf dans la catégorie argent. On classe enfin Richard Nixon et le Watergate, Jacques Chirac et l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris ou encore Jean et Xavière Tibéri et l'affaire des faux électeurs de Paris, dans la catégorie du pouvoir.
Mais un homme ou une femme politique peut aussi bien être victime d'une cabale, c'est-à-dire que ses adversaires peuvent monter des histoires de toutes pièces et parfaitement vraisemblables dans le but de lui nuire. Ce qui rentre parfaitement dans le jeu politique. Et le ridicule est plutôt du coté de l'homme politique qui ose s'en plaindre. Ici, la politique, qui est d'abord un jeu mais un jeu parfois dangereux, peut être comparé à une sorte de combat de boxe pratiqué dans une pièce hermétiquement fermée et où règne l'obscurité totale. Le jeu consiste à donner des coups et à en recevoir. Il lui faudra alors, à l'homme politique, trouver le moyen de s'en sortir sans trop de casse. Et c'est d'ailleurs de cette capacité à surmonter les épreuves que pose la révélation d'un scandale que se mesure la grandeur d'un homme politique. Autrement dit, le charisme d'un homme politique se mesure, non pas à sa capacité à éviter ou à contourner les difficultés mais bien de son aptitude à les affronter et à les surmonter. Comme à la forge, c'est en accumulant des expériences plus ou moins malheureuses que l'homme politique acquiert sa stature.
En général, lorsqu'il est rattrapé par un scandale ou tout simplement victime d'une cabale, le politique se bat souvent tel un rat pris dans un piège. L'objectif de ce combat étant moins de soulager sa conscience – en politique on ne s'en préoccupe pas particulièrement – mais de rassurer son électorat et son entourage proche par rapport à son innocence. Bien entendu, dans sa défense, tout lui est permis même le mensonge. Le tout c'est de montrer un peu de bonne foi et un peu de cohérence. L'exercice se passe souvent dans les médias où le mis en cause affronte les journalistes et ceux qu'ils croit voir derrière eux et qu'il repère comme étant des commanditaires. Le jeu se réduit souvent à une sorte de tribunalisation de l'opinion publique. Chacun voulant se voir innocenter auprès d'elle en raison de son influence dans le jeu politique. La défense du politique incriminé se passe aussi à l'Assemblée nationale si le mis en cause est membre du gouvernement ou député. Cette épreuve tourne souvent au pugilat lorsque le problème évoqué soulève trop de passions.
Le dernier scandale en date en France est celui de l'icône médiatique et de l'humanitaire Bernard Kouchner que son ami Pierre Péan a décidé d'étaler dans l'affaire de collusion des intérêts au sujet de certaines sommes d'argent versées au ministre des affaires étrangères en rémunération des consultations qu'il a faites auprès de certains pays africains. Un scandale qui a été révélé sous la forme d'un livre intitulé : "Le Monde selon K.". Cet ouvrage de plus de 300 pages ressemble, selon certains témoignages, à un règlement de comptes entre deux personnes qui ne se connaissent que trop bien. Certains observateurs y voient un conflit né de la gestion de l'après génocide du Rwanda.
Depuis, on a l'impression que l'affaire qui a quand même fait sortir de ses gongs, le très médiatique french doctor, et qui pour certains était de nature à précipiter sa chute, a fait Pschitt soit à cause du charisme propre du mis en cause qui a réussi à convaincre l'opinion de son innocence, soit aussi parce que la société française s'accommode déjà de ce genre d'affaire et ne lui trouve que difficilement un caractère scandaleux. Nous avons vu plus haut qu'un peuple reconnaissait au politique une dose incompressible de scandale. Tout compte fait, on sort rarement d'un scandale sans séquelles. Sauf dans de rares cas où le mis en cause réussi à démontrer qu'il s'agit plutôt d'une cabale. Ce qui permet très souvent à l'homme politique de gagner l'estime de l'opinion ou à tout le moins de garder sa confiance.
Au Cameroun, le scandale le plus récent est ce qu'on a appelé, l'affaire Biyiti bi Essam et l'argent de la visite du Pape Benoît XVI. Les fonds débloqués pour cette visite se seraient retrouvés dans un compte bancaire au nom de celui qui est ministre de la communication. En droit camerounais, cela s'appelle, tentative de détournement de deniers publics. Convaincu des faits, Jean Pierre Biyiti bi Essam préfère, dans l'organisation de sa défense, convoquer un certain environnement particulier ayant entouré la gestion de ces fonds pour enfin solliciter le bénéfice des circonstances atténuantes. Il évoque notamment l'insécurité ambiante au Cameroun pour justifier sa décision de mettre l'argent en sécurité même en violant une des règles élémentaire de la gestion de la fortune publique. Apparemment, la défense du ministre de la communication, qui a été entendu à la police judiciaire, souffre de l'évidence des faits qu'il ne nie pas. Il peine à convaincre, même dans son entourage proche. Du pain béni pour la presse qui se jette sur lui et le soumet à un lynchage en règle. Acculé, le ministre aurait adressé une lettre de demande de grâce présidentielle alors qu'il n'est même pas condamné, à moins qu'il ne confonde la condamnation médiatique et publique à la condamnation judiciaire.
Mais ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est de voir comment le ministre Biyiti bi Essam a déployé sa stratégie de défense en direction de l'opinion. Il a notamment essayé de récupérer un autre scandale pour tenter d'étouffer le sien. Et cet autre scandale, c'est ce que le correspondant du journal Le Messager à New-York, Ngoa Balla a qualifié de "mauvaises fréquentations de Chantal Biya" en rendant compte d'une rencontre entre la sulfureuse Paris Hilton et la première dame du Cameroun. Mme Chantal Biya prenait part à New-York, pour le compte de son association "Synergies africaines" à une rencontre internationale. Le ton de l'article de Ngoa Balla a provoqué une réaction en chaîne du coté du pouvoir dont celle du ministre Biyiti bi Essam qui a même été plus rapide que le cabinet civil. A la fois professeur de journalisme et de sémantique en direction du journal le Messager et son correspondant et avocat défenseur en direction de la première dame, le ministre Biyiti bi Essam a commis un article dans le journal gouvernemental Cameroun Tribune. Mais l'opinion ne s'est pas laissée prendre à ce jeu. Elle a décrypté très vite dans la manœuvre du Ministre Biyiti bi Essam, une tentative de rechercher la protection auprès du couple présidentiel. Il faut trouver autre chose.
En dehors de quelques cas où les mis en cause ont été emporté par les scandales tels ces "moutons" livrés au sacrifice par le journal "Canard Enchaîné" en France - les cas du ministre Hervé Gueymard ou encore de Jean Paul Bolufer, directeur de cabinet de Christine Boutin, ministre du logement, sont édifiant à ce titre - l'homme politique se défend souvent plutôt bien. Surtout lorsqu'il reste dans l'arène politique où donner des coups et en recevoir relève de la stricte normalité. Mais là où il est souvent le plus mal à l'aise et où il craque souvent, c'est lorsqu'il revient en famille et doit affronter les regards interrogateurs ou non de sa femme et des enfants, lesquels sont évidemment exposés autant que lui à la campagne médiatique qui tourne parfois au lynchage. Dans le cadre d'une cabale, ses détracteurs n'hésitent souvent pas à utiliser les appels téléphoniques pour déstabiliser les membres de sa famille.
Revenu à la maison, l'homme politique se voit souvent obligé d'anticiper sur la réaction de sa femme en posant la question de confiance : "pourquoi tu me regarde comme çà? J'espère que tu ne vas quand même pas croire que c'est vrai cette monstrueuse histoire?". Et même si cette dernière lui répond avec une pointe de sincérité qu'elle n'y croit pas, lui-même ne la croit pas. Parfois il fait des cauchemars dans la nuit et on l'entend dire à sa femme : "je te jure que ce n'est pas vrai. C'est de la pure calomnie". L'homme politique est d'autant plus gêné que c'est souvent vrai. Avec les enfants, c'est plus délicat. Il sait qu'ils suivent aussi la télévision et même les commentaires à l'école. Mais comment leur dire que ce n'est pas vrai? Et surtout si c'est vrai. Parfois il pense que la solution consiste à réunir toute la famille pour une sorte de plaide non coupable global dans une sorte de conférence familiale souveraine. Là encore on se demande si on ne va pas donner trop d'importances à un événement et réveiller par le fait même la curiosité des enfants qui autrement n'y auraient accordé qu'une importance mineure.
Il arrive que l'homme politique ou la femme politique se retrouve emballé dans les mêmes sales draps que son conjoint, soit parce que celui-ci ou celle-ci veut lui apporter son soutien indéfectible – c'est par exemple le cas de Hilary Clinton qui, dans l'affaire Monika Lewinsky, a souffert le martyr jusqu'au bout en soutenant son Bill de mari - soit parce qu'ils ont vraiment fait le coup ensemble. Et c'est le cas de l'ancien Maire de Paris Jean Tiberi et son épouse Xavière. Le couple vient d'écoper des peines de prison avec sursis et d'être frappé au d'inéligibilité, reconnus qu'il est, de fraude électorale à Paris. Etant tous deux dans le coup, on pense que, le politicien Tiberi serait moins gêné. Mais lorsque à table par exemple les deux doivent se regarder, il s'instaure une sorte de métadialogue muet et qui peut se présenter ainsi :
- Dans quelle merde m'as-tu entraîné comme çà Jean?
- Tu n'avais qu'à jouer ton rôle de femme. C'est-à-dire une conseillère avisée capable de dissuader son conjoint lorsqu'il s'engage dans une voie politiquement impure.
- Parce que tu crois que nous sommes mariés pour le meilleur et pour le pur?
Comme on le voit, les épreuves les plus difficiles pour un homme politique ne sont pas toujours là où on le croit.

Etienne de Tayo
Promotion "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

dimanche 31 mai 2009

QUESTIONS INDECENTES

Une question indécente est celle qui est susceptible de plonger un interlocuteur dans l'embarras de la réponse. Et ceci, pour de multiples raisons : le caractère tabou du sujet évoqué; la nature de l'environnement dans lequel le sujet est évoqué; un certain nombre de faits précédents qui peuvent prêter à connotation… C'est justement pour préserver la décence que le Français dit qu'on "ne parle de la corde dans la maison d'un pendu". C'est tout simplement indécent.
Mais il faut aussi remarquer que l'indécence n'est nullement une donnée immuable. Une question donnée pour anodine dans un environnement précis peut devenir très indécente dans un autre. Ainsi en est-il de cette manœuvre qui consiste au cours des réunions amicales, familiales ou communautaires à demander aux participants de se présenter en déclinant le métier qu'ils exercent. C'est vrai que c'est déjà un exercice pas toujours facile pour la simple et bonne raison qu'en général, dans des pays où l'orientation scolaire et plus tard professionnel n'est pas la chose la mieux partagée, au moins une personne sur deux n'exerce pas forcément le métier de ses rêves et n'est donc pas à l'aise pour en parler. Les uns et les autres s'envient parfois mutuellement et certains pensent même qu'ils ont tout simplement raté leur vie. Dès lors, leur demander de parler de leur métier, c'est un peu comme si on demandait à quelqu'un de lire sa propre oraison funèbre.
Cette question prend une tournure parfois dramatique dans les milieux des immigrés africains en France et certainement dans d'autres pays du monde qui les accueillent. Ici, un pourcentage très élevé de gens ne sont pas toujours fiers du métier qu'ils exercent pour gagner leur vie. On pourrait même dire qu'ils en ont constamment honte. Et on peut les comprendre. Ce n'est pas toujours gai de se représenter en train de faire un métier de vigile ou d'éboueur après avoir soutenu une thèse de doctorat. En général, lorsque deux immigrés se rencontrent, ils peuvent tout se dire mais évitent soigneusement la question de savoir ce que l'autre fait comme travail. On préfère souvent s'arrêter à une rengaine tout ce qu'il y a d'ennuyeux : "çà fait très longtemps". Et l'autre de répondre : "çà fait vraiment très longtemps". Tout çà, pour ne pas évoquer la question de ce que l'autre devient. Et lorsque, par inadvertance ou par ignorance des règles du milieu, on s'y hasarde, cela produit souvent des étincelles.
C'est ce qui s'est produit au cours d'une réunion communautaire à Paris. Un des responsables de la réunion a eu l'outrecuidance de demander aux participants de se présenter et dire ce qu'ils exercent comme métier. A priori, son intention, comme il l'expliquera plus tard, n'était nullement malveillante. Il ne s'agissait pas du tout d'un voyeurisme professionnel comme l'ont interprété plusieurs personnes. Dans une optique d'entraide qui est souvent le but poursuivi par ces associations, il voulait, a-t-il précisé, que les gens se passent, si possible, des informations utiles sur leurs métiers et sur l'environnement du travail en France. Ainsi, a-t-il soutenu, ceux qui sont les mieux placés peuvent aider les autres dans la recherche du travail ou dans la promotion dans leur travail.
Mais plusieurs personnes dans l'assemblée n'ont pas compris la démarche de cette façon là et l'ont très mal prise. Sans passer par quatre chemins, ils ont accusé l'énonciateur de la proposition de voyeurisme professionnel. Surtout que la personne qui a fait la proposition était ce qu'on peut qualifier de mauvaise personne. Pas mauvaise personne au sens où on l'entend régulièrement, mais en raison des connotations qui peuvent être faites à la suite de son énonciation, compte tenu de son statut. Médecin de son état, beaucoup de personnes ont vu dans sa démarche une mauvaise curiosité, une façon pour lui de rassembler suffisamment d'informations sur leurs vies pour mieux les regarder en surplomb et créer une sorte d'apartheid au sein de la réunion.
Alors, l'un des participants, sans doute le plus courageux, mais le plus remonté aussi a pris la parole : "mon frère, est-ce que c'est vraiment important le fait de savoir ce que nous faisons ici comme travail. Nous sommes en famille. Je crois que le plus important c'est de savoir que chacun cotise régulièrement sa tontine et qu'il est assuré de telle sorte que, s'il meurt, son corps ne cale pas en France. Quant à savoir d'où vient l'argent qu'il paie ici, je crois que ce n'est pas le plus important. Si quelqu'un vend ses prunes à château rouge et qu'il a la volonté de venir cotiser, pourquoi vouloir l'amener à dire que c'est l'argent des prunes qu'il nous donne? L'argent n'a pas de couleur, ni d'odeur". Aussitôt, son intervention est appuyé par d'autres allant dans le même sens et même un peu plus polémistes : "il est médecin et peut dire ce qu'il fait avec aisance. Il croit que c'est aussi facile pour tout le monde. Je crois que si on vient ici pour que ceux qui ont réussi se moquent des autres, qu'on nous le dise hein. Si c'est comme çà, je crois que ce serait mieux alors qu'on se réunisse selon le travail qu'on exerce. Comme çà, les laveurs de cadavres vont se retrouver entre eux. Les médecins et autres ingénieurs vont se retrouver entre eux".
Et puis la polémique a continué dans une sorte de métacomunication, c'est-à-dire un jeu qui consiste à broder des communications secondaires autour d'une communication principale et ceci dans un ballet de sous entendu. Il aura fallu l'intervention déridée d'un aîné pour mettre fin aux empoignades : "Dis donc, il ne veut quand même pas que quelqu'un lui dise que pendant la première partie de la journée, il vide les poubelles de 2 immeubles et que pendant la seconde, il accompagne deux chiens se dégourdir les jambes et faire pipi!", s'est-il exclamé. Cela a eu pour effet de détendre un peu l'atmosphère. Mais on était passé à coté d'un drame à cause d'une proposition indécente.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

vendredi 22 mai 2009

RENOV'AFRICA : QUAND AFRIKA FIRST PENSE L'AFRIQUE DE DEMAIN


Le 10 mai dernier, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées au restaurant dit Chalet des îles Daumesnil. C'était à l'invitation de l'Association "Afrikafirst" qui y offrait un déjeuner.

Ce repas convivial n'était qu'une escale dans la pléthore d'activités devant marquer la deuxième fête musicale Renov'Africa, laquelle fête musicale devait paver d'action d'éclat, le chemin menant à l'événement majeur qu'est le festival Renov Africa prévu en 2010.
Présidé par l'Ambassadeur de la République unie de Tanzanie, Hassan Omar Gumbo Kibelloh, qu'accompagnaient plusieurs représentants de chefs de missions diplomatiques représentés à Paris, ce déjeuner était animé les SKY SINGERS. A coté des repas qui n'ont finalement été qu'un prétexte à la rencontre, les invités ont bénéficié d'un concert de Gospel très improvisé mais particulièrement entraînant. De même, les invités ont eu droit à une exposition vente d'objets d'art comprenant les photographies de Nora H. ainsi que les sculptures de Pierre Mitsieno et Inoussa Daouda.
Prenant la parole en ouverture du repas, Mme Solange Nguéa Mandengué, présidente de Afrikafirst, a tenu à présenter les activités de son association et surtout à lever un pan de voile sur le projet majeur qu'est le festival Renov'Africa devant se tenir en 2010 et dont toutes les activités engagées à ce jour par l'association pavent le chemin y conduisant.
Le projet Renov'Africa est l'un de ces projets citoyens qui accompagneront à coup sûr la renaissance africaine. Parce qu'il émane de la société civile, il a l'avantage de porter la marque de ceux qui sont le plus concernés par les problèmes notamment environnementaux que soulève avec une expertise certaine l'Association Afrika first. Une expertise parce que Mme Nguéa Mandengué qui porte ce projet au travers de l'Association Afrikafirst, est d'abord une architecte de formation qui a pensé la rénovation des villes africaines à l'heure où dans certains pays du continent, des mégalopoles sont en train de se mettre en place en générant de bidonvilles géants.
Au niveau de Afrika First, on pense que, "parce que la problématique des bidonvilles doit devenir une cause mondiale; parce que aujourd'hui le fait urbain en Afrique est trop important pour être ignoré; parce que face aux enjeux mondiaux de l'environnement; parce que les actions entreprises aujourd'hui pour la préservation de la planète sont importantes pour le mieux vivre ensemble demain, il faut trouver des solutions durables et adaptées aux problématiques urbaines". Pour ses ambitions, Afrika First bénéficie à ce jour de l'enthousiasme et du dynamisme de ses membres. L'association est ainsi représentée par 70 membres et sympathisants d'origines diverses (africaines, européennes et caribéennes) ayant des compétences professionnelles en ingénierie, architecture, urbanisme, programmation, éducation, informatique et finances ; dont les membres sont présents en France, en Irlande, au Canada, aux USA, au Cameroun et au Congo.

La méthode
Pour atteindre ses objectifs, et conscient de ce que les actions majeurs de développement et surtout des problématiques comme le développement durable ne sont pas toujours celles qui font courir le grand monde, l'association Afrika First a concocté un ensemble d'événements variés devant ratisser large dans l'opinion mais dont l'objectif est de canaliser toutes les énergies et toutes les attentions vers le projet Renov'Africa. Depuis deux ans au moins et par touches successives, le projet prend corps et s'incruste dans les mémoires aussi bien des populations que des institutionnels.
Le 28 novembre 2008 déjà, à la résidence de l'Ambassadeur d'Afrique du Sud à Paris, les Ambassadeur des pays africains ont voté une motion en faveur du projet Renov'Africa, afin d'en saisir leurs gouvernements respectifs et de la soumettre au soutien de l'union africaine. A l'heure où le continent africain, après une prise de conscience majeure est en train de faire sa mue au travers de l'édification des Etats-Unis d'Afrique, la motion des Ambassadeurs africains prend toute une autre dimension. Cette onction au niveau continental a permis à Afrika First de se déployer dans son programme.
Au bout du compte, l'Association souhaite parvenir à : Un projet global de renouvellement urbain des villes africaines et de leurs bidonvilles ; Un concours d'Architecture et d'Urbanisme sur l’ensemble du continent africain; Un FESTIVAL INTERNATIONAL du 10 au 20 mai 2010 ; 10 projets lauréats suivis de travaux concrets ; Un budget de 100.000€ TTC par projet. Pour ce qui est justement des projets, l'Association a lancé un concours auprès de toutes les villes africaines en vue de sélectionner les 10 meilleurs projets devant bénéficier de financement.
Demain, c'est sûr, l'Afrique aura un autre visage, certainement très éloigné du visage de l'Afrique des clichés, alors, les promoteurs des associations visionnaires, à l'instar de Afrika First ne seront plus là pour recevoir des satisfecit mais ils vivront éternellement à travers leurs œuvres. C'est aussi çà l'avantage de penser au-delà de sa propre vie sur terre.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"