mardi 12 avril 2011

COTE D'IVOIRE : QUI GOUVERNE?


Le Boulanger et le greffon

J’étais en train de mettre la dernière main sur cette réflexion lorsque, comme je le pressentais déjà, la France et l’ONU ont aidé Alassane Ouattara et Guillaume Soro à conclure, par l’arrestation de Laurent Gbagbo et de ses proches, un coup d’Etat engagé le 19 septembre 2002. Près de 10 ans pour réussir un coup d’Etat !

Qui gouverne en Côte d’Ivoire ? La question peut paraître superflue pour ceux qui veulent aller vite en besogne en prenant des raccourcis anti-démocratiques pour imposer Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Et pourtant, la réponse n’est pas aussi évidente.

Qu’est ce qui s’est passé et se passe réellement en Côte d’Ivoire ? Aidés par l’armée française et l’ONU, des miliciens pro-Ouattara ont arrêté le chef de l’Etat sortant, Laurent Gbagbo et l’ont livré à Alassane Ouattara, qui s’était auto proclamé vainqueur de la présidentielle de novembre 2010.

On constate que certaines personnes dont la communauté internationale en tête veulent transformer cette victoire militaire en triomphe politique. Un amalgame qui risque nous faire passer d’un hold-up électoral dont était accusé Laurent Gbagbo à une sorte de mise entre parenthèse de la démocratie du fait de la prise du pouvoir par les armes et d’une tentative de sa légitimation par les médias.

Le greffon de Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire souffrait donc depuis la dernière élection présidentielle, d’un mal de cœur, la France et l’ONU viennent de lui placer un greffon en la personne de Alassane Ouattara. Maintenant, il faut que le greffon prenne et qu’on prévienne tout problème de rejet. Car, malgré les apparences et la volonté de ses maîtres de l’imposer comme président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara souffre d’un réel problème de légitimité. Cela se voit qu’il a un problème de mobilisation de la population. La chute de son adversaire, pourtant l’événement majeur, n’a pas provoqué des liesses populaires comme cela aurait pu être le cas. La peur ne justifie pas tout.

Au lendemain du deuxième tour de la présidentielle controversée, Alassane Ouattara « s’est présenté comme président élu de la Côte d’Ivoire s’appuyant sur les résultats provisoires de la commission électorale indépendante (CEI) qui le créditait de 54,1% ». Résultats proclamés, le 02 décembre 2010 par le président de la CEI, acquis à sa cause, hors délai, dans l’enceinte du Golfe Hôtel, QG de campagne du candidat Ouattara. Résultats néanmoins certifiés par la mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire comme le prévoit les accords de Ouagadougou. Après la proclamation et la certification des résultats, Ouattara « a prêté serment au travers d’un courrier envoyé au président de la cour constitutionnelle de Côte d’Ivoire ».

Les sorties de Alassane Dramane Ouattara en Côte d’ivoire dans la TCI, une télévision privée qui lui est très proche, outre le fait qu’elles participent d’une volonté de privatisation du pouvoir, montre bien sa volonté d’enfiler la toge de président de la République. Mais suffit t-il de déclamer des discours en adoptant un ton présidentiel, le drapeau de Côte d’ivoire hissé en arrière plan, pour recevoir ipso facto l’onction du pouvoir ?

En procédant à l’arrestation de son adversaire, ou en se le faisant livrer par la France, selon les versions, Alassane Ouattara a réussi à faire main basse sur l’un des symboles du pouvoir ivoirien qu’est le président de la République. Mais pour n’avoir pas encore été déclaré vainqueur par la cour constitutionnelle et pour n’avoir pas prêté serment devant une institution ivoirienne, son pouvoir reste à construire. Sauf à penser qu’ayant pris le pouvoir par la force comme n’importe quel chef de guerre, il devra rapidement organiser une élection présidentielle pour se légitimer.

Que de questions !

Finalement, au lieu d’une sortie de crise, l’arrestation de Laurent Gbagbo malheureusement entachée d’une volonté d’humiliation par ses adversaires et, le revirement stratégique de Alassane Ouattara visant à faire à son tour une sorte de hold-up électoral, en rajoute à la panoplie de questions en même temps qu’ils donneront du grain à moudre aux juristes et autres politologues : c’est quoi le pouvoir ? Comment se présente t-il physiquement et symboliquement ? Comment se matérialise t-il ? Peut-on le dissocier des symboles qui le caractérisent ? Peut-on s’octroyer un pouvoir sans faire main basse sur ses symboles ? En renonçant à donner une dimension symbolique à son du pouvoir, notamment par une prestation de serment en bonne et due forme, Alassane Ouattara ne renonce t-il pas tout simplement à la réalité de ce pouvoir ? Suffit-il de prononcer un discours dans un ton à la fois martial, emphatique et émotionnel en érigeant le drapeau de la Côte d’ivoire derrière soi et en adoptant l’attitude d’un homme d’Etat, pour recevoir le pouvoir comme d’autres reçoivent le Saint Esprit ? Le faisant, en quoi diffère t-on du comédien qui joue la représentation du président de la République ? Faut-il comme pensent certains faire du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, le président de la République par intérim qui organisera la transition jusqu’à éventuellement l’investiture de Alassane Ouattara s’il est démontré que ce dernier a été effectivement élu ou à une reprise des élections si les parties n’arrivent pas à se départager ? Comme on le voit, le chemin est encore long pour répondre sereinement à la question de la légitimité du pouvoir actuel en Côte d’Ivoire.

Le pouvoir et ses symboles

Dans la perspective du traitement de cette problématique, nous pouvons émettre l’hypothèse selon la quelle, un pouvoir ne vaut que par ses symboles. Et en décryptant le cours de la crise post électorale depuis le lendemain de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, nous pourrons répondre à la question que certains semblent ne plus vouloir entendre : qui gouverne en Côte d’ivoire ?
Le pouvoir politique est celui qu’on reconnaît à une personne ou à un groupe de fixer les règles qui s’appliquent à la population sur un territoire donné. « Traditionnellement, d’après le site wikipédia, le pouvoir politique se fonde et se maintient au moyen de la puissance militaire, en accumulant les richesses et en acquérant la connaissance ». Mais le pouvoir vaut aussi et surtout par ses symboles qui, pour le cas d’un pays, sont les institutions dont le président de la République en est, l’armée, les médias d’Etat, les monuments et bien d’autres.

D’après notre hypothèse, les symboles sont le révélateur du pouvoir. C’est uniquement à leur contact que celui-ci se révèle et prend réellement corps. Or, on constate que depuis l’éclatement de crise post électorale, jusqu’à ce qu’il se présente, dans son adresse à la nation comme le président de tous les ivoiriens, Alassane Dramane Ouattara a toujours évolué en dehors des symboles du pouvoir ivoirien. C’est vrai qu’il peut arguer le fait qu’il en était tenu hors par le président sortant qui refusait de lui céder le pouvoir. Alors, ne fallait-il pas attendre de se saisir de l’entièreté de ces symboles et se faire investir pour se proclamer président de tous les ivoiriens ?

Les voies de traverse

Il faut relever ici le fait que le Golf Hôtel où Ouattara a construit son pouvoir, malgré sa stature majestueuse, n’a rien d’un symbole du pouvoir. C’est vrai que Ouattara peut se prévaloir des circonstances atténuantes en présentant le fait pour le Golf Hôtel d’être sous blocus des forces de son rival Laurent Gbagbo comme une entorse à sa liberté de circulation et à sa capacité à accéder aux lieux du pouvoir. Mais ces circonstances atténuantes ne transforment pas un lieu privé en symbole du pouvoir. De même son discours de président a été prononcé et diffusé par une télévision privée qui elle aussi est loin d’être un symbole du pouvoir.

Comme on le voit, la France et l’ONU se sont donné pour mission d’hisser Ouattara au trône de Côte d’ivoire par tous les moyens. Ils y sont parvenus parce que cela devenait un problème d’orgueil. Néanmoins, on constate qu’une certaine précipitation, qui ne s’explique pas uniquement par le souci de sauver des vies humaines, risque entacher cette mission d’énormes irrégularités de même que cela créera un précédent grave pour le droit international.

Et demain la Côte d'Ivoire

De même, de son coté, Ouattara doit se retrouver dans une position très ambigüe et très inconfortable. Jusqu’à bout, Ouattara a voulu éviter au moins deux choses : ne pas apparaître comme un chef de guerre, tâche confiée à Guillaume Soro depuis 2002. Ne pas apparaître comme l’homme de la France et des puissances étrangères qui tentent la recolonisation de la Côte d’Ivoire à travers lui.

Et pourtant, c’est l’image qui lui va aujourd’hui comme un gant. Ouattara voulait, comme le lui recommandent ses maîtres, être le modèle de démocrate arrivant au pouvoir au travers des élections, l’histoire risque ne retenir de lui que l’image d’un putschiste qui a utilisé les armes pour parvenir au pouvoir en enjambant des montagnes de cadavres et en humiliant son adversaire.

Maintenant que l’homme le plus haï du monde a été arrêté, humilié, que va-t-il se passer en Côte d’Ivoire ? Pour le moment, parce qu’il est le vainqueur de la partie, toutes les cartes sont entre les mains d’Alassane Ouattara. Il peut décider d’être le démocrate et le réconciliateur. Pour cela, il faudra qu’il mette un peu d’eau dans son vin notamment en engageant des discussions politiques relatives à la dernière présidentielle comme le lui recommande le président sortant Laurent Gbagbo.

Il peut aussi être tenté par le machiavélisme consistant à liquider systématiquement ses adversaires et même certains de ses partisans. Ainsi, Gbagbo pourra être rapidement jugé et condamné ou contraint à l’exil. Après quoi, il se retournera dans son propre camp pour livrer à la justice internationale Guillaume Soro, le chef de la milice sur laquelle pèsent de forts soupçons de massacres à Duekoué. Il restera le cas de Bedié, le père de l’ivoirité sans qui peut-être le chemin de Alassane Ouattara vers le pouvoir n’aura pas été aussi long. Dans ce cas, la vengeance est un plat qui se mange froid. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.

Etienne de Tayo

Promoteur Afrique intègre
http://www.edetayo.blogspot.com/



vendredi 8 avril 2011

POURQUOI TANT DE HAINE CONTRE LAURENT GBAGBO?

Je m’interrogeais déjà dans ma dernière réflexion sur les causes profondes de la haine concertée, communicative, suggérée et presque recommandée contre Laurent Gbagbo par la communauté internationale. En lisant quelques réactions à mon analyse sur le devenir de la Côte d’Ivoire, analyse dans laquelle je mets en doute la capacité de Alassane Dramane Ouattara à conduire avec bonheur le destin de la Côte d’ivoire, j’ai compris que la haine et le mépris contre Laurent Gbagbo, cultivé de manière presque viscérale au sein de la communauté internationale, s’est donnée les moyens de son assouvissement dans une partie de la population ivoirienne.

Le crime souvent avancé pour soutenir cette haine contre Gbagbo est celui de gangster électoral récidiviste. Un crime devenu pourtant presque banal en Afrique où ces mêmes membres de la communauté internationale ont soutenu et soutiendront encore contre leurs peuples, plusieurs dictateurs ayant opéré des hold-up électoraux. Aujourd’hui, ces chefs d’Etats continuent d’être reçus dans les palais en occident.

Mais le plus important pour moi, c’est que je commence à avoir un début de réponse aux raisons de cette haine contre Gbagbo. Il se trouve que cet enseignant d’histoire qui a sans doute trop lu et assimilé les textes sur l’esclavage, le colonialisme et le néo-colonialisme est un insoumis par rapport à l’impérialisme. Et c’est le sous secrétaire d’Etat américain adjoint aux affaires africaines qui, enfin lève un pan de voile sur ce conflit qui oppose les membres de la fameuse communauté internationale et en particulier la France et les Etats Unis à Laurent Gbagbo.

Dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier de RFI, William Fitzgerald révèle qu’au début de la crise ivoirienne en début décembre, « à deux reprises et à quelques semaines d’intervalle, le président Barack Obama a essayé de parler au téléphone avec M. Gbagbo mais ce dernier a refusé de le prendre au téléphone ». Et le diplomate américain de dire par deux fois : « ce n’est pas sérieux ».

Voilà donc où meurt Laurent Gbagbo. Selon toute vraisemblance, il aurait infligé la même humiliation au président français Nicolas Sarkozy. Résumons : un chef d’Etat africain refuse de prendre par deux fois au téléphone, le président de la nation la plus puissante du monde. Cela a un nom ; crime de lèse impérialiste mais je préfère parler de délit de non génuflexion.

Alors que certains chefs d’Etat africains se décoifferaient et se mettraient presque à genoux pour parler au téléphone avec Obama ou Sarkozy, et garderaient ensuite précieusement la bande sonore de cet échange comme preuve de leur véritable entrée dans l’humanité, voilà que Laurent Gbagbo crache dans le plat et envoie balader Obama. Il a semé le vent et mérite de récolter la tempête, me diriez-vous. Mais faut-il encore que ses contempteurs aient le courage de révéler les raisons pour lesquelles ils lui vouent cette haine. Au lieu de quoi, ils louvoient, ils parlent d’autres choses, vendent des illusions aux ivoiriens et tentent d’intimider tous ceux qui ne les accompagneraient pas dans leur haine contre Gbagbo.

J’aurai bien pu, comme font d’autres africains – malheureusement se présentant comme défenseurs des droits humains et parfois de l’Afrique – me joindre à cette caravane de haine sans en comprendre les tenants et les aboutissants, juste pour me mettre du bon coté et par conséquent à l’abri du besoin. Mais contre l’arrogance et l’impartialité de la communauté internationale, je suis obligé de choisir le parti de Laurent Gbagbo non pas parce qu’il est un saint ou qu’il est forcément le type de dirigeant dont rêve l’Afrique de demain, mais parce que la haine des autres a fait de lui un pestiféré, un mollusque, une vermine qu’on veut écraser. C’est donc mon humanisme qui me pousse vers lui.

Je comprends les ivoiriens qui ont vu leur pays se déliter au cours de ces dix dernières années et qui veulent faire porter la responsabilité à Laurent Gbagbo. Selon eux, il n’aurait pas dû résister à ceux qui depuis 2002 avaient décidé de le débarquer parce qu’il a perdu la confiance des maîtres. C’est dans ce piège de l’alimentaire et du tube digestif que la communauté internationale tient certains ivoiriens. Pendant 10 ans, ce qui prend aujourd’hui le nom de communauté internationale a étranglé la Côte d’ivoire. Ensuite, il était plus facile de dire aux ivoiriens de se débarrasser de cet homme qui ne leur a apporté que malheur.

On leur dit que Ouattara leur apportera la prospérité puisqu’il a des connexions dans le système international surtout occidental qui l’aime bien, au contraire de Laurent Gbagbo qui s’est enfermé dans un nationalisme rétrograde. Mais depuis 50 ans qu’elle est indépendante, la Côte d’ivoire aurait dû accéder à cette prospérité sans attendre Ouattara. Qu’est ce qui montre qu’aujourd’hui, ce qui n’a pas été possible sous le charismatique et non moins collabo Félix Houphouet Boigny le sera sous Ouattara ?



Etienne de Tayo


Promoteur « Afrique intègre »

jeudi 7 avril 2011

COTE D'IVOIRE : DIGNITE DE L'UN, LA HAUTE TRAHISON DE L'AUTRE

Le drame qui enserre et étouffe la Côte d’Ivoire aujourd’hui dégage deux images fortes dans lesquelles se reconnaît chacun des protagonistes : la dignité et la haute trahison.


La dignité est celle de Laurent Gbagbo, l’homme haï par tous qui, après avoir subi jusqu’au bout les assauts de l’impérialisme, refuse l’humiliation de ceux qui veulent lui faire avaler ses convictions. En indiquant clairement sa position à ses adversaires dont il sait qu’ils ont hâte de l’éliminer, Gbagbo fait montre d’un courage qui déroute ses ennemis. En l’écoutant répondre aux questions des journalistes avec une sérénité à toute épreuve, on a de la peine à croire qu’il est assiégé. De même que son propos laisse penser qu’en vrai chef militaire, il a parfaitement le feedback de ses hommes sur le terrain. Il n’est donc pas enfermé dans un bunker en tentant de sauver sa peau. Cette élégance dans l’affrontement de la mort et du péril qui est celle de Laurent Gbagbo aujourd’hui est une démarche tout en dignité.

Usant de la désinformation et de la manipulation, la communauté internationale a voulu faire croire que Laurent Gbagbo a abdiqué en demandant de se mettre sous la protection de l’ONU. Ce qui revenait à faire croire qu’il a accepté de se mettre sous la protection du diable qui est la source de tous ses malheurs. Ses adversaires l’ont annoncé en route pour l’exil, refugié dans une ambassade, question de créer la débandade dans ses rangs. De son coté, la France, par la voix de son ministre de affaires étrangères voulait faire croire que Gbagbo était sur le point de signer un document renonçant au pouvoir et reconnaissant la victoire d’Alassane Ouattatra.

Mais rien de tout çà. Dans une interview de Laurent Gbagbo diffusée sous les antennes de RFI et certainement reprise par plusieurs autres canaux, nous fait comprendre que non seulement Gbagbo a contourné le piège mais qu’il est plus que jamais combatif. Répondant à Norbert Navarro au sujet de son éventuelle reddition, le président Gbagbo dit ceci : « On n’est pas encore au stade des négociations. Et puis mon départ d’où, mon départ pour où ? Les militaires sont en train de discuter de la cessation des hostilités. Après, je souhaite que les civils, les politiques prennent le relais et discute de la sortie de crise. A ce moment là, on pourra me poser des questions. Pour le moment, ce n’est pas encore le cas (…) Il n’y a pas de jusqu’où. Je dis, j’ai gagné les élections. Mon adversaire dit qu’il a gagné les élections. Je dis, OK asseyons-nous et discutons, sortons les arguments. C’est tout ce que je demande. Mais on ne m’écoute pas. Il s’agit d’élections. Or, quand à la fin d’un processus électoral, deux candidats se déclarent vainqueurs, il y en a un forcément qui a été élu. Et l’autre se trompe de bonne foi ou alors il ment. Il faut régler cela. »



Peut-être dans quelques minutes ou dans quelques heures, une balle assassine de la légion étrangère d’Alassane Dramane Ouattara viendra arracher la vie à Laurent Gbagbo comme cela a été le cas des pauvres victimes de Duekoué. Alors, il mourra dans la dignité.
En Côte d’Ivoire, la haute trahison est justement celle de Alassane Dramane Ouattara. Un ancien cadre du FMI, assoiffé de pouvoir – il suffit de scruter son visage à Ouattara pour comprendre que l’homme est mortellement marqué par le recherche obsessionnelle du pouvoir au point qu’il en est devenu l’otage. Officiellement, depuis 4 mois, Ouattara tient en Côte d’Ivoire, l’autre bout de la corde qu’a déployé la communauté internationale pour étrangler le pays de Felix Houphouet Boigny. Officiellement parce qu’en fait, c’est depuis 2002 que Ouattara et ses complices avaient décidé de lancer l’OPA sur la Côte d’Ivoire tenue alors selon eux par un insoumis. C’est ainsi que la rébellion des forces dites nouvelles a été lancée et que la partition du pays a été opérée. Pendant près de 10 ans Ouattara et ses complices ont mis la zone occupée sous coupe réglée pour la constitution du trésor de guerre. Lequel est utilisé aujourd’hui pour massacrer les ivoiriens.

Même s’il ne semble pas vouloir y parvenir ou que cela se sache, il devient évident aujourd’hui que le trône sur lequel s’apprête à s’asseoir Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et la couronne qu’il portera sur la tête seront confectionnés à partir des cadavres d’hommes fraîchement assassinés. Ce qui veut dire que, lorsqu’on le verra assis sur son trône, on verra en même temps du sang dégouliner sur le visage du roi Ouattara alors qu’un autre petit ruisseau de sang partira de ses pieds et dessinera une sorte de tapis rouge de sang.

Malgré les accointances et les liaisons dangereuses qui le lient à la communauté internationale, cette dernière a été obligée d’imputer aux hommes d’Alassane Ouattara, donc à ce dernier, les massacres de Duékoué où un millier d’ivoiriens ont été massacrés à cause de leurs opinions par les hommes d’un homme censé venir instaurer la démocratie. En acceptant que l’armée française bombarde la Côte d’Ivoire, détruise le matériel militaire et tue les ivoiriens, Alassane Ouattara a certainement ruiné toutes ses chances de se faire accepter des ivoiriens.

De quelque bout qu’on le prenne, le dénouement de la crise de Côte d’Ivoire et l’avenir même de ce pays ne pose que des questions supplémentaires qui sont autant de défis pour la Côte d’ivoire et pour l’Afrique toute entière : Pourquoi cette haine concertée et presque communicative contre Laurent Gbagbo ? Qu’a-t-il fait de pire que ne l’ont fait et ne feront d’autres chefs d’Etats en Afrique ? Les histoire de hold up électoral soutenue et presque supervisée par la France ne sont-elle pas légion en Afrique ? Et pourtant, on n’a pas vu la communauté internationale aussi active dans l’amplification de la haine meurtrière envers les auteurs comme c’est le cas aujourd’hui contre Gbagbo. Serait-il donc d’un problème de refus d’allégeance à la puissance coloniale dont serait victime Laurent Gbagbo ? Pour qui et au nom de qui demain, Alassane Ouattara gouvernera la Côte d’Ivoire ? Comment ce monsieur qui n’a jamais pu se démarquer un seul jour des positions de la fameuse communauté internationale devra t-il demain s’affranchir de la volonté de la France, des États-Unis, de la Grande Bretagne et de tous les lobbies criminels qui les parasitent d’obtenir de lui la braderie de la Côte d’Ivoire ? Quels pactes secrets Ouattara a-t-il signé avec les lobbies du cacao et les autres et à quel niveau se situe l’intérêt de la Côte d’ivoire ?

Au-delà des subtilités du droit international, l’image sombre que laisse l’arrivée de Ouattara au pouvoir en Côte d’ivoire, porté à bout de bras par une communauté internationale partiale jusqu’à la caricature, l’image est celle d’une personne sur qui pèse déjà de forts soupçons d’étranger à la Côte d’Ivoire, installé au pouvoir par les puissances étrangères. Il aura donc beaucoup de problèmes avec sa légion étrangère à véritablement s’ancrer en Côte d’Ivoire.. Demain, le premier contrat que Ouattara signera avec la France, sera celui de l’approvisionnement de la Côte d’Ivoire en armes et en munitions. Les mêmes armes et munitions que l’armée française a détruite avec l’aval d’Alassane Ouattara. Cela se voit que la connivence est trop grossière. Avec ce contrat, la France profitera pour écouler son stock d’arme et de munitions et se refaire une santé financière sur le dos du contribuable ivoirien.

Face à tout ce qui précède, un seul conseil à Alassane Ouattara : il faut que, une fois qu’il aura prêté serment, réussissant ainsi à étancher sa soif inextinguible du pouvoir, et qu’il aura fait inscrire pour l’histoire son nom sur la liste des présidents de Côte d’Ivoire, qu’il rende aussitôt son tablier ou qu’il se suicide. Car, il aura de la peine à s’imposer en Côte d’Ivoire où on a constaté son incapacité à mobiliser le peuple. Sans oublier que ses maîtres d’aujourd’hui lui mettront une pression parfois insupportable pour lui faire tenir les accords des pactes secrets. Déjà, en lui faisant porter la responsabilité du massacre de Duekoué, ils préparent le terrain du chantage à travers les multinationales des droits de l’homme qu’ils contrôlent parfois ou encore les tribunaux internationaux sous leurs ordres. Déjà le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, dit son intention d’enquêter sur les « massacres commis de façon systématique ou généralisée » en Côte d'Ivoire. Face à cette annonce, Alassane Ouattara éprouve plus de peur que Laurent Gbagbo car, comme le dit un adage africain, « le cadavre n’a pas peur du cercueil ».



Etienne de Tayo


Promoteur Afrique Intègre


Auteur de l’ouvrage : « Pour la dignité de l’Afrique, laissez-nous crever »

jeudi 10 mars 2011

Pascal Kenfack : « Cette sculpture est ce qui scelle symboliquement la ville de Massy et le Burkina Faso »


L'artiste à l'oeuvre

 Pascal Kenfack peut être présenté aujourd’hui comme l’un des portes étendards de l’Art moderne africain. Après un cursus complet à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Paris, achevé par une thèse de doctorat à Paris8, ce peintre et sculpteur est retourné au Cameroun où il initie les jeunes dans le cadre de l’Institut des Beaux Arts de l’université de Dschang à Foumban.
Mais dès que l’occasion lui est donnée, Pascal Kenfack parcours le monde en émerveillant ses publics de son art alerte. Il a répondu à l’appel de la ville de Massy en France, pour donner de la couleur à l’évènement « AFRIC A MASSY ». Les visiteurs de cette exposition qui se tient à la médiathèque Jean Cocteau en parlent encore.
Nous avons rencontré Pascal Kenfack dans son atelier de sculpture, lieu de l’exposition. Il répond à nos questions.



Pouvez-vous nous présenter globalement cette exposition que vous faites à la médiathèque de la ville de Massy, dans l’Essonne en île de France ?

Pascal Kenfack : Je dois dire que ce n’est pas toujours aisé de présenter un travail comme celui-ci qui est vraiment multiforme et multidimensionnel. Mais qu’à cela ne tienne, nous sommes en présence de peinture de grand format et de la sculpture. En sculpture, la pièce sur laquelle je travaille actuellement mesure au moins deux mètres. Les autres, ce sont les petits formats parce que le contexte ne me donne pas la possibilité de faire vraiment des monuments comme je le fais ailleurs. Ici, j’ai présenté exclusivement des tableaux ou des sculptures de petite dimension.

Cette sculpture de deux mètres par exemple, dites-nous ce qu’elle sera quand vous l’aurez terminée ?

Pascal Kenfack : Cette sculpture est ce qui scelle symboliquement la ville de Massy et le Burkina Faso. En ce sens que le Burkina est venu voir Massy pour lui demander une coopération. Massy a accueilli l’idée ensuite en a fait tout un projet. Massy a dit au Burkina, procurez d’un bœuf et nous vous en donnerons un second qui vous permettra d’aller remuer autant que possible la terre, la fructifier pour faire vivre les millions des gens qui sont sous votre responsabilité. C’est un peu comme çà le concept. Donc il y a deux bœufs qu’il faut atteler pour pallier un peu la pénibilité du travail de la terre.

Pour déplacer votre unité de production ici sur place, transporter par exemple vos matériaux de l’Afrique, quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

Pascal Kenfack : Je suis de ceux qui prêchent un artiste qui part sans rien en main. C'est-à-dire que, là où il s’installe, le peu qu’il trouve, il travaille avec. Sur le plan matériel, je vous assure que je n’en souffre pas. Là où j’arrive, je trouve le matériel. Par exemple, ce bout de bois sur lequel je suis en train de travailler, c’est le noyer comme on peut aussi trouver la même forme à travers le goyavier ou l’avocatier en Afrique centrale. Donc, ce que je vois, je prends et je le transforme.

Lorsqu’on vous regarde travailler, on peut penser que tout ce que vous touchez même vos matériaux doivent être sacré. Est-ce que c’est une vision un peu exagérée ?

Pascal Kenfack : Non, ce n’est pas exagéré. D’autant plus que la nature nous procure pratiquement tout ce qu’il y a lieu de savoir. C'est-à-dire le coté mystique, le coté ludique même à savoir que l’arbre n’est pas seulement un élément qu’on peut couper et mettre dans le feu, c’est tout une entité à travers laquelle on peut s’exprimer. On ne l’approche pas n’importe comment. Dès l’instant où on l’a connu, on peut en faire un intermédiaire et j’allais dire un collaborateur parce que l’homme va vers la nature, la découvre, y puise les substances qu’il faut. Çà peut être des substances essentiellement vitales comme çà peut être des substances relatives à la spiritualité. Et l’arbre est bien positionné pour pouvoir répondre à ces préoccupations là.

Quand vous travaillez sur un arbre coupé dans la forêt africaine et lorsque vous travaillez sur un autre coupé dans une autre forêt par exemple ici en Europe. Est-ce que votre proximité à ces deux troncs est différente ?

Pascal Kenfack : La différence d’approche est beaucoup plus à la base, c'est-à-dire au départ, le choix même de l’essence. Or, le choix de l’essence en Afrique, c’est tout un long processus à la limite rituel. Ici, lorsqu’on veut prélever une essence, c’est une tronçonneuse qui agit alors qu’en Afrique, il faut vraiment aller supplier les entités qui sont à l’intérieur de cette essence là pour être en mesure de prélever, ne serait-ce que, l’écorce. A plus forte raison, couper complètement l’arbre. Donc c’est deux démarches différentes. Quand la machine entre dans les mains de l’homme, il bafoue les règles de la nature et à partir de là, tout peut arriver. A commencer par des déséquilibres de toutes sortes.

Prenons le tableau que nous avons derrière nous. Je sais qu’un tableau est polysémique. Lorsque vous l’avez conçu, vous aviez certainement un message à transmettre qui n’est pas toujours celui que finit par percevoir celui qui décrypte votre œuvre. Pouvez-vous nous donner le message originel de ce tableau ?

Pascal Kenfack : S’il faut décliner le message originel comme vous dites, je vous dirai qu’il s’agit de l’initiation. Il y a un père qui tient en main ses deux enfants. En même temps, il tient son bâton de commandement. Il est assis sur son trône en quelque sorte. Derrière lui il y a la nature qui est très proche et rentre dans le contexte même du sujet qui est évoqué. Il est en train de dire à ses enfants : voilà ce sur quoi vous allez vous appuyer quand vous deviendrez grand. Et ainsi, on est vraiment à l’intérieur de nos traditions. Les enfants doivent savoir qu’il y a des obédiences chez nous qui forment un peu notre école traditionnelle, lesquelles obédiences ont leur façon de faire, leur philosophie laquelle consiste à dire que : voilà nous serons toujours dans la nature, en tirer des éléments constitutifs pour en faire des puissances. On est ici comme on était dans la formation des neuf notables. Or, un neuf notable dans le village est une personne qui détient une connaissance. Et la somme des connaissances détenues par les neuf constitue alors la puissance. Une puissance qui devient parfois incontrôlable. J’ai essayé de mettre en exergue deux initiations : celle de l’école et puis celle du village. Nous avons deux grands baobabs qui, au lieu de se terminer par des branches, se terminent plutôt par les écrans du net qui sont comme des antennes et communique avec le monde entier. Voilà ce qu’on peut percevoir à travers ce tableau.

Donc, selon vous et d’après ce tableau, il ne peut pas y avoir d’opposition entre les deux mondes que sont, celui de l’initiation traditionnelle et celui de l’école moderne ?

Pascal Kenfack : Il y a complémentarité d’autant plus que, tout ce qu’on peut utiliser pour former l’enfant se retrouve là dedans. Or, on forme l’enfant traditionnellement. L’école ouvre de grandes perspectives alors que nos traditions tournent sur elles mêmes. Il faudra vraiment à un moment donné choisir. En tout cas on peut partir maintenant du traditionnel vers le moderne et s’y retrouver parfaitement sans que çà gêne l’homme.

Est-ce qu’on peut véritablement peindre et émerveiller comme vous le faites, en restant dans la posture traditionnelle africaine sans avoir atteint une certaine dimension d’initiation. Autrement dit est ce qu’un peintre peut tout à fait être assimilé à un initié ou sorcier comme disent certains ?

Pascal Kenfack : On le dit très souvent chez nous : ceux qui créent des formes sont quelque part des sorciers. Par contre, je me dis qu’il y a sorcier et sorcier. Si on appelle sorcellerie les connaissances qu’on apprend à l’école, auxquelles les autres n’ont pas accès, si c’est çà la sorcellerie, je dis ben ok. Mais je dis plutôt que c’est le savoir. Ce sont là autant de pistes de savoir qui permettent aux uns et aux autres de partir d’un point pour en arriver à un autre et se sentir le mérite d’avoir au moins fait quelque chose. Ce qui est sûr, c’est que, qu’on soit traditionnel ou pas, on a quelque chose à dire et si on peut le dire, tant mieux. Par la suite, est ce qu’on l’a bien dit, parce qu’il y a des canons pré définis pour le dire et se faire comprendre. Alors, si on n’a pas ces canons là, il y a de fortes chances qu’on le dit mais qu’on ne le dise pas bien. Et quelque part, il y ait une entorse.

Voulez-vous nous dire que la peinture ou la sculpture c’est un métier comme un autre : médecin, avocat. Et qu’on peut l’acquérir à l’école. Voulez-vous soutenir que chacun arrive au sommet de son art parce qu’on a bien suivi ses cours et bien appris sa leçon ? Est-ce que c’est la même chose ?

Pascal Kenfack : C’est tout à fait la même chose puisque qui dit école dit savoir. Donc on doit pouvoir accéder à ce savoir là. Or, celui qui y va et qui y va avec tous les moyens dont il dispose, peut atteindre le savoir sans que çà gêne qui que ce soit. Donc, on peut devenir peintre et sculpteur comme on peut devenir médecin comme on peut devenir avocat.

Est-ce qu’on peut parler d’une peinture profane, d’une peinture non chargée et d’une autre chargée ?

Pascal Kenfack : Là, nous entrons dans les méandres même du métier. Est-ce qu’il faut vraiment peindre comme un oiseau qui chante ? L’oiseau qui chante, répète ce qu’il dit de façon sempiternelle. Mais il ne dit rien puisque c’est ce qu’il fait toute la journée. Maintenant, si on ne doit pas faire comme un oiseau, c'est-à-dire s’exprimer parce que nous sommes des humains, cela veut dire qu’il y a des signes qu’on doit apprendre et maîtriser, il y a donc la capacité de pouvoir traduire ce qu’on a appris en formes en signes et en couleurs. A partir de là, on peut s’exprimer. On n’est donc plus un oiseau. Vous faites en sorte que les autres vous comprennent. Et parce que les autres vous comprennent, vous pouvez donc exposer partout où vous voulez, vous évoluerez sous toutes les formes sans que çà gêne qui que ce soit.

Propos recueillis à Massy par Etienne de Tayo

jeudi 17 février 2011

CRISE DIPLOMATIQUE : POURQUOI FLORENCE A TOUT CASSEZ

La brouille actuelle, qui s’est muée d’ailleurs en crise diplomatique, entre la France et le Mexique est riche d’enseignement pour qui voudrait prendre une minute pour décrypter la marche du monde.

Si le président Nicolas Sarkozy avait voulu mesurer l’influence de la France dans le monde, il a la réponse, foudroyante. En contre attaquant, les autorités mexicaines montrent à suffisance le peu de considération qu’elles accordent aux menaces et à la tentative de chantage des autorités françaises. Alors, en transformant cette affaire en affaire d’Etat, la France et plus précisément sa diplomatie ne se prendrait-elle pas pour ce qu’elle n’est pas ou n’est plus ? La pauvre Florence Cassez n’est-elle pas finalement l’otage d’un jeu d’influence de deux puissances dans un monde en recomposition ? Ou n’est-elle pas tout simplement un enjeu électoral pour deux chefs d’Etat populistes déjà en campagne pour une réélection dans leurs pays ?

A l’annonce de la décision de la justice mexicaine de confirmer la condamnation de Florence Cassez à 60 ans de prison pour « enlèvement et séquestration », c’est d’abord la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot Marie qui a brandi, la première, une menace en annonçant le boycott personnel des manifestations marquant l’année du Mexique en France.

Alors que les autorités mexicaines étaient encore à s’étonner de ce qu’elles considèrent comme une amalgame et une ingérence insupportable de la France, c’est au tour du président Nicolas Sarkozy de décider unilatéralement de dédié l’année du Mexique à Florence Cassez. En le faisant, le président français souhaitait provoquer un grand débat pour amener l’opinion à mettre tout son poids dans la balance de la pression à mettre sur le gouvernement mexicain.

Pour les autorités mexicaines, l’attitude de la France passe de l’ingérence à de la provocation. Alors, l’opinion publique s’emballe au Mexique et on peut croire que les autorités françaises ont donné une occasion en or au président Felipe Calderon pour mobiliser ses troupes, et aux Mexicains de requinquer leur nationalisme. Isabel Miranda de Wallas, une artiste très populaire du Mexique et présidente de l’association mexicaine « Halte aux enlèvements », enfonce le clou : « Je suis sûr à 100% qu’elle est coupable », dit-elle parlant de Florence Cassez.

Surfant sur cette vague de défiance, les autorités mexicaines prennent la France de vitesse et annoncent à leur tour le boycott de l’année du Mexique en France, un peu comme pour dire à la France que le Mexique ne gagne pas grand-chose dans cette manifestation. Et pour cause, le Mexique fait partie des pays émergents vers lesquels bascule désormais le centre de gravité du monde. Il s’agit d’un pays de 130 millions d’habitants, membre du G20 qui prendra d’ailleurs la présidence juste après la France. C’est donc, à leurs yeux, à la fois prétentieux et irresponsable pour la France de vouloir leur faire des injonctions et des menaces à peine voilées.

Le dernier incident en date s’est produite au Senat français, lorsque, protestant contre l’évocation de l’affaire Florence Cassez par la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot Marie, l’ambassadeur du Mexique a décidé de claquer la porte de l’auguste chambre. Un geste qui en dit long sur la dégradation des relations diplomatiques entre la France et le Mexique.

Lorsque les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre !

Il faut dire que la principale concernée dans cette affaire, Florence Cassez, se montre de plus en plus agacée. Et même si elle déclare tenir le coup « grâce au président Nicolas Sarkozy », elle n’est pas loin de penser, comme son frère d’ailleurs que le traitement de cette affaire par les autorités françaises contribuerait plus à lui compliquer la vie qu’à l’alléger. En intervenant de façon maladroite comme elles l’on fait, les autorités françaises heurtent le nationalisme mexicain, expose médiatiquement et inutilement Florence Cassez en lui faisant courir le risque des représailles. A la fin, on se demande à qui profite finalement cette agitation.

Depuis la fin de non recevoir servie à Michèle Alliot Marie par les autorités mexicaines, la France aurait dû décrypter le sens du vent et ne pas laisser le président de la République monter lui-aussi au filet pour recevoir une claque – c’est ce qu’a dénoncé l’ancien ministre Robert Badinter en parlant de la nécessaire rareté de la parole présidentielle. Tous les muscles de la France, déployés à l’échelle présidentielle, n’ont pas réussi à faire plier le Mexique. Au contraire, dans sa réaction on lit une défiance en bonne et due forme. Maintenant, entre les deux puissances en lutte, une doit forcément se faire hara-kiri et tout laisse penser que la France sera celle là. Les Etats n'ayant que des intérêts, si d'aventure demain le Mexique passe une commande de rafales ou de sous marins français, l'affaire Cassez sera tout de suite reléguée au second plan à défaut d'être tout simplement renvoyée aux oubliettes.

La leçon qu’il faut tirer de cette affaire, c’est que l’influence mondiale est un jeu presque à sommes nulles. Le déclin ou les contre performances des anciennes grandes puissances libère de la place pour les puissances émergentes. Il revient à la France aujourd’hui de faire connaître à son peuple le niveau réelle de sa puissance afin qu’il l’intègre désormais dans son propre comportement à l’extérieur. Il y a longtemps, lorsqu’on se présentait dans un pays d’Afrique ou d’Amérique latine comme un Français, un Anglais ou un Américain, cela était suffisant pour tenir tout le monde en respect. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

C’est vrai, l’histoire de cette jeune femme, pleine de vie et au visage ingenu, condamnée à 60 ans à mille lieux de son pays est de celle qui cerne d’émotion les âmes même les plus insensibles. Si l’on s’en tient à l’ultra médiatisation de cette affaire et à l’emballement de l’opinion publique au Mexique, on comprend tout de suite qu’au-delà de la faute qu’elle aurait peut-être commise, elle est devenue, malgré elle, une sorte de cobaye devant permettre au Mexique de tester son influence dans le monde.

Mais ce qu’il faut comprendre pour rester raison gardée, c’est que Florence Cassez n’est pas une otage entre les mains de criminels comme ce fut Ingrid Bettancourt, détenue par les Farc en Colombie ou les cinq français détenus au Mali par l’Aqmi ou encore Stéphane Taponié et Hervé Guéquierre, retenus eux en Afghanistan par les Talibans.

Florence Cassez est une prisonnière jugée et condamnée par la justice d’un pays indépendant et souverain. A moins de chercher des pistes dans le droit international comme le tente aujourd’hui Sébastien Cassez, le frère de Florence. Et puis, le Mexique n’est pas le Tchad où, par le jeu des influences et du paternalisme, la France avait réussi à faire libérer les personnes retenues dans le cadre de l’affaire de l’Arche de Zoé. Demain peut-être, si les choses ne se résorbent pas, la France ne sera plus capable de faire libérer les siens, même au Tchad. Et ça, le peuple a besoin de le savoir. La France a le devoir de faire connaître à son peuple, les raisons de l’érosion de son influence dans le monde. Ce serait déjà le début de la résolution du problème.

Par Etienne de Tayo


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mardi 15 février 2011

TUNISIE, EGYPTE... ALGERIE : DES REVOLUTIONS SANS GUIDE

Un vent de liberté sans précédent souffle sur le monde arabe. Et les dictateurs tombent comme des fruits mûrs. Le monde découvre alors la profondeur de la contestation populaire mais surtout la taille de l’impopularité sur laquelle trônaient les dictatures déchues.

Pourtant, nul n’a vu venir la grogne. Ni les multiples spécialistes du Maghreb et du proche Orient qui écument les universités en Occident, ni les journalistes tout aussi spécialisés, encore moins les services de renseignement des différents pays occidentaux, si souvent prompts à présenter la météo politique des anciennes colonies. Tous sont obligés de courir aujourd’hui après les événements en tentant de les rattraper et de les expliquer. Cette myopie de la communauté internationale, voulue ou non, nous renseigne à souhait sur la transformation du monde et la capacité des peuples à conduire des révolutions tout à fait autonomes.

Que ce soit en Tunisie ou en Egypte et peut-être demain en Algérie ou ailleurs en Afrique noire, les peuples conduisent victorieusement leur révolution sans guide connu et reconnu. Il n’y a aucun Messie qui est attendu. Le peuple a pris ses responsabilités en main et assume son destin. Les uns après les autres, ils font plier les différents maillons de la redoutable machine répressive de l’Etat. A l’observation, il est permis de penser que, demain, de véritables démocraties prendront la place des dictatures défaites. En général, lorsqu’elle est voulue et désirée par le peuple, nous avons une démocratie saine dans un corps social sain. Mais lorsqu’elle est inspirée ou même imposée par la communauté internationale ou dictée depuis les capitales occidentales, nous avons une démocratie piégée.

Dans la présente réflexion, nous voulons, à la lumière de ce qui se passe aujourd’hui au Maghreb, nous interroger sur le réel de l’Etat en Afrique et dans le monde en développement en général mais surtout nous intéresser à la manifestation du politique en tant que « actions visant le maintien ou la modification de l’ordre établi ».

Dès lors, un certain nombre de questions s’offrent à nous : comment peut-on expliquer la bravoure, j’allais dire subite, des peuples longtemps tenus en respect, soigneusement muselés et souvent réprimés par les gouvernants ? Comment comprendre l’apathie tout aussi subite des régimes ayant par le passé démontré leur pleine capacité à mâter dans le sang, toute contestation populaire ? Sans guide et sans leader charismatique pouvant prendre la direction des affaires et conduire un vrai changement, le peuple saura-t-il tirer tout le bénéfice de sa victoire ? Quelle garantie pour la réalisation des aspirations populaires ? Peut-on changer le régime en comptant sur la transformation des dignitaires de l’ancien régime ou faut-il absolument faire table rase du passé et faire rimer le changement de régime avec le changement des hommes ? Comment procéder pour éviter au peuple de vol ou le détournement de sa victoire ? Que faire des dictateurs déchus ?

La goutte d’eau

L’étincelle qui embrasse aujourd’hui le Maghreb et menace d’embraser le monde arabe est partie d’un fait divers à la limite banal, même s’il y a eu mort d’homme : l’immolation d’un commerçant excédé à Tizi Bouzit. Mais ce qu’il faut reconnaître, c’est que l’étincelle a été craquée dans un environnement complètement desséché. Et ce dessèchement marque le degré de pauvreté mais aussi de musèlement des populations. Un peuple comprimé pendant longtemps finit par exploser et souffle tout sur son passage. C’est un principe scientifique : un gaz qu’on comprime longtemps dans une bouteille sans possibilité d’échappement, finit par faire exploser cette dernière quel qu’en soit la matière de sa fabrication.

Le fait que la mèche ait été allumée au Maghreb n’est pas un fait fortuit. Depuis près de deux décennies, les peuples arabes de la méditerranée et du proche Orient, sont victimes de ce qu’on peu qualifier de devoir de protection de l’Etat hébreux qui est celui que s’est octroyé l’Occident. En effet, effrayé par la montée de l’islamisme arabe qu’il assimile au terrorisme, et incapable de l’affronter ou de le domestiquer, l’Occident a entrepris de sous-traiter son action aux roitelets établis sur les bords de la méditerranée.

L’Occident finance ainsi dans le Maghreb des pires dictatures censées servir de digues à la protection de l’Etat d’Israël. Le premier coup porté à la démocratie dans cette région avec la bénédiction de l’Occident, était l’annulation des élections algériennes remportées par des partis islamistes. Depuis lors, une répression sanglante est conduite contre le peuple sous le couvert du combat contre le terrorisme. Pour des services rendus à l’Occident et à Israël et paradoxalement pour les sévices rendus à leurs peuples, les régimes du Maghreb étaient présentés en Occident comme des exemples à suivre et de ce fait fréquentables.

La démocratie aux forceps

La démocratisation introduite presque aux forceps en Afrique et dans le monde arabe, a contribué à faire rompre l’équilibre instable sur lequel reposait l’Etat traditionnel africain. En effet, comme le souligne Georges Ballandier, « l’Etat traditionnel africain apparaît instable et porteur d’une contestation organisée – ritualisée – qui contribue plus au maintien du système qu’à sa modification, l’instabilité relative et la rébellion contrôlée seraient ainsi les manifestations normales de processus politiques propre à ce type d’Etat ». C’est cette mécanique qui avait permis aux dictateurs africains de la première génération d’ériger l’Etat, de construire le politique et de maintenir un semblant d’équilibre en « ayant recours ou la menace de recours à l’emploi légitime de la contrainte physique »

Or, confronté au pluralisme, et surtout à l’apparition des oppositions politiques, les dictateurs ont cru trouver la solution dans la liquidation symbolique ou réelle des opposants et dans l’étouffement systématique de toutes les formes de contestation. Ils ont effectivement mis cette menace à exécution. Ce faisant, ils ont bouché toutes les soupapes de respiration par lesquelles le jeu politique s’oxygénait. Cet état de chose a contribué à faire du politique, non plus « une expression manifeste de la réalité sociale » mais plutôt une sorte d’ogre tenue en horreur par la société. Ceci s’explique par la montée presque vertigineuse des abstentions aux différentes élections. Mais comme personne n’a réellement la capacité de tenir le peuple en dehors du politique ou bien de le dépolitiser, Aristote définissant l’homme comme « naturellement politique », tel la nature, les peuples ont repris leurs droits. Et de fort belle manière.

D’après Ballandier, « toute société ne peut être qu’un système approximatif tendant à sa pleine réalisation (ce qui manifeste le politique comme créateur d’ordre) ; mais l’approximation permet par ailleurs la contestation, la mise en mouvement des forces contraires au maintien du système (ce qui révèle le politique comme négateur de l’ordre établi). Ordre et désordre sont donnés en même temps, le changement a ses racines dans le système lui-même ». Or, le fait pour les régimes dictatoriaux d’étouffer toute contestation a contribué à les scléroser, à compromettre toute forme d’auto changement portant ainsi malgré eux la contestation et même les divisions au cœur même du système. C’est ce qu’on a constaté en Egypte avec la division de l’armée qui a certainement contribué à l’affaiblir et à annihiler son action. C’est ce qui s’observe dans la plupart des pays africains où l’opposant n’est plus en face du pouvoir mais à l’intérieur de ce dernier.

Pouvoir au peuple

Que ce soit en Tunisie ou en Egypte, on a vu comment les dictateurs ont tenté de résister à la pression populaire. Ben Ali a tenu 28 jours et est parti après avoir prononcé trois discours dans lesquels il faisait des concessions au peuple. Moubarak est parti au bout de 18 jours ayant tenu deux discours. Moubarak, en envoyant ses partisans dans la rue, a tenté de mettre en scène le scénario de la guerre civile, question de donner un avant goût du chaos dont il disait que son départ pourrait provoquer. Mais ce qu’on peut constater – et c’est très visible dans le cas de Moubarak – c’est que c’est finalement la pression de l’armée et les dissensions internes au cœur même du régime qui ont fini par les emporter. Ce qui montre bien que le ver était dans le fruit. Ce qui montre aussi qu'aucune armée du monde, aussi puissante soit-elle, qu'aucun dictateur, aussi cruel soit-il ne saurait se mettre en travers d'un peuple qui a soit de liberté. 

Dans les deux pays maghrébins qui sont déjà passés à la moulinette de leurs peuples, la révolte a d’abord était individuelle et surtout tripale, c'est-à-dire qu’elle remonte des tripes de chaque contestataire. La synchronisation de toutes ces colères individuelles a fini par donner une révolte synchronisée, puis la révolution que nous admirons tous aujourd’hui. Les dictateurs ont été soufflés, demande suprême du peuple. Reste que, à cause des enjeux géostratégique, surtout pour le cas de l’Egypte que l’Occident ne veut surtout pas voir tomber entre des mains incontrôlables, le système certes sérieusement secoué, peut se régénérer et se reproduire à l’identique. Ceci parce que c’est un peuple orphelin, privé de leader et de guide qui a fait tomber le pouvoir. En Iran, à la fin des années 1970, le peuple iranien savait qu’il a fait le travail pour l’Ayatolah Khomeni qui est revenu en Messie prendre le trône de Téhéran.

C’est vrai qu’aujourd’hui, à cause ou grâce à la fragmentation du pouvoir, les pays n’ont plus besoin des leaders charismatiques qui viendraient les conduire, ils ont besoin, comme le disait Barack Obama d’institutions fortes et d’un ensemble d’hommes et femmes volontaires et intègres qui les feront fonctionner pour le bien de tous. Tout ce qui reste aux peuples des pays déjà libérés, c’est de redoubler de vigilance pour pas que les lanternes leur soient présentés à la place des vessies. Le fait que les révolutions ou les révoltes synchronisées de la Tunisie et de l'Egypte aient été conduite dans l'ignorance totale des services secrets des puissances colonisatrices, montre bien que dans ce monde désormais mondialisé et multipolaire, l'Afrique est en train de recouvrer son indépendance. Ce n'est plus à Paris, Londres ou Washington que les plans de déstabilisation des pays sont décidés, mais c'est des entrailles du peuple que se forment les révolutions.

Une autre question qui agite les observateurs, c’est de savoir si la révolutionnaire du monde arabe peut s’étendre à toute l’Afrique ou du moins dans des pays où les dirigeants avoisinent les 30 ans de pouvoir. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne saurait y avoir une automaticité entre ce qui se passe au Maghreb et ce qui pourrait se passer en Afrique noire. Au début des années 1990, lorsque l’Afrique noire s’embrasait sous l’effet du vent d’Est, le Maghreb était resté bien sage. Toutefois, en fonction du contexte économique, il est fort probable que la jeunesse d’Afrique s’inspire de ce qui se passe au Maghreb pour se donner la force d’affronter les régimes dictatoriaux encore en place dans un certain nombre de ces pays.

Cela a été vu aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, la tête du dictateur était finalement la plus grosse revendication des populations. Le poisson commençant par pourrir par la tête, le peuple a voulu couper celle du dictateur. Maintenant qu’ils ont été déchus sont loin de pouvoir dormir sur leurs lauriers. Une partie du peuple ne demande rien moins que leur traduction en justice. Mais je pense qu’il faut traiter ces dictateurs pour ce qu’ils sont en réalité. Ils sont en fait des espions ayant été placés à la tête des pays pour servir les intérêts de leurs maîtres. Il y a donc un choix à faire : soit les retourner pour obtenir le meilleur d’eux afin de rattraper les dégâts, soit, dans un élan de vengeance, les pendre haut et court et ne jamais connaître certains secrets de leur mission.



Par Etienne de Tayo


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lundi 15 novembre 2010

LA LISTE DANS LA PRATIQUE POLITIQUE AU CAMEROUN

Une liste est un alignement de noms de personnes ou de choses sur une feuille de papier ou sur n’importe quel autre présentoir. Et ceci, pour diverses utilisations ultérieures. En fonction de ce qu’elle peut représenter pour des personnes y figurant, une liste peut être un lieu de réalisation de soi parce que permettant d’accéder à des strates supérieures de la société. La liste du gouvernement par exemple. Une liste peut, par contre aussi, avoir une portée tout à fait dramatique pour ceux qui y figure. Ceci parce qu’elle est la manifestation d’un drame annoncé ou d’un drame subi. Tout au long de sa vie, qu’il le veuille ou pas, avec ou contre son gré, un Homme voit son nom inscrit dans un certain nombre de listes.

Le journal « Dikalo » du 20 août 2010, a titré sur une escroquerie politique dont était accusé Mme Françoise Foning, de la part de trois journalistes : Jean Marie Tchatchouang du journal « l’Anecdote » ; Aristide Nguekam du journal « Pélican » et Emmanuel Towa de « Hit Radio ». Ils dénoncent l’inscription de leurs noms dans une liste accompagnant la motion de soutien des élites politiques, forces vives et chefs de communautés de l’Ouest vivant à Douala. Liste publiée dans le journal « Cameroon Tribune » du 06 août 2010.

Nous sommes là en plein dans un cas pratique de l’utilisation de la liste pour soutenir l’action politique. Françoise Foning est présidente de la section RDPC de Douala 5e et Maire de la même ville. Pour être totalement en phase avec la saison des motions et ne pas être accusée de tiédeur politique, elle a invité les élites politiques et les forces vives de l’Ouest dont il est originaire. Mais elle aussi invité des journalistes pour donner ensuite l’écho de la manifestation dans leurs différents médias. Comme d’habitude, une liste a circulé et tout le monde y a mis le nom, y compris les journalistes. Si l’on en croit Aristide Nguekam, les journalistes auraient signé en pensant à l’autre liste, la liste d’émargement qui ouvre droit à rétribution : « Ils exigent souvent qu’on le fasse (que nous mettions nos noms sur le liste) mais c’est exclusivement pour compenser nos frais de transport », se lamente le journaliste.

Il se trouve qu’après le départ des journalistes qui, certainement, ont été plutôt bien traités, les organisateurs ont eu envie d’allonger leur liste, question d’impressionner peut-être au niveau du pouvoir et d’assurer sa fidélité . Ils se sont alors servi les noms de tous les journalistes originaires de l’Ouest ayant pris part à la manifestation, qu’ils aient pris part en tant que participants ou journalistes. C’est ainsi que d’autres journalistes en dehors de trois protestataires ont eu leurs noms dans cette même liste et s’en sont accommodé. Tout est fonction des objectifs qu’on se fixe dans la vie.

Un voyage dans l’historiographie récente des listes au Cameroun, nous renseigne que le Cameroun a connu au moins trois listes célèbres qui ont fait des vagues au sein de la société camerounaise :

La liste des « neuf de Bépanda ». Une sombre affaire qui était partie de la plainte d’une jeune fille accusant certains jeunes du quartier Bépanda à Douala, d’avoir volé sa bouteille de gaz. D’après la presse de l’époque, qui a largement publié une liste de neuf personnes, ces dernières auraient été arrêtées à la suite de l’enquête et aurait tout simplement disparu. Selon les organisations de défense des droits de l’Homme, ces personnes auraient sans doute été exécutées par les soins du commandement opérationnel, une unité d’élite créée par le gouvernement pour combattre le grand banditisme à Douala et sa région. Une affaire qui a ensuite pris une dimension internationale et a fini paradoxalement par faire le bonheur de plus d’une personne.

Il y a eu la ou plutôt les listes des enseignants d’universités appelant à soutenir le président Paul Biya après sa réélection de 2004. C’est une liste qui a connu des vagues au sens propre du terme. A sa sortie, il y eut un petit nombre d’enseignants qui trouva la force de dénoncer la manœuvre. Pour cela, ils développaient un argumentaire tout à fait respectable, rappelant qu’un enseignant d’université est un intellectuel qui doit se tenir éloigné de la politique surtout partisane. Mais en face, d’autres enseignants pour la plupart des responsables, qui n’avaient pas été associé à la confection de la première liste, faisaient des coudes pour voir leurs noms figurer dans la seconde liste… de rattrapage. Depuis, l’affaire de la liste – qui avait quand même secoué la classe politique à l’époque – s’est tassée. Et ses principaux initiateurs, promus à des postes de responsabilité parfois juteux, cueillent tranquillement les fruits de leur « courage » politique.

Il y a eu en 2006 les listes des présumés homosexuels qui ont créées de l’émoi dans l’opinion et ont fait les choux gras de la presse à sensation. Le drame venait de ce que la société camerounaise tient encore en horreur les pratiques homosexuelles d’ailleurs réprimées par le code pénal, mais surtout parce que, ce qu’ils considèrent comme une déviance serait devenu paradoxalement un des éléments majeurs de la reproduction politique. Et le fait que ces listes aient été truffées des noms des membres de gouvernement en fonction venait presque corroborer l’imaginaire construit d’une connivence dangereuse entre les pratiques homosexuelles et l’ascension sociale et politique. En tout cas, ce marqueur sexuel, qui consacrait du même coup la sexualisation du politique et la politisation du sexe au Cameroun, aura été pour beaucoup dans la distance qui s’est créée entre les populations et la classe politique et spécifiquement le pouvoir. Ce que confirme d’ailleurs Pommerolle lorsqu’elle affirme que les listes ainsi que la rumeur qui les accompagnait « conférait au personnel politique des pratiques contraires aux bonnes mœurs sociales, le mettait à distance et marquait ainsi le refus populaire de côtoyer ce pouvoir ».

La démocrature des listes
Mais Il y a deux types listes qui nous intéresseront particulièrement dans cette réflexion. Ceci, en raison de l’importance croissante dans la pratique politique au Cameroun. En effet, sans en donner l’air, la conception d’un certain nombre de listes, est devenue un élément presque structurant du champ politique et social camerounais. Au point qu’on parlerait facilement de la démocratie des listes. Il s’agit de la liste des contributions et de la liste accompagnant la motion de soutien et de déférence au président de la République ou au président nationale du parti RDPC.

Nous chercherons à comprendre pourquoi ces deux types de listes particulières sont devenus des ressorts majeurs qui structurent les logiques politiques des acteurs et comment ils les intègrent dans leurs stratégies politiques au quotidien en essayant de les capitaliser au maximum. Nous verrons enfin quel impact, ces comportements politiques plutôt originaux, ont dans la marche de la démocratie camerounaise.

La liste des contributions est celle qu’on rédige après une réunion politique et qui récapitule les contributions des membres du parti en vue d’une action future. Ces listes sont tenues aussi par le Trésorier du parti chez qui les âmes généreuses viennent subvenir au besoin financier de la formation politique. Il peut aussi s’agir d’une liste de contributions au niveau communautaire. Ainsi, un chef supérieur – pour des régions où cela signifie encore quelque chose – peut lancer des appels à contribution à l’attention de ses sujets en vue de la construction d’un ouvrage communautaire par exemple.

Dans le landerneau politique camerounais, cette liste est un élément capital pour qui veut entreprendre avec succès une carrière politique. Pour cela, il faut régulièrement y faire figurer son nom et avec des montants d’argent conséquents. Au siège du parti, la prise en compte de ces listes de contribution est souvent déterminante dans le positionnement politique des récipiendaires. C’est l’épaisseur de la contribution qui oblige souvent les hiérarques du parti à s’intéresser à une personne et à l’adouber ensuite. C’est vrai que dans toutes les démocraties, les partis politiques ont des contributeurs parfois occultes. Le problème au Cameroun vient de ce que le lien trop étroit entre la contribution et la volonté du contributeur de rentabiliser personnellement son investissement introduit une sorte de hiatus qui fait de la contribution l’unique à valoir du contributeur.

Bien se comporter dans la liste
Ailleurs, on entre en politique et on réussit en politique en faisant jouer d’autres arguments que l’argument financier qui peut parfois n’être qu’un adjuvent. Par exemple en se faisant remarquer de façon positive par une participation lumineuse aux débats citoyens. Ce qui contribue à l’animation de l’espace public et peut-être à la civilisation des mœurs politiques. On peut le faire aussi par une participation éclatante à un meeting politique comme ce fut le cas de Barack Obama en juillet 2004 lors de la convention du parti démocrate de Boston où le jeune afro-américain encore inconnu, avait marqué d’une pierre, disons noire, sa progression vers la Maison Blanche. On se souvient aussi du cas de Nicolas Sarkozy lorsque, jeune militant de l’UDR aux cheveux encore longs, il participa au grand congrès de ce parti tenu en juin 1975 à Nice. C’est au cours de ce congrès et surtout grâce à un discours dans lequel il affirma « qu’être jeune gaulliste c’est être révolutionnaire », qu’il se fit remarquer d’abord par Charles Pasqua et ensuite par Jacques Chirac. Une fois de plus c’est son éloquence au cours de ce meeting, comme celle d’Obama à Boston, presque 30 ans après qui a permis de faire son entrée en politique. Aujourd’hui, ces deux jeunes d’hier sont respectivement président des Etats-Unis et de la France.

Au Cameroun on entre en politique par la liste et surtout par sa bonne tenue au sein des listes de contribution. C’est dans la liste que tout se joue. Celui qui n’a pas compris cela et tente d’utiliser d’autres moyens pour y accéder l’apprend souvent à ses dépens. C’est parfois un gros piège dans lequel ceux des politiciens qui viennent de la diaspora et qui ont l’habitude des joutes politiques et de la grandiloquence du propos se trouvent souvent pris .

Il y a au Cameroun même le cas du jeune Charles Atéba Eyéné, écrivain prolixe, homme politique courageux et grand débatteur. On peut l’aimer ou ne pas l’aimer, mais apprécier la façon par laquelle il s’inscrit dans l’espace public camerounais et tente de faire bouger ses frontières. Sauf que ce dynamisme là puisqu’il ne s’inscrit pas dans la logique des listes, gène particulièrement certaines personnes au sein même de son parti le RDPC. Il avoue avoir été obligé de déserter le siège du parti au pouvoir où il occupe quand même le poste de délégué à la presse et à la communication de l’organe des jeunes du RDPC parce que justement il y était isolé, pris, qu’il est aussi, dans la lutte des hiérarques qui jouent des listes pour exister.

Au niveau des communautés, les listes de contribution constituent plutôt un élément déstructurant de la cohésion sociale. Et pourtant, copiant les travers des politiques, les tenants de cet ordre, à savoir les chefs traditionnels, ont eux aussi pris l’habitude de structurer leur société uniquement à partir des listes de contribution. C’est sa bonne tenue dans ces listes qui permet à une élite d’engranger les titres de notabilité qui sont l’équivalent traditionnel de tous les titres administratifs pour lesquels courent ces mêmes élites. Lorsqu’un chef traditionnel scrute une liste, son attention est en général attirée par le nom devant lequel s’affiche le plus grand montant de contribution. Tout de suite il cherche le rapprochement avec cet individu et lui propose des titres sans se préoccuper de sa capacité à avoir un comportement éthique, sa capacité à rassembler la communauté, la dimension de sa générosité.

La conséquence de cette situation est que le chef, qui s’est laissé ainsi entraîné dans la politique des listes, se trouve ipso facto coupé de son peuple qui, tant bien que mal, continue quand même à s’arc bouter sur des valeurs sur lesquelles la société a toujours fondé la promotion sociale. Conséquence aussi, des titres de notabilité, distribués à la pelle ont perdu toute valeur aux yeux de la communauté et leurs détenteurs peinent à se faire accepter comme faisant partie de la noblesse.

La liste et la corruption
Lorsqu’on scrute leur mécanisme de plus près, on peut constater que les listes de contribution sont aussi pour beaucoup dans la prolifération de la corruption au Cameroun. Une des innovations que le régime du renouveau aura apportées à la pratique politique au Cameroun, est son ouverture aux fonctionnaires, aux hommes d’affaires et à toutes les personnes qui se sentent la capacité d’inscrire un gros montant devant leur nom dans une liste de contribution.

La corruption vient de ce que le fonctionnaire qui veut faire de la politique se retrouve en concurrence dans la liste des contributions avec des hommes d’affaires, généralement des feymen, une espèce d’escrocs des temps modernes. Les feymen ont l’habitude de mettre la barre très haute dans l’échelle des contributions, c’est le seul argument dont ils disposent. Du coup, la concurrence politique qui devrait avoir lieu dans les échanges au sein de l’espace public, a été ramené au sein des listes où, sans mot dire, on peut tout à fait damer le pion à ses adversaires. Dans ce contexte marqué par la prédominance des gens sans foi ni loi, et où le langage, à la limite de la trivialité vole parfois très bas, on entend souvent dire : « si tu n’as pas ton nom dans la bonne liste, tu es un homme mort ».

Pour faire face à la concurrence, le fonctionnaire, dont les seuls revenus ne lui permettront jamais de renverser la vapeur, se voit obligé de plonger la main dans les caisses de l’Etat. Et puisqu’il le fait pour la bonne cause, celle qui contribue à maintenir le parti au pouvoir en place, dans un premier temps, il n’avait jamais été inquiété. Il s’était même trouvé en train de faire équipe avec le feyman pour se servir les deniers publics. En quelque temps, des fonctionnaires, qui étaient tenus en dehors de la pratique politique sous le régime d’Ahidjo, sont devenus des entrepreneurs politiques parfaitement rationnels. On a ainsi vu des fonctionnaires, gagnant à peine 200 000 F CFA (300 euros), miser jusqu’à deux millions de francs CFA (3000 euros) dans une liste de contribution, question de se faire remarquer au sommet du parti. Sauf que pour le faire, il doit accéder à une autre planète : celle des corrupteurs et des corrompus.

La liste accompagnant la motion de soutien et de déférence au président de la République et au président national du RDPC est l’une des plus cotée au Cameroun aujourd’hui. Il s’agit pour les populations, de se réunir par affinité tribale, confessionnelle, professionnelle, amicale, confraternelle et autres, pour adresser une motion de soutien au président de la République ou au président national du parti au pouvoir qui sont pour le cas du Cameroun une et même personne. Ces motions viennent souvent lorsque le chef de l’Etat est l’objet des attaques. Elles ont alors d’après leurs initiateurs, pour but de lui marquer leur soutien et lui signifier qu’il n’est pas seul dans l’adversité. Elles émanent aussi très souvent des militants du RDPC qui ont institué une motion de soutien au président national en conclusion de tous leurs meetings. Parfois aussi, les étudiants qui ont bénéficié de la magnanimité du chef de l’Etat à travers l’attribution de bourses spéciales sont aussi à l’origine des motions de soutien.

Paul Biya n’est pas dupe !
Le phénomène des motions de soutien est élément si massif au Cameroun aujourd’hui que le pouvoir, pourtant principal bénéficiaire peine à le canaliser et à lui donner sens pour se campagnes futures. Sur inspiration du secrétariat général de la Présidence de la République du Cameroun, la société d’édition et de presse du Cameroun, SOPECAM, qui édite le quotidien national « Cameroon Tribune », a déjà édité deux volumes des motions de soutien au chef de l’Etat sous le titre de « l’appel du peuple ». Mais au rythme où les motions de soutien pleuvent en cette veille de l’élection présidentielle de 2011, on a l’impression qu’au sein du pouvoir, on paierait cher pour voir mettre de l’ordre dans tout çà. Et si le pouvoir a cette attitude là au lieu de s’en contenter, c’est parce qu’il n’est pas dupe.

Au sein du pouvoir, et d’ailleurs Paul Biya lui-même sait que ceux qui inondent le quotidien gouvernemental de motion de soutien, soutiennent plutôt la réalisation d’un pronostic de leur réussite personnelle qu’il ont fait, des paris qu’ils ont misé sur la réélection de Paul Biya, laquelle réélection leur permettra de conserver les privilèges ou d’accéder à la mangeoire. Ils agissent en faisant triompher cette magnifique formule de Félix Cyriaque Ebole bola : « près de l’Eglise, loin de Dieu ».

Mais ce qui est intéressant, c’est la liste qui accompagne la motion de soutien elle-même et qui est publiée en même temps qu’elle dans le quotidien gouvernemental « Cameroon tribune ». Pour ses concepteurs, cette liste doit impressionner par sa longueur et ensuite par la qualité des personnes qui y figurent. Pour des besoins de la conception de la liste, certaines élites, pourtant en guerre ouverte pour le positionnement, arrivent parfois à taire leurs querelles. Dans la liste, il y a d’abord les initiateurs qui sont parfois seuls à connaître des objectifs bien précis qu’ils assignent à la liste. Ce sont des élites agissant en entrepreneurs politiques rationnels qui ont foi de devoir rentabiliser l’investissement politique engagé. Et comme la politique, à la différence des affaires au sens pur du terme, nécessite la participation populaire, ils cooptent, parfois à coups de corruption ou de chantage, d’autres personnes, en général des cadres qui aspirent à des nominations, pour allonger la liste. Et si la chose n’est pas bien conduite, cela peut aboutir à des éclats de voix.

Ainsi va donc la démocratie des listes. Tout se joue dans les listes. Si jamais votre nom apparaît dans une liste accompagnant un mémorandum hostile au gouvernement alors que vous êtes pro gouvernemental, fendez-vous d’un communiqué dans le quotidien gouvernemental faisant savoir que vous n’appartenez ni de près ni de loin à ce groupe, ni ne partagez les idées des promoteurs. Si par contre, votre nom est absent de la liste accompagnant la motion de soutien des élites de votre localité. Sachez que c’est un coup monté par vos adversaires et faites un communiqué pour vous faire rétablir dans vos droits.



Etienne de Tayo


Promoteur « Afrique Intègre »


www.edetayo.blogspot.com










mardi 26 octobre 2010

Où VA LA COTE D'IVOIRE?

Le 31 octobre prochain se tient en Côte d’Ivoire une élection présidentielle cruciale pour l’avenir de ce pays, poumon de l’Afrique de l’Ouest. Cette élection, plusieurs fois reportée, s’annonce plutôt sous de bons auspices et finit par déjouer tous les pronostics de ceux qui croyaient la Côte d’Ivoire frappée de quelque malédiction. La campagne électorale ouverte le 15 octobre dernier voit 14 candidats sur le starting block. Le représentant du secrétaire général des Nations Unies parle « d’un bon début de campagne électorale qui se déroule dans le calme et la sérénité ».

http://www.triparvisor.fr/
Cette élection ivoirienne recouvre un enjeu à la fois sous régional, africain et même mondial. Et pour cause, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial du cacao, matière première essentielle à la base de la fabrication du chocolat. « Si les élections se passent mal, vous paierez un peu plus cher votre chocolat », prévient le professeur Malick Ndiaye lors d’une conférence à Paris.

Au lendemain du 31 octobre prochain, la Côte d’Ivoire saura si oui ou non elle est définitivement sortie de la crise dans laquelle l’a plongée le coup d’Etat du 19 septembre 2002 qui a vu une tentative de partition du pays : « on verrait bientôt la fin du Western. Est-ce le jeune homme qui va triompher des bandits ou ce sont ces derniers qui vont l’emporter », s’interroge Malick Ndiaye, un rien sibyllin.

C’est vrai, aujourd’hui, le désir du peuple ivoirien de confondre ceux qui ont conduit la déstabilisation de leur pays, est plutôt grand. Ce désir, on le relève souvent dans les refrains des chansons à succès : « la guerre, on est fatigué ». Demain sans doute, la Côte d’Ivoire retrouvera une paix durable après une sortie de crise honorable. Et l’histoire retiendra qu’un homme, Laurent Koudou Gbagbo, aura pesé de tout son poids afin que cela soit.

Jeune enseignant, Laurent Gbagbo s’est longuement opposé, parfois au péril de sa vie, au « concierge » de l’immeuble Côte d’Ivoire qu’était Félix Houphouët Boigny. Mais, historien de son état et fils d’ancien combattant, Gbagbo a aussi compris qu’il doit résister au détenteur du titre foncier de cet immeuble, la France en l’occurrence. Sinon, même après avoir franchi l’obstacle Houphouët, il se trouvera confronté à un autre obstacle encore plus redoutable : la Françafrique.

En s’opposant à une certaine France de manière parfois violente, une fois aux affaires, le président Laurent Gbagbo a montré qu’il appréhende parfaitement les deux dimensions qui caractérisent le combat de tout Africain issu d’un pays anciennement colonisé : la dimension interne dirigée contre le concierge et la dimension extérieure devant conduire au démantèlement du vaste complot international conduit parfois par ce qu’on qualifie de communauté internationale. Sans l’intégration de cette double dimension, l’opposant africain n’est souvent qu’une marionnette, jouant des partitions écrites par des « maîtres » dissimulés.

En refusant de se plier au diktat de l’administration Chirac au plus fort de la crise en Côte d’ivoire, notamment en repoussant les accords dit de Marcoussis, sans que pour autant le ciel lui tombe sur la tête, le président Laurent Gbagbo a fait un apport psychologique déterminant aux autres chefs d’Etat africains qui peuvent désormais s’adresser à la France, non point comme un élève parle à son maître, mais comme représentants d’Etats souverains, en la mettant devant ses responsabilités. L’audace de Laurent Gbagbo a apporté à l’Afrique de quoi faire reculer la Françafrique et toutes les autres perversions diplomatiques.

L’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire

Ce que le président Gbagbo a subi en 8 ans de trouble en Côte d’Ivoire est insupportable d’un point de vue politique et même humain. Etre président de la république et se voir traiter d’égal à égal avec des rebelles qui ont pris des armes contre les institutions républicaines. Etre chef d’Etat et voir une partie de son pays lui échapper pour se retrouver entre les mains des groupes qui y organisent un pillage systématique de ses ressources. Avoir une armée nationale et se voir imposer un embargo sur les armes alors même que les rebelles sont puissamment armés. Par-dessus tout, Gbagbo a affronté un mépris parfois grossier des autorités françaises et de la communauté internationale qui n’ont même pas mis un voile sur leur volonté de leur débarquer.

Et pourtant, puisant au fonds de lui-même, cette humilité qui est aussi et surtout une valeur africaine, et certainement, mettant la paix en Côte d’Ivoire au dessus de toutes les autres considérations, Laurent Gbagbo a tout accepté, même de partager le pouvoir avec ceux qui avaient pris les armes contre lui et qui aujourd’hui, organisent le dépeçage de la Côte d’Ivoire après avoir tenté de la diviser. Pendant la crise ivoirienne, Laurent Gbagbo a posé un certain nombre d’actes politiques sur lesquels il convient de revenir pour mieux appréhender et apprécier son positionnement dans le jeu des acteurs de la scène politique ivoirienne.

En repoussant les accords dit de Marcoussis, Laurent Gbagbo a offert une chance à une solution africano-africaine au conflit ivoirien. Ce faisant, il a donné un contenu et un sens à la quête et à la conquête de la vraie souveraineté qui devrait habiter tout dirigeant africain. Il a rendu concrète, la volonté selon laquelle, les problèmes africains doivent être résolus par des Africains. Depuis, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a pris en main le dossier ivoirien qui pourrait, avec les élections du 31 octobre, connaître une fin heureuse.

En refusant d’engager les troupes de son pays et de se prêter au jeu de la France en participant au défilé des troupes africaines sur les Champs Elysées le 14 juillet 2010, le président Gbagbo s’est une fois de plus mis du bon coté de l’histoire. Il eût été d’ailleurs assez surprenant et regrettable qu’un pays qui se voit aujourd’hui privé d’un des éléments majeurs de la protection de la souveraineté nationale, à savoir l’armée, du fait de la France et de la communauté internationale, accepte de participer à l’exposition des Champs Elysées. Laurent Gbagbo a invité le France à réparer le différend qui les oppose.

Au plan de la politique intérieure, le président Gbagbo est devenu le plus modéré de son camp et finalement le modérateur de la scène politique en général. Il n’y a qu’à relever ses visites de travail à ses principaux rivaux que sont Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bedié, pour comprendre la volonté du président sortant de se mettre au dessus du lot pour sauver la maison Côte d’ivoire.

En confiant l’organisation des élections au premier ministre Guillaume Soro, l’ancien secrétaire général des forces nouvelles et en nommant à la commission électorale indépendante (CEI), Youssouf Bakayoko, un militant du parti démocratique de côte d’ivoire de Henri Konan Bedié, le président Gbagbo montre aux yeux des observateurs, un certain détachement par rapport à une certaine volonté des dirigeants africains à la conservation du pouvoir par tous les moyens.

Le 31 octobre, le scrutin opposera en fait 3 candidats avec 11 autres candidats animant le décor. Au bout du compte on pourrait d’ailleurs parler de deux camps : le Front patriotique ivoirien de Laurent Gbagbo et ses patriotes contre le Front houphouëtistes formé par le parti démocratique de Côte d’Ivoire et le Rassemblement des républicains d’Allasane Dramane Ouattara. Il sera surtout question, soit de consolider la libération de la Côte d’ivoire qui a été amorcée par Laurent Gbagbo ou alors remettre les compteurs à zéro par rapport à la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général. On espère que les électeurs, au-delà de toutes les contingences électorales, verront bien le sens du vent qui souffle et doit souffler sur l’Afrique.



Etienne de Tayo

Promoteur « Afrique Intègre »

www.edetayo.blogspot.com



ENTRETIEN

Pour décrypter la situation en Côte d’Ivoire et envisager l’avenir de l’Eléphant d’Afrique, nous avons rencontré le professeur Malick Ndiaye, sociologue, enseignant à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Suivons son éclairage.

« Ce vote ne peut être morale, acceptable pour la morale universelle que s’il revêt un coté référendaire »


En tant qu’observateur, comment envisagez-vous la sortie de crise en Côte d’Ivoire à travers l’élection présidentielle du 31 octobre ?

Pr Malick Ndiaye : La trame de la crise ivoirienne est constituée par l’émergence en face de l’Etat légal et légitime, d’une force armée qui par le jeu de la communauté internationale est devenu un Etat dans la pure tradition sociologique édictée par Max Weber. A savoir que l’Etat constitue le monopole de la violence légitime à partir du moment où on lève les impôts, qu’on crée une administration avec des comzone ou des gouverneurs, à partir du moment où on érige une économie plus ou moins informelle et qu’il y a des transactions sur les produits vivriers ou de rente. A partir de cet instant, il s’érige, quelqu’en soit la définition, un pouvoir de fait qui est devenu un pouvoir de droit.

Dès ce moment là, le pronostic concernant la Côte d’Ivoire a un caractère alternatif : ou bien l’Etat légal et légitime dirigé par Gbagbo, au-delà des élections calamiteuses – qui n’en a pas en Afrique – soit rétabli dans ses fonctions avec l’aide morale, matérielle de la communauté internationale ou bien, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les forces qui ont aidé le second Etat à se mettre en place, vont cristalliser à l’issue de ces élections et instrumentaliser les enjeux véritables qui ne sont pas le choix des ivoiriens entre 14 candidats. Pour moi, les élections ce n’est pas une affaires des 14 candidats mais c’est la réponse à la question suivante : est ce que c’est la guerre qui a amené la crise ou bien c’est la crise qui a amené la guerre ?

N’avez-vous pas l’impression que la communauté internationale accompagne plutôt la partition de la Côte d’Ivoire, et même l’utilise comme chantage à l’endroit du pouvoir en place ?

Pr Malick Ndiaye : Dans un livre à paraître que je rédige avec d’autres confrères africains depuis plus de deux ans, nous avons défini un corpus et élaboré des textes qui vont paraître. Nous ne voulions pas gêner le processus électoral mais ces textes là précisent bien une dualité du pouvoir en Côte d’Ivoire vis-à-vis de laquelle la communauté internationale n’a pas répondu aux attentes : comment peut-on mettre sur le même pied d’égalité un Etat envahi par des corps expéditionnaires bien identifiés et ceux qui ont organisé cette déstabilisation sont reçus partout avec des honneurs dus à des chefs d’Etat.

A ce moment là c’est la morale universelle qui a été bafouée. Dès lors, il est indécent de considérer que cette élection ivoirienne a pour but de désigner le président de la République. Pour moi, l’enjeu réel de l’élection c’est de savoir si oui ou non la légalité ivoirienne va être confirmée ou dénigrée.

Sans tomber dans les travers de la théorie du complot, plusieurs personnes font observer le cas de la déstabilisation de la République démocratique du Congo dans l’unique but de piller ses ressources du sous sol. Avez-vous l’impression que c’est le même schéma qui se met en place en Côte d’Ivoire. Si oui, à qui profite le crime ?

Pr Malick Ndiaye : La grande innovation stratégique du Congo qui est passée dans les annales depuis l’intervention des différentes forces des Nations Unies dans la crise des années 61, 62, c’est que aujourd’hui, c’est que nous sommes tenté de faire la comparaison entre les deux situations. C’est facile de parler de Lumumba parce que la haute figure de Lumumba dominait l’Afrique nouvelle.

Il y a une relation avec une crise qui continue de perdurer au Congo, notamment à l’Est du Congo. Nous avons vu comment des pays comme le Rwanda sont devenus exportateurs d’un certain nombre de ressources dont ils ne sont pas producteurs. Au nord de la Côte d’Ivoire, nous avons un certain pays qui, par le jeu de l’informel qui s’est installé dans la région, est devenu un exportateur de cacao.

Dans ces conditions là, il y a une analogie vers laquelle, la pensée pousse tout élément qui réfléchi à aller. C’est vrai, comparaison n’est pas raison mais pouvons-nous refuser l’hypothèse à vérifier que la communauté internationale ou une partie de celle-ci est en train d’accompagner le processus de partition de la Côte d’ivoire en utilisant les élections comme faire valoir pour qu’on voit au grand jour que ce que la rébellion armée n’a pas pu faire, que les circonstances électorales vont enfin permettre.

Alors, à qui profite le crime ?

Pr Malick Ndiaye : En tout cas, il ne profitera pas à l’Afrique. Parce que les pays qui dépendent de la Côte d’Ivoire pour l’approvisionnement, ces pays là attendent de la Côte d’Ivoire nouvelle que la croissance y continue et que les circonstance apaisée s’y installe afin que l’Eléphant d’Afrique puisse donner le message de paix que nous attendons de cette Côte d’ivoire fraternelle, cosmopolite qui est en train de surmonter les écueils du racisme, du régionalisme, des différences d’ethnies et autres au profit de la construction de l’identité nouvelle que tout le monde attend, c'est-à-dire, une Côte d’ivoire ivoirienne dans une Afrique nouvelle.

Si vous aviez des pronostics par rapport à l’élection qui arrive, le profil de celui qui peut gagner et dont la victoire ferait du bien à la Côte d’ivoire ?

Pr Malick Ndiaye : Ce vote ne peut être morale, acceptable pour la morale universelle que s’il revêt un coté référendaire. A savoir qOùue la mémoire historique de la Côte d’Ivoire, battue en brèche par des corps expéditionnaires, faut-il oui ou non rétablir cette mémoire, cette légalité, au quel cas, la force restera à la loi et à la République ou alors, va-t-on favoriser l’émergence en Côte d’ivoire des contre modèle et des contre valeurs, signifiant que finalement en Afrique, on peut parfaitement chercher à prendre le pouvoir par tous les moyens y compris les armes avec l’aval d’une communauté internationale qui aujourd’hui a de la peine à expliquer pourquoi l’Etat légal a été désarmé face à l’envahissement de son territoire par des corps expéditionnaires dont on sait d’où ils viennent.

Propos recueillis à paris par : Etienne de Tayo