mercredi 16 mai 2007

LETTRE OUVERTE AUX DIRIGEANTS DU G8





« L’AFRIQUE N’EST PAS UNE MAISON CLOSE »

Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernements membre du G8,
En juillet 2005, outré par votre arrogance, votre cynisme et surtout votre roublardise, j’avais signé à votre intention un coup de gueule intitulé : « Pour la Dignité de l’Afrique, laissez-nous crever ». Cette réflexion est depuis devenue un livre à succès. Ayant compris que vous vouliez vous appuyer sur des promesses fallacieuses à l’Afrique pour vous donner un visage humain et une stature humanitaire, je tenais à dénoncer une telle ignominie mais surtout à préserver la dignité de l’Afrique. Pour vous rafraîchir la mémoire – parce que je sais que vous avez déjà oublié vos promesses qui en principe n’engagent que ceux qui veulent y croire – vous vous proposiez entre autre, de « doubler l’aide à l’Afrique de 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros) d’ici 2010 ». Vous vous proposiez aussi de faire reculer la pandémie du Sida et d’éradiquer d’autres fléaux tels le paludisme.
A l’époque, il s’en était trouvé des personnes, certainement naïves mais de bonne foi, pour m’accuser de vous faire un procès d’intention. Pour toute réponse, j’avais pris date et je m’étais donné rendez-vous dans deux ans pour vérifier l’amorce de réalisation de vos promesses. Je savais comme dit l’adage, que « le mensonge a des pattes très courtes et ne va jamais bien loin ». Je savais aussi « qu’on peut tromper une partie du peuple tout le temps. Qu’on peut tromper tout le peuple une partie du temps. Mais qu’on ne peut jamais tromper tout le peuple tout le temps ». Mon scepticisme plongeait ses racines dans l’histoire de la rencontre tumultueuse entre l’occident et l’Afrique. Je sais qu’il n’a jamais été question, ni hier ni aujourd’hui d’aider l’Afrique à parfaire son développement. L’Afrique n’est perçu que comme un réservoir de matières premières et un territoire exotique qu’il faut maintenir à l’état sauvage pour préserver l’écosystème mondial.
A gleneagles, à l’instar de certains rois fainéants et obscurantistes qu’a connu l’humanité, vous conviiez certains griots pour vous inciter, par la chanson, à apporter votre aide à l’Afrique. C’est ainsi que profitant de la naïveté des peuples occidentaux – très souvent tenus dans l’ignorance totale de la politique extérieur de leurs Etats - par rapport au destin de l’Afrique, Bob Geldorf et Bono du U2 accompagnés de quelques autres artistes organisèrent des concerts géants pour, disaient-ils, attirer l’attention des riches que vous êtes sur le sort de l’Afrique. Mais en réalité ces concerts leur ont plutôt permis d’exploiter aussi la misère de l’Afrique pour booster les ventes de leurs disques. Bien sûr cela rentre dans la logique du capitalisme mercantile que vous prônez dans votre immense majorité et que vous comptez imposer au reste du monde, au besoin par la force.

Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernements membre du G8,
Nous voici donc en 2007, deux ans après vos promesses de Gleneagles. Que le temps passe vite ! A ce jour, nous devions à tout le moins avoir connu le début de réalisation de vos promesses. Seulement, d’après le constat de certains de vos proches, vous n’avez jamais pu traverser l’étape des discours. En visite à Berlin, capitale de l’Allemagne où vous comptez tenir votre prochain dans la petite station balnéaire de Heiligendamm à une date encore inconnue, la star Irlandaise Bono a « reproché aux pays du G8 de ne pas tenir leurs promesses financières à l’égard de l’Afrique ». Il va même plus loin et trouve que le « G8 traverse une crise de crédibilité ».
Figurez-vous que Bob Geldorf et Bono qui avaient chanté pour vous à Gleneagles ont depuis compris que vous risquiez les embarquer dans une entreprise fort ruineuse pour leur image. Pris de doute par rapport à votre sincérité, ils ont créé le groupe dette, sida, commerce, Afrique (DATA). Les résultats de ce groupe par rapport à vos promesses vous accusent messieurs les puissants du monde. Ils révèlent en effet que « entre 2004 et 2006, le G8 a donné moins de la moitié de la somme nécessaire pour tenir leurs engagements de doubler l’aide à l’Afrique à hauteur de 50 milliards de dollars ». D’après l’ONG Oxfam bureau de Londres, « le G8 pourrait manquer son objectif de réduire la dette de 30 milliards, ce qui pourrait coûter 5 millions de vie des enfants en Afrique ». Selon certains experts, la plupart des pays dont vous annonciez avec force triomphe l’annulation de la dette sont encore en train de se ré endetter de façon spectaculaire auprès de vous ou des institutions que vous contrôlez.
Alors qu’on s’attendrait à vous voir rentrer dans vos petits souliers, couvert de honte, j’entends que la police allemande, un de vos imminents membres, a effectué des perquisitions dans les locaux de plus de 40 groupes d’extrême gauche, hostiles à la mondialisation et aux réunions du votre groupe. Et que cette même police a brutalisé plus de 5000 manifestants qui protestaient contre ces perquisitions. J’ai compris que, comme dit l’adage « la honte ne tue plus ». Dans quelques jours, vous allez vous retirer dans la petite station balnéaire de Heiligendamm, protégés par un impressionnant cordon de policiers. Si donc vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi vous cachez-vous ? Croyez-vous que le bonheur peut-il être total lorsqu’on est obligé de se cacher pour y goûter ?

Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernements membre du G8,
Qui êtes-vous donc pour prétendre diligenter le monde. Regardez donc autour de vous et vous comprendrez que le monde est en train d’évoluer alors que vous êtes resté figé à vos gloires passées. Vous conviendrez avec moi que si rien n’est fait dans le changement du paradigme de développement, vous ne serez plus que de vulgaires pièces de musée. Vous savez bien que lorsqu’on cherche les économies performantes dans le monde aujourd’hui, ce n’est pas du tout de votre coté. C’est du coté de l’Europe septentrionale : Suède, Norvège, Danemark, Finlande ; ce sont les pays sortis de l’empire soviétique : Lituanie, Estonie ; C’est la Chine, c’est l’Inde, c’est potentiellement l’Afrique avec son milliard et demi d’une population jeune. Vous savez que vos pays sont lourdement endettés et qu’ils devraient normalement être mis sous ajustement structurel. Vous savez aussi que vos modèles socio économiques sont largement remis en cause par vos peuples.
Je ne sais quel rôle vous voulez jouer dans ce monde de demain. J’ai fini par comprendre à la lumière de certaines découvertes, que vos réunions par trop spectaculaires ne viserait en réalité qu’à faire diversion pour permettre aux réunions plus sécrètes et plus déterminantes pour l’avenir du monde de se tenir. Vous savez comme moi que le monde de demain sera celui des réseaux ou ne sera pas. Et dans ce monde de réseaux les Etats ne seront plus que de pures figurations puisqu’ils seront absorbés dans les réseaux.

Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernements membre du G8,
Je suis d’accord avec vous sur une seule chose. A savoir que le monde doit tourner le dos à des pratiques d’assistanat. Mais, au plan individuel et collectif, toutes les conditions, toutes les chances égales doivent être offertes pour la réussite. Par exemple, la suppression des subventions à vos agriculteurs et l’accès équitables des produits sur le marché. Vous devez desserrer l’étau autour de l’OMC et tous les organismes de régulation. Les Etats anciennement colonialistes doivent abandonner leurs politiques rentières dans les anciennes colonies. Il faut permettre la libération dans ces pays de la force de créativité et de travail, seuls leviers d’impulsion du véritable décollage économique. Au lieu d’abreuver ces pays de crédits et autres aides qui rognent leur dignité et les placent en position de soumission permanente.
Si vous voulez, vous pouvez toujours continuer dans la roublardise. Vous pouvez continuer dans le double langage qui dans le discours promet monts et merveilles à l’Afrique mais qui dans la réalité créée plutôt des conditions de son maintient dans une misère abjecte. Mais sachez une chose, lorsque demain, l’Afrique n’aura plus rien à manger et plus rien à exporter parce que les autres auront tout pillé, elle exportera sa misère dans les boat people qui, par centaines de millions, viendront se faire tuer sur les cotes européennes et américaines. Au moins, contribueront-ils à alourdir un peu plus votre conscience en espérant que vous en ayez une.
Alors que j’arrive au terme de cette missive, je ne vous demande qu’une seule chose : Laissez l’Afrique tranquille. L’Afrique n’est pas une maison close. N’en parlez plus au cours de vos réunions. Et j’en suis sûr, elle se portera mieux.

Etienne de Tayo
Promoteur du Réseau « Afrique Intègre »

samedi 12 mai 2007

RENAUDOT : ALAIN MABANCKOU A-T-IL PLAGIE?


Il y a des enquêtes journalistiques qui vous interpellent, vous collent à la peau. Et ne pas les mener équivaudrait rien moins qu’à un reniement par rapport à son statut professionnel. Celle dont je vais révéler les premiers résultats dans ce papier est de celle-là.
Le 25 mars 2007, je suis allé au salon du livre de la porte de Versailles à Paris. Parmi la multitude d’écrivains qui dédicaçaient leurs ouvrages cet après midi là, j’ai remarqué la présence de Alain Mabanckou, fraîchement lauréat du prix Renaudot avec son roman « Les mémoires du Porc-épic ». Je me suis donc aligné pour le féliciter. Arrivé à sa hauteur et, alors que je n’avais plus qu’une jeune personne devant moi, j’ai suivi la conversation entre l’écrivain Mabanckou et ce jeune homme : « Non, je ne lis plus de manuscrit des jeunes auteurs puisque après, vous allez dire qu’on vous a plagié. Prenez la peine de relire plusieurs fois votre texte avant de la soumettre. Si vous vous appliquez, il finira par passer », conseille Mabanckou. Et comme le jeune avait sorti le manuscrit de son sac au dos pour lui tendre, il s’est écrié : « Et puis, tu ne ballades pas ton manuscrit comme çà. Regarde comment il est fichu. Mon ami, c’est ta vie comme çà hein ! ».
Je dois dire que j’ai écouté cette conversation sans y accorder un très grand intérêt. Le mot « plagié » a tout de même attiré mon attention. La dernière fois où je me souviens d’une rencontre avec ce mot, c’est justement dans le blog de Alain Mabanckou. Un journaliste de Jeune Afrique Intelligent, Dominique Mataillet y était accusé d’avoir plagié un texte de Mabanckou intitulé : « Quand les écrivains conjuguent le verbe quitter » devenu « Transferts d’écrivains » sous la plume du journaliste de JAI. Ce dernier était presque pris à partie par les fans de Mabanckou. Je pense qu’il s’en est excusé.
Après le jeune homme, mon tour est arrivé et j’ai présenté mes félicitations à au lauréat Mabanckou. Nous nous sommes échangés les adresses et nous nous sommes promis de nous contacter. Quelques jours après cette rencontre, et en consultant mes mails, je suis tombé sur un message envoyé par un certain Mountaga Fane Kanteka qui se présente comme journaliste, juriste et auteur. Dans l’objet de son message, il annonce, affirmatif : « Alain Mabanckou est un plagiaire ». Dans le texte qui suit, il écrit : « Je vous avise de la contrefaçon perpétrée par monsieur Alain Mabanckou (mémoires de porc-épic, le Seuil, août 2006, prix Renaudot 2006) sur mon œuvre autobiographique (Odyssées noires/Amours et mémoires d’outre monde) publié à Montréal en octobre 2005 (…) J’avais envoyé mon manuscrit aux Editions du Seuil le 26 juin 2004. Avec une lettre de refus datée du 2 août 2004 (N/Réf. 2042305) ». Mountaga Fane accompagne son message en fichier attaché, des tableaux comparatifs provisoires laissant apparaître, selon lui, 28 points sur lesquels il aurait été plagié.
En possession de ce document, je fais immédiatement un mail à Alain Mabanckou pour avoir sa version de cette ténébreuse affaire. Réponse prompte, amicale et laconique de l’écrivain : « Cher ami, des réactions de ce genre, tous les lauréats des grands prix les subissent. Je ne voudrais pas donner de l’importance à ceux qui cherchent une publicité personnelle. Bien à toi ». Alors que je m’apprêtais à le relancer, Alain Mabanckou m’envoie un autre message : « Cher ami, juste pour t’inviter à la prudence. Lis ce que je viens de trouver sur le Net : le monsieur dont tu parles a l’habitude des accusations et cela tourne presque à l’obsession ». Il me communique alors le lien suivant : http://www.quebecsoccer.com/article.php?id=668.%20Le lien conduit en fait à un article publié dans le journal dans le journal « Québec Soccer » où « Mountaga Fané porte plainte pour vol d’oeuvre et plagiat » cette fois contre Doumbi Fakoli dont il dit qu’il a recopié son même manuscrit déposé chez Présence africaine. Il a publié chez Menaibuc le livre intitulé : « L’origine biblique du racisme anti-noir ». C’est vrai que de prime à bord, cela fait un peu désordre et la tentation est grande de réduire Mountaga Fane à un simple obsédé de plagiat comme le pense et souhaite Mabanckou. Cela s’appellerait, bâcler une enquête.
Le 18 avril, j’adressai un questionnaire de 4 questions à Mountaga Fane pour tenter de démêler cet écheveau. En réponse, il réitère avec force détail ses accusations et m’envoie en fichier attaché un certain nombre de documents témoignant de l’évolution judiciaire de cette affaire : une mise en demeure adressée au Directeur Général du Seuil, une sommation et une plainte contre Présence africaine. Il sollicite mes coordonnées téléphoniques que je lui communique.
Un jour, je reçois un coup de fil de Mountaga Fane. Au téléphone, il est tout excité. Il dit qu’il est en passe de démanteler le plus vaste réseau de contrefaçon éditoriale de la place de Paris. Il pense qu’il n’est pas seul victime et que les membres de ce réseau « agissent toujours en pensant que leurs victimes, compte tenu de l’éloignement ou de la vulnérabilité économique, ne pourront rien intenter contre eux ». Menaçant, il promet de casser les carrières de toutes les personnes qui ont trempées dans cette affaire : « Mabanckou perdra son prix, il ira en prison et ne pourra plus enseigner aux Etats-Unis », proclame t-il..
Sur le plagiat dont il accuse Alain Mabanckou, il révèle que les « Mémoires de Porc-épic » est une œuvre plus profonde qu’elle ne paraît. Il dit que cette œuvre recèle des messages que seuls les initiés peuvent comprendre. Il doute que Mabanckou qui est originaire du Congo ait pu accéder à ces messages puisque, selon lui, seuls les marabouts du Mali sont dépositaires des mystères que véhicule cette œuvre. Et, c’est auprès de ces derniers qu’il aurait recueillis la matière ayant servi à bâtir son manuscrit dont il déplore le plagiat : « Parce qu’il ne sait pas de quoi il parle. Parce qu’il manipule des matériaux dont il ignore la portée symbolique, Alain Mabanckou a révélé des choses qu’on ne dit pas en public. C’est très grave ce qu’il a fait. Moi, je n’aurai jamais fait çà », déplore Mountaga. Se posant en victime, Mountaga parle de « pratiques crapuleuses qui ne sont ni plus ni moins qu’une forme de censure et de persécution à cause des révélations contenues dans mon livre ». Surfant sur le même registre, il lâche : « On veut m’abattre ». Il affirme qu’une responsable d’une maison d’édition lui avait donné ce conseil : « Il ne faut pas ébruiter cette affaire, il vont te tomber dessus ».

Le plagiat est le cancer du monde éditorial
A ce stade des mes investigations et en l’absence de faits probants, je ne puis émettre que des hypothèses. A l’origine, selon le dictionnaire, le mot plagiat vient du latin « plaga » et signifiait une condamnation au fouet de ceux qui avaient vendu des hommes libres pour esclaves. Aujourd’hui, il vise des personnes qui recopient tout ou partie de l’œuvre d’un autre auteur grossièrement ou subtilement.
La première hypothèse, la voici : Mountaga Fane, aux vues de ses accusations un peu désordonnées, peut n’être qu’un « parano littéraire » qui voit le plagiat de ses œuvres partout. J’ai parcouru son tableau comparatif provisoire et, je pense qu’il peut être victime, tout au plus, d’un plagiat de thème, c'est-à-dire que Mabanckou, qui a certainement rencontré son manuscrit s’est inspiré de ce thème pour développer son ouvrage. Bien entendu, une telle démarche est blâmable. Aussi bien dans l’ouvrage de Mountaga que dans celui de Mabanckou, la même technique est utilisée. Celle qui consiste à faire parler les animaux pris comme doublure de l’homme. Ce faisant, des similitudes peuvent apparaître du simple fait que les deux auteurs ont bu à la même source d’inspiration et prendre la forme de plagiat.
Dans sa démarche, Mountaga semble convoquer constamment la théorie du complot qui le viserait et tous ceux qui pensent comme lui. Mais force est de reconnaître que cette démarche peut être battue en brèche par une simple analyse. Au total, les accusations de Mountaga vise trois maisons d’édition : le Seuil, Présence africaine et Menaibuc. Pour qui connaît le paysage éditorial français, ces maisons ne se situent pas du tout sur le même registre du point de vue de la ligne éditoriale. Il est donc peu probable qu’elles aient comploté ensemble contre un même auteur, fut-il l’un des plus inspirés du monde.
La seconde hypothèse voudrait que les accusations de Mountaga Fane aient quelque chose de vrai. C'est-à-dire que son manuscrit, d’une profondeur respectable, ait été servi à un écrivain plus connu, Mabanckou en l’occurrence, pour exploitation et donc plagiat, dans la perspective de la compétition aux prix littéraires. C’est vrai qu’il se raconte tellement de chose autour des prix littéraires : probité des jurés, compétitions entre maisons d’édition, comme l’a révélé Jacques Brenner dans le tome 5 de ses mémoires : « La cuisine des prix ». Cette frénésie autour vient de ce que « le prix est un démultiplicateur de vente phénoménal » comme l’affirme Christine Ferrand.
Soutenant cette hypothèse, on peut donc abonder dans le sens de Mountaga Fane qui affirme que, non seulement il a été plagié mais, les thèses défendues dans son manuscrit ont été déformées pour le ridiculiser et tourner ces positions en dérision. Et du coup, on retrouve la théorie du complot que je n’ai pas pu intégrer dans la première hypothèse. Et c’est l’Afrique qui serait la cible : « Le prix littéraire n’est décerné à un auteur africain que lorsqu’il accepte de dénigrer l’Afrique soit en renforçant les clichés connus, soit en tournant au ridicule les cultures africaines. Mongo Beti n’avait jamais reçu de prix et pourtant sa célébrité est incontestable. Pour qu’il obtienne un prix (prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2000), il a fallu que Amadou Kourouma quitte ses thématiques révolutionnaires pour révéler l’enfer des guerres civiles africaines dans son ouvrage : « Allah n’est pas obligé », soutient le journaliste Eyoum.
Et puis cette affaire de plagiat qui doit chaque fois poursuivre certains auteurs primés ! On se souvient avec amertume des multiples poursuites et condamnations pour plagiat de l’écrivaine camerounaise Calixte Beyala, lauréate du Grand prix du Roman de l’Académie française avec son roman « Honneurs perdus » publié chez Albin Michel 1996. En fait, les milieux éditoriales bruissent d’autres affaires de plagiat étouffées par les arrangements à l’amiable entre éditeurs ou portées devant les tribunaux. La liste est tellement longue qu’on croirait à une affaire banale. Passe encore que cela se passe entre des écrivains déjà célèbres. Le drame, c’est d’empêcher aux jeunes écrivains d’atteindre aussi le soleil.
Au demeurant, du fait que beaucoup d’écrivains célèbres sont directeurs de collection ou membres de comité de lecture dans les maisons d’édition, la malhonnêteté de quelques uns peut les pousser à piquer les thématiques développées par les jeunes auteurs ou à recopier subtilement des pans entiers. Le plagiat, s’il est organisé en réseau ou « en association de malfaiteurs », comme dit Mountaga Fané serait un véritable cancer du monde éditorial qu’il faut combattre avec tous les moyens de droit. Car, comment écrire et se faire publier sans soumettre son manuscrit à un écrivain plus expérimenté ? Comment se faire publier sans envoyer le manuscrit à la sanction du comité de lecture des maisons d’édition. On espère tout simplement qu’un autre Jacques Brenner révélera dans ses mémoires ces autres crimes perpétrés dans les couloirs des maisons d’édition.

Etienne de Tayo
Promoteur du Réseau « Afrique Intègre »

samedi 5 mai 2007

LA COLONISATION ET LE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE


LEVER L'HYPOTHÈQUE COLONIALE ET FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DE L'AFRIQUE



Parler de colonisation aujourd'hui est un bien vaste sujet. C'est pourquoi, dans la présente réflexion, nous avons décidé de nous intéresser à la colonisation en tant qu'une hypothèque qui continue, un demi siècle après la décolonisation officielle, de plomber le développement du continent africain. Pourquoi la colonisation continue de nous suivre après tant d'années et se met pratiquement en travers de notre route vers l'épanouissement? Que faire pour lever cette hypothèque?

I – Généralités sur la colonisation :
En médecine, on parle d'une région de l'organisme colonisée pour parler de celle qui est infestée de microbes. Et lorsqu'ils la colonisent, ce n'est pas pour son bien mais, pour la détruire, pour la tuer. Ceci juste pour dire qu'il ne peut y avoir d'effets positifs de la colonisation.
Historiquement, la colonisation n'a pas été une entreprise philanthropique. Ce n’était pas un voyage de courtoisie mais une entrée en force sur un territoire où personne ne les attendait et personne ne les avait invité. Ils n’avaient ni visa, ni lettre d’invitation. Ils avaient des fusils pour anéantir les résistants et des pacotilles pour amadouer les autres.
La colonisation n'était même pas une entreprise pensée de façon minutieuse mais les Etats coloniaux se sont laissés entraînés dans l'aventure par les hommes d'affaires. Pour masquer ces visées mercantiles beaucoup comme Jules Ferry ont parlé d'une mission civilisatrice en direction des peuples inférieurs. En France, s'il y a eu des débats et même des oppositions sur l'opportunité de la colonisation - Jules Ferry contre Georges Clemenceau - c'était moins pour tenter d'humaniser cette entreprise que de savoir exactement ce que le France y gagne. L'entreprise coloniale n'allait-elle pas faire diversion par rapport par rapport à l'objectif qui était de gagner la guerre contre l'Allemagne et récupérer l'Alsace Lorraine? La décision est finalement prise de s'engager dans l'entreprise coloniale lorsque quelqu'un leur souffle que l'apport des colonies peut-être déterminant dans la guéguerre européenne.

Au delà de tout ce qui a été dit, nous postulons le fait que la colonisation a été ni plus ni moins qu'une entreprise criminelle au sens du droit. Elle est criminelle parce qu'il s'agit d'une histoire de viol : viol de territoire, viol des hommes, des femmes et des enfants, viol des consciences, viol de la culture. Comme dans tout viol il y a eu contrainte visant à obliger l'autre à céder. Autrement dit, la pénétration ne s'est pas faite de façon consentante. Car, contrairement à ce qu'on peut penser, on n'a jamais vu un peuple qui a demandé à être colonisé. On a même rarement vu un peuple accepter en victime résignée une invasion des peuples étrangers. C’est ainsi qu’en Afrique particulièrement, il y a eu partout des résistances qui ont été brisées. Mais passons.
Comme dans tout viol aussi il y a toujours des conséquences que porte la personne violée mais aussi sur le violeur. Puisque ces conséquences sont souvent de l'ordre psychotique, un véritable travail psychologique, psychanalytique, psychiatrique et même d'exorcisme doit être en place pour permettre aux uns et aux autres peut-être pas d'oublier, mais d'accepter cette situation et de faire avec pour la suite de la vie.
Pour le cas d'espèce de la colonisation, ce travail consistait en la décolonisation totale et effective des colonies, des colonisés mais aussi des colonisateurs. Ce travail a t-il été fait? J'ai envie de dire non ou du moins il a été amorcé mais a été abandonné. Il a été insuffisamment conduit.

II - Les insuffisances de la décolonisation:
Longtemps on a pensé qu'il suffisait pour les colonisateurs de quitter les Etats colonisés et de leur octroyer les indépendances pour parler de décolonisation. Comme le disait un penseur, "on a tendance à perdre de vue que toute la démarche, toute la quête de la reconnaissance repose sur des postulats culturels".
Tout le cadre idéologique, fait de grossiers clichés dévalorisant pour les noirs, construit par les colonisateurs pour soumettre et asservir les colonisés, a été laissé intact. Ce qui fait qu’à ce jour, les descendants des colonisateurs fonctionnent sous le même registre que leurs ancêtres qui envahirent l’Afrique. Ils ont une difficulté congénitale à accepter le Noir comme un être humain à part entière. Ceci constitue un réel handicap dans les rapports entre les descendants des colonisateurs et les descendants des colonisés.

A) La culture et non le territoire :
La décolonisation, au lieu de centrer son action sur la colonie en tant que territoire, aurait mieux fait de la centrer sur le colonisé en tant qu'individu détenteur de droits et de devoirs et ayant subi autant que son territoire le viol de ce qui lui est le plus cher : sa culture. Autrement dit, restaurer la partie volée et/ou détruite de la culture du colonisé est plus important pour lui que de lui restituer un territoire. L’homme sans culture sur un territoire n’est pas différent d’un animal puisqu’il ne parviendra jamais à mettre ce territoire en valeur.

B) – Les colons aussi :
On a pensé que la décolonisation ne concernait uniquement les colonisés et que le colonisateur en était épargné. Aujourd'hui, on doit se rendre à l'évidence qu'il s'agissait là d'une vision à la fois partielle et partiale. Les descendants des colonisateurs ont besoin d’être purgé de tous ces clichés qu’ils traînent dans leur rapport au Noir.

III – Compléter la décolonisation :
Le complément de la décolonisation c'est à dire celui qui permettra peut-être de lever l'hypothèque sur l'épanouissement des anciennes colonies passe nécessairement par deux étapes : une première étape chez le colonisé en tant qu'individu ayant subi le viol et une seconde étape, et c'est nouveau, chez le colonisateur en tant que violeur.
A) – La démarche du colonisé :
Il faut d'abord reconnaître et accepter le fait que le colonisé, quel qu'il soit est un névrosé. Et çà, les lectures de Frantz Fanon dans "peau noire masque blanc" et plus près de nous celle d'un psychologue Ferdinand Ezembe "l'enfant africain et ses univers" nous le montre parfaitement.
Il faut donc une prise de conscience qui l'amène à repérer le colonisateur comme un oppresseur. Dès lors, il doit développer tout un processus que nous développons dans l’ouvrage dénommé : « Pour la Dignité de l’Afrique, laissez-nous crever ». Il s’agit de parvenir par ce processus à l'évacuation de ce que nous appelons "le démon de l'oppresseur". A cet instant seulement, il pourra être utile à sa communauté, à son pays, à l’Afrique.

B) – La démarche du colonisateur:
Il y a longtemps, le colonisateur se croyait tenu en dehors de la névrose qui habite le colonisé. Mais il n'arrive pas à comprendre pourquoi ses rapports avec le colonisé sont difficiles. Ce qu'il ignore, c'est que le viol dont il a été l'auteur est désormais su de tout le monde et que pour cela, il a non seulement les problèmes de conscience mais il doit subir le regard accusateur de toutes ces personnes qui dénoncent son acte.
Le colonisateur a pensé qu'il pouvait échapper à la torture liée à cet acte de viol. Ainsi, il refusa d’en parler notamment et de l'enseigner à ses enfants. Il refusa d’ailleurs de le reconnaître, du moins officiellement. Mais il s'agit comme nous l'avons vu chez le colonisé d'un problème psychotique qui ne peut se laisser enfouir nulle part que dans la conscience.
A la vue du colonisé, le colonisateur développe un sentiment de culpabilité réprimée. C’est pourquoi, il pense que, pour être tranquille, il ne faut plus qu’il voit des colonisés dans ses parages. D’où les thèses xénophobes mais surtout négrophobes.
Aujourd'hui donc, la décolonisation du colonisateur s'impose et d'ailleurs avec acuité. Il s'agit de le débarrasser de tous ces comportements coloniaux matérialisés par le code noir et qu'ils continuent pour beaucoup d'entre eux de porter malheureusement entre chair et os. Ce sont ces comportements qui pourrissent quotidiennement les relations entre les colonisés et les colonisateurs. Il s'agit donc pour le colonisateur de se réconcilier avec son passé de « violeur » notamment en reconnaissant cela et en l'exorcisant. Il doit le faire sans avoir besoin de s’engager dans un processus de repentance ou de se livrer à une quelconque réparation.
Cela peut passer par l'enseignement de la vraie histoire de la colonisation dans les écoles. Une histoire qui n'a été ni une mission civilisatrice, ni même une visite fraternelle mais bien une entreprise criminelle. Après tout, il n’y a aucune honte à avouer un crime.

Par : Etienne de Tayo
Promoteur « Afrique Intègre »

lundi 9 avril 2007

ET SI LES FRANCAIS AVAIT BESOIN D'UN ROI?


ET SI LES FRANÇAIS AVAIENT BESOIN D’UN ROI !

L’idée d’une sixième République a fini par faire irruption dans la campagne électorale française, portée par Ségolène Royal. La candidate du parti socialiste n’en fini plus de courir après les idées de Nicolas Sarkozy, candidat de la droite qui lui-même marche sur les plates bandes de Jean Marie Le Pen de l’extrême droite.
En proposant une sixième République, Ségolène Royal exprime en d’autres termes l’idée de rupture que porte Nicolas Sarkozy depuis le début de la campagne. Ainsi, les deux candidats se retrouvent sur la problématique de la rupture comme ils se sont retrouvés cette semaine sur le thème de l’identité nationale. Un thème sur lequel Ségolène Royal a défrayé la chronique au point de vexer certaines personnes dans son entourage notamment en proposant que chaque Français accroche un drapeau bleu blanc rouge à sa fenêtre comme si la République courait un danger certain.
Comme on peut le constater, la gauche française n’a jamais été aussi proche de la droite et même de l’extrême droite. Et du coup, tout le monde donne raison à François Bayrou qui propose que tous abandonnent leurs hypocrisies et se retrouvent dans un gouvernement d’union nationale de transition peut-être. Puisque tant de chose les rapproche déjà.
Mais ce qu’il faut voir de la France et de son peuple aujourd’hui, c’est l’image d’un pays et d’un peuple qui cherche ses repères. Les discours politiques et les titres de certains ouvrages n’ont jamais été aussi pessimistes même catastrophistes sur le devenir de la France et des Français. La France n’a jamais été autant insulté et piétinée par ses propres fils qui ne se reconnaissent plus en elle. Du coup, une bonne frange des Français ont besoin qu’on leur redonne espoir. Ils ont besoin d’un discours enjoliveur sur leur avenir même s’il est artificiel et irréel. Ils ont besoin de quelqu’un qui leur dise que ce n’est pas vrai cette image loqueteuse que leur renvoie leur pays chéri. C’est sans doute pourquoi certains auteurs qui font plutôt dans la « francoptimisme » ont un réel succès auprès des français dits de souche. C’est le cas de l’écrivain Max Gallo qui s’est découvert les talents de véritable coach de la société française. En février, il a publié « L’âme de la France : une histoire de la nation des origines à nos jours » chez Fayard. En décembre 2006 déjà, il avait publié « Fier d’être français » chez LGF. On peut aussi citer l’écrivain d’origine russe Andreï Makine qui a publié en mars 2006 chez Flammarion l’ouvrage intitulé : « Cette France qu’on oublie d’aimer ». Toujours dans le même registre, un jeune des banlieues, Abdel Malik, qui dit avoir pris conscience du mal français vient de publier aux éditions Albin Michel, un ouvrage au titre évocateur : « Qu’Allah bénisse la France ». J’étais au salon du livre de la porte de Versailles cette semaine et le rang de toutes ces personnes qui étaient alignées pour une dédicace m’a conforté dans l’idée selon laquelle, la France de 2007 n’est pas si éloignée de la grande peur qu’avaient expérimenté la France pré révolution française de 1789 et qu’on a retrouvé à la veille de la seconde guerre mondiale. Il faut relever le fait que la plupart des personnes qui veulent ainsi redonner l’espoir aux Français ont la particularité d’être des Français d’adoption. Que disent donc les Français de souche ? C’est un autre débat.
Les Français ont besoin d’un guide, d’une figure emblématique qui s’impose à eux et leur redonne confiance. Mais il y a quelque chose de contradictoire dans leur démarche. Lorsqu’on a vu Jean Marie Le Pen qu’il avait envoyé au second tour en 2002 et qu’il plébiscitent encore à près de 15% pour la future présidentielle, lorsqu’on a vu ce leader d’extrême droite descendre en flamme et de façon tout à fait méprisante, Jacques Chirac qui venait de faire un discours pathétique et un rien rassembleur de fin de règne. J’ai eu envie de dire qu’il faut être déboussolé quelque part pour tirer ainsi à bout portant sur un corbillard qui fonce tout droit au cimetière. Ceux qui avaient quelque chose à tort ou à raison à reprocher à Chirac pouvaient se satisfaire. Mais à travers Jacques Chirac, c’est la fonction présidentielle donc quelque part l’âme dont parlait Max Gallo qui est ainsi traîné dans la boue. Après, les mêmes se demanderont pourquoi la France se dévalorise aux yeux de son peuple et aux yeux des autres peuples.
En 2005, toujours dans cette recherche de son identité et dans cette manifestation du mal être, les Français ont liquidé l’Europe à travers le non massif au referendum sur la constitution européenne. Aujourd’hui, au travers de leurs leaders, certains, en liant l’immigration à l’identité nationale, veulent s’élever contre l’immigré dans un amalgame spectaculaire et toujours dans cette posture de recherche effrénée de bouc émissaire. Les récents événements de la gare du Nord à Paris, où un simple contrôle de billet a dégénéré en affrontement violent de plusieurs heures entre la police et les jeunes, montre bien qu’une simple étincelle peut faire partir le brasier français.
Lorsqu’on scrute la France, les Français et leurs leaders en prenant une posture panoramique, on a l’impression d’un troupeau dont les bergers sont devenus de simples vaches. On a l’impression d’un bateau à la dérive sur lequel le capitaine et son équipage se chamaillent sans cesse et plus personne pour tenir le gouvernail. Au plan économique, la France ploie sous le poids d’une dette évaluée ce jour à près de 2000 milliards d’euros représentant parfois jusqu’à 60% du PIB. Elle ne subit plus que des délocalisations et des OPA avec leur pendant qui est le chômage. Les jeunes quittent de plus en plus le pays pour s’employer ailleurs : en Angleterre, aux Etats-Unis ou même en Asie. Pendant ce temps, les retraités, papy boomers embourgeoisés et particulièrement radins ont créé et entretiennent la civilisation du plaisir et de la jouissance.
Finalement, je pense modestement que les Français doivent enfin franchir le rubicon. La France et les Français ont besoin d’un repère, ils ont besoin d’un guide, ils ont besoin d’une image sur laquelle tous s’accordent. Bref, ils ont besoin d’un Roi qu’ils n’auraient jamais dû décapiter peut-être. Mais l’heure n’est pas aux regrets. D’avoir guillotiné le Roi Louis XVI en 1793 dans la foulée de la révolution de 1789, avait permis à la France de se présenter aux yeux du monde comme une terre de liberté, de l’égalité et de la fraternité. Il y a quelques années encore, elle pouvait pavoiser au milieu des monarchies européennes avec son statut de République républicaine. Mais, tout cela a vécu. Elle doit se rendre à l’évidence aujourd’hui de ce qu’elle est désormais moins qu’une « Républiquette ». Et du coup, ce sont les monarchies, économiquement, socialement et psychologiquement plus viables qui lui dame le pion sur tous les plans. Il n’y a qu’à voir la confrontation perdue contre la Grande Bretagne pour l’organisation des jeux olympiques de 2012.
Alors, s’il n’était pas déjà un peuple happé par toutes ces religions monéthéistes et par le rationalisme cartésien, les Français iraient en masse chez le duc d’Orléans, descendant du dernier Roi de France, pour lui demander pardon et l’introniser comme Charles De Gaulle n’avait pas su le faire en 1958 lorsqu’il fit son coup d’Etat constitutionnel.

Par Etienne de Tayo
Journaliste

Les enjeux du pétrole au Tchad

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LE RÈGNE DE L’INFORMEL

En 1956, l’Argentine est étranglée par les dettes. Elle demande à connaître ses créanciers. Le ministre français des Finances s’étant proposé comme intermédiaire, la première réunion se tint à Paris le 16 mai de la même année. Le Club de Paris était ainsi né dans l’informel. Aujourd’hui, plus de 50 ans après sa création, ce groupe informel qui se présente comme une "non institution" et qui tient des sessions mensuelles, n’a ni existence légale ni statuts. "Son secrétaire général a dit un jour que quand les délégués des différents Etats étaient sur le chemin de retour, le Club de Paris cessait d’exister". Et pourtant, le Club de Paris trône sur le toit du monde et n’hésite pas, quand il le faut, à faire sentir le mors aux pays en développement qui traînent les pattes par rapport au remboursement des dettes.

Le Club de Paris est formé par 19 Etats créanciers dont les membres du G8 auxquels il faut ajouter : Australie, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Norvège, Pays- Bas, Suède, Suisse. Par l’objectif qu’il s’est fixé, ce Club des créanciers montre qu’il n’est ni une instance de négociation encore moins un groupe philanthropique mais plutôt une agence de recouvrement forcé et une trappe sur laquelle viennent échouer tous les pays pauvres très endettés et en difficulté de remboursement : "Les créanciers du Club de Paris souhaitent recouvrer au maximum leurs créances. Ainsi, ils demandent le paiement immédiat d’un montant aussi élevé que possible. Les montants qui ne peuvent pas être payés sont rééchelonnés dans des conditions qui équilibrent les paiements futurs et dans l’objectif de minimiser la chance que le débiteur doive retourner dans le futur devant les créanciers du Club de Paris avec une requête additionnelle".

Dans sa démarche, le Club de Paris qui pourtant se situe dans la continuité de la politique de gestion de la dette du FMI et de la Banque Mondiale, se moque parfaitement de l’état de santé économique des Etats débiteurs : "Il ne s’agit pas de libérer les capacités de financement du développement de ces pays, ni de les soulager du fardeau insupportable de la dette mais de leur faire payer au maximum de leurs capacités. Desserrer l’étau de la dette juste assez pour qu’ils soient en mesure de rembourser". Les chiffres sont d’ailleurs édifiants à cet effet. De 7 à 10 pays endettés auditionnés de 1997 et 1999, le Club de Paris est passé à 20 pays en 2000 et à 18 pays en 2001, "ce qui est un signe inquiétant de l’inefficacité des mesures imposées".

Le 14 juin 2006, le Club de Paris a organisé à Paris justement, une conférence à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Ce forum qui a réuni environ 400 participants a permis des échanges fructueux mais rien n’a été dit sur le caractère informel de ce groupe qui pourtant est devenu un acteur majeur de la coopération et le développement dans le monde.

En 1975, au lendemain du conflit Israélo arabe, une crise pétrolière sans précédent menace le monde. Valery Giscard d’Estaing, qui vient d’être élu président en France, prend l’initiative de réunir de façon tout à fait informelle à Rambouillet, non loin de Paris, les chefs d’Etats et de gouvernement de l’Allemagne, Etats Unis, Royaume Uni, Italie et Japon en vue de trouver une réponse commune à cette menace. Le G7 qui deviendra G8 avec l’admission de la Russie venait ainsi de voir le jour au terme d’une anecdote. Il est constitué de nations industrielles situées pour la plupart à l’hémisphère nord. De proche en proche, et profitant de l’apathie des institutions chargées de la régulation économique dans le monde, et de la montée du nombre d’Etats clochardisés dans le monde, le G8 - qui forme en fait la nervure central de l’ossature du Club de Paris - a pris le pouvoir et domine littéralement le monde. Ses sommets, particulièrement courus ces derniers temps, accouche souvent des décisions sensés s’imposer sur l’ensemble de la planète au travers du système international qu’il a fini par phagocyter.

En 1996, réunis à Lyon, le G7 décide de lancer l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (Ppte) afin de rendre soutenable la dette de pays en situation très difficile. Aussitôt, le concept est adopté par l’ensemble du système financier et monétaire mondial. Dans la gestion de l’industrie de la pauvreté, le G8 est devenu le maître d’ouvrage tandis que les institutions de Brettons Wood, le FMI et la Banque Mondiale, et les autres instruments du système des Nations Unies sont réduits au simple rôle de maître d’oeuvre. Et pourtant, comme le Club de Paris, le G8 n’a aucune existence juridique et comme lui, se complait dans l’informel.

Dans la répartition du travail qu’ils se sont donnée, les deux institutions ci-dessus tendent à se rendre indispensables et incontournables pour les pays en développement. Le Club de Paris, sous les apparences de session de "négociation", traque, de façon impitoyable, les débiteurs constitués essentiellement des pays pauvres. De son coté, le G8 s’évertue à tenir un discours humaniste et à faire des promesses toujours plus mirobolantes les unes que les autres, en vue du développement de ces mêmes pays. Le Club de Pais et le G8 agissent ainsi comme deux bestioles dont l’un est chargé de mordre sa victime et l’autre, de souffler sur la blessure, question d’atténuer la douleur.

Ce qui nous a interpellé dans ce travail, ce n’est nullement la richesse des riches qui en principe ne devrait gêner personne, sauf les jaloux. C’est :

- d’un coté, la roublardise insupportable des dirigeants du G8 qui oublient souvent leurs promesses dès qu’ils les ont annoncées au cours de leur sommet et qu’ils ont pris soin de les faire relayer par les médias ;

- et d’un autre coté, la relative naïveté, pour ne pas dire plus, de certains dirigeants africains qui pensent que le G8, présenté comme le groupe des "puissants du monde" - qui est du reste fier et jaloux de sa puissance - effacera sans condition la dette des pays africains et fournira ensuite des moyens nécessaires au financement des projets devant favoriser le décollage économique du continent africains. Ce qui serait trop beau dans un monde dominé par l’indifférence, l’égoïsme et le cynisme. Dans ce travail, nous affirmons que cette politique de mendicité fait courir un péril grave à la dignité et à la fierté de l’Afrique et des Africains. Nous avons pensé que, sans vouloir s’enfermer dans une sorte d’autarcie qui n’est plus possible dans ce monde mondialisé, l’Afrique doit, pour son développement, tourner le dos à tous les "marchands des promesses trompeuses". Elle doit compter d’abord sur elle-même et sur toutes les bonnes volontés que recèle heureusement la coopération citoyenne. Elle doit ensuite :

- Abandonner sans délai, la culture des produits agricoles qu’elle ne transforme, ni ne consomme, ni même ne maîtrise la fixation des prix sur le marché mondial. Elle doit ainsi tirer les leçons de la faillite de ces produits d’exportation et revenir aux cultures vivrières pour nourrir ses fils et filles ;

- Trouver les moyens de fructifier plus que par le passé les transferts des migrants qui dans certains cas, doublent l’aide publique au développement dont les effets négatifs sur la fierté et la dignité de l’Afrique sont incalculables ;

- Mobiliser la diaspora en vue de tirer le meilleur de sa contribution pour le développement du continent. Bien entendu, l’approche proposée dans ce travail marque la rupture par rapport au passé. Et tout processus de rupture autoentretenu nécessite la transformation de l’Homme, d’abord pour le couper de la nostalgie et l’installer dans la perspective des nouveaux enjeux.


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