jeudi 30 août 2007

DIASPORAS AFRICAINES : COMMENT VIDER LE CONTENTIEUX AVEC LE BLED?



Les diasporas africaines s'organisent et se structurent de plus en plus. Au gré des événements heureux ou malheureux des groupes se forment et se penchent sur leur sort.

A l'initiative de l'union africaine, une conférence consultative régionale des diasporas africaines se tiendra les 11 et 12 septembre 2007 à Paris. Elle fait suite à une série d'autres conférences, de même nature, organisées au Brésil pour l'Amérique latine, à Londres pour le Royaume Uni, à New York pour l'Amérique du Nord, aux Bahamas. Une dernière aura lieu à Addis-Abeba pour la région Afrique. Au premier trimestre 2008, l'Afrique du Sud accueillera en apothéose la conférence finale dont le thème sera : «Vers la réalisation d’une Afrique et sa Diaspora unies et intégrées : une vision partagée pour un développement durable visant à relever les défis communs». L'objectif est de faire de la diaspora africaine la sixième région de l'union africaine après l'Afrique du Nord, de l'Ouest, de l'Est, Centrale et Australe. C'est pour la première fois qu'une telle initiative est conduite de façon aussi méthodique et les observateurs y mettent beaucoup d'espoirs pour le développement de l'Afrique.
Déjà le 1er septembre 2007 l'Association Africagora que préside Dogad Dogoui (voir photo), organise l'université d'été des diasporas africaines et la 6e édition des Assises nationales de l'Intégration sous le thème : "Que veulent les Africains de France. Et les Français d'ascendance africaine". 300 délégués et représentants de communautés et d'associations de minorités de 40 villes seront présents au Palais des congrès de Paris Est à cette occasion. C'est dire si les diasporas africaines sont en effervescence.
Mais reste qu'un contentieux séculaire, parfois invisible à l'œil nu mais ô combien pernicieux continue d'habiter les relations entre les membres des diasporas africaines et leurs frères et sœurs restés au bled. Ce contentieux a jusqu'ici plombé toutes les initiatives tendant à faire profiter au continent africain aussi bien l'expertise que les ressources de ses filles et fils disséminés partout dans le monde. C'est ce même contentieux qui empêche la création d'une sorte de synergie entre les acteurs de la diaspora et les Africains du continent. Ceci fait qu'à ce jour, les transferts des migrants qui représentent le triple de l'aide publique au développement ne parviennent pourtant pas à enclencher le développement du continent africain. Chaque membre de la diaspora qui tente de faire profiter son réseau de relation à son pays d'origine, rencontre très souvent une série d'obstacles parfois insurmontables. Toutes les tentatives des membres de la diaspora de monter des affaires dans leur pays d'origine ont échoué à cause de la malhonnêteté subite de tous les frères et sœurs restés au bled : "Pour monter et réussir une affaire, il ne reste plus que le père et la mère sur qui on peut compter. Encore que beaucoup de personnes se sont fait escroquer par leurs parents. Je crois qu'il n'y a pas de remède à cette malhonnêteté là", relate, impuissant, un membre de la diaspora. C'est par tonne que les membres de la diaspora rapportent des histoires dans lesquelles leurs proches restés au bled les ont escroqués et leur profèrent des menaces par-dessus le marché.

PARTIR C'EST TRAHIR!

A l'origine, une affaire d'illusion pour les uns, de trahison pour les autres, suivie de honte camouflée, de réparation et même de rachat. L'illusion est celle des Africains du bled qui continuent à croire, durs comme fer, que l'occident vers où ont émigré leurs frères et sœurs est un paradis, mieux, un jardin d'éden où tout se cueille facilement et surtout l'argent. La trahison est celle de l'émigré qui part. Parce qu'à la différence des autres continents, on ne quitte pas l'Afrique sans séquelles, sans remords, sans regrets. C'est pourquoi, à 95%, les migrants africains se fixent souvent des objectifs précis d'épargne en vue du retour pour une meilleure installation sur le continent. Cette trahison dont l'émigré a constamment honte dans son comportement au quotidien, est celle de l'Afrique en tant que continent mais aussi et surtout celle des frères et sœurs restés au bled qui se font d'ailleurs forts de demander aux traîtres, des réparations ou un rachat. Autrement dit, l'émigré qui a quitté son pays, en trahissant ses frères et sœurs, peut se racheter auprès de ces derniers si et seulement ils acceptent de leur envoyer régulièrement de l'argent et d'autres produits de la civilisation occidentale. Seulement, le résident africain qui reçoit l'argent pour lequel il n'a fait aucun effort de travail lui affecte une valeur en dessous de zéro. Il dépense donc cet argent sans compter et se retrouve rapidement dans une position de nécessiteux. Il devient ainsi un vrai tonneau de danaïde qui ne remplit jamais. Dans ce jeu là, l'honnêteté est un défaut qu'il faut vite corriger. Et si d'aventure, le frère ou la soeur de la diaspora lui fait une réflexion dans le sens de lui rappeler les règles d'éthique ou d'une meilleure utilisation de l'aide reçue, il se braque, est le premier à crier au scandale et menace. On entend alors des expressions du genre : "Vous de la diaspora, vous êtes des avions, nous sommes l'aéroport. Je verrai bien où vous allez vous poser lorsque vous en aurez envie".

REUSSIR C'EST SUSPECT

En Afrique, on croit tellement à l'échec, on le conjugue tellement dans les actes quotidiens que celui qui réussit est suspect et est presque invité à s'excuser auprès de ceux qui n'ont pas réussi. Ceux-ci croient toujours qu'il leur a volé quelque chose ou a pris à lui tout seul ce qui leur était destiné. L'Africain de la diaspora n'échappe pas à ces schémas. Lorsqu'il réussit, il est doublement voué aux gémonies par les siens. D'abord pour la trahison du départ et ensuite pour la trahison de la réussite seul. Et il ne devra son salut que si et seulement s'il accepte de se racheter. C'est-à-dire payer une sorte de redevance à la trahison fixée par les frères et sœurs du bled.
De tout temps, il a toujours existé une querelle sourde entre ceux qui partent et ceux qui restent. A preuve, ce chant bien connu, d'un campagnard en direction de ses congénères de la ville:
"A pauvre gens de ville;
Que j'ai pitié de vous;
Vous portez des habits;
Pourtant vous êtes fous;
Palais de grandes pierres;
Qu'entouraient des taudis
Combien je vous préfère;
A mon humble paradis".
Comme ce campagnard, les africains du bled pensent que leurs frères de la diaspora sont un peu fous. Ils savent que certains membres de la diaspora font de temps en temps des incursions au bled pour leur en mettre plein les yeux. Ils n'apprécient pas çà mais ne le font savoir que très rarement. Ils pensent que l'éloignement a privé les membres de la diaspora de la sagesse qui selon eux ne s'acquière qu'au bled. Ils disent qu'au bled, les gens n'ont rien à dire et savent se taire parce qu'on s'exprime aussi par des silences. Mais dans la diaspora, les membres ont parfois trop à dire et s'expriment mal, parlent comme des enfants et finissent par ne rien dire après avoir agacé leur auditoire. Ils les trouvent finalement très superficiels.

CHACUN POUR SOI…

Je pense qu'ils n'ont pas totalement tort. Avant de faire partie de la diaspora, moi aussi j'étais au bled. Depuis que je suis dans la diaspora, je constate que l'organisation est un handicap pratiquement insurmontable. D'abord, il faut reconnaître qu'il existe des diasporas bien compartimentées et bien étanche au lieu d'une diaspora homogène comme on a tendance à le penser.


Il y a un premier groupe de personnes qui se sont pratiquement ghettorisée. Ils sont venus en France avec des objectifs bien précis. Ces objectifs sont parfois chiffrés et ils veulent les atteindre. On retrouve aussi dans ce groupe toutes les personnes en situation irrégulière et généralement précaire. On peut mettre aussi volontiers dans cette catégorie, ceux que j'appellerai des recalés. Il s'agit des personnes qui sont là depuis au moins 30 ans. Ils étaient venus aussi avec des objectifs. Aujourd'hui, ils n'attendent plus que la mort. Ils écument souvent les débits de boisson où ils tentent de parler de leur pays d'origine où ils ne se rappellent plus de rien. Ils parlent aussi de la France qui les a accueilli avec des informations parfois très approximatives.
Le second groupe est formé de ceux que nous nommerons des intellectuels. Ils sont bardés de diplômes. Ils fourmillent de projets, justifient des formations très pointues et d'un réseau de relations respectable. Ils sont enseignants ou hauts cadres. Ils se retrouvent souvent entre eux dans des grands fora. Comme le premier groupe, ces personnes vivent aussi une sorte de réclusion mais pas pour les mêmes raisons.
Le dernier groupe est composé de ceux qu'on peut nommer les activistes. Ils sont animateurs d'associations, de réseaux et autres. Ils sont parfois très informés et sur tout. Mais ils traînent comme un boulet, tous les défauts des autodidactes. Leurs réunions sont interminables parce que constamment ponctuées de péroraisons sans fin. Les gens prennent la parole pour dire en d'autres termes ce que vient de dire leur voisin. D'autres, pourtant complètement hors sujet, tiennent néanmoins à faire étalage de leurs connaissances dans un domaine étranger au thème de la réunion. Très souvent des conflits de personnes émergent et paralysent les travaux. Dans cette partie de la diaspora, chaque membre est une tête de pont qui revendique un leadership et veut l'imposer aux autres. La multiplication des associations favorise l'émiettement des énergies.
L'autre contentieux également préjudiciable à l'Afrique est cette querelle qui a toujours opposé les descendants des esclaves habitants les îles et leurs frères restés en territoire africains. Les premiers accusent les seconds de les avoir vendu aux négriers. Ce contentieux avait été soigneusement monté par les négriers qui redoutaient le fait qu'un jour, les esclaves et leurs cousins restés en Afrique puissent ensemble repérer leur vrai bourreau. Ainsi une cérémonie était organisée à la descente du bateau de négrier au cours de laquelle le prêtre officiant disait à l'esclave que s'il est là, c'est parce que son frère resté en Afrique l'a vendu. Six siècles après, cette manipulation continue de faire son effet et d'opposer les descendants d'esclaves et leurs cousins d'Afrique. C'est dire que même les noirs des îles ont aussi un contentieux à vider avec le bled.

Par Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"

mercredi 29 août 2007

QUAND L'OCCIDENT DEGAINE MEDIATIQUEMENT CONTRE LA CHINE



La guerre que mène l'occident à la Chine sur le plan économique semble avoir pris une tournure dramatique. On pense que désormais, tout peut arriver.

"Attention aux risques liés aux aliments chinois". Ainsi titre le site d'information Yahoo, reprenant une dépêche de l'AFP. Evoquant une étude commandée par le magazine Expansion, l'agence de presse annonce "qu'après les jouets et les tubes de dentifrices, c'est au tour des aliments en provenance de Chine qui présentent des risques graves de santé". Et de décliner la liste macabre qui fait frémir : "Colorants interdits découverts dans des sauces ou dans des gâteaux de riz, moisissures cancérigènes sur des fruits secs, résidus d'antibiotiques dans des lots de miel et de poissons, traces de mercure sur des anguilles ou encore stocks de nouilles incluant des composants génétiquement modifiés... la liste des ingrédients impropres à la consommation est longue, relève le magazine. Les ustensiles de cuisine en provenance de Chine détiennent eux aussi leurs lots de produits insalubres, puisque l'on retrouve sur divers articles des traces de nickel, de manganèse ou de chrome susceptibles de contaminer les aliments". Pour pas que les accusations ne soient sans fondement, l'AFP donne la parole à Christophe Zimmermann de l'organisation mondiale des douanes qui affirme que "sur les 2 millions de produits alimentaires contrefaits recensés dans le monde en 2006, entre 16 et 20% venaient de Chine". D'autres statistiques révèlent que "sur 924 produits dangereux recensés en 2006 par la commission européenne, 440 cas incriminés venaient de Chine, 21% des produits étaient d'origine européenne (19 pour la France, 42 pour l'Allemagne, 38 pour l'Italie, 14 pour la Pologne, 15 pour l'Espagne)"
Dans quelques heures, cette semence épandue par les agences de presse à travers le vaste réseau planétaire, fleurira dans plusieurs medias occidentaux sous des titres plus ou moins apocalyptiques, tentant ainsi de dresser l'opinion publique internationale contre le diable chinois. Loin de moins l'idée de soutenir ou de chercher à comprendre l'action des criminels qui, poussées par l'appât du gain, se permettent de servir des produits dangereux aux populations. Mais à y regarder de près, les choses ne seraient pas aussi simples.
On pouvait se douter de quelque chose. A savoir que, lorsqu'elle se sentira sérieusement menacée sur le champ économique par la Chine comme c'est le cas actuellement, l'occident fera recours, en attendant la provocation armée, à des méthodes éculées de la désinformation et de la manipulation des masses par les médias. Le fait pour les médias et les officiels occidentaux de tenter un dénigrement des produits chinois n'est vraiment pas nouveau. Ce qui est nouveau c'est le caractère presque synchronisé et gradué de la méthode désormais adoptée par l'occident pour combattre son concurrent chinois. C'est la manipulation grise. On part toujours des faits vraisemblable pour bâtir des fantasmes grossiers.
En effet, depuis qu'un certain nombre de classements plus ou moins sérieux ont placé la Chine au second rang mondial des exportations après les Etats-Unis et quatrième rang mondial pour l'industrie manufacturière, l'occident des officiels ne contient plus sa panique. Et elle est même passée à l'action. Sous le couvert du conflit du Darfour stéréotypé comme opposant d'un coté le méchant arabe soutenu par la Chine et de l'autre les pauvres noirs voués à un génocide certain, des groupes se sont organisés en occident pour appeler au boycott des jeux olympiques de Pékin. Et pour en rajouter à l'amalgame, les autres soutiennent que la Chine est la dernière dictature du monde. Les écologistes s'en mêlent aussi parfois pour dire que les chinois maltraitent les chiens ou encore qu'ils exterminent les baleines.
Concomitamment à cette action sur les jeux olympiques, d'autres groupes ont imaginé la diabolisation de l'origine chinoise des produits question d'effrayer les consommateurs et de les détourner des produits "made in china". Ces actions visibles viennent s'ajouter à d'autres actions de déstabilisation moins visibles qui relèvent de la pure guerre économique et dont les champs de bataille sont les principales places financières. Ainsi, les tentatives de déstabiliser le marché financier chinois se sont plutôt retournées vers les Etats-Unis où le secteur de l'immobilier a connu un mini crash dont l'onde de choc a atteint certaines banques en Europe. Pendant ce temps, la Chine, principale cible, continue de caracoler au sommet du hit parade économique. Provoquant plus encore l'ire de ses concurrents occidentaux.

D'Où VIENT LA CHINE?
Lorsque le commun de l'occidental parle de la Chine, c'est toujours avec une pointe de raillerie. Les produits d'origine chinoise sont nommés avec condescendance "chinoiseries" et le chinois est un plagiaire potentiel. On voit là l'influence des thèses particulièrement racistes d'Ernest Renan par exemple qui parla des Chinois comme la race des ouvriers sans aucun honneur.
Et pourtant, la Chine est un pays qui vient du fond des âges et qui semble avoir traversé toutes les étapes de sa maturité. En effet, "la Chine connut son unité entre 221 et 206 avant jésus Christ sous la dynastie de Qin, le premier empereur qui mit sur pieds un empire centralisé et unifié culturellement : l'écriture est standardisé ainsi que les poids, les mesures et monnaie". Qin Shi Huangdi est aussi entré dans la postérité en achevant la construction de la grande muraille. En 105 avant Jésus Christ, les Chinois inventent le papier.
Mais la Chine d'aujourd'hui, celle qui s'est enfin éveillé comme l'avait pressenti Napoléon Bonaparte, plonge ses racines dans la vaste révolution culturelle initiée dans les année 20 par Sun Yat Sen et accomplie de main de maître dans les années 40 et 50 par Mao Tsé Toung. C'est dans cette révolution que la Chine a implanté les fondations sur lesquelles elle a bâti son modèle économique. Un modèle qui est aujourd'hui un vrai mystère, un vrai serpent de mer dans la gueule duquel viennent se perdre toutes les recherches des plus célèbres économistes occidentaux. Ils parlent ainsi tantôt du communisme de marché ou encore du capitalisme rouge. Mais l'universitaire Qu Xing préfère parler, avec une pointe de fierté, du socialisme aux couleurs de la Chine. Au contraire du Japon par exemple qui avait évolué dans le sillage de la civilisation occidentale et qui était de ce fait maîtrisable, la Chine échappe à toute analyse.
En fait, c'est par son cynisme et sa cupidité que l'Occident a généré la Chine. On peut dire que l'Occident a fabriqué les pauvres et la Chine les a ciblés dans son modèle. C'est parce que les méthodes criminelles de la Banque Mondiale et du fonds Monétaire International ont appauvri les populations du reste du monde, créant des inégalités criardes, que le modèle économique chinois s'est installé et a fini par conquérir le monde. Ce modèle repose essentiellement sur le law cost. déjà pratiqué dans le modèle occidental pour cibler les segments de marché formé de personnes à revenu faible.
La Chine propose des produits de très faible durée de vie à un prix très faible. Le consommateur qui a aussi un revenu très faible est ainsi obligé de s'abonner aux produits chinois parce qu'il n'arrivera jamais à épargner suffisamment d'argent pour s'offrir le produit d'origine occidental et sensé avoir une durée de vie plus longue. Si l'occident fabriquait une paire de chaussure vendue à 120 euros et pouvant mettre 5 ans. La Chine propose la copie conforme de cette même chaussure fabriqué avec de la matière moins résistante pouvant durer six mois et vendu à 10 euro. Au bout de cinq ans, celui qui a choisi le modèle chinois aura acheté 10 paires de chaussure pour 100 euros. Il aura au final économisé 20 euros par rapport à celui qui a choisi le modèle occidental. En plus, il gagne à apparaître durant toute cette période avec plusieurs paires de chaussure parfois de modèles différents, à la différence de l'autre qui souffrira de la monotonie d'une seule paire de chaussure. Ce modèle s'approche d'un autre modèle pratiqué en occident et qui consiste à proposer des appareils à utilisation unique.
Voilà le fond du différend qui oppose aujourd'hui l'Occident à la Chine. Mais au lieu de poser clairement le problème, les stratèges occidentaux veulent passer par des subterfuges tendant à démontrer aux populations que la Chine est le nouveau diable contre lequel ils veulent les protéger. Et c'est là où se situe un amalgame insupportable.


UN AMALGAME INSUPPORTABLE :

La Chine en tant que pays et l'origine chinoise des produits incriminés sont deux choses bien différentes. Et pourtant, les accusations de l'occident réussissent à faire tenir les deux concepts dans une même et seule réalité.
La Chine est un pays qui, par ses mesures incitatives, a réussi à attirer les investisseurs du monde entier et à devenir ainsi une sorte "d'usine du monde". Ce pays est aussi attractif pour les investisseurs grâce à sa main d'œuvre bon marché. Avant la Chine, il y a eu le Japon, il y a eu les dragons d'Asie du sud Est, il y a Dubaï. Mais tous étaient sous le contrôle des puissances occidentales qui pouvaient à tout moment dicter leurs desiderata au gouvernement et faire faire leur volonté. Mais tel n'est pas le cas de la Chine qui s'autonomise.
Les produits "made in china" sont des marchandises fabriquées en Chine en majorité par les multinationales souvent d'origine occidentale qui ont été obligées de délocaliser dans l'empire du milieu. Bien entendu, beaucoup de produits sont aussi fabriqués par des entreprises chinoises à 100%.
Ceci dit, les produits dangereux en provenance de la Chine pouvaient bien être le fait des multinationales puisqu'on a vu que même des entreprises installées en Europe font de la contrefaçon et que la part des exportations européennes, japonaises et américaines représente près de 11% des exportations totales de la Chine. Ces produits pouvaient aussi être le fait des entreprises chinoises ou encore des réseaux de trafiquants.
Mais en visant la Chine dans l'oubli total des autres possibilités, les accusations occidentales fortement relayées par les médias veulent atteindre l'image de l'a Chine en tant qu'Etat à travers le scandale des produits dangereux. Si les accusations avaient voulu pousser l'analyse plus loin, elles l'auraient fait et nous auraient donné plus d'informations sur la nature réelle des mises en cause.
Pour comprendre le niveau de manipulation dans cette affaire, il faut prendre un autre scandale. Celui des déchets toxiques déversés à Abidjan visiblement dans le but de provoquer un soulèvement et renverser le régime de Laurent Gbagbo. Dans ce cas précis, aucun média ne s'était préoccupé de l'origine des produits toxiques, se contentant juste de dire qu'ils ont été transportés par un bateau prénommé "Probo-Koala" battant pavillon Panaméen. Par contre tous les médias insistaient sur la corruption du régime Gbagbo qui aurait favorisé une telle opération et une pancarte portée par un manifestant, probablement manipulé en disait long sur les visées des commanditaires de l'acte : "Nos dirigeants ont sacrifié le peuple sous l'autel de leurs intérêts en leur servant des produits toxiques". Il faudra lire entre les lignes des articles pour comprendre que l'affréteur du navire est "Trafigura Beheer" dont le siège est aux Pays Bas.
C'est ce traitement de deux poids deux mesures que l'ont peut dénoncer et comprendre que dans la guerre économique qu'elle livre légitimement à la Chine, devenue un concurrent sérieux, l'occident manque de fair-play et procède par manipulation pour faire gagner les populations à sa cause notamment en utilisant la peur et même la mort.
Ce faisant, l'occident me fait penser à un scénario du célèbre comédien camerounais Otsama Morbitsié. Il présente deux hommes politiques au cours d'une campagne électorale. Le premier est très brillant et très séduisant. Il maîtrise son sujet et soulève les foules quand il parle. Cela ne fait aucun doute qu'il passera comme une lettre à la poste. Quant au second, il est plutôt falot, incapable de s'exprimer devant un public. Mais lorsqu'il prend la parole il dit ceci : "Mon adversaire est très brillant. Je constate qu'il vous a déjà conquis. Mais sachez seulement qu'il a le Sida. Donc, si vous lui confiez le mandat, il mourra avant d'avoir atteint les objectifs qu'il fixe. A vous donc de choisir", avait-il conclu.
Pour éliminer un concurrent, l'occident a recours à des méthodes qui firent des ravages dans le passé mais qui aujourd'hui heureusement n'emballent plus personne.

QUE LES TEMPS ONT CHANGE!

Les spécialistes occidentaux de la désinformation et de la manipulation devraient sérieusement réviser leurs méthodes pour s'adapter au nouveau monde du tout communication. Ils devraient comprendre qu'aujourd'hui, les grands médias n'informent plus exclusivement. Et que dans la formation de l'opinion publique, ces médias ont été relégué au second plan. Ils servent simplement de complément d'information à un public de plus en plus informé par d'autres médias plus citoyen et plus de proximité comme Internet ou le téléphone portable.
Par le passé, la tactique était simple. Les services de renseignement occidentaux manipulaient les médias qui à leur tour manipulaient l'opinion publique dans le but de provoquer un soulèvement populaire dans le pays ciblé et obtenir la caution de l'opinion publique occidentale. Ceci aboutissait très souvent au coup d'Etat en vue du remplacement d'u régime insoumis. Ceci a donné les vrais faux charniers de Timisoara en Roumanie qui contribuèrent à l'exécution de Nicolae Chaucescu. Ou la vraie fausse chair humaine révélée dans les congélateurs de Bokassa à Berengo par les militaires français, ce qui a permis le renversement de l'empereur bouffon Jean Bedel Bokassa. Ou encore plus récemment les vraies fausses armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein et qui permirent l'envahissement de l'Irak par l'armée américaine et finalement la pendaison de Saddam Hussein.
Il y a quelques semaines, certains pays occidentaux en tête desquels les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont tenté d'instrumentaliser le sommet de la Sadc en vue d'obtenir la mise en quarantaine du président zimbabwéen Robert Mugabe. Auparavant, une campagne médiatique particulièrement pernicieuse tendait à lui faire porter la responsabilité de la ruine du pays où la même campagne annonce le chiffre démentiel de 5000% d'inflation. Mais au lieu des sifflets comme l'espéraient les occidentaux, Mugabe a plutôt eu droit à une sorte de standing ovation de la part de ses pairs. C'est parce qu'ils savent que, bien que Mugabe soit un despote qui a depuis dévié de sa trajectoire de libérateur, les raisons présentées officiellement par les occidentaux pour réclamer sa tête, à savoir qu'il fait souffrir son peuple, ne sont pas suffisantes. Bien d'autres chefs d'Etat infligent des pires souffrances à leurs peuples et pourtant les mêmes pays qui s'acharnent sur Mugabe leur déroulent le tapis rouge.
Toutes les actions de désinformation visent à conditionner le peuple et obtenir sa caution pour la conduite des opérations dont seuls les dirigeants politiques et la nomenklatura proche sont les principaux bénéficiaires.
Pour revenir sur le cas chinois, une évaluation de la campagne de manipulation de l'opinion publique est faible sur le site : fr.answers.yahoo.com où cette question fortement suggestive est posée aux internautes : "Après tout (sic) les produits dangereux exporter (sic) par la Chine, continuez-vous à acheter chinois?" Répondez à cette question sur yahoo! Dans les réponses, beaucoup vont dans le sens voulu par les initiateurs du sondage. A savoir qu'il faut bannir les produits chinois parce qu'ils sont essentiellement dangereux.
A travers ces quelques exemples, on entrevoit le danger qui guette la société occidentale où on assiste à un net recul de la démocratie. Si la démocratie dans sa représentation scénique est toujours perceptible au travers des institutions, les libertés individuelles et collectives, gages de la démocratie à la base, reculent dangereusement. Chaque jour, les dirigeants politiques inventent des scénarios toujours plus apocalyptiques pour confisquer les libertés des citoyens et renforcer leurs propres pouvoirs. Ainsi, pour aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui en occident prétendent répandre la démocratie dans les sociétés non "civilisées" vendent en fait un bien qu'ils ne possèdent plus.
De loin, on pense que les peuples de l'occident sont celles qui ont le plus approché la liberté. Mais de plus près on constate que ce sont des peuples en passe de devenir ceux les plus manipulés et même les plus conditionnés de la terre. Tous les moyens modernes de communication sont mis en œuvre pour occuper ce peuple au point de ne lui laisser aucun moment de lucidité. Je pense que les civilisations rentrent dans leur phase de décadence lorsque les peuples, pris dans la spirale de la manipulation, ne sont plus en mesure ou n'ont plus la lucidité de contrôler et sanctionner les actes de leurs dirigeants. Lesquels peuvent se permettre toutes les folies jusqu'à ce que un jour, sans qu'on sache comment, tout s'écroule.

Par Etienne de Tayo
Promoteur du réseau de journalistes pour l'intégrité en Afrique "Afrique Intègre"

samedi 25 août 2007

DISCOURS : ET SI NICOLAS SARKOZY NE S'ADRESSAIT PAS AUX AFRICAINS?




Le discours du président français Nicolas Sarkozy continue près d'un mois après sa délivrance de faire des vagues dans la communauté des Africains. Chacun y allant de ses capacités et de son talent. Mais que de questions en suspens à ce jour!

Ce discours était-il un discours de rupture par rapport à ceux de ses prédécesseurs? Ce discours marque t-il la rupture par rapport à ce que seront désormais les relations entre la France et l'Afrique? Malgré le contexte géographique du prononcé de ce discours, Nicolas Sarkozy s'adressait-il en priorité aux Africains? Et qu'est ce que les Africains étaient en droit d'attendre du discours du président français?
L'intérêt qu'a suscité et suscite encore le discours du chef de l'Etat français chez les Africains éveille chez moi un sentiment à la fois de satisfaction mais aussi de profonde inquiétude. La satisfaction parce qu'il montre le niveau de prise de conscience des Africains par rapport au destin de leur continent. Satisfaction parce que ce discours vient enfin donner du grain à moudre à l'intelligentsia africaine. Satisfaction parce qu'au travers de certaines de ces réactions les intellectuels démontent point par point les pièges de renforcement de clichés dissimulés dans ce discours, donnant ainsi du répondant au président français. Je pense ainsi à Achille Mbembé qui le premier démontre que ce discours n'est qu'une "série de menaces et d'injonctions bien dissimulés dans des basses flatteries et l'évocation des thèmes chères aux Africains".
Mais inquiétude parce qu'il transparaît dans beaucoup de réactions, le malheureux postulat qui voudrait que le destin de l'Afrique dépendent non point de la volonté affirmée de ses fils mais du bon vouloir des personnes extérieures à l'Afrique. Ce que je dénonçais déjà dans mon ouvrage coup de gueule au G8 : "Pour la Dignité de l'Afrique, laissez-nous crever". J'ai bien peur que la réaction plus que enflammée de certaines personnes soit à la mesure de la déception par rapport aux attentes qu'elles avaient placées en l'arrivée de Sarkozy en France. C'est le propre même de l'extraversion intellectuel qui habite encore beaucoup d'Africain malheureusement. Voici le problème. Nicolas Sarkozy, sous la plume de Henri Guaino, a réussi à semer la confusion et même la pagaille dans les rangs des Africains en surfant sur des lieux communs presque éculés mais aussi en évoquant des thèmes fondateurs de la renaissance africaine. C'est la responsabilité des intellectuels africains d'éclairer la lanterne de leurs compatriotes. C'est une mission et ils doivent l'assumer, non pas avec le cœur et l'émotion mais avec la raison et la froideur.

L'IMPOSSIBLE RUPTURE

J'ai l'impression que lorsque beaucoup ont entendu rupture ils l'ont assimilé à la révision des relation France Afrique en faveur de l'Afrique. Je pense qu'à l'image des économies africaines, beaucoup d'Africains sont aussi extravertis dans leur façon de concevoir le développement de l'Afrique. Le discours de Sarkozy à Dakar était un discours de rupture par rapport à l'hypocrisie de ses prédécesseurs. Mais ce discours n'annonçait nullement la rupture par rapport à ce que devraient désormais être les relations entre la France et l'Afrique. Sarkozy, malgré sa volonté de rupture est bien allé à Dakar et à Libreville. Dans la capitale de l'AOF et à coté de la capitale de l'AEF. Il l'a fait parce qu'il a dû se rendre compte que changer les codes de conduite de la politique africaine de la France était aussi délicat que changer les codes du déclenchement de la force dissuasive par exemple. C'est pourquoi il n'a pas résisté à la tentation de suivre les lignes tracées par Foccart et les autres.
En Afrique et même en dehors, beaucoup continuent malheureusement à penser que l'Afrique ne se développera que grâce à l'aide que lui apporteront les pays dits développés dans le cadre du cirque que produit chaque mois de juin les dirigeants du G8. Dans un exercice paradoxal, beaucoup attendent le père noël qui viendra d'un pays du Nord, qui sera évidemment blanc et jamais noir. Sinon, qu'on m'explique pourquoi le discours de Nicolas Sarkozy, qui a eu le courage et même le culot de dire que la France n'a rien à attendre de l'Afrique, aurait plus d'intérêt pour les Africains que le discours de l'actuel président de l'union africaine le Ghanéen John Kofi Agyekum Kufuor ou le président de la commission de l'union africaine Alpha Omar Konaré par exemple. Deux personnalités qui ne manquent pourtant pas de crédibilité et d'audace. Parce que l'union africaine n'est à ce jour qu'un syndicat de dictateurs sans ambition pour leurs pays et leur continent, me diriez-vous. Soit, mais permettez-moi de dire que ce n'est pas suffisant comme explication.
Je pense qu'en se comportant ainsi, nous traduisons une curieuse réalité qui voudrait que la parole d'un blanc, d'un occidental, soit toujours plus importante que celle d'un africain, fut-il chef d'Etat ou même un leader d'opinion qu'on s'est librement choisi. C'est ce que le professeur Théophile Obenga traduit dans ces propos dans une interview accordée à Afrik.com : "Malheureusement en Afrique, au Congo en particulier, lorsqu’une personne donne son avis sur une situation, même s’il est bon, il sera toujours moins considéré que celui d’un Occidental". Je pense que la déception des uns et des autres est à la mesure des attentes qu'ils avaient placées en la France comme partenaire pour le développement de l'Afrique. Et j'en veux pour preuve, une ou deux curiosités.
Avant le second tour de la présidentielle française, j'ai reçu aussi bien des journalistes que d'Africains ordinaires cette question à mon sens saugrenue : "Entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, lequel est bien pour l'Afrique et les Africains". Je répondais systématiquement : aucun. Parce que, pour moi, le destin de l'Afrique n'est pas d'attendre son bonheur des non Africains. Parce qu'on ne brigue pas la magistrature suprême en France pour "être bien" avec les Africains. C'est la naïveté et rien d'autre qui peut nous amener à croire qu'un chef de l'Etat français peut placer les intérêts de l'Afrique au dessus de ceux de la France. On devient président en France pour défendre les intérêts de la France, ceux de l'Europe et ceux de l'occident en général y compris contre l'Afrique. Or à ce jour, l'influence de la France a constamment reculé en Afrique au profit des pays anglo-saxonnes et de la Chine.
Et si la France recule en Afrique aujourd'hui, elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même. Sans raison profonde, la France officielle s'est laissé doubler par la France officieuse des réseaux maffieux et par moment se confondait même à elle. Cela fait plus de 10 siècles que le destin de l'Afrique a rencontré celui de l'Europe. De cette cohabitation, l'Afrique a donné au point de donner ce qu'on ne doit pas donner dans une relation. Mais en retour, elle n'a tiré que misère, larmes et aliénation culturelle. Ironie du sort, même la France et d'ailleurs l'Europe qui croyait avoir tiré meilleure partie de cette relation se trouve aujourd'hui bien désillusionné. Elle est désormais confrontée à la concurrence féroce des nations émergentes et singulièrement de la Chine.
Inquiétude aussi parce que la sortie de Nicolas Sarkozy a installé beaucoup d'Africains dans une saison des réactions qui risque être longue et parfois stérile. D'ici je vois la déception ceux qui s'attendaient à voir le président sud africain Thabo Mbeki servir une volée de bois vert à Nicolas Sarkozy. Et pourtant rien, absolument rien ne doit nous amener à évoluer absolument dans le même registre que les autres. Même ceux qui nous dominent ou croient le faire. Comment peut-on être équilibré et penser que Thabo Mbeki, dans sa réaction, évoluera dans le même registre que Achille Mbembé ou Mamadou Coulibaly ou encore le collectif des écrivains africains par exemple. Il faut savoir rester digne par rapport à sa stature et c'est la dignité qui conduit à garder la hauteur face à la bassesse. La réaction de Thabo Mbeki était à la dimension de l'Homme qui a succédé à Nelson Mandela. Elle était à la dimension de ce que représente l'Afrique du Sud aujourd'hui pour l'Afrique. C'est-à-dire un germoir de la renaissance africaine. Et je respecte cette réaction pour cela.
Lorsque je me suis étonné face à cette sublimation de la réaction pour la réaction quelqu'un m'a répondu qu'il faut qu'on montre aux occidentaux qu'on ne peut plus se frotter à l'Afrique sans se faire piquer. Et il a pris l'exemple des arabes qui réagissent toujours en masse lorsqu'ils sont attaqués en brûlant les drapeaux des pays occidentaux. Je lui ai dit que je n'avais pas exactement la même conception de la gestion des rapports avec l'autre. Et je lui ai fait comprendre que c'est sûrement à cause de leurs réactions épidermiques que les arabes n'effraient plus personne. Et que George Bush peut se permettre de déstabiliser le monde arabe et même de le coloniser. On sait que c'est un chien qui aboie beaucoup mais qui ne mord pas. Et c'est grave lorsqu'on est perçu comme çà par les autres.
Lorsque vous êtes en conflit avec quelqu'un et que vous lui lancer : "je n'ai pas peur de vous". C'est la peur justement qui vous pousse à tenir de tels propos. Celui qui n'a peur ne dit rien ou dit juste l'essentiel de ce qu'il faut dire. Et c'est par cette attitude qu'il déstabilise son adversaire. Et pour avoir un cas pratique de ce que je développe ci-dessus, il faut visiter les relations entre la Chine et l'Occident, entre les Chinois et les occidentaux.

LA LECON CHINOISE!

Je souhaite que dans la relation qu'elle entretient aujourd'hui avec la Chine, l'Afrique ne fasse pas seulement les affaires. Elle a beaucoup à apprendre l'empire du milieu par rapport à la gestion de ses relations avec l'occident. Jamais peuple n'a été aussi insulté et ridiculisé comme les Chinois l'ont été par les occidentaux. Souvenez-vous des propos de l'académicien français Ernest Renan : "La nature a fait la race d'ouvriers. C'est la race chinoise, d'une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d'honneur". Jusqu'à une date très récente, tout ce qui venait de Chine était traité de chinoiseries et regardé avec un certain dédain. Les Chinois ont encaissé mais se sont courbés pour travailler. Ils ont pris en occident, le savoir faire indéniable et lui ont insufflé le substrat culturel propre à la Chine, ce que M. Qu Xing, intellectuel chinois en poste à Paris décrit en ces termes : "Le modèle économique chinois, c'est le socialisme aux couleurs de la Chine". S'appropriant le rôle que Renan a voulu leur attribuer, la Chine est devenue la plus grande usine du monde. Elle a ainsi réussi à faire de ce que les autres prenaient pour sa faiblesse, sa principale force.
Désormais, l'occident redoute la Chine, bien sûr parce qu'elle est la première puissance à s'être développée en dehors des canons de la civilisation occidentale, en dehors du paradigme établi depuis la civilisation gréco-romaine, mais aussi parce qu'elle ne sait même pas ce que les Chinois pensent de tout le mal qu'elle a dit d'elle. Et quand on ne répond pas à l'agression, on est plus redouté. C'est la dialectique de la poule, du canard et de l'épervier.
Aujourd'hui, beaucoup de Français, compatriotes de Ernest Renan, se sont mis à l'apprentissage de la langue chinoise pour pas que le nouveau monde paré aux couleurs de la Chine les laisse sur le bord du chemin. Pour conquérir le monde comme elle est en train de faire, la Chine n'a pas eu besoin de réagir chaque fois pour corriger l'image que l'occident donnait et continue d'ailleurs de donner d'elle. L'Europe officielle des Etats et l'Europe des institutions peuvent continuer à développer leurs discours méprisants et orchestrer des campagnes médiatiques de dénigrement contre la Chine. Mais l'Europe des affaires et celle du réalisme sait que la Chine est un partenaire qu'il faut respecter et traiter avec des égards

QUELLE JEUNESSE?

Mon inquiétude est d'autant plus grande que les réactions africaines suite au discours de Sarkozy se feront au détriment de l'action nécessaire qui attend chaque africain aujourd'hui et qui heureusement est depuis quelques années sérieusement entreprise par certains milieux panafricanistes. Et si ce discours avait pour but de troubler cette lancée? En tout état de cause, j'ai toujours pensé qu'il faut être capable à chaque fois de tirer le bien du mal. Car, au-delà des poncifs qui émaillent ce discours et qui peuvent choquer et choquent d'ailleurs, le discours du président français recèle un certain nombre de thèmes libérateurs pour l'Afrique. Vous me direz qu'il s'agit juste des édulcorants destinés à faire avaler la pilule. Vous me direz qu'il a volé ces thèmes chers aux Africains pour tenter de se faire accepter d'eux. Mais il l'a dit et c'est le plus important pour moi. Nous devons maintenant profiter de son statut d'icône médiatique pour mieux diffuser ces thèmes. En fait, de quoi a besoin l'Africain et plus principalement la jeunesse africaine aujourd'hui? De l'assurance en lui-même; de la prise de conscience; du goût de l'aventure et même du risque; du goût du travail; du patriotisme; de l'aspiration à la liberté.
Or que constate t-on sur le continent aujourd'hui de la part de cette jeunesse africaine? La corruption, la démission, la collaboration, la trahison… Partout, les jeunes, heureusement pas leur écrasante majorité, par leur action et surtout mues par la corruption, contribuent à maintenir les régimes dictatoriaux en place. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, les jeunes soutiennent et envoient des criminels à col blanc dans les assemblées nationales. Cette même jeunesse est par ailleurs presque décimée par la maladie et la misère généralisée. Je crois qu'il ne serait pas exagéré de dire que la jeunesse africaine est en train de se suicider dans un jeu de sadomasochisme extraordinaire. Si la jeunesse africaine veut se débarrasser des régimes dictatoriaux et même de la Françafrique, qui est parfois démesurément grossi pour les besoins de la cause, aucune arme et aucune répression ne peut les en empêcher. On le voit chaque jour en Côte d'Ivoire où les jeunes patriotes contribuent à démystifier la Françafrique et ses tentacules imaginaires. Mais face à cette mission impérieuse, cette jeunesse a choisi la démission. Et pour s'adresser à sa partie gangrenée, a-t-on vraiment besoin de porter les gangs? On peut en toute légitimité demander à Sarkozy : "De quoi je me mêle". Mais s'employer réellement à laver le linge sale en famille.
Théophile Obenga, aujourd'hui l'intellectuel le plus capé d'Afrique, vient de commettre un ouvrage intitulé : "Appel a la Jeunesse Africaine "Contrat Social Africain pour le 21eme Siècle". Dans ce véritable testament avant la lettre, le compagnon de Cheikh Anta Diop voudrait comprendre le pourquoi du "malheur qui frappe principalement la jeunesse africaine". Bien qu'il situe les causes de ce malheur dans le "mariage désastreux" qui a eu lieu entre l'Afrique et l'occident depuis bientôt 10 siècles, il reconnaît que la jeunesse africaine d'aujourd'hui porte une grande partie de responsabilité. Et lorsqu'on a fait l'analyse sur le problème de l'Afrique jusqu'à un niveau, on ne peut parvenir qu'à une telle conclusion.
Je souhaite donc qu'un débat constructif soit mené autour des propositions faites par le professeur Obenga et que les intellectuels africains y consacrent aussi des tribunes afin de parvenir à la prise de conscience collective nécessaire à la renaissance africaine. Je souhaite aussi qu'on comprenne qu'au-delà du discoures de Sarkozy, c'est des régiments entiers qui sont en train d'être mis en place pour des guerre futures qui seront parfois plus dévastatrices et qui n'auront pas toujours la couleur des autres guerres connues jusqu'ici. C'est aussi le devoir des intellectuels d'attirer l'attention sur cet état de chose. Sinon, dans ce spectacle planétaire, nous serons là à regarder les saltinbanques alors que les vrais artistes et le vrai spectacle sera ailleurs.

AU DELA DU DISCOURS

A Dakar, Nicolas Sarkozy était au front parce qu'au 21e siècle, la guerre ne se fera plus avec les armes conventionnelles que nous connaissons mais avec les mots, avec la rhétorique. Après la guerre froide, le monde est résolument entré dans une phase de guerre tiède qui se réchauffe de temps en temps par endroit, comme actuellement en Irak. Officiellement, elle oppose les Etats-Unis et ses alliés à ce qu'ils appellent les Etats voyous qui font la promotion du terrorisme. Mais en réalité, elle oppose l'occident et son modèle de développement aux autres Etats qui proposent autre chose. Pays émergents contre pays développés. La Chine contre les Etats-Unis. Avec en embuscade, la Russie qui attend compter les coups et si possible se saisir de maître Aliboron.
Le président français était au front africain non pas seulement en tant que président français mais comme leader en devenir d'une Europe pacifiée qui veut reconquérir les positions perdues en Afrique. Le président français a été obligé de se hisser au niveau européen parce que, comme l'affirme le Général François Gonnet, "seule l'Europe à ce jour a la taille critique pour dialoguer avec l'Afrique. C'est donc dans le cadre d'un partenariat Euro-africain, qu'elle doit dynamiser, que la France doit et peut aujourd'hui continuer à jouer un rôle influent en Afrique".
Nicolas Sarkozy est venu à Dakar en dépositaire de la civilisation occidentale. Une civilisation qu'il croit flamboyante, dominante et référentielle. Lorsqu'il dit que l'Afrique n'est pas suffisamment entré dans l'histoire, je pense, peut-être en voulant rester naïf, qu'il veut dire que l'Afrique n'est pas suffisamment entré dans l'histoire de la civilisation occidentale parce que pour lui, c'est le modèle des modèles en dehors duquel point salut. Sinon, comment peut-on être lucide et dire que le berceau de l'humanité, le continent qui a vu naître "Toumaï" n'est pas suffisamment entré dans l'histoire alors qu'il est même à la base de cette histoire!
Nicolas Sarkozy est venu donc vendre le modèle de développement à l'occidentale à la jeunesse africaine afin de la préserver contre les sirènes des autres puissances émergentes. Et il suffit d'être juste un peu vigilent pour observer que, pour ce qui est de la Chine principalement, une campagne médiatique de dénigrement est depuis orchestrée contre l'empire du milieu et son ascension fulgurante.
Mais les choses ne sont pas aussi faciles comme elles le paraissent. Bien que Nicolas Sarkozy ait choisi de faire son discours en Afrique devant un auditoire de jeunes étudiants africains, rien n'indique qu'il s'adressait directement à cette jeunesse. Très souvent en communication, le récepteur n'est pas forcément le destinataire d'un message. En donnant l'impression de parler à la jeunesse africaine, Sarkozy s'adressait en réalité à ses partenaires européens dans la perspective du leadership au sein du vieux continent mais surtout s'adressait-il aux nouveaux prétendants sur le continent pour leur montrer ses muscles et tenter de les dissuader. Au sens du discours de Sarkozy, l'Afrique était plus un enjeu stratégique, une cible commerciale et marketing, qu'un partenaire.
Pour qu'elle vous accepte comme partenaire, il faut inquiéter l'occident au triple plan économique, culturel et militaire. Il faut s'élever au niveau de la Chine par exemple. Et ce respect, la Chine l'a conquis non pas dans les discours ou dans les réactions mais dans l'action. Or, jusqu'ici, l'Afrique n'a l'avantage dans aucun de ces domaines et ne peut par conséquent pas inquiéter l'occident.
Pour inquiéter l'Europe, il faut lui montrer qu'on peut se passer d'elle. Il faut lui montrer qu'on peut explorer d'autres voies que celles qu'elle nous propose et nous a toujours proposé. Il faut sur le plan agricole par exemple abandonner les cultures de rente dont on ne maîtrise pas la fixation des prix. Il faut produire ce qu'on peut consommer. Il faut cultiver le goût de l'aventure et du risque afin de s'approprier le monde. Il faut aspirer à la liberté pour se débarrasser des régimes dictatoriaux et ses tentacules françafricaines.
Toutefois, l'Afrique garde par rapport à l'Europe une force d'attraction considérable en raison de son statut de réservoir de matière première et même de la biodiversité. Si l'Afrique est une charogne c'est que l'occident est le charognard. L'Afrique peut donc, à juste titre et se fondant sur cet avantage qui tarde à être reconnu, revendiquer de ses partenaires qu'ils préservent leur dignité. Mais nous sommes dans un monde cynique où, ceux qui pensent le commander, le G8 en l'occurrence, le pauvre n'a aucune dignité. Et si d'aventure il pense qu'il en a une, ce ne serait qu'une maladie qu'il faudrait rapidement soigner. Or, malgré ses richesses, l'Afrique est toujours considéré comme un continent pauvre du point de vue des échanges économiques.
L'Afrique doit donc prendre conscience des atouts qui sont les siens pour ne plus raser les murs dans un monde où elle est en fait l'alpha et l'oméga.

Par Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
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vendredi 17 août 2007

C'EST QUOI LE CO-DEVELOPPEMENT?






Il y a des concepts qui émergent souvent du débat sur le développement et finissent par emballer l'opinion, embrouiller les experts ou enfler la polémique sans pour autant amorcer un début de résolution du problème posé. Juste de quoi tromper les naïfs et continuer dans la même lancée comme si de rien n'était. Le système des Nations Unies est ainsi passé maître dans l'art d'inventer ces mots génériques.


Il en est ainsi des concepts tels sous-développement, développement durable, gouvernance, société de l'information. Dans la pratique, ce sont des expressions d'apparence généreuses mais qui servent plutôt, comme des commissions dans des systèmes bureaucratiques, à enterrer une problématique.
En France aujourd'hui, c'est le concept de co-développement qui fait courir autant les institutionnels que certaines organisations non gouvernementales. A l'origine, cette expression n'était pas du tout connotée. Elle pouvait même se permettre dans sa définition une certaine dimension généreuse. Il s'agissait pour ses géniteurs d'améliorer les termes de l'échange en achetant les produits des pays en développement à leur juste prix afin de permettre à ces pays d'enclencher leur développement grâce aux revenus substantiels générés par cette équité dans les échanges. A ce titre, l'expression était plus proche du commerce équitable par exemple.
En clair, il s'agit de promouvoir une certaine justice dans les échanges internationaux qui permettra à terme aux Etats du monde de se développer ensemble. Ce qui pour les puristes des questions du développement, avait déjà quelque chose de chimérique. Parce que, soutiennent-ils, le système international est une jungle dans laquelle les plus forts se nourrissent et se sont toujours nourris des plus faibles.
Dans un premier temps, l'expression co-développement est récupérée par la droite et même l'extrême droite française qui lui donne une première explication et lui fixe des objectifs. Il s'agit dans leur tête certes d'aider les pays en développement à se développer mais dans le but de retenir chez eux les vagues d'immigrés potentiels et de parvenir à un accord avec les migrants candidats au retour volontaire dans leur pays en leur attribuant une sorte de prime de retour. C'est dans ce cadre qu'a été mis sur pied en France le Groupe d'appui à la micro entreprise (Game), ainsi que le programme migrations et initiatives économiques (Pmie). D'un autre coté, les migrants qui disposent d'un réseau de relations en France devaient faire reposer sur ce réseau des projets de développement en direction de leurs pays d'origine.
Comme l'explique David Matis dans un article, "le GAME a été mis en place pour rédiger le guide "Se réinstaller et entreprendre au pays". Aujourd’hui, il réunit dix opérateurs spécialisés dans l’appui aux initiatives économiques des migrants. Le GAME est animé par le Programme Migrations et Initiatives Economiques (PMIE), auprès duquel chaque organisme soutient les dossiers de retour des migrants pour un financement. Cet appui est destiné aux personnes souhaitant rentrer au Mali, au Sénégal ou en Mauritanie et faisant appel au Programme de Développement Local Migration (PDLM). Les sommes accordées vont de 4000 euros pour le Sénégal et la Mauritanie, jusqu’à 7000 euros pour le Mali. Outre la subvention, un suivi de gestion est assuré pendant la première année d’installation par un opérateur local. Le PMIE offre une bourse d’étude de faisabilité qui va de 1300 euros (Sénégal et Mauritanie) à 1500 pour le Mali. Pour les autres pays, d’autres organismes partenaires du PMIE pourront aider les personnes à préparer leur projet en France et à trouver des contacts dans le pays d’accueil. Créé en 1996, le PMIE est soutenu par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité et par le ministère des Affaires étrangères. Il a permis à 600 migrants de se réinstaller et de créer leur entreprise. Et c’est l’OMI (Office des Migrations Internationales) devenu l'ANAEM (Agence Nationale pour l'Accueil des Etrangers et des Migrations) qui verse la subvention".
Dans un second temps, les penseurs du co-développement à la française ont jeté leur dévolu sur les transferts des migrants. Il s'agit des flux financiers des migrants en direction de leurs pays d'origine. Pour les organisateurs du séminaire "Midi de la micro finance Transferts des Migrants " c'est une vraie aubaine. Ils révèlent par exemple que "pour de nombreux pays africains, les transferts de fonds des émigrés sont devenus un enjeu socioéconomique déterminant. L’importance des flux financiers migrants se reflète à plusieurs niveaux et vise en priorité :
· à pallier aux faiblesses des ressources de la famille restée au pays, notamment pour faire face aux dépenses de consommation courante (75% du volume total des transferts),
· à contribuer indirectement au financement des infrastructures et aménagements de base sur le territoire d’origine (notamment garantir un accès à l’eau potable, à l’électricité)".
D'autres démarches sont faites auprès des agences de transfert des fonds pour obtenir des taux préférentiels au bénéfice des migrants. En 2003, le ministère français de l'intérieur par la voie de Nicolas Sarkozy en visite au Sénégal, envisagea d'ailleurs la création d'un organisme de transfert de fonds en direction du Sénégal avec pour objectif, d'exercer une certaine concurrence sur le leader du secteur l'américain Western Union dont les taux de commission étaient jugés prohibitifs. Mais les migrants y trouvaient plutôt une "proposition superflue" car disaient-ils, le réseau comprend déjà suffisamment d'établissement de transfert qu'il faut juste soutenir.

A MALIN, MALIN ET DEMI

Beaucoup d'espoirs étaient attachés à ces démarches qui étaient menées par les autorités françaises au plus haut niveau. Mais très vite, elles se rendront compte de leur inefficacité par rapport à l'objectif qui les tenait à cœur, à savoir, la décrue de l'immigration. Elles se sont rendues compte que beaucoup de bénéficiaires de l'aide au retour étaient revenu s'installer en France après un bref séjour dans leur pays d'origine.
De leur coté, échaudées par le rapprochement entre les concepts de co-développement et les concepts de l'immigration et même de l'identité nationale, les ONG panafricaines ont commencé à prendre leurs distance par rapport au co-développement et tous les bienfaits qui lui étaient attachés. Mieux, elles ont trouvé une nouvelle définition au concept. Selon elles, le co-développement signifie l'apport des migrants au développement de la France. Cet apport s'évaluant en terme de travail accompli et d'impôts divers payés en France. Un responsable d'ONG résume ainsi la question : "Il est prouvé aujourd'hui qu'un migrant renvoie l'équivalent d'un tiers de son revenu mensuel dans son pays d'origine. Le reste des deux tiers sont dépensés en France pour la consommation courante et le paiement des impôts. Qu'on me dise alors qui finance qui dans ce cas", s'interroge t-il.
Dans un retour de bâton magistral, beaucoup de responsables d'ONG africaines pensent d'ailleurs que, contrairement à l'idée répandue, c'est plutôt la France qui serait redevable à l'Afrique et aux migrants. Le terme co-développement perdra définitivement sa crédibilité aux yeux de certains africains lorsqu'il viendra comme édulcorant dans un cocktail proposé par le candidat Nicolas Sarkozy et comprenant déjà les termes immigration et identité nationale.
Aujourd'hui, le co-développement continue de mijoter dans la grande marmite qu'est le tout nouveau ministère de l'immigration de l'identité nationale et du co-développement. Autour du feu de Brice, attendent plusieurs partenaires dont curieusement certaines ONG qui étaient pourtant aux premières lignes des manifestations contre le ministère qu'a finalement hérité Brice Hortefeux. Tous, ils sont curieux de savoir ce qui en sortira. Certainement, de façon très parcimonieuse, on distribuera quelques aides pour quelques projets boiteux en Afrique en attendant que des personnes aux idées toujours originales trouvent d'autres concepts et qu'on remette le film à la fin du générique.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"

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samedi 9 juin 2007

G8 : PEUT-ON ENFIN LAISSER L'AFRIQUE TRANQUILLE?




C'est l'histoire d'une imposture qui se marrie à la naïveté pour donner naissance à une supercherie à grande échelle. Si on n'y prend garde, les dirigeants du G8 réussiraont à tromper tout le peuple, tout le temps.




J’avais personnellement espéré que, pris en flagrant délit de mensonge par rapport à ses promesses à l’Afrique, les dirigeants du G8 éviteraient d’évoquer le continent dans leur communiqué du présent sommet à Heligendamm en Allemagne. C’était compter sans le cynisme et le sans gêne qui caractérise le comportement de ces dirigeants qui se prennent pour les plus puissants du monde.
C’est donc reparti dans les grands médias avec des gros titres ronflants comme il y a deux ans à l’issue du sommet de glenneagles en Angleterre, connu pour être celui des promesses fallacieuses. Aujourd’hui, le G8 a remis çà et les médias complices se sont chargés de relayer : « 60 milliards de dollars pour l’Afrique ». Il est dit que le G8 débloque 60 milliards de dollars pour combattre le Sida, la malaria et la tuberculose en Afrique. Dans cette somme, les Etats-Unis apporte la moitié.
Au-delà de la volonté morbide de renforcer un cliché qui consiste à présenter l’Afrique comme le continent de la maladie, la déclaration des membres du G8 n’a rien d’innovant. Cette promesse avait déjà été faite à Glenneagles et il était question d’un accès universel aux soins pour tous les malades du Sida. Ces derniers continuent d’attendre et au lieu de la gratuité, ce sont plutôt les groupes pharmaceutiques occidentaux qui portent plainte contre les pays qui, comme l’Afrique du Sud, ont osé fabriquer les génériques question de soulager les malades. Toujours dans ce registre de promesses les dirigeants du G8 s’étaient engagés en 2005 à « doubler leur aide à 50 milliards de dollars par an d’ici à 2010, dont 25 milliards à l’Afrique ». Beaucoup ne veulent plus en entendre parler parce que c’est après cette promesse que les aides ont commencé à dégringoler.
Aujourd’hui, même les fervents défenseurs du G8 hier comme le chanteur Bono sont fatigués par les mensonges du G8 : « Je suis fatigué. Je crois qu’ils ont délibérément adopté le langage de l’ambiguïté. C’est délibérément trompeur », avoue t-il. L’autre cynisme doublé d’ailleurs d’escroquerie morale qui se dégage de la promesse des 60 milliards, c’est que plus de 60% de ce montant représente des remises de dette et d’autres mécanismes compensatoires et l’argent frais ne dépasseraient pas les 3 milliards de dollars.
Il faut dire que le mur du mensonge du G8 commence à se fissurer et d’ailleurs de l’intérieur. En effet, les dirigeants moins cyniques tels le canadien, le japonais et l’Italien, n’ont pas souhaité d’objectifs chiffrés sur l’aide à l’Afrique. Très futés, ils comprennent qu’il serait plus facile de détecter leurs mensonges si les objectifs sont chiffrés. Ils préfèrent donc qu’on les noie dans un communiqué vague avec au bout du compte le même résultat : la supercherie.
J’avais espéré que les dirigeants du G8 laisseront l’Afrique tranquille à cause de leur agenda particulièrement surchargé : le Kosovo, les tensions Russo-américaines, le réchauffement climatique.
Sur le Kosovo, les géants se sont neutralisés. La Russie ne souhaitant pas que l’indépendance du Kosovo donne des idées au Tchétchènes par exemple.
Sur les tensions Russo-américaines, la Russie qui ressent déjà ses couilles et dont Angela Merkel dit « qu’elle fait peur », a réussi à imposer ses vues aux Etats-Unis en l’invitant à venir louer les services de ses stations radars basées en Azerbaïdjan.
Sur le réchauffement climatique enfin, les dirigeants du G8 ont littéralement déçu ceux qui attendaient encore quelque chose d’eux. Ils sont parvenu finalement à un compromis non contraignant de la réduction de 50% d’émission des gaz à effet de serre.
Je ne comprendrais jamais comment une organisation aux résultats aussi minables réussi quand même à attirer certains dirigeants africains qui, depuis quelques années viennent offrir leur caution pour ces mensonges en direction de l’Afrique. A Heligendamm, Abdelaziz Bouteflika de l’Algérie, John Kuifor du Ghana, Yara Duar du Nigeria, Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud et Abdoulaye Wade du Sénégal sont venus « boire » les nouvelles promesses des dirigeants du G8 sans exiger de faire l’état de réalisation de celles passées. Ils cautionnent le fait qu’on présente l’Afrique comme le continent de la maladie et de la mort. Que ramènent ces chefs d’Etats à leurs peuples qui souffrent si ce n’est les photos pris avec George Bush et autres Poutine.

ET SI ON ENVISAGEAIT LE PROCHAIN SOMMET SUR LA LUNE
Le sommet de Heligendamm a surtout montré la volonté des manifestants venus de par le monde de faire sauter les barrières et perturber le sommeil des puissants. Malgré l’isolement de la station choisie par Angela Merkel pour accueillir ses hôtes, les manifestants ont défié les forces de l’ordre. Que ce soit dans la forêt, dans la prairie, en haute mer on a aperçu des manifestants déterminés et bien organiser donner du fil à retordre aux forces de l’ordre. Ce qui montre bien que, comme je l’ai toujours dit, on ne peut pas se cacher pour être heureux. Et si les dirigeants du G8 ne veulent pas comprendre cette vérité pourtant simple, c’est prochainement des millions de manifestants qui déferleront dans leur prochain lieu de réunion. Et je crains qu’avec le temps, il n’existe plus de lieu sécurisé sur terre pour les accueillir. Alors, pourquoi ne pas penser qu’ils finiront par aller dans une station spatiale ou tout simplement sur la lune ou encore sur Mars pour tenir leur réunion en toute quiétude. Alors, il faudra pour cela, lancer plusieurs navettes : celle des dirigeants du G8, celle de leurs journalistes, relayeurs de leurs promesses fallacieuses et une dernières pour les présidents africains qui ont choisi de participer à cette danse macabre pour leur peuple.

Etienne de Tayo

mercredi 6 juin 2007

VOICI POURQUOI LA GAUCHE DOIT FAIRE SA MUE



Le troisième échec consécutif du parti socialiste, parti leader de la gauche française est un signe qui ne trompe pas. L’élite politique de gauche n’a pas perçu et n’a donc pas tenu compte des profondes mutations qui se sont opérées au sein de la société française ces vingt dernières années. Et ce n’est d’ailleurs pas une spécificité française puisque le même recul des gauches est perçu dans d’autres pays. La montée du capitalisme parfois brutal, le recul de l’Etat à la faveur de l’intégration du libéralisme économique ont contribué à affamer les peuples et les ont réduit à l’exaltation de l’utilitaire et à plus de pragmatisme. Le socialisme partout est en peine alors que paradoxalement les organisations de lutte contre la mondialisation par exemple, d’obédiences gauchistes, recrutent mais sont de plus en plus apolitique. Il reste que les idées de gauche restent vivaces au sein de la société mais fondent comme neige au soleil au contact de la réalité politique que sont les élections par exemple.
Les forces de gauche ont fini par se couper de la réalité simple qui est que les dirigeants d’un pays démocratique doivent se faire élire au cours d’un scrutin. Et pour y participer, il faut s’inscrire sur les listes électorales et avoir une carte de vote. C’est à la limite banal mais devient capital lorsqu’il faut conquérir le pouvoir par des voies démocratiques. Les masses populaires, majoritairement de gauche, continuent à croire qu’elles peuvent faire tomber un régime ou porter leur candidat au pouvoir en comptant sur les manifestations de rue, certes efficaces uniquement aux mains des syndicats, pour imposer des orientations à un gouvernement mais totalement inefficace pour prendre le pouvoir. C’est pourquoi, malgré les manifestations parfois monstres contre George Bush et sa guerre d’Irak, ce dernier s’est fait élire en 2004. On a l’impression que les peuples ont des conduites auto flagellatoires et, à la limite, masochistes qui consistent à se donner des dirigeants décrier par ailleurs dans les manifestations. Ces peuples sont aussi marqués par un dualisme qui fait qu’on peut admirer Hugo Chavez et voter quand même pour George Bush.
La réalité c’est que, lorsqu’on regarde la structure du corps des intellectuels en France aujourd’hui, on constate qu’elle a subi de profondes mutations. Le groupe formé de philosophes, sociologue, écrivains de renom, artistes s’est progressivement effrité avec le temps. C’est ce groupe qui entretenait l’idéalisme politique et donnait sa force à la gauche. On est bien loin des attaques en règle de Jean Paul Sartre qui n’hésitait pas à dire : « Tout anti-communiste est un chien ». Cette phrase à elle seule suffisait pour tenir en respect certains intellectuels qui pouvaient se laisser tenter par le réalisme politique. Le groupe animé jadis par Sartre et les autres a été tout simplement remplacé par des technocrates dotés d’un pragmatisme à tout rompre.
Contrairement à ceux qui couraient après un monde idéal qu’ils veulent inventer en recommandant la destruction du monde réel, les seconds s’accommodent du monde réel et s’affairent à y apporter des réformes par petites touches. Et si parfois ils parlent de rupture, c’est tout simplement pour couper l’herbe sous les pieds des intellectuels de gauche et des anarchistes. Les deux visions du monde évoquées ici se résument bien dans cette phrase célèbre de Bernard Shaw, rendue encore plus célèbre par son emploi dans le film à succès « I comme Icare » : « Il y a ceux qui regardent les choses telles qu’elles sont et se demandent pourquoi. Il y a ceux qui imaginent les choses telles qu’elles pourraient être et se disent pourquoi pas ».
Mais ce qui est intéressant à observer en France, c’est qu’il n’y a pas seulement l’élite qui est désormais attaché à la réalité. Le petit peuple s’y est mis et trouve de plus en plus ringards les discours sur un monde idéal qu’il faut construire. Il se pose des questions plus utilitaires : Combien je gagne d’argent ? Quel est mon pouvoir d’achat ? Que faire pour me loger ou pour accéder à la propriété immobilière ? Dans les réponses qu’il tente d’apporter à ces questions, une autre innovation s’observe dans le comportement des citoyens. Jadis et face à ces questions, la gauche conviait les militants à la table de l’Etat providence, seul selon elle, capable d’apporter des solutions concrètes. Aujourd’hui, beaucoup de personnes veulent tourner le dos à cette forme d’assistanat, qui ont-elles compris heurte leur dignité et écorne leur fierté. Et c’est les bases même du modèle français qui risque ainsi être sapées. Ce regain de fierté et de dignité constaté chez les masses populaires montre bien pourquoi le message dit de rupture de Nicolas Sarkozy qui demandait de « travailler plus pour gagner plus » a eu un succès considérable même dans les rangs des masses ouvrières jadis acquises à la gauche plurielle. C’est également cette mutation dans la perception de la vie que Nicolas Sarkozy pouvait piétiner les valeurs de mai 68 et se faire élire président de la République française. Même si après, il devait s’attacher les services d’un mai soixante huitards pour amortir le choc.
Au cours de la campagne pour la présidentielle, Ségolène Royal a bien perçu cette mutation dans le peuple français. C’est pourquoi elle a tenté de se démarquer du discours du parti socialiste en recommandant notamment de tourner le dos à l’assistanat.
Une autre menace qui guette les gauches, c’est l’indiscipline qui est certes la manifestation de la démocratie mais qui ne cesse de les fragiliser. Contrairement à la gauche où les combats des chefs empêchent très souvent l’émergence d’une personnalité consensuelle, la droite présente un modèle proche de celui des bandes. Lorsque le chef est choisi, tout le monde lui fait allégeance au risque de se voir broyer. Les combats peuvent se dérouler au niveau des lieutenants et ne doivent à aucun cas atteindre le chef. La dernière élection présidentielle française peut servir de cas d’école pour l’observation de cette démarcation entre la gauche et la droite.
Lorsqu’ j’étais aux Etats-Unis en novembre dernier, je me suis retrouvé au Texas (Austin) dans une famille bien américaine. Je venais d’assister à Washington au triomphe des démocrates au Sénat et à la chambre des représentants. Nous évoquions l’élection présidentielle américaine de 2008 et nous laissions aller dans un optimisme béat quant à ce qui est de la victoire des démocrates. Alors une dame nous a arrêté net : « Be carreful ! Les démocrates ont un péché mignon qui est le désordre, l’indiscipline. Pendant qu’ils seront en train de tergiverser ou de se taper dessus, les républicains vont se relever et peut-être l’emporter. Tout est possible », avait-elle dit. A l’époque, on parlait à peine de Barack Obama qui aujourd’hui lui discute sérieusement le leadership à Hilary Clinton. La récente courte victoire de George Bush, sur les démocrates sans veto, dans le financement de la guerre en Irak contribue t-elle à valider l’hypothèse de la dame du Texas ?

Par Etienne de Tayo
Coordonnateur du réseau « Afrique Intègre »

lundi 4 juin 2007

LES ETATS-UNIS EN AFRIQUE : "J'AI CHANGE"!

Si les Etats-Unis étaient une personne physique, ils diraient devant un parterre d’Africains : « J’ai changé », un peu comme Nicolas Sarkozy le dirait aux militants de son parti. Tant l’approche du pays de George Bush dans sa coopération avec l’Afrique a connu de profondes mutations.
Le 08 novembre 2006, le président George Bush a nommé Mme Cindy Courville, représentante des Etats-Unis auprès de l’union africaine. Et pour mesurer l’importance stratégique croissante que revêt désormais l’Afrique dans la politique étrangère américaine, il est intéressant de savoir que Mme Courville a été « la principale conseillère du président George Bush en matière d’affaires africaines au sein du conseil national de sécurité ».
Cette nomination, doublée d’un renforcement significatif de la présence militaire américaine en Afrique montre bien que les Etats-Unis ne veulent plus rester en marge du festin africain. Elle marque aussi un changement radical dans la politique africaine des Etats-Unis.
Pendant longtemps, les Etats-Unis fonctionnaient en Afrique selon cette vieille règle édictée par George Washington : « Notre grande règle de conduite envers les nations étrangères est d’étendre les relations commerciales afin de n’avoir avec elles qu’aussi peu de liens politique qu’il est possible ». Cette philosophie, connue sous le nom de l’isolationnisme connaîtra ses heures de gloire sous le président James Monroe. Cette philosophie tenait à marquer sa spécificité par rapport à ce qui se passait en Europe et qu’on n’hésitait pas outre atlantique de n’y voir rien moins qu’une pure barbarie : « Le mode d’impérialisme américain diffère du mode européen. Il est fondé sur l’exportation des valeurs aussi bien marchandes que culturelles et ne provoqua pas la perte de souveraineté des pays. Sa mission est de civiliser le monde et de le rendre à son image ».
Toutes ces contraintes avaient fait que la politique américaine en Afrique soit par moment teinté d’une prudence incompréhensible. Tout se passait comme s’il leur fallait obtenir l’autorisation des pays colonialistes pour réellement s’impliquer. En novembre dernier, j’avais eu l’occasion de poser la question à un responsable du département d’Etat, si les Etats-Unis avaient besoin de la permission de la France par exemple pour prendre pied fermement dans un pays francophone. Il a eu cette réponse un peu irritée : « Nous n’avons aucune permission à obtenir de la France. Lorsque nous jugeons l’intervention nécessaire, nous y allons. Nos services ont toujours eu la peine à travailler avec les services français parce qu’ils sont trop cachottiers, trop mystérieux là où les problèmes peuvent être traités ouvertement. Nous avons du mal à fonctionner dans cet environnement de tout secret là ».
Mais ce qu’il faut savoir, c’est que, jusque là, les interventions américaines en Afrique étaient tout sauf une entreprise empreinte de cohérence et de suivi. Cette démarche était marquée par une insuffisance grave : l’incapacité à gagner la paix après avoir gagné la guerre. Lorsque ses intérêts le lui dictaient, les Etats-Unis renversaient un régime mais était incapable de conduire le pays sur la voie de la réconciliation par exemple.
Dans les années 60 et 70 les interventions américaines en Afrique étaient essentiellement guidées par les préoccupations d’ordre géostratégiques liées à la guerre froide. Il fallait à chaque fois soutenir l’adversaire de l’union soviétique, qu’il soit le régime en place ou l’opposition armée. Mais ces interventions dégageaient déjà une forte odeur de fuel. C’étaie en Angola où ils soutenaient le rebelle Jonas Savimbi contre le régime communiste d’Agostino Neto et de José Edouardo Dos Santos. C’était en Afrique du Sud où ils soutenaient le régime d’apartheid contre l’African National Congress (ANC) jugée trop à gauche. C’était au Zaïre où ils participèrent du reste de manière passive à l’élimination de Patrice Lumumba, jugé radical communiste pour le remplacer par Joseph Désiré Mobutu. C’était au Soudan où ils soutenaient déjà John Garang contre les régimes de Khartoum soupçonnés d’islamisme. C’était enfin dans la corne de l’Afrique où il fallait sécuriser la voie de passage du pétrole du golfe persique.
Mais jusque là, les Etats-Unis avaient une approche par trop pragmatique de leur politique étrangère. C’était la real politik à l’état pur. En effet, lorsque les intérêts ayant présidés à l’intervention n’étaient plus en jeu, ils pliaient tout simplement bagages et n’hésitaient pas à sacrifier les personnes qu’ils avaient soutenu contre les régimes en place ou celles qu’ils avaient réussi à placer au pouvoir. C’est ainsi qu’avec la fin de la guerre à l’aube des années 90 et alors qu’ils ne voyaient plus d’intérêt à soutenir des rébellions contre des régimes qui ne constituaient plus une menace communiste, la plupart des protégés des Etats-Unis ont été tout simplement liquidés. C’est le cas de Jonas Savimbi en Angola abattu dans son fief de Ouambo, c’est aussi le cas de John Garand tué dans son Sud Soudan. Par ailleurs, les régimes soutenus par les Etats-Unis pour contrer le communisme avaient été eux aussi lâché. C’est pourquoi le régime d’apartheid d’Afrique du Sud est tombé comme un fruit mûr et que, ironie du sort, Joseph Désiré Mobutu, placé au pouvoir au début des années 60 en récompense de son rôle joué dans l’assassinat de Patrice Lumumba, a été chassé du pouvoir par une colonne venue du Rwanda, présenté comme le nouveau point d’appuie des Etats-Unis en Afrique centrale : « Les Etats-Unis savent développer des stratégies guerrières pour chasser des régimes qu’ils jugent non démocratiques. Et ils peuvent le faire parfois en toute bonne foi. Mais ne leur demandez pas de mettre en place une stratégie pour gérer la paix. Là, ils sont carrément inaptes », rapporte un expert. Selon lui d’ailleurs, c’est cette démarche un peu cavalière en Afghanistan qui aurait retourné Oussama Ben Laden pour en faire le terroriste anti-américain qu’on connaît aujourd’hui. Il n’aurait pas apprécié le désengagement américain de l’Afghanistan après la chute du communisme.
Aujourd’hui, avec son implication directe par la nomination d’une représentante auprès de l’union africaine, les Etats-Unis changent certainement de cap et on veut croire que rien ne sera plus comme avant en Afrique.

Par Etienne de Tayo

samedi 2 juin 2007

DESTIN : LE G8 VA-T-IL IMPLOSER?


Les ultranationalistes et néo-libéraux aux commandes des Etats-Unis devraient revenir sur terre et vivre une réalité qui n’est plus du tout le fruit de leur volonté. Eux qui, au sommet de leur puissance déclaraient ceci à tous ceux qui les accusaient de vivre en dehors de la réalité : «Vous êtes une communauté basée sur la réalité. Nous sommes un empire maintenant. Et en tant que empire, c’est nous qui créerons la réalité ».

A une semaine du sommet de G8 de Heiligendamm (Allemagne), les relations entre les deux membres majeurs du G8 que sont les Etats-Unis et la Russie sont de plus en plus électriques. L’échange pas toujours catholique a d’abord eu lieu lors du sommet des ministres des affaires étrangères de Postdam où la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice et le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov ont étalé leurs divergences sur plus d’un sujet. Et puis, prenant la posture d’un chef du kremlin du temps de l’union soviétique, le président Vladimir Poutine a dénoncé ce qu’il qualifie de « diktat et d’impérialisme » des Etats-Unis qu’il ne nomme pas mais dont l’évidence crève les yeux : « Le monde a changé et il y a des tentatives de le rendre unipolaire. Certains acteurs des affaires internationales ont voulu dicter leur volonté à tout le monde », a déclaré le chef du Kremlin. Une telle sortie de Poutine nous replonge certainement en pleine guerre froide et montre bien que la Russie, qui vient de faire « un essai de missile intercontinental à têtes multiples » en réponse au projet américain de bouclier anti-missile en Europe de l’Est, semble avoir repris ses forces.
Du coté de la Maison Blanche, on préfère temporiser le jeu et jouer l’apaisement : « Nous avons certes des différends, mais ils ne sont rien d’autre que des problèmes pouvant être réglés par le dialogue continu que nous avons face à face », souligne le porte parole de la Maison Blanche Gordon Johndroe. Mais pareille esquive diplomatique ne trompe personne quand on sait que depuis au moins une vingtaine d’années, notamment avec la disparition de l’union soviétique, les Etats-Unis avait enfilé l’uniforme du gendarme du monde.
Avec toutes ces tensions en perspective il coule de source que le G8 n’est plus un long fleuve tranquille. Il est même en passe de devenir une marre à canard où les combats les plus féroces risquent se dérouler. Je pense que ceux qui avaient décidé l’admission de la Russie au sein du G8, croyant l’avoir complètement apprivoiser et comptant le convertir à l’économie de marché et au libéralisme, doivent bien s’en mordre les doigts.
Au sommet de Heiligendamm, les membres du G8 doivent se déchirer sur au moins 4 sujets sensibles. Deux opposent les Etats-Unis à la Russie. Il s’agit :
- Le projet du bouclier américain anti-missile en Europe de l’Est : Les Russes considère ce projet comme un affront sans précédent et d’ailleurs la phase la plus achevée de l’impérialisme américain. Ils ne s’y opposent pas seulement mais ils montrent qu’ils sont capables de donner du change nucléaire.
- Le statut final du Kosovo : Les occidentaux prévoient une « indépendance supervisée » et les Etats-Unis pressent au niveau du conseil de sécurité pour qu’une résolution soit adoptée dans ce sens. Un projet auquel les Russes s’opposent avec violence. Et l’on peut comprendre que la Russie ne souhaite pas voir demain une même approche adoptée par les occidentaux pour ce qui est du statut de la Tchétchénie par exemple.
D’autres divergences s’observent cette fois entre les autres membres du G8 et les Etats-Unis :
- Le réchauffement climatique : Les Etats-Unis qui n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto, préfèrent renvoyer les discussions sur le réchauffement climatique à fin 2008. Ce que les autres membres du G8 considèrent comme une sorte de fuite en avant.
- Les fonds d’investissement : récemment, les ministres des Finances du G8, réunis à Berlin, se sont inquiétés face à la montée en puissance de ces fonds et surtout d’une sorte d’opacité qui entoure leur gestion. Ils ont donc souhaité y mettre plus de lumière. Mais opposition farouche des Etats-Unis et de son allié naturel la Grande Bretagne.
Plusieurs autres divergences, de taille plus ou moins importante traversent le G8 et un gros risque d’implosion pèse sur le prochain sommet de Heiligendamm. Maintenant que les paillettes d’un semblant de cohésion sont tombées pour dévoiler le panier à crabes qu’est en réalité le G8, nous pouvons nous permettre un certain nombre de questions : le G8 a-t-il pu s’adapter à l’évolution du monde ou s’est-il laisser doubler par elle ? Que vaut le G8 aujourd’hui sans le Chine, l’Inde et tous les autres pays émergents ? Ces questions et bien d’autres serraient les vraies causes du malaise qui secoue actuellement le club des pays dits les plus riches du monde et dont les divergences observées ces derniers temps ne seraient que des manifestations. Ce qui veut dire qu’à force de luire ses muscles pour faire peur à la communauté internationale et tenter de diligenter le monde, le G8 avait négligé la gangrène qui le rongeait de l’intérieur. Maintenant que le complot des promesses fallacieuses en direction de l’Afrique a été dénoncé, que les divergences au sein du G8 sont remontées en surface, on espère que les membres du G8, revenus sur terre pourraient enfin se regarder dans un miroir, pour se refaire ou pour se défaire.

Par Etienne de Tayo
Les Sites consultés :
http://www.lemende.fr/
http://www.lalibre.be/
http://www.angolapress.angop.ao/
http://www.lematin.ch/
fr.news.yahoo.com

mardi 29 mai 2007

L'AFRIQUE, LA MAITRISE DE L'ESPACE ET LA CONVOITISE DES "GRANDS"



La Chine a placé récemment en orbite un satellite de télécommunications pour le compte du Nigeria à partir du centre spatial de Xinchang dans la province de Sichuan. Ce satellite NigcomSat-1 est d’ordre hybride géostationnaire. Il fournira les services de télécommunications, de radiodiffusion, de télédiffusion et de services multimédia à haut débit. Cette réalisation découle d’un contrat de 311 millions de dollars gagné par la Chine en 2004 devant 21 concurrents. Beaucoup d’observateurs y voient déjà la montée en puissance de l’influence de la Chine en terre africaine. Mais on peut aussi y voir la montée d’un cran de la tension entre la Chine et les autres pays occidentaux dans le contrôle de l’Afrique. Cette tension est symbolisée ces derniers jours par la volonté des Etats-Unis de voir la communauté internationale par le biais de l’ONU, renforcer les sanctions contre le gouvernement de Khartoum, accusé d’entretenir un génocide au Darfour. Il est un fait que derrière le gouvernement d’Omar Hassan Al Bachir, c’est la Chine qui est visée et c’est finalement un round du combat entre l’empire du milieu et l’occident qui se joue. C’est ainsi que le représentant chinois pour le Darfour Liu Guijin a tenu à manifester son hostilité à cette volonté des Etats-Unis d’élargir les sanctions. Il pense que cela contribuera plutôt à compliquer un peu plus la situation. Alors, le Darfour serait-il un champ de bataille pour des intérêts qui ne sont pas toujours africains ? Un adage africain dit que « lorsque les éléphants se battent, c’est l’herbe et les arbustes qui souffrent », alors, comment l’Afrique s’y prendra pour ne pas payer les frais de la guerre des autres ?Au moment les ministres des Finances du G8 ne sont pas passées par quatre chemins pour fustiger l’attitude de la Chine par rapport au ré endettement de l’Afrique, le projet du satellite nigérian n’est-il pas une sorte de défi ?
Mais revenons à la présence de plus en plus affirmée de l’Afrique dans l’espace pour dire que le Nigeria est le troisième pays africain à être présent dans l’espace après l’Afrique du Sud et l’Algérie. Lorsqu’on a longtemps baigné dans le discours afro pessimiste, on a de la peine à accepter cette maîtrise par certains pays africains d’une technologie de pointe comme la maîtrise de l’espace. Et pourtant, un pays comme l’Afrique du Sud a pris une avance considérable et aurait même des leçons à donner à certains Etats du Nord. Mais des questions subsistent : Au moment où elle est parfois confronté aux difficultés quotidiennes de la maîtrise de son environnement le plus proche, au moment où dans certaines parties de l’Afrique on n’arrive toujours pas à se nourrir correctement, s’embarquer dans la conquête de l’espace ne relèverait-il pas d’un luxe ? Existe-t-il chez les dirigeants africains une réelle volonté politique de favoriser la maîtrise des sciences et technologies ?
Pour répondre à toutes ces questions, nous avons rencontré Madame He Hongyan, conseillère politique à l’Ambassade de Chine à Paris. Avec nous elle fait le tour de la question.
Nous avons rencontré aussi Justin Ahanhanza responsable du projet de télédétection satellitale, coordonnateur du projet Goos-Africa à l’Unesco. Il organise à l’Unesco du 30 mai au 1er juin un séminaire portant sur « le rôle critique des applications du satellite dans la promotion du développement durable en Afrique ». Il compte à l’issue de ce séminaire, produire un document qui servira de base de travail à l’union africaine dans le cadre de la promotion des sciences et de la technologie.

Par Etienne de Tayo


ENTRETIEN AVEC MADAME HE HONGYAN, CONSEILLERE POLITIQUE DE L’AMBASSADE DE CHINE A PARIS.


Alors qu'elle officiait encore au ministère chinois des affaires étrangères, Mme He Hongyan s'occupait au département Afrique. C'est à ce titre qu'elle a parcouru un certain nombre de pays africains. C'est aussi pourquoi elle se sent désormais un peu proche de tout ce qui touche à l'Afrique. La Chine a mis en orbite pour le compte du Nigeria un satellite de télecommunications. Elle accepte donc d'n parler avec nous et de dégager les enjeux ps toujours visible d'une telle réalisation.



Question : La Chine vient de lancer un satellite pour le compte du Nigeria. Ce marché a été gagné devant une vingtaine de concurrents. Au moment où l’influence de la Chine est de plus en plus redoutée sur le continent africain par les pays occidentaux notamment, quelle signification donnez-vous à cette réalisation ?

Madame He Hongyan : Ce lancement a été réalisé selon un contrat commercial signé en 2004 entre la Chine et le Nigeria pour la mise en orbite d’un satellite de communication. Cette réalisation reflète les principes fondamentaux de la Chine d’une utilisation pacifique de l’espace afin d’œuvrer pour le bonheur de l’humanité. Il devient un fruit tout nouveau de la coopération sino-africaine en général et sino-nigériane en particulier. Il ouvre un domaine sans précédent de coopération réciproque qui est le domaine de navigation spatiale et porte ainsi les relations sino-nigérianes à un niveau plus élevé. Ce satellite pourrait créer au Nigeria dans le domaine des télécommunications plus de 150 milles emplois et il devrait signifier de grands changements pour les services de télécommunications de radiodiffusion, de l’Internet au Nigeria contribuant ainsi au développement social et économique du Nigeria et de l’Afrique.

Question : Certaines personnes préfèrent voir en cette réalisation plutôt une sorte d’attrait qu’exerce sur la Chine le pétrole Nigérian. Vous savez que l’Afrique est souvent accusée de ne s’intéresser à l’Afrique que pour ses matières premières. Que répondez-vous ?

M. H. H. : La coopération de l’énergie sino-africaine se passe toujours sur le principe des intérêts réciproques et du développement commun. Elle respecte les règles internationales et commerciales. Elle s’avère légitime, transparente et loyale. Les relations sino-africaines datent de plus de cinquante ans. Elles sont caractérisées par une coopération tous azimuts et fructueuse. La coopération de l’énergie ne fait qu’une infime partie de cette coopération globale. L’exportation du pétrole africain vers la Chine reste beaucoup moins importante que celle vers les Etats-Unis et les pays européens par exemple. En 2006, l’importation chinoise du pétrole africain ne représentait que 8,7% de l’ensemble de l’exportation du pétrole africain tandis que la part de l’Europe représente 36% et celle des Etats-Unis 33%. Si c’est à cause du pétrole que la Chine développe sa coopération avec l’Afrique, comme vous dites, elle n’aurait pas commencé le développement de cette coopération il y a 50 ans.

Question : Le satellite lancé pour le Nigeria est la toute première expérience de la Chine pour un pays étranger. Ce qui veut dire que sa défectuosité pourrait mettre à mal la crédibilité de la Chine en tant que fournisseur de cette technologie. Etes-vous conscient des enjeux ? Si oui, que faites-vous pour les préserver ?

M. H. H. : C’est une question un peu technique mais selon mes connaissances, ce satellite a été conçu et fabriqué par la société de science et de technologie de la navigation spatiale de la Chine. Cette société utilise une plateforme de satellite de télécommunications et de radiodiffusion de troisième génération. Il est doté d’une capacité de charge très importante de longue durée en service. C'est-à-dire que ses performances globales atteignent un niveau avancé sur le plan international.

Question : Récemment, les ministres des Finances du G8 réunis en Allemagne ont tenu à dénoncer la propension de la Chine à continuer à accorder des prêts aux pays Africains. Le marché du satellite justement se solde par un endettement du nigeria. Est-ce un défi que la Chine lance aux Etats membres du G8 ?

M. H. H. : L’aide de la Chine pour l’Afrique n’a jamais de conditionnalités préalables. Elle évalue tout d’abord les besoins réels des pays africains avec en priorité la résolution du problème du développement et augmenter une capacité d’un développement autonome des pays africains. Cette stratégie est bien et largement accueillie en Afrique. La Chine connaît les besoins réels des pays africains et elle répond toujours activement par divers moyens, selon ses possibilités. En même temps, tout en référant aux critères internationaux, la Chine augmente de plus en plus la partie des dons dans ses aides envers l’Afrique. En ce moment, les concours en direction de l’Afrique sont composés en grande partie d’aides gratuites et de prêts sans intérêts surtout utilisés dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, des infrastructures et de l’humanitaire.

Question : Le centre de lancement de satellite de Xichiang a reçu une trentaine de commande juste après la réalisation du contrat avec le Nigeria. Tout ceci a coïncidé avec la tenue à Shanghai d’une réunion de la Banque Africaine de Développement. Doit-on voir une corrélation entre ces événements ?

M. H. H. : A mon avis personnel je crois que c’est une pure coïncidence. Quant à cette trentaine de nouvelles commandes dont vous parlez, je ne suis pas au courant et je suis désolé de ne pouvoir vous répondre.

Question : En novembre c’est la quasi-totalité des chefs d’Etats africains qui étaient reçus en Chine. Aujourd’hui, c’est la Banque Africaine de développement qui se réuni en Chine. Peut-on dès dire que la Chine a pris une avance considérable sur ses concurrents en Afrique ?

M. H. H. : La Chine et l’Afrique ont des relations d’amitié et de coopération depuis plus d’un demi siècle. Cette coopération constitue un exemple pour la coopération sud-sud entre les pays en voie de développement. En novembre dernier le sommet du forum sur la coopération sino-africaine s’est tenu à Beijing et a vu la participation de 48 représentants des pays africains dont 35 chefs d’Etats et 6 chefs de gouvernement. Le forum a défini le partenariat stratégique sino-africain et le projet de coopération pour les trois ans a venir. Je crois que ce sommet s’est déroulé dans un esprit pragmatique et couronné d’un plein succès. La Chine étant membre de la Banque africaine de développement, participe toujours activement aux efforts employés par la Banque pour la promotion du développement économique. Il est donc tout à fait naturel que la Chine se charge d’organise une réunion annuelle de la Banque. La Chine va continuer à conjuguer les efforts avec la communauté internationale pour contribuer davantage à la cause de la paix et du développement de l’Afrique.

Question : Dans les années 60 et avant les indépendances des pays africains, la Chine dans ses relations avec les Etats africains était beaucoup plus portée à soutenir les mouvements de résistance qui se battaient soit contre le colon ou contre les pouvoirs établis. Aujourd’hui la Chine préfère financer les pouvoirs en place parfois sans considération de la gouvernance ? Comment expliquez-vous cette mutation là ?

M. H. H. : Dans les années 60, pour la Chine et pour les pays africains nous avions les même tâches d’obtenir l’indépendance de ces pays. Et après cette indépendance des pays africains et de la Chine, je crois que la tâche principale a changé. Aujourd’hui, nous avons la tâche du développement économique. C’est pourquoi, la coopération, tout en consolidant nos relations sur le plan politique, nous mettons plus de force pour développer nos relations économiques toujours dans cet objectif de la promotion du développement commun.

Par : Etienne de Tayo