dimanche 28 juin 2009

LA PHILOSOPHIE DU VENTRE


Un certain nombre d’Africains vivant sur le continent et que je rencontre lors de leur passage à Paris me parlent très souvent de "philosophie" pour désigner l’attitude qu’il faut avoir face aux attitudes et aux agissements des régimes politiques opérant sur le continent : « mon frère, face à ce qu’on voit et entend, si tu n’es pas philosophe, tu vas mourir un jour qui n’est pas le tien », soupire un adepte.

Dans son dernier ouvrage intitulé «Nihilisme et Négritude», paru récemment aux Presses universitires de France, Célestin Monga, qui a un immense talent à capter et à analyser les tranches de vie, évoque le cas d’un de ses amis chez qui il s'était précipité pour lui marquer son indignation après la "fessée nationale souveraine" subie par certains opposant camerounais en 1991. Son ami lui avait alors prescrit, en ces termes, la posture de philosophe qu’il faut adopter face aux événements quotidiens : « le secret d'une longue vie dans ce pays, c'est d'accepter et de comprendre que tout est illusion et de ne surtout pas tenter d'intellectualiser les petits mystères de la vie quotidienne (…) Si tu commences à te soumettre au moralisme des grandes vertus, tu cours le risque de devenir lucide, ce qui est le début de la folie" (Monga, 2009 : 208).
Le mot philosophie est utilisé ici complètement à contre sens. Il ne renvoie ni à la discipline académique connue, ni à un certain comportement propre aux philosophes. Un philosophe, tel que l’ont défini les pères fondateurs de la philosophie est forcément un intellectuel. Et un intellectuel tel que le définit Jean Paul Satre est "celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. C'est celui qui use de sa notoriété pour critiquer la société et les pouvoirs établis au nom d'une conception globale de l'homme". Un philosophe doit constamment prendre position et même contester quoi que cela lui coûte. Etre philosophe ici, ce n’est plus simplement faire partie de la discipline académique connue sous le nom de philosophie ou occuper une chaire de philosophie dans quelque université, mais c’est agir constamment, par son action et par son comportement, en faveur du changement, c'est-à-dire à bousculer l'establishment.
Pour le cas du Cameroun, il faut être philosophe comme Sindjoun Pokam, comme Fabien Eboussi Boulaga, comme Abel Eyinga, comme Charles Ateba Eyene, comme Shanda Tonme, comme Pius Njawe, comme Mboua Massock, comme l’ont été, Jean Marc Ela, Jean Mfoulou, Tchuidjang Pouémi et Mongo Beti par exemple. Il faut être capable de troubler le sommeil de l’establishment pour lui faire entendre la voix des sans voix. Le philosophe tel que nous l’appréhendons ici doit prendre sur lui d’être l’éclaireur de la société. Il doit le faire parce qu’il a eu le privilège de sortir de la caverne pour accéder à la lumière. Ayant ainsi accédé à la lumière, il a accédé à la connaissance. Et ayant accédé à la connaissance, il doit la partager notamment en redescendant dans la caverne pour apporter un peu de lumière à ceux qui sont encore dans les ténèbres.
Le philosophe Friedrich Nietzsche disait en parlant de ce partage de connaissances et même d’un certain devoir de partage que : « celui qui ne sait pas et se tait est un ignorant. Celui qui sait et se tait est un criminel ». Or beaucoup de ceux qui professent la philosophie face à la prévarication appartiennent à la classe de ceux qui savent parfaitement ce qui se passe. Donc si l’on s’en tient à la logique de Nietzsche, on dirait que ce sont des criminels. Mais qu’en est-il de la philosophie qu’ils professent ?
L’utilisation du mot philosophie dans ce contexte est impropre. Il s’agit pour ceux qui l’utilisent d’une usurpation de titre. La manœuvre est actionnée pour justifier le silence, la démission, la complicité et pour garantir les retombées de ce silence. Ce sont des philosophes du ventre. Il s’agit en réalité d’une prise de conscience de classe déguisée. Ils prennent conscience de ce qu’ils appartiennent à la classe des privilégiés, à la classe de ceux qui ont tout à perdre dans un quelconque bouleversement. La philosophie qu’ils proposent vise tout simplement à calmer les ardeurs de ceux dont la lutte pourrait faire bouger les lignes de la configuration sociale et leur faire perdre des privilèges acquis. Il s’agit donc d’une philosophie de la résistance au changement.
On connaissait déjà la politique du ventre détectée par la presse camerounaise et porté sur le terrain épistémologique par le politologue Jean François Bayart dans son ouvrage intitulé : "L'Etat en Afrique : la politique du ventre". C’est une politique dans laquelle, le soin à apporter au tube digestif et l'accumulation systématique des fortunes parfois insolentes sont l’alpha et l’omega. La politique du ventre éloigne ses pratiquants de toute conviction, si oui, la conviction selon laquelle, il n’y a que le ventre qui compte. La politique du ventre vide la politique de son contenu réel qui est la recherche du bien commun et la recentre sur l'exaltation de la réussite personnelle y compris en se servant dans les poches de l'Etat. C’est une politique dans laquelle on est prêt à accepter toutes les compromissions, pourvu que le ventre soit constamment plein et la peau parfaitement tendue. Il faut relever que dans cet environnement, l’embonpoint, caractérisé par ce qu’on a appelé le « ventre administratif » et le « cou plié » est une marque à la fois de séduction, d’autorité et de respect. Au Cameroun par exemple, être qualifié de « cou plié » est extrêmement flatteur.
L’attitude des philosophes du ventre s’apparente plutôt à ce que j’ai qualifié par ailleurs de « cynisme protecteur ». Un état d’esprit que je recommande à tous les peuples en combat afin qu’ils protègent leur santé et ne s’étranglent pas face aux injustices et à l’oppression. Donc il s’agit d’une préservation de la santé en vue des combats futurs qui pourront être plus déterminants. Le cynisme des philosophes du ventre est aussi protecteur, sauf qu’ils n’envisagent aucun combat futur car selon eux tout combat est voué d’avance à l’échec. S’ils protègent quelque chose, c’est plutôt leurs privilèges et bien entendu… leur ventre.

Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

MENAIBUC INTERNATIONAL KAMIT MEETING


Les Editions Menaibuc organisent pour la 6ème année consécutive le Colloque International Kamit Menaibuc 2009 qui se déroulera :
les 10, 11 et 12 juillet 2009 à Paris
Nous sollicitons par ce présent mail votre bienveillance afin de relayer sur votre site cette information et éventuellement sponsoriser cet évènement qui réunis une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :
Le thème retenu cette année est le suivant :
Relancer l’économie Kamite :
Analyses et Opportunités
3 jours de débat, d’histoire, d’analyse et de découvertes
pour envisager des solutions économiques pratiques face à la crise
Diverses initiatives économiques menées dans le cadre syndical, associatif et surtout en matière de création d’entreprises (TPE/PME) vous seront présentées par leurs responsables respectifs (homme/femme) car face aux répercussions multiples de la crise financière et économique actuelle, le Monde Panafricain se doit d’agir de façon responsable et collective pour son épanouissement culturel, social et économique (formation professionnelle, créations d’emplois, création d’activités économiques et soutien solidaire à ces activités).
Kamita (l’Afrique) est toujours un continent riche, en raison de son histoire, de ses peuples et de leurs cultures, de sa faune, de sa flore, de ses matières premières, etc….
Diverses nations y ont puisé à différents moments de l’histoire humaine, des richesses variées (sciences, technologie, littérature, spiritualité, êtres humains, faune, flore, matières premières…) pour pourvoir à leur développement.
Aujourd’hui, les fils et filles de Kamita doivent se débarrasser de leur aliénation culturelle, de leur manque d’esprit d’équipe et de leurs complexes hérités de la période coloniale, pour se hisser au sommet de leur sphère économique (micro et macroéconomie). La crise ne sera pas pour le Monde Kamit (Panafricain) une fatalité, s’il parvient à faire preuve de lucidité.
Désirer le big bang économique Kamit pour libérer le Génie Africain et mettre en marche la Renaissance Africaine…
Ces 3 jours de débat et d’échanges, sous la houlette du professeur Moléfi Kete Asante (Université de Temple, USA), nous permettrons aussi de valoriser le patrimoine culturel et économique Kamit à travers les âges, de l’antiquité à nos jours, à travers divers panels (histoire, culture, spiritualité….).
Une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :
Leonard Jeffries (Etats-Unis) Yves Ekoué Amaïzo (Autriche) Mubabinge Bilolo (Allemagne) Kalamba Nsapo(Belgique) Jean-Jacques Seymour (France) Doumbi-Fakoly (France) Senfo Tonkam (Allemagne) René Louis Etilé (France) Jean Paul Mopo(France) Modeste Nji Mfenjou (France) JP Omotunde (France) Nicolas Agbohou (France) Ama Mazama (Etats-Unis) Diakité Bouakary Sidiki (France) Molefi Kete Asante (Etats-Unis) Kenya Suwedi (Canada) Michel Kouam (Cameroun) Jean-Paul Kamdem (France) Jean Emmanuel Fumbi (France) Kheperankh-street (France) François Ndengwe (France)
...vous feront partager les résultats de leurs travaux de recherche et célébreront avec vous, le Génie Africain…
Ne ratez pas ce 6ème Colloque International Kamit 2009 et réservez dès aujourd’hui vos places…
Merci pour votre soutien, pour votre prise de conscience, pour votre détermination et pour votre décision de ne plus rester passif ou passive face à la réalité !
Vie, Santé, Force aux fils et filles de Kamita !
Nous restons naturellement à votre disposition pour tout complément d'information et vous remercions par avance de l'intérêt que vous porterez à cet éminent évènement qui œuvre pour la renaissance du continent africain.


Iman ABANE

Pôle Communication

MIKM MENAIBUC BP 109 75862 Paris Cedex 18
+33 6 61 53 28 60



www.menaibuc.comwww.africamaat.com

Vie, santé et force!

mardi 2 juin 2009

LES POLITIQUES ET LE SCANDALE


Faire de la politique, officiellement, c'est poser un certains nombre d'actions de représentation susceptibles d'offrir une visibilité institutionnelle. C'est, comme le définit Bernard Lamizet, parvenir à une sorte "d'articulation entre la représentation et l'action dont sont porteurs les acteurs de la sociabilité". Mais c'est aussi des passes douloureuses où l'acteur politique doit constamment composer avec sa conscience pour poser un certain nombre d'actes plus ou moins répréhensibles, plus ou moins délictueux, au vu des normes sociales requises.
Ainsi, faire la politique, c'est parfois accepter de remplir son placard de "cadavres", c'est accepter de trahir une amitié de 30 ans, c'est parfois exécuter des cruautés que Machiavel trouve nécessaire dans toute phase inaugurale de l'usurpation politique, c'est parfois tremper les mains dans le sang jusqu'aux coudes comme le disait Jean Paul Sartre, c'est côtoyer le scandale en permanence, c'est parfois se faire rattraper par lui, c'est finalement vivre avec le scandale et s'en accommoder. Le scandale n'est donc pas une donnée extérieure à la politique, il est consubstantiel à la pratique politique. On peut dès lors dire que faire de la politique, c'est poser constamment un certain nombre d'actes plus ou moins scandaleux.
Le scandale est un acte qui transgresse parfois de façon violente la morale humaine. Ce sont des actes qui sont susceptibles d'être retenus dans le tamis du contrôle social. Mais tout se passe comme si la société leur connaît des circonstances atténuantes et leur accorde un niveau incompressible de scandales à tous ceux qui se présentent sous la figure du politique. Ainsi, la société pardonnerait facilement à un homme politique, des actes qu'elle condamnerait avec véhémence si ils étaient posés par un religieux par exemple.
Ces actes scandaleux tournent souvent autour du sexe, de l'argent et du pouvoir qui, sont, en fait, les trois fleurs du mal pour lesquelles on va en politique. Très souvent, l'argent et le pouvoir vont ensemble. Ceci en raison de la collusion de plus en plus marquée entre politique et business. En parcourant quelques grands scandales dans l'histoire récente de la politique, on classe Bill Clinton et l'affaire Monica Lewinsky ou encore Paul Wolfowitz et l'affaire Shaha Riza dans la catégorie de sexe. On classe Giscard D'Estaing et l'affaire des diamants de Bokassa ou encore Charles Pasqua, Jean Charles Marchiani, Roland Dumas et l'affaire Elf dans la catégorie argent. On classe enfin Richard Nixon et le Watergate, Jacques Chirac et l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris ou encore Jean et Xavière Tibéri et l'affaire des faux électeurs de Paris, dans la catégorie du pouvoir.
Mais un homme ou une femme politique peut aussi bien être victime d'une cabale, c'est-à-dire que ses adversaires peuvent monter des histoires de toutes pièces et parfaitement vraisemblables dans le but de lui nuire. Ce qui rentre parfaitement dans le jeu politique. Et le ridicule est plutôt du coté de l'homme politique qui ose s'en plaindre. Ici, la politique, qui est d'abord un jeu mais un jeu parfois dangereux, peut être comparé à une sorte de combat de boxe pratiqué dans une pièce hermétiquement fermée et où règne l'obscurité totale. Le jeu consiste à donner des coups et à en recevoir. Il lui faudra alors, à l'homme politique, trouver le moyen de s'en sortir sans trop de casse. Et c'est d'ailleurs de cette capacité à surmonter les épreuves que pose la révélation d'un scandale que se mesure la grandeur d'un homme politique. Autrement dit, le charisme d'un homme politique se mesure, non pas à sa capacité à éviter ou à contourner les difficultés mais bien de son aptitude à les affronter et à les surmonter. Comme à la forge, c'est en accumulant des expériences plus ou moins malheureuses que l'homme politique acquiert sa stature.
En général, lorsqu'il est rattrapé par un scandale ou tout simplement victime d'une cabale, le politique se bat souvent tel un rat pris dans un piège. L'objectif de ce combat étant moins de soulager sa conscience – en politique on ne s'en préoccupe pas particulièrement – mais de rassurer son électorat et son entourage proche par rapport à son innocence. Bien entendu, dans sa défense, tout lui est permis même le mensonge. Le tout c'est de montrer un peu de bonne foi et un peu de cohérence. L'exercice se passe souvent dans les médias où le mis en cause affronte les journalistes et ceux qu'ils croit voir derrière eux et qu'il repère comme étant des commanditaires. Le jeu se réduit souvent à une sorte de tribunalisation de l'opinion publique. Chacun voulant se voir innocenter auprès d'elle en raison de son influence dans le jeu politique. La défense du politique incriminé se passe aussi à l'Assemblée nationale si le mis en cause est membre du gouvernement ou député. Cette épreuve tourne souvent au pugilat lorsque le problème évoqué soulève trop de passions.
Le dernier scandale en date en France est celui de l'icône médiatique et de l'humanitaire Bernard Kouchner que son ami Pierre Péan a décidé d'étaler dans l'affaire de collusion des intérêts au sujet de certaines sommes d'argent versées au ministre des affaires étrangères en rémunération des consultations qu'il a faites auprès de certains pays africains. Un scandale qui a été révélé sous la forme d'un livre intitulé : "Le Monde selon K.". Cet ouvrage de plus de 300 pages ressemble, selon certains témoignages, à un règlement de comptes entre deux personnes qui ne se connaissent que trop bien. Certains observateurs y voient un conflit né de la gestion de l'après génocide du Rwanda.
Depuis, on a l'impression que l'affaire qui a quand même fait sortir de ses gongs, le très médiatique french doctor, et qui pour certains était de nature à précipiter sa chute, a fait Pschitt soit à cause du charisme propre du mis en cause qui a réussi à convaincre l'opinion de son innocence, soit aussi parce que la société française s'accommode déjà de ce genre d'affaire et ne lui trouve que difficilement un caractère scandaleux. Nous avons vu plus haut qu'un peuple reconnaissait au politique une dose incompressible de scandale. Tout compte fait, on sort rarement d'un scandale sans séquelles. Sauf dans de rares cas où le mis en cause réussi à démontrer qu'il s'agit plutôt d'une cabale. Ce qui permet très souvent à l'homme politique de gagner l'estime de l'opinion ou à tout le moins de garder sa confiance.
Au Cameroun, le scandale le plus récent est ce qu'on a appelé, l'affaire Biyiti bi Essam et l'argent de la visite du Pape Benoît XVI. Les fonds débloqués pour cette visite se seraient retrouvés dans un compte bancaire au nom de celui qui est ministre de la communication. En droit camerounais, cela s'appelle, tentative de détournement de deniers publics. Convaincu des faits, Jean Pierre Biyiti bi Essam préfère, dans l'organisation de sa défense, convoquer un certain environnement particulier ayant entouré la gestion de ces fonds pour enfin solliciter le bénéfice des circonstances atténuantes. Il évoque notamment l'insécurité ambiante au Cameroun pour justifier sa décision de mettre l'argent en sécurité même en violant une des règles élémentaire de la gestion de la fortune publique. Apparemment, la défense du ministre de la communication, qui a été entendu à la police judiciaire, souffre de l'évidence des faits qu'il ne nie pas. Il peine à convaincre, même dans son entourage proche. Du pain béni pour la presse qui se jette sur lui et le soumet à un lynchage en règle. Acculé, le ministre aurait adressé une lettre de demande de grâce présidentielle alors qu'il n'est même pas condamné, à moins qu'il ne confonde la condamnation médiatique et publique à la condamnation judiciaire.
Mais ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est de voir comment le ministre Biyiti bi Essam a déployé sa stratégie de défense en direction de l'opinion. Il a notamment essayé de récupérer un autre scandale pour tenter d'étouffer le sien. Et cet autre scandale, c'est ce que le correspondant du journal Le Messager à New-York, Ngoa Balla a qualifié de "mauvaises fréquentations de Chantal Biya" en rendant compte d'une rencontre entre la sulfureuse Paris Hilton et la première dame du Cameroun. Mme Chantal Biya prenait part à New-York, pour le compte de son association "Synergies africaines" à une rencontre internationale. Le ton de l'article de Ngoa Balla a provoqué une réaction en chaîne du coté du pouvoir dont celle du ministre Biyiti bi Essam qui a même été plus rapide que le cabinet civil. A la fois professeur de journalisme et de sémantique en direction du journal le Messager et son correspondant et avocat défenseur en direction de la première dame, le ministre Biyiti bi Essam a commis un article dans le journal gouvernemental Cameroun Tribune. Mais l'opinion ne s'est pas laissée prendre à ce jeu. Elle a décrypté très vite dans la manœuvre du Ministre Biyiti bi Essam, une tentative de rechercher la protection auprès du couple présidentiel. Il faut trouver autre chose.
En dehors de quelques cas où les mis en cause ont été emporté par les scandales tels ces "moutons" livrés au sacrifice par le journal "Canard Enchaîné" en France - les cas du ministre Hervé Gueymard ou encore de Jean Paul Bolufer, directeur de cabinet de Christine Boutin, ministre du logement, sont édifiant à ce titre - l'homme politique se défend souvent plutôt bien. Surtout lorsqu'il reste dans l'arène politique où donner des coups et en recevoir relève de la stricte normalité. Mais là où il est souvent le plus mal à l'aise et où il craque souvent, c'est lorsqu'il revient en famille et doit affronter les regards interrogateurs ou non de sa femme et des enfants, lesquels sont évidemment exposés autant que lui à la campagne médiatique qui tourne parfois au lynchage. Dans le cadre d'une cabale, ses détracteurs n'hésitent souvent pas à utiliser les appels téléphoniques pour déstabiliser les membres de sa famille.
Revenu à la maison, l'homme politique se voit souvent obligé d'anticiper sur la réaction de sa femme en posant la question de confiance : "pourquoi tu me regarde comme çà? J'espère que tu ne vas quand même pas croire que c'est vrai cette monstrueuse histoire?". Et même si cette dernière lui répond avec une pointe de sincérité qu'elle n'y croit pas, lui-même ne la croit pas. Parfois il fait des cauchemars dans la nuit et on l'entend dire à sa femme : "je te jure que ce n'est pas vrai. C'est de la pure calomnie". L'homme politique est d'autant plus gêné que c'est souvent vrai. Avec les enfants, c'est plus délicat. Il sait qu'ils suivent aussi la télévision et même les commentaires à l'école. Mais comment leur dire que ce n'est pas vrai? Et surtout si c'est vrai. Parfois il pense que la solution consiste à réunir toute la famille pour une sorte de plaide non coupable global dans une sorte de conférence familiale souveraine. Là encore on se demande si on ne va pas donner trop d'importances à un événement et réveiller par le fait même la curiosité des enfants qui autrement n'y auraient accordé qu'une importance mineure.
Il arrive que l'homme politique ou la femme politique se retrouve emballé dans les mêmes sales draps que son conjoint, soit parce que celui-ci ou celle-ci veut lui apporter son soutien indéfectible – c'est par exemple le cas de Hilary Clinton qui, dans l'affaire Monika Lewinsky, a souffert le martyr jusqu'au bout en soutenant son Bill de mari - soit parce qu'ils ont vraiment fait le coup ensemble. Et c'est le cas de l'ancien Maire de Paris Jean Tiberi et son épouse Xavière. Le couple vient d'écoper des peines de prison avec sursis et d'être frappé au d'inéligibilité, reconnus qu'il est, de fraude électorale à Paris. Etant tous deux dans le coup, on pense que, le politicien Tiberi serait moins gêné. Mais lorsque à table par exemple les deux doivent se regarder, il s'instaure une sorte de métadialogue muet et qui peut se présenter ainsi :
- Dans quelle merde m'as-tu entraîné comme çà Jean?
- Tu n'avais qu'à jouer ton rôle de femme. C'est-à-dire une conseillère avisée capable de dissuader son conjoint lorsqu'il s'engage dans une voie politiquement impure.
- Parce que tu crois que nous sommes mariés pour le meilleur et pour le pur?
Comme on le voit, les épreuves les plus difficiles pour un homme politique ne sont pas toujours là où on le croit.

Etienne de Tayo
Promotion "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

dimanche 31 mai 2009

QUESTIONS INDECENTES

Une question indécente est celle qui est susceptible de plonger un interlocuteur dans l'embarras de la réponse. Et ceci, pour de multiples raisons : le caractère tabou du sujet évoqué; la nature de l'environnement dans lequel le sujet est évoqué; un certain nombre de faits précédents qui peuvent prêter à connotation… C'est justement pour préserver la décence que le Français dit qu'on "ne parle de la corde dans la maison d'un pendu". C'est tout simplement indécent.
Mais il faut aussi remarquer que l'indécence n'est nullement une donnée immuable. Une question donnée pour anodine dans un environnement précis peut devenir très indécente dans un autre. Ainsi en est-il de cette manœuvre qui consiste au cours des réunions amicales, familiales ou communautaires à demander aux participants de se présenter en déclinant le métier qu'ils exercent. C'est vrai que c'est déjà un exercice pas toujours facile pour la simple et bonne raison qu'en général, dans des pays où l'orientation scolaire et plus tard professionnel n'est pas la chose la mieux partagée, au moins une personne sur deux n'exerce pas forcément le métier de ses rêves et n'est donc pas à l'aise pour en parler. Les uns et les autres s'envient parfois mutuellement et certains pensent même qu'ils ont tout simplement raté leur vie. Dès lors, leur demander de parler de leur métier, c'est un peu comme si on demandait à quelqu'un de lire sa propre oraison funèbre.
Cette question prend une tournure parfois dramatique dans les milieux des immigrés africains en France et certainement dans d'autres pays du monde qui les accueillent. Ici, un pourcentage très élevé de gens ne sont pas toujours fiers du métier qu'ils exercent pour gagner leur vie. On pourrait même dire qu'ils en ont constamment honte. Et on peut les comprendre. Ce n'est pas toujours gai de se représenter en train de faire un métier de vigile ou d'éboueur après avoir soutenu une thèse de doctorat. En général, lorsque deux immigrés se rencontrent, ils peuvent tout se dire mais évitent soigneusement la question de savoir ce que l'autre fait comme travail. On préfère souvent s'arrêter à une rengaine tout ce qu'il y a d'ennuyeux : "çà fait très longtemps". Et l'autre de répondre : "çà fait vraiment très longtemps". Tout çà, pour ne pas évoquer la question de ce que l'autre devient. Et lorsque, par inadvertance ou par ignorance des règles du milieu, on s'y hasarde, cela produit souvent des étincelles.
C'est ce qui s'est produit au cours d'une réunion communautaire à Paris. Un des responsables de la réunion a eu l'outrecuidance de demander aux participants de se présenter et dire ce qu'ils exercent comme métier. A priori, son intention, comme il l'expliquera plus tard, n'était nullement malveillante. Il ne s'agissait pas du tout d'un voyeurisme professionnel comme l'ont interprété plusieurs personnes. Dans une optique d'entraide qui est souvent le but poursuivi par ces associations, il voulait, a-t-il précisé, que les gens se passent, si possible, des informations utiles sur leurs métiers et sur l'environnement du travail en France. Ainsi, a-t-il soutenu, ceux qui sont les mieux placés peuvent aider les autres dans la recherche du travail ou dans la promotion dans leur travail.
Mais plusieurs personnes dans l'assemblée n'ont pas compris la démarche de cette façon là et l'ont très mal prise. Sans passer par quatre chemins, ils ont accusé l'énonciateur de la proposition de voyeurisme professionnel. Surtout que la personne qui a fait la proposition était ce qu'on peut qualifier de mauvaise personne. Pas mauvaise personne au sens où on l'entend régulièrement, mais en raison des connotations qui peuvent être faites à la suite de son énonciation, compte tenu de son statut. Médecin de son état, beaucoup de personnes ont vu dans sa démarche une mauvaise curiosité, une façon pour lui de rassembler suffisamment d'informations sur leurs vies pour mieux les regarder en surplomb et créer une sorte d'apartheid au sein de la réunion.
Alors, l'un des participants, sans doute le plus courageux, mais le plus remonté aussi a pris la parole : "mon frère, est-ce que c'est vraiment important le fait de savoir ce que nous faisons ici comme travail. Nous sommes en famille. Je crois que le plus important c'est de savoir que chacun cotise régulièrement sa tontine et qu'il est assuré de telle sorte que, s'il meurt, son corps ne cale pas en France. Quant à savoir d'où vient l'argent qu'il paie ici, je crois que ce n'est pas le plus important. Si quelqu'un vend ses prunes à château rouge et qu'il a la volonté de venir cotiser, pourquoi vouloir l'amener à dire que c'est l'argent des prunes qu'il nous donne? L'argent n'a pas de couleur, ni d'odeur". Aussitôt, son intervention est appuyé par d'autres allant dans le même sens et même un peu plus polémistes : "il est médecin et peut dire ce qu'il fait avec aisance. Il croit que c'est aussi facile pour tout le monde. Je crois que si on vient ici pour que ceux qui ont réussi se moquent des autres, qu'on nous le dise hein. Si c'est comme çà, je crois que ce serait mieux alors qu'on se réunisse selon le travail qu'on exerce. Comme çà, les laveurs de cadavres vont se retrouver entre eux. Les médecins et autres ingénieurs vont se retrouver entre eux".
Et puis la polémique a continué dans une sorte de métacomunication, c'est-à-dire un jeu qui consiste à broder des communications secondaires autour d'une communication principale et ceci dans un ballet de sous entendu. Il aura fallu l'intervention déridée d'un aîné pour mettre fin aux empoignades : "Dis donc, il ne veut quand même pas que quelqu'un lui dise que pendant la première partie de la journée, il vide les poubelles de 2 immeubles et que pendant la seconde, il accompagne deux chiens se dégourdir les jambes et faire pipi!", s'est-il exclamé. Cela a eu pour effet de détendre un peu l'atmosphère. Mais on était passé à coté d'un drame à cause d'une proposition indécente.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

vendredi 22 mai 2009

RENOV'AFRICA : QUAND AFRIKA FIRST PENSE L'AFRIQUE DE DEMAIN


Le 10 mai dernier, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées au restaurant dit Chalet des îles Daumesnil. C'était à l'invitation de l'Association "Afrikafirst" qui y offrait un déjeuner.

Ce repas convivial n'était qu'une escale dans la pléthore d'activités devant marquer la deuxième fête musicale Renov'Africa, laquelle fête musicale devait paver d'action d'éclat, le chemin menant à l'événement majeur qu'est le festival Renov Africa prévu en 2010.
Présidé par l'Ambassadeur de la République unie de Tanzanie, Hassan Omar Gumbo Kibelloh, qu'accompagnaient plusieurs représentants de chefs de missions diplomatiques représentés à Paris, ce déjeuner était animé les SKY SINGERS. A coté des repas qui n'ont finalement été qu'un prétexte à la rencontre, les invités ont bénéficié d'un concert de Gospel très improvisé mais particulièrement entraînant. De même, les invités ont eu droit à une exposition vente d'objets d'art comprenant les photographies de Nora H. ainsi que les sculptures de Pierre Mitsieno et Inoussa Daouda.
Prenant la parole en ouverture du repas, Mme Solange Nguéa Mandengué, présidente de Afrikafirst, a tenu à présenter les activités de son association et surtout à lever un pan de voile sur le projet majeur qu'est le festival Renov'Africa devant se tenir en 2010 et dont toutes les activités engagées à ce jour par l'association pavent le chemin y conduisant.
Le projet Renov'Africa est l'un de ces projets citoyens qui accompagneront à coup sûr la renaissance africaine. Parce qu'il émane de la société civile, il a l'avantage de porter la marque de ceux qui sont le plus concernés par les problèmes notamment environnementaux que soulève avec une expertise certaine l'Association Afrika first. Une expertise parce que Mme Nguéa Mandengué qui porte ce projet au travers de l'Association Afrikafirst, est d'abord une architecte de formation qui a pensé la rénovation des villes africaines à l'heure où dans certains pays du continent, des mégalopoles sont en train de se mettre en place en générant de bidonvilles géants.
Au niveau de Afrika First, on pense que, "parce que la problématique des bidonvilles doit devenir une cause mondiale; parce que aujourd'hui le fait urbain en Afrique est trop important pour être ignoré; parce que face aux enjeux mondiaux de l'environnement; parce que les actions entreprises aujourd'hui pour la préservation de la planète sont importantes pour le mieux vivre ensemble demain, il faut trouver des solutions durables et adaptées aux problématiques urbaines". Pour ses ambitions, Afrika First bénéficie à ce jour de l'enthousiasme et du dynamisme de ses membres. L'association est ainsi représentée par 70 membres et sympathisants d'origines diverses (africaines, européennes et caribéennes) ayant des compétences professionnelles en ingénierie, architecture, urbanisme, programmation, éducation, informatique et finances ; dont les membres sont présents en France, en Irlande, au Canada, aux USA, au Cameroun et au Congo.

La méthode
Pour atteindre ses objectifs, et conscient de ce que les actions majeurs de développement et surtout des problématiques comme le développement durable ne sont pas toujours celles qui font courir le grand monde, l'association Afrika First a concocté un ensemble d'événements variés devant ratisser large dans l'opinion mais dont l'objectif est de canaliser toutes les énergies et toutes les attentions vers le projet Renov'Africa. Depuis deux ans au moins et par touches successives, le projet prend corps et s'incruste dans les mémoires aussi bien des populations que des institutionnels.
Le 28 novembre 2008 déjà, à la résidence de l'Ambassadeur d'Afrique du Sud à Paris, les Ambassadeur des pays africains ont voté une motion en faveur du projet Renov'Africa, afin d'en saisir leurs gouvernements respectifs et de la soumettre au soutien de l'union africaine. A l'heure où le continent africain, après une prise de conscience majeure est en train de faire sa mue au travers de l'édification des Etats-Unis d'Afrique, la motion des Ambassadeurs africains prend toute une autre dimension. Cette onction au niveau continental a permis à Afrika First de se déployer dans son programme.
Au bout du compte, l'Association souhaite parvenir à : Un projet global de renouvellement urbain des villes africaines et de leurs bidonvilles ; Un concours d'Architecture et d'Urbanisme sur l’ensemble du continent africain; Un FESTIVAL INTERNATIONAL du 10 au 20 mai 2010 ; 10 projets lauréats suivis de travaux concrets ; Un budget de 100.000€ TTC par projet. Pour ce qui est justement des projets, l'Association a lancé un concours auprès de toutes les villes africaines en vue de sélectionner les 10 meilleurs projets devant bénéficier de financement.
Demain, c'est sûr, l'Afrique aura un autre visage, certainement très éloigné du visage de l'Afrique des clichés, alors, les promoteurs des associations visionnaires, à l'instar de Afrika First ne seront plus là pour recevoir des satisfecit mais ils vivront éternellement à travers leurs œuvres. C'est aussi çà l'avantage de penser au-delà de sa propre vie sur terre.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"

vendredi 17 avril 2009

PROSPERITE ET PAUVRETE DES NATIONS : L'ECONOMIE MONDIALE FACE AU DEFI DU DETERMINISME MORAL


La crise financière et économique que traverse le monde actuellement risque d'être plus longue et plus dévastatrice. C'est du moins l'une des prédictions de Joseph Stiglitz, le prix Nobel de l'économie en rupture avec le consensus ambiant. La crise sera d'autant plus meurtrière qu'elle a trouvé des dirigeants du monde populistes, retors et hypocrites. Ils préfèrent à la franchise du discours – ce qui contribuerait à donner la mesure réelle des défis et préparer les esprits à les affronter – une sorte de cache sexe rhétorique qui en réalité ne cache rien. Et qui révèle plutôt la face immorale qu'arbore le système financier mondial.

Au sortir du sommet du G20, les Etats participants ont décidé l'ouverture des économies comme l'une des conditions majeures de la réussite des réformes. Or, selon Stiglitz, "sur les 20 membres du G20, 17 ont déjà pris des mesures protectionnistes en contradiction avec les engagements pris". A commencer par les Etats-Unis qui ont font la promotion du "Achetez Américain". Sans compter que la plupart des pays riches, continuent d'arroser les agriculteurs des subventions qui créent comme on sait des distorsions pour la compétitivité des autres pays, surtout ceux les moins avancés.
Il est difficile voire utopique de prétendre conduire une régulation globale et concertée de l'économie mondiale. Tant les divergences sont grandes entre les pays et le risque que chacun balaie d'abord devant sa porte est énorme. C'est un peu comme si les conducteurs d'un même train s'entendaient pour accélérer et que individuellement, chacun freinait en cachette ou qu'ils s'entendaient pour freiner et qu'individuellement chacun accélérait en cachette.
C'est vrai qu'en matière de gestion d'une crise économique, il faut éviter de céder à la panique au risque de déclencher des effets systémiques parfois incalculables. C'est vrai aussi qu'une certaine médecine dit qu'ignorer l'ampleur de la maladie est déjà en soi un bon début de traitement. Mais encore faut-il que la maladie soit plus psychologique que somatique. Or tel n'est pas le cas de la crise économique qui a un impact chiffrable la santé économique, qui a une incidence palpable sur le vécu quotidien des populations. Elles la ressentent comme on ressent le froid dans les pôles et comme on ressent la chaleur au désert. Suite à une crise économique dont le corollaire est la récession, une nation peut passer de la prospérité la plus insolente à la pauvreté la plus abjecte.

La théorie
En 1776, l'économiste Adam Smith publie son ouvrage fondateur du libéralisme économique : "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations". Dans cet ouvrage, il développe trois idées forces : "l'ordre naturel, l'individualisme et la main invisible". Il fait reposer les causes de la richesse des nations sur deux piliers : le travail comme source de formation initiale du capital et les échanges. Ainsi, soutient-il :"le travail annuel d'une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie. Et ces choses sont toujours ou le produit immédiat du travail ou achetées des autres nations avec ce produit". Malgré le caractère empirique de son étude, on constate néanmoins qu'Adam Smith a produit un ouvrage plus éthique que pragmatique. Il n'a pas voulu partir de ce qui est pour faire ses recommandations. Mais il a voulu directement suggérer ce qui devrait être. Il a construit son discours en ignorant ce qui est et en espérant que ses théories aideront à changer la donne dans le monde. Car, en effet, il lui suffisait déjà à son époque de regarder juste autour de lui pour constater que les causes des richesses des nations relèvent essentiellement de l'immoralité. Peut-être ne pouvait-il pas voir parce qu'il était d'abord professeur de philosophie morale.
Aussi bien hier qu'aujourd'hui, la richesse des nations, au-delà des causes honorables qu'évoque Adam Smith a toujours reposé sur un socle de l'immoralité. Cette richesse, les nations riches l'ont obtenue en pillant les patrimoines des civilisations déclinantes. Ainsi, les Egyptiens, les Mayas, les Asthèques, les Romains… ont vu leurs trésors emportés par des explorateurs de tout bord. La deuxième cause c'est l'esclavage et le travail forcé qui a permis aux nations riches d'aujourd'hui d'amasser des richesses en exploitant la force de travail des peuples soumis. La troisième cause, ce sont des connexions coloniales qui ont permis aux nations coloniales d'exploiter les ressources du sous-sol de leurs colonies. Et plus le monde s'humanisait, plus les méthodes toujours immorales d'accumulations des richesses se sont multipliées en se raffinant. On parle ainsi aujourd'hui de paradis fiscaux, de secret bancaire, de hedge fund… Il y a aussi la dialectique de la destruction reconstruction à travers des guerres impérialistes comme en Irak, en Afghanistan, au Kosovo… Ces instruments frauduleux sont tellement prégnants dans le fonctionnement des nations qu'on en vient à se demander si un pays peut goûter aux délices de la prospérité économique sans avoir y recours. D'où l'idée d'un certain déterminisme immoral. L'homme Adam-smthien est appréhendé dans son état de nature c'est-à-dire qu'il échappe à la contrainte de l'Etat moderne seul détenteur du monopole de la violence légitime. Cet homme là, que célèbre le capitalisme au sens le plus libéral du terme, peut facilement basculer dans l'immoralité. C'est cet homme là qui a l'habitude de dire que l'Etat n'est qu'un appendice de ses affaires privées.

La pratique des promesses
A l'issue de leur récent sommet, les membres du G20 ont promis d'insuffler un substrat moral au capitalisme. Cela passe par le démantèlement de tous les mécanismes frauduleux qui émaillent le fonctionnement du système financier. Prenons donc le G20 au mot et supposons qu'ils vont parvenir à la moralisation et à l'humanisation du capitalisme. Dès lors, plusieurs questions s'offrent à nous : maintenant que l'éthique des affaires va être restaurée, sur quoi les nations dites riches vont-elles faire reposer désormais les ressorts de leur prospérité économique? Ne courent-elles pas finalement vers un déclin inexorable? Par ailleurs, comment les nations dites pauvres peuvent-elles profiter de cet assainissement du monde des affaires pour se tailler une place qu soleil et construire leur propre prospérité? Le capitalisme est-il vraiment intimement lié à l'immoralité comme pensent certains?
J'avais rédigé une réflexion dans laquelle je m'insurgeais contre des formes d'escroqueries développées par certains Africains dans le monde et connu au Cameroun sous le nom de "Feymania". Le titre de cet article était : "Feymania : non à la légitimation du crime". Dans cet article, je réagissais à un article dans lequel, l'auteur essayait de construire un contenu idéologique pour la feymania. Notamment en disant par exemple que l'action des feymen est louable parce qu'elle permet de récupérer les richesses que els autres nations avaient volées à l'Afrique pour devenir plus riche. Je trouvais qu'il s'agit d'un fabuleux raccourci juste pour se soulager la conscience d'escroc et que rien ne pouvait servir d'explication et a fortiori de justification à de l'escroquerie..
Un lecteur qui réagissait à mon article m'a trouvé bien naïf. Il m'a dit en substance que toutes les nations qui se sont développées ont utilisé les services des pires brigands et de pires escrocs pour spolier d'autres peuples. On les appelait joliment explorateurs. Du haut de ma morale, je lui ai rappelé que, même si cela était vrai, les Africains n'étaient pas obligé d'emprunter les mêmes voies que ces nations amoralement riches. Je lui ai dit, déclinant ainsi ma conviction profonde, que l'Afrique doit emprunter la voie de la fierté et de la dignité, quoi que cela lui coûte. Pour cela, il est hors de question de plonger comme tout le monde. Il m'a répondu qu'alors, nous attendrons la prospérité longtemps ou devons nous tout simplement nous inscrire au rang des éternels clandestins de la planète. Il trouvait ma démarche à la fois utopique et naïve.

Le déterminisme immoral
Il posait là sans le savoir, le déterminisme immoral de la réussite dans les affaires. Il posait le problème de la formation initial du capital. En clair, où doit-on tenir la fortune nécessaire à la fructification? Cette question se pose autant à un individu qu'à une nation. Mon contradicteur ne se posait pas la question supplémentaire. Il disait qu'il faut encourager les escrocs à amasser la fortune nécessaire à la formation initiale du capital nécessaire au décollage économique.
Aujourd'hui, l'effondrement du système financier a révélé des escrocs de gros calibre de la trempe de Bernard Madoff, spécialiste des montages financiers frauduleux qui se singularise par l'éloquence de son tableau de chasse ou encore Allen Stanford, un richissime homme d'affaire texan accusé aujourd'hui de fraude pyramidale. N'est ce pas de simples feymen d'un autre genre? Pour autant, devrais-je encourager la feymania? Une fois de plus, non! L'effondrement du capitalisme à l'occidental montre bien les limites de cette approche. IL faut se démarquer des approches manichéennes. Entre le capitalisme sauvage et le communisme soporifique, il y a bien quelque chose de plus humain. Appelons cela : un capitalisme à visage humain ou un socialisme moins naïf et moins utopique. C'est ce qu'il faut à l'Afrique.

Etienne de Tayo
Promoteur Afrique Intègre
Auteur de l'ouvrage : "Pour la dignité de l'Afrique, laissez-nous crever"

http://www.edetayo.blogspot.com/

dimanche 5 avril 2009

LE G20 (G8) FACE AU TRIBUNAL DE L'HISTOIRE


La crise financière et économique que traverse le monde actuellement fera des millions de victimes humaines dans le monde. Cela se voit déjà avec une augmentation fulgurante du nombre des suicides dans les milieux professionnels en France par exemple. Mais avant, elle a fait une première victime de taille. Dès les premiers signes de la crise, le G8, un regroupement de pays que le "consensus politico-médiatique" caractéristique de la réalismologie ambiante, présentait comme les plus puissants du monde, s'est dissout dans le G20. Ainsi s'achevait la plus grosse imposture de ce début du 21e siècle. Mais la dissolution du G8 ne saurait arrêter l'action judiciaire même symbolique, qui doit être conduite contre cette organisation, tant sa responsabilité dans l'avènement de la crise semble aujourd'hui évidente.

Dans un brillant article intitulé "la crise et les cassandre", Alexandra ROULET, diplômée de l’Ecole d’Economie de Paris, chercheur associé à l’Institut Thomas More, prenant la posture de "juge d'instruction", nous donne les ficelles de ce qui ressemble à un vaste complot monté contre l'économie mondiale et contre les couches les plus vulnérables de la population mondiale. Nous nous inspirerons largement de cet article d'Alexandra dans cette réflexion.
La crise, nous la ressentons déjà gravement aujourd'hui avec la fermeture en cascade des entreprises, les licenciements massifs, les patrons de plus en plus pris en otage par les employés désemparés. Et pourtant, selon Alexandra Roulet, "nous n'avons pas encore atteint le point bas de la crise". Si l'on en croit les prévisions toujours plus pessimistes, ce sont des pans entiers de la société monde qui seront poussés sur le bord du chemin. La misère fera son lit dans les couches les plus vulnérables. La maladie et la mort reconnaîtront les leurs. Il est donc urgent d'établir les responsabilités de cette débâcle aux niveaux les plus élevés au lieu de se contenter, comme c'est le cas actuellement, de réprimander quelques lampistes qui n'auront été que de simples exécutants. Il devient de plus en plus évident que ce système de spoliation des pauvres a consciencieusement été pensé et mis en œuvre par des dirigeants du monde. Il est donc urgent, sans plus attendre, de convoquer le G8 au tribunal de l'histoire.
En publiant en 2006, un ouvrage coup de gueule au G8 intitulé : "Pour la Dignité de l'Afrique, laissez-nous crever. Mais nous ne crèverons pas", j'entendais m'élever contre ce que je considérais comme une arrogance insupportable mais surtout une instrumentalisation misérabiliste de l'Afrique par les dirigeants du G8. Mais je ne percevais pas encore le danger que ce regroupement faisait courir au monde en instituant des collusions d'intérêt dangereuses entre les pouvoirs et les milieux du business.
Dans son enquête, "la juge d'instruction", Alexandra Roulet, fait parler ceux qu'elle présente comme des cassandre, c'est-à-dire toutes ces personnes, aussi bien des théoriciens que des praticiens qui, gardant la lucidité devant la déraison généralisée, avaient eu le courage, des années à l'avance, de tirer la sonnette d'alarme en dénonçant "les limites d'un système fondé sur l'endettement excessif et sur une titrisation mal maîtrisée".
De Maurice Allais, le seul prix Nobel français d'Economie à Jean Pierre Mustier, PDG de la société général en passant par Nassim Nicholas Taleb, trader à New York pendant 20 ans et surnommé "le dissident de Wall Street", David Androkonis, chef du département de gestion du risque chez Freddie Mac ou encore Harry Markopolos, spécialiste des produits dérivés, tous, chacun dans son domaine de compétence, ont attiré l'attention des décideurs sur le péril que courait la Finance et partant l'Economie mondiale. Mais tous ont été marginalisé par le "conformisme social" en cours dans le secteur. C'est vrai que, comme le souligne Alexandra, tous ces cassandre sont aujourd'hui perçus comme des "prophètes éclairés". Trop tard.
Dans son article, après avoir déroulé les prédictions des cassandre, Alexandra Roulet veut comprendre. Et pour cela, elle pose la question générale de recherche suivante : "comment expliquer que ces avis n'aient pas été pris au sérieux et que (…) n'ait été fait pour empêcher la crise de survenir?". Nous prolongerons cette question de recherche mais en voulant comprendre comment beaucoup d'actions ont été prises et beaucoup de rendez-vous ont été manqués, pour favoriser l'avènement de la crise.

Des curiosités
En feuilletant les éléments de preuve fournis par Alexandra Roulet, on constate que les principes élémentaires de l'Economie ont été foulés au pied. De même, des actions particulières ont été engagées au niveau des décideurs aussi bien aux Etats-Unis qu'au niveau de l'union européenne pour favoriser le dérèglement de l'Economie et permettre à certains comportements de se cristalliser.
En 1998, Maurice Allais, cité par Alexandra Roulet, s'inquiétait déjà en ces termes : "le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le cancer qui ronge irrémédiablement les économies de marché de propriété privée". Il relevait en effet des curiosités telles que le "financement d'investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme". Ce qui est en soi le B-A BA de l'économie. Il dénonçait aussi le fait que "les bourses soient devenues de véritables casinos". Pour sa part, Nassim Nicholas Taleb dénonçait la mathématisation de la Finance et les modèles de probabilités sophistiqués destinés à duper les investisseurs". A la suite de Taleb et pour confirmer son assertion, nous dirons que dans les écoles de la haute finance, on ne forme plus les jeunes, mais on les déforme toujours dans cette perspective de duperie de l'autre.
On sait aujourd'hui que les subprimes sont le coin de la brousse d'où est parti le feu qui a embrasé la Finance mondiale. Pourtant, comme le révèle Alexandra, "dès 2004, alors que s'engageait chez freddie Mac, un débat sur l'idée de commercialiser des subprimes pour conquérir des parts de marché, David Adrukonis "mettait en garde ses collègues contre ces produits qui avaient été catégorisés, en 1990, comme dangereux et écartés du marché". Sur ce problème de subprimes justement, il est important de relever quelque chose qui est caractéristique de ce que Alexandra qualifie à juste titre de collusion d'intérêts.
En effet, en 2007, rapporte t-elle, John Paulson baptisé "sultan des subprimes" a fait réaliser à son fonds Paulson and Co, un bénéfice de 3 milliards de dollars en créant des fonds spéculatifs couvrant le risque défaillance des crédits hypothécaires". Mais c'est ce Paulson que Georges Bush nommera comme Secrétaire au Trésor l'équivalent du ministre des Finances des Etats-Unis. C'est ce que j'appelais par ailleurs, "porter le business au cœur du pouvoir politique" Dès lors, on eut penser que le rôle de Paulson n'était pas de contribuer en tant que patron du Trésor à une meilleure régulation de la plus puissante économie du monde mais plutôt à son dérèglement et "l'affaiblissement de certains standards éthiques" en vue de favoriser les milieux financiers dont il est lui-même issu.
De nombreuses mesures dérèglement ont ainsi été prises aussi bien aux Etats-Unis qu'au niveau de l'union européenne qui ont contribué à faire entrer les loups dans la bergerie. Dans son article, Alexandra en dégage trois principaux qui ont "neutralisés les discours clairvoyants et les mises en garde prudentes des cassandre".
Le premier, c'est "la révocation en 1999 du Glass Seagall Banking Act de 1933". C'était sous Clinton. Cette révocation a "mis fin à la séparation étanche qui prévalait jusqu'alors entre les banques d'investissement et les banques commerciales. Ce qui a induit une collusion d'intérêt entre les agences de notation et les banques d'investissement". Ainsi, poursuit Alexandra, "les analystes, bien que censés conseiller les investisseurs des banques commerciales, ont vu leur rémunération dépendre de leur contribution au chiffre d'affaire des banques d'investissement et ont ainsi été amenés à conseiller l'achat de titres émis par la banque d'investissement même si les anticipations de résultat n'étaient pas forcément bonnes".
Le deuxième c'est le passage des accords de Bale I aux accords de Bale II. Ainsi, Alexandra révèle que les accords de Bale II, élaborés en 2004 t applicables depuis 2007 "ont favorisé la titrisation des crédits bancaires". Il faut bien relever que c'est pendant cette période que le G8 faisait une démonstration de puissance dans ses fameuses réunions annuelles. Ces accords viennent "modifier les normes prudentielles des banques et remplacent le ratio Cooke par le ratio Mac Donough. Le ratio Cooke imposait aux banques d'avoir des fonds propres supérieurs à 8% des risques de crédits qu'elles engageaient. Le ratio Mac Donough modifie cette exigence en intégrant trois risques supplémentaires : les risques de crédits, les risques opérationnels (risques de pertes liées à des systèmes ou des personnes inadéquates ou défaillantes) et les risques de marché. Ainsi, si les cours de bourse chutent, le ratio Mac Donough exige que les banques réduisent leurs stocks d'actifs risques, aggravant ainsi la baisse de la valeur de marché de ces actifs". Et Alexandra de conclure que, "de prêteur, le banquier est devenu un intermédiaire financier, c'est-à-dire qu'au lieu d'évaluer le risque, il s'est contenté de le transférer".

Que de curiosités!
L'union européenne n'est pas en reste dans cette vague de dérèglement des économies et c'es elle d'ailleurs qui nous offre le troisième cas de mesures. Ainsi, "dès 2006, les nouvelles normes comptables IFRS oblige à valoriser dans la comptabilité des entreprises les actifs non pas à leur coût historique d'acquisition mais à leur valeur de marché. Ainsi, toute baisse des cours se traduit immédiatement par de fortes dépréciations du bilan des entreprises".
Nous pouvons constater que toutes ces mesures contribuent de façon flagrante à une financiarisation à outrance de l'économie mondiale. On parlerait mieux d'une "casinoïsation" de l'économie tant tout aujourd'hui est connecté à la bourse. C'est ce que Alexandra traduit en ces termes : "la politique financière devient fortement dépendante des fluctuations quotidiennes des cours (de la bourse) et l'horizon temporel des décisions se raccourcit fortement".
Tous ces dérèglements, ajouté à la défaillance des principaux acteurs de la régulaton financière "que sont les autorités de tutelles comme la SEC (Securities and Exchange commission) aux Etats-Unis ou l'Autorité des marchés financiers en France", ont ouvert grandement la porte de la Finance à des hommes d'affaire à l'honnêteté douteuse, en même temps qu'ils bandaient les yeux aux autorités en charge de la conduite des politiques financières. C'est ainsi que Bernard Madoff, considéré aujourd'hui comme le plus célèbre escroc de tous els temps, a fait irruption dans la finance avec le résultat qu'on connaît.
Et pourtant ce n'est pas la clairvoyance des cassandre qui a fait défaut. Alexandra rapporte en effet, que "dès 2005, Harry Markopolos envoie à la SEC une note de dix neuf pages intitulée "le plus gros hedge fund du monde est une escroquerie?" Il recense 29 drapeaux rouges permettant de douter de l'honnêteté de Madoff : absence de hedge fund, rémunérations uniquement sur le trading, volume de fonds gérés par rapport à la taille réduite du marché où il prétend intervenir, performances peu plausibles, liquidation des positions en fin d'année, détention interne des titres, cabinet comptable obscur, proximité de la famille Madoff avec les autorités du Nasdaq (sa nièce, chargée du respect des règles chez Madoff Investment Securities LLC, avait épousé un ancien agent du département de la répression de la SEC".
Même les patrons de banques si souvent prudents, avaient presque tous cédé à ce que Alexandra appelle "les comportements moutonniers". Et ceci, pense t-elle, "parce que la réalisation de gains monétaires trop importants génère un excès de sûreté de soi et un sentiment d'invulnérabilité". Désormais en effet, trop sûr d'eux, "la confiance de leur pairs leur était plus importante que celle qui doit normalement irriguer verticalement une entreprise". Mais l'une des causes que la pudeur empêche parfois d'évoquer est la chasse aux gains personnels qui fait que le patron de banque privilégie la ficelle que lui donne son collègue pour entretenir son illusion, qu'une note bien sentie de son conseiller qui finalement le déprime. Les stocks options et les parapluies dorés expliquent aussi cette tendance à la prise effrénée de risque et donc à la mise à l'écart des conseils des experts.

Les responsabilités
Ces éléments de preuve dégagent au moins trois certitudes :
- Il y a bien eu des collusions d'intérêts au cœur des pouvoirs des Etats. Ceci s'explique par le fait que, du fait de la réalismologie, les acteurs politiques, travaillant déjà sous le couvert de certains hommes d'affaires qui les ont pris en otage notamment en finançant leurs campagnes, ont finalement consenti à ouvrir la porte du pouvoir à ces derniers. D'où pour le cas des Etats-Unis, l'arrivée de John Paulson au ministère des Finances, l'arrivée de Dick Chenney qui a quitté la société d'ingénierie civile Halliburton spécialisée dans l'industrie pétrolière pour devenir vice président de Etats-Unis. Il faut d'ailleurs voir la destination de certains anciens présidents membres du G8 pour comprendre le vrai sens de la collusion : Bill Clinton engrange tellement d'argent à faire de conférence que le département d'Etat veut enquêter sur l'identité de ses donateurs. Tony Blair s'est fait recruter comme conseiller à temps partiel dans le prestigieux cabinet JP Morgan pour un salaire mensuel de 80 000 euros. D'après le journal Marianne, l'ancien chancelier allemand "Gherard Schröder n’a fait que rejoindre la société de gestion de pipe-line (Northern European Gas Pipeline Compagny) que sa fonction de Chancelier lui avait permis de favoriser" et ce ci pour un salaire de 250 000 euros l'an. Georges Bush s'apprête à se lancer dans un cycle de conférence qui lui permettra de renforcer son bas de laine.
- Il y a eu non pas des défaillances mais une volonté affirmée parfois de pousser l'économie mondiale à la dérive. Cela se voit par la violation flagrante de certaines règles élémentaires de la Finance. Mais cela se voit surtout par la marginalisation et la non prise en compte délibérée de l'opinion de ceux qui pourtant sont payés pour prévenir les dérives. Sans verser dans la théorie des complots, on peut penser que des dirigeants se sont réunis pour programmer la débâcle de la Finance mondiale.
- Il faut simplement remarquer que les dix ans pendant lesquelles la crise a mijoté tranquillement avant de nous exploser à la face, correspondant aux années où le G8 excellait dans la démonstration de force avec des sommets spectaculaires. A Gleaneagles en Angleterre en 2005 par exemple, ils avaient invité des artistes à venir chanter leurs louanges à l'instar de certains rois obscurantistes connus dans l'antiquité. Ces chansons de louanges se sont avérées n'être que des chants de cygne qui annonçait la fin du G8 mais le début des souffrances.
Maintenant que les responsabilités sont établies, et me permettant de prendre la posture de procureur, je peux prononcer le réquisitoire suivant :
Attendu qu'en se faisant discrètement adouber par les milieux d'affaires et en se faisant élire par le peuple floué par toute sorte de manipulation, les dirigeants réalismologistes du G8, ont contacté une hypothèque sur le pouvoir qui est la propriété du peuple souverain.
Attendu qu'en invitant certains hommes d'affaires au cœur du pouvoir et en demandant aux autres d'occuper l'anti-chambre du pouvoir, les dirigeants réalismologistes du G8 ont trahi la mission que le peuple souverain a placé en eux et ont validé l'assertion selon laquelle "l'Etat n'est en fait qu'un appendice des affaires privées".
Attendu que la déréglementation de l'économie et la crise qui s'en est suivi fera des millions de morts de par le monde.
Attendu que les dirigeants réalismologistes du G8 ont agi essentiellement pour la promotion de leurs intérêts personnels et ceux de leurs proches.
Requiert ce qui suit :
- Que les dirigeants réalismologistes du G8; convaincus de destruction de l'économie mondiale, soient néanmoins laissés face à leur conscience. Toutefois, une condamnation morale doit être faite contre eux au cours du sommet du G20.
- Que l'influence des membres du G8 soit amoindrie au profit des pays émergents au sein des institutions de la régulation de l'économie mondiale que sont le FMI et la Banque Mondiale. Ces pays ayant la charge d'y restaurer les standards éthiques détruits par le G8
- Que l'Afrique ne soit plus utilisée comme l'étalon de la pauvreté et de toutes les calamités dans le monde.
Bien sûr nous étions là dans le cadre d'un procès symbolique. Mais entre le symbole et la réalité il y a parfois que des limites que nous voulons nous-mêmes mettre.


Etienne de Tayo
Promoteur Afrique Intègre
http://www.edetayo.blogspot.com/

Auteur de l'ouvrage : "pour la Dignité de l'Afrique, laissez-nous crever" Ed : Menaibuc Coll. : Afrique Intègre

jeudi 2 avril 2009

LE G20 : UN SOMMET PEUT EN CACHER UN AUTRE


Le sommet du G20 qui vient de s'achever à Londres a pris des mesures fermes pour la régulation et la relance de l'économie mondiale. Mais c'est le sommet entre le président américain Barack Obama et le président Chinois tient la vedette.


Au plan de la régulation, il est question de "faire la liste des paradis fiscaux, les classer par rapport au risque qu'ils peuvent représenter et sanctionner les pays qui ne coopèrent pas"; "les hedges fund seront désormais règlementés et soumis à une immatriculation obligatoire". Enfin, il sera mis fin au secret bancaire". Au niveau de la relance, "un programme de 1 100 milliards de dollars destiné à soutenir le crédit, la croissance et l'emploi; 5 000 milliards de dollars à injecter dans l'économie mondiale d'ici 2010; le triplement à 750 milliards de dollars les ressources du FMI qui sera amené à vendre ses réserves d'or; enfin 250 milliards de dollars pour soutenir le commerce mondial".
Mais ce communiqué final que le président français Nicolas Sarkozy fête presque au champagne, cache à peine un autre communiqué signé par le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton à l'issue de la rencontre entre le président Barack Obama et le président Chinois Hu Jintao.
Dans ce communiqué, il est révélé en substance que "les Etats-Unis et la Chine se réuniront une fois par an pour des discussions sur des questions stratégiques et économiques, alternativement dans l'une ou l'autre capitale". Le président Barack Obama a donc désigné le secrétaire au Trésor Gethner et la secrétaire d'Etat Clinton pour assurer ces rencontres. Dans le communiqué d'ailleurs, les deux responsables américains "se sont dits impatients de travailler avec leurs homologues chinois, le conseiller d'Etat chinois Dai Bingguo et le vice premier ministre Wang Qishan". Toujours selon le communiqué, "Obama et Hu sont convenus de coopérer à des mesures de stimulation de la croissance mondiale et au renforcement du système financier". Le communiqué poursuit en disant "qu'ils sont déterminés à résister au protectionnisme et à assurer des relations commerciales solides et stables entre les Etats-Unis et la Chine".
A la lecture de ce communiqué, on peut dire, sans risque de se tromper qu'à Londres, un sommet a caché un autre. Et que le sommet le plus important n'est pas toujours celui le plus couru car comme on sait, en politique et encore plus en diplomatie, l'essentiel est dans le détail et non dans la mise en scène qui ne lui sert finalement que d'habillage.
La sortie fracassante du président français Nicolas Sarkozy, quelques heures avant l'ouverture du sommet disant que s'il n'était pas satisfait de la conduite des travaux du G20, il claquerait la porte du sommet, n'est pas aussi naïve et aussi anodine que certains présentateurs veulent la faire passer. Son propos peut être comparé à un échappement de vapeur se dégageant d'une marmite en ébullition. Même s'il a donné l'impression de revenir sur son propos, il sait que le massage est passé et que ses destinataires l'ont bien appréhendé. De quoi s'agit-il?
Il s'agit que le monde aujourd'hui est à la croisée des chemins. Et personne, même parmi les cassandre les plus futés ne peut dire ce que demain sera fait au plan de la géopolitique mondiale. Confronté à la crise économique dont on ne mesure pas encore l'ampleur et les dégâts futurs, confronté à la montée fulgurante du groupe des pays émergents, confronté au déclin, bien sûr encore masqué, de certains pays jadis présentés comme étant les plus puissants du monde, confronté au recul de l'unipolarisation du monde que les Etats-Unis ont tenté d'imposer au reste du monde sans succès, confronté au réchauffement climatique, le monde doute et la suspicion monte parmi les dirigeants. La suspicion est d'autant plus grande qu'il est temps de procéder à une nouvelle redistribution des cartes.
Cela coule de source que le G20 est un groupe absolument pléthorique pour conduire harmonieusement le destin du monde. Rien n'indique qu'il ne sombrera pas dans les mêmes travers que le G8 défunt. Certains experts proposent donc la création au sein même du G20, d'un noyau dur autour duquel, les autres pays viendront se greffer. Ce noyau là aura la charge de convoquer les sommets et de proposer des solutions et des vues par rapport à la marche du monde. Et les autres n'auront qu'à les valider.

Dis moi ce que tu pèses
Il se trouve que dans la constitution de ce noyau dur une alliance que d'aucuns qualifient de contre nature est en train de s'opérer. En effet, les Etats-Unis, se sentirait plus proche de la Chine pour la constitution de ce noyau dur que de l'Europe par exemple. C'est pourquoi une rumeur a circulé révélant que le G20 risquerait se transformer en G2 c'est à dire le couple Etats-Unis – Chine. Et les autres ne seront là que pour de la figuration. Le Etats-Unis comptant d'avance en Europe sur leur allié naturel qu'est la Grande Bretagne, ce qui représente d'ailleurs pour eux l'Europe utile.
Dans cette nouvelle redistribution des cartes en vue d'une nouvelle géopolitique mondiale, les experts du coté de Washington ne veulent plus prendre en compte l'Europe historique, l'Europe coloniale, celle qui avait présenté les richesses de ses colonies pour obtenir une place de choix au sein du concert des nations. Les Experts ne veulent plus s'enfermer dans le sentimentalisme primaire qui voudrait que les Etats-Unis s'allient automatiquement au vieux continent d'où la majorité de ses habitants sont originaires.
Ils veulent vivre la réalité et le présent. Alors, ils demandent à l'Europe de révéler son véritable poids aujourd'hui, exception faite des colonies qui n'en sont plus ayant depuis acquis leurs indépendances. Or, il se trouve que de façon intrinsèque, l'Europe ne pèse plus grand-chose aujourd'hui. Son peuple a vieilli. Sa jeunesse doute et est inquiète. Ses méthodes sont déclassées. Ses anciennes colonies, non seulement ne répondent plus d'elle mais veulent lui faire payer des réparations diverses. Aux yeux de beaucoup d'experts à Washington, cette Europe là, en s'élargissant indéfiniment compromet elle-même sa propre performance. Bref, ils disent que l'avenir ce n'est pas l'Europe.
C'est donc mis au parfum de cette nouvelle configuration du monde qui est entrain de se dessiner, que Nicolas Sarkozy, délaissant son atlantisme réel ou supposé, a voulu se souder à la chancelière allemande Angela Merkel pour tenter de reconstruire l'imaginaire de ses pairs européens par rapport au couple franco-allemand mythique inauguré par Français Mitterrand et Helmut Kolh, comme le moteur d'une Europe éternelle. Il a voulu aussi mesurer la porter d'une menace française mais subrepticement européenne de claquer la porte du G20.
C'est vrai qu'au moins au niveau du spectacle et de l'événementiel, un tel acte pourrait avoir une portée symbolique inestimable parce que l'Europe, malgré ses difficultés, continue d'entretenir l'illusion d'une puissance qui compte dans le monde. Et dans ce jeu, elle est favorisée par un imaginaire construit depuis des siècles, d'une civilisation étendard, c'est-à-dire une sorte de norme sur laquelle les autres viendront copier.
Mais, au vu de la réalismologie qui semble être le filtre à travers lequel beaucoup de personnes voient le monde aujourd'hui, l'Europe imaginaire et même mythique risque avoir beaucoup de peine à tenir.
Donc au G20, on a discuté bien sûr de la moralisation des affaires pour sauver le capitalisme dans le monde et permettre de rester une idéologie dominante, mais on a surtout discuté de qui gouvernera le monde. Peut être verra t-on plus clair au prochain sommet pévu à New York en septembre prochain?

Etienne de Tayo
Afrique Intègre
http://www.edetayo.blogspot.com/
Listes des paradis fiscaux établies par l’OCDE à la demande du G-20

Publiée par l’OCDE à la demande du G-20, nous vous transmettons ici la liste « des paradis fiscaux qui ne sont pas en conformité avec les règles mondiales d’échange d’informations fiscales ».
Trois listes des paradis fiscaux établis par l’OCDE
1. Liste noire
Etats ou territoire qui ne se sont pas engagés à respecter les standards internationaux)
-Costa Rica - Malaisie (Labuan) - Philippines - Uruguay
2.Liste grise :
États ou territoires qui se sont engagés à respecter les standards internationaux mais ont à ce jour signés moins de douze accords
Liste gris foncée (paradis fiscaux déjà identifiés en 2000 par l’Ocde) :
Andorre - Anguilla Antigua - Barabade - Aruba - Bahamas - Bahrein - Belize - les Bermudes - les iles vierges anglaises - les iles Cayman - les iles Cook - la Dominique - Gibraltar - Grenade - Liberia - le Liechtenstein - les Iles marshall - Monaco - Montserrat - Nauru - les Antilles néérlandaises - Niue - Panama - St Kitts and Nevis - Sainte Lucie - Saint Vincent et Grenadine - Samoa - San Marin - les iles Turks and Caicos - Vanuatu
Liste gris clair (autres centres financiers)
Autriche - Belgique - Brunei - Chili - Guatemala - Luxembourg - Singapour - Suisse
3. Liste blanche :
Etats ou territoires qui ont mis en œuvre des standards internationaux en signant au moins 12 accords conformes à ces standards
Argentine - Australie Barbades - Canada - Chine(*) - Chypre - République tchèque - Danemark - Finlande - France - Allemagne - Grèce - Guernesey - Hongrie - Islande - Irlande ile de mans Italie - Japon - Jersey - Corée - Malte - ile Maurice - Mexique - Hollande - Nouvelle Zélande - Norvège - Pologne Portugal - Russie - les Seychelles - la Slovaquie - Afrique du sud - l’Espagne - la Suède - la Turquie - les Emirats arabes unis - royaume uni - Etats-Unis - les iles Vierge.
(*) Macao et Hong Kong territoires chinois, ont pris l’engagement en 2009 de se conformer aux standards internationaux, en conséquence ces deux territoires ne sont plus mentionnés dans la liste grise
Source : L'International Magazine

lundi 30 mars 2009

LES IDEOLOGIES SONT MORTES, VIVE LE REALISME POLITIQUE

Le peuple malgache, dans une ferveur inégalée, vient d'introniser Andry Rajoelina à la tête de la grande île de l'océan indien. En regardant la cérémonie d'investiture, nous croyons assister à une sorte de clonage événementiel par rapport à la cérémonie de 2002 lorsque ce même peuple avait porté en triomphe Marc Ravalomanana, celui-là qu'il voue aux gémonies aujourd'hui. A l'époque, Didier Ratsiraka avait été aussi humilié par ce même peuple malgache.

Tout ceci veut dire qu'à Madagascar, l'histoire se répète et se reproduit presque à l'identique. Même au niveau des deux hommes qui se succèdent dans la violence à la tête du pays, il y a ce que d'aucuns ont qualifié de clonage humain. Même morphologie, même trajectoire politique. Tous deux sont de fervents chrétiens sauf que l'un est catholique et l'autre protestant. Ce sont tous deux hommes d'affaires qui ont besoin du pouvoir pour booster leurs affaires. Nous dirons que ce sont tous deux des leaders réalismogistes.
Ce qui s'est passé à Madagascar a du bon et du mauvais. Le bon c'est un peuple qui semble avoir pris conscience de ce qu'il est le vrai propriétaire du pouvoir souverain et entend jouir de cette prérogative jusqu'au bout. Et qu'à ce titre, il peut le retirer chez un élu jugé incapable pour le confier à un autre. Appelons cela, l'alternance automatique dans une démocratie populaire. Il y a du mauvais parce que, malheureusement, les désirs d'un peuple étant insondables, ce jeu peut installer le pays dans une instabilité permanente. Surtout lorsqu'il y a, comme on le voit, une volonté d'humilier celui qui part. Il y a aussi que les peuples sont de plus en plus exposés aux manipulations des politiques qui ont parfois le contrôle des moyens de communication comme c'est le cas pour le jeune Rajoelina. Le risque est donc grand que parlant du changement, qu'il ne s'agisse en réalité que déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul. Et que très vite le peuple se retrouve sur sa soif.
Ce qui se passe à Madagascar n'est pas intéressant en soi parce que ne portant pas une originalité particulière. Cela ne devient intéressant que dans la mesure où le jeu politique sur la grande île nous aide à comprendre l'évolution de la pratique politique dans le monde aujourd'hui. Le conflit de Madagascar prospère à une période marquée par le renouveau politique dans le monde. Un renouveau dans lequel la démocratie est vouée à un péril certain. Dans quelques années, si rien n'est fait, le monde assistera à la crise de la démocratie comme on assiste aujourd'hui à la crise financière et économique. Il se trouve que, comme la finance, la démocratie est en train d'être détournée et même trahie par ceux là même qui disent faire sa promotion dans le monde. Cela veut dire que les deux piliers sur lesquels l'Occident a bâti sa stratégie de domination, à savoir la démocratie et l'économie de marché, risque de s'écrouler. Mais là n'est pas le débat.
Nous allons analyser dans le présent article, les conditions de l'émergence de la "réalismologie", entendu comme la doctrine du réalisme en politique; le danger qu'elle fait peser sur la démocratie et les sociétés démocratiques, les facteurs qui ont favorisé son émergence et enfin le sort de l'Afrique dans ce contexte.

Aujourd'hui, nous sommes en droit de valider la mort de toutes les idéologies jusque là à l'œuvre dans le champ politique. On peut bien rencontrer aujourd'hui un "sping doctor", ces maîtres à penser qui font élire les plus grands hommes politiques dans le monde qui ne sache pas la définition du mot idéologie. Dailleurs, Karl Rove, le gourou qui a fait élire Georges W. Bush par deux fois est un parfait autodidacte, n'ayant jamais pu décrocher le moindre diplôme universitaire. Il est d'ailleurs de plus en plus ringard dans un discours politique de construire son argumentaire à partir d'une idéologie quelle qu'elle soit. Ce qui était inimaginable il y a seulement 20 ans. Les idéologies ont donc été écrasées.
Et comme la nature a horreur du vide, et comme il faut quand même un système de représentation du monde dans lequel les peuples peuvent se retrouver et se reconnaître, une sorte d'objet politique non identifié (OPNI) est en train de prendre pied et de s'enraciner partout dans le monde. Cet objet, on ne saurait le qualifier d'idéologie parce que ne prenant pas sa source dans une idée mais plutôt dans la représentation d'une idée. Ce nouveau phénomène, appelons le "réalismologie" qui découle de la racine réalisme. Dès lors, dire qu'on est communiste, socialiste, capitaliste, anarchiste n'a plus de sens. C'est pourquoi, pour ne prendre que deux cas de la France et des Etats-Unis. En France, l'Ump, Nicolas Sarkozy peut intégrer des socialistes tels Bernard Kouchner dans son gouvernement. De même aux Etats-Unis, le démocrate Barack Obama ne n'éprouve aucune gêne à garder le républicain Robert Gates dans son gouvernement.
En fait, il existe désormais au sein des dirigeants et même des peuples du mondes, un gros contingent de "réalismologistes", c'est-à-dire ceux dont le comportement est constamment formaté par le réalisme, et de l'autre coté quelques résistants à cette vague. En France, c'est au nom de la "réalismologie" que des hommes et femmes porteurs des valeurs de gauche à savoir l'humanisme, la solidarité, l'égalité tels Rama Yade, Fadela Amara, Martin Hirsch, Jack Lang, Michel Rocard… acceptent de servir un pouvoir dit de droite qui lui au contraire affiche fièrement son credo "réalismologique" : travailler plus pour gagner plus. La presse a d'abord crié au scandale en voulant dénoncer cette tentative d'uniformisation du champ politique. Mais, elle aussi, a fini par s'en accommoder au nom de la "réalismologie". Lorsque l'on demande à ces personnalités pourquoi elles acceptent de servir ce pouvoir de droite, elles disent qu'elles essayent d'y apporter un peu d'humanisme, de le transformer de l'intérieur. Mais cela n'en est rien. Ce n'est qu'un discours qu'on a souvent entendu chez les ralliés qui ne savent plus quoi dire. Ils sont entraînés par la vague "réalismologique".
Les partis de gauche qui étaient plus porter à l'utilisation de l'idéologie qui est est même parfois consubstancielle, éprouvent beaucoup de difficultés à se déployer dans ce contexte post idéologie. Ils sont parfois obligés de s'embarquer dans les manifestations organisées par les syndicats. Ce qui n'est plus tout à fait du goût des leaders de ces derniers qui parlent de la volonté de gaarder leur indépendance.

D'où vient-elle?
La "réalismologie" est un monstre qui est né de la liaison incestueuse entre le monde de la politique et celui du business. C'est aussi une grosse vague de la taille de ce que le Tsunami avait fait déferler sur les cotes asiatiques. Elle repose sur au moins trois postulats :
- Des groupes d'intérêt et des personnes qui, avant n'avaient pas d'emprise directe sur le pouvoir politique, ont compris qu'il est plus juteux d'exercer le pouvoir en sous main au travers des hommes de paille qu'ils contribueront à porter au pouvoir;
- Ils sont de plus en plus nombreux des personnes, mues essentiellement par la cupidité, qui se disent qu'il serait idiot d'être pauvre et d'hypothéquer l'avenir de sa descendance parce qu'on a fait de la politique. Il n'est donc plus question d'aller s'appauvrir en politique comme par le passé mais d'aller s'enrichir en faisant la politique. Ils pensent plutôt que la politique doit aider à assurer la prospérité de leurs descendances sur plusieurs générations.
- Enfin, faire de la politique et surtout occuper de hautes fonctions dirigeantes à la tête des Etats, est devenu pour plusieurs personnes un tremplin pour des carrières plus juteuses ou tout simplement une garantie pour des revenus colossaux de retraite. Et pour récolter ainsi après le pouvoir, il faut semer pendant qu'on est au pouvoir.
Parlant justement de l'exercice du pouvoir par procuration, il existerait un groupe connu sous le nom de "maîtres du monde" et composé de personnalités de diverses obédiences. Ce groupe validerait en dernier ressort l'accès au pouvoir dans la plupart des pays occidentaux ainsi que dans ceux que ces pays ont sous leur contrôle en raison par exemple des liens coloniaux. A ce titre, l'élection de Georges Bush en 2000 et le scandale qu'il a engendré a mis à nu l'influence du groupe dit des "maîtres du monde".
Il découle de ceci que le dirigeant politique finalement révélé par la mise en scène électorale n'est plus forcément le leader qui, de par son charisme personnel, de par la pertinence de son programme politique, aura réussi à gagner les cœurs des électeurs et à l'emporter logiquement sur ses concurrents. Il est plutôt celui qui a su bien négocier son ticket de préférence longtemps à l'avance, auprès des "maîtres du monde". Et ceux-ci ont alors mis sur pieds la machine devant lui permettre de passer comme une lettre à la poste.
Mais ceci ne voudrait pas dire que les leaders réalismologistes sont forcément des cancres. On peut justifier d'une valeur intrinsèque respectable et s'inscrire dans une démarche "réalismologique". Il faut aussi remarquer qu'en France, pour réellement s'engager dans la conquête du pouvoir, Nicolas Sarkozy a tenu au préalable à tisser des relations solides avec les milieux des affaires en prenant un grand soin de s'attacher l'amitié des grands patrons de presse et ceux des instituts de sondage, tous ces lieux qui concourent à la fabrique de l'opinion. Cela s'appelle, assurer ses arrières. Pendant la campagne électorale de 2007, le candidat de l'Ump, et ceci malgré ce que cela pouvait lui coûter, a pris le risque de s'attaquer en les invalidant, aux leaders de mai 68 c'est-à-dire les promoteurs de l'idéalisme politique. Idéalisme qui, comme on, sait se situe aux antipodes du réalisme.

Comment fonctionne t-elle?
Le leader "réalismologiste" agit de façon assez simple mais suffisamment subtile pour perdre ses adversaires et même le petit peuple. D'abord, la "réalismologie" se moque de la démocratie perçue comme un système de bureaucratie politique dans lequel on perd trop de temps dans les conciliations. La démocratie doit se mettre à son service et non le contraire. Par contre, la "réalismologie" est mise au service de l'économie de marché dans ce qu'elle a de plus mercantile. Et puis, le leader "réalismologiste" se donne ceci pour credo : avant on s'appauvrissait en politique parce qu'on privilégiait un idéal qu'on souhaite atteindre et s'inscrire dans la postérité en de lettres honorables. Aujourd'hui, on doit vivre ici et maintenant le bonheur surtout matériel qui se cache derrière la pratique de la politique.
La fonction présidentielle sert bien sûr à la réalisation de la vision qu'on a eu en allant en politique. Mais elle doit aussi être une meilleure position pour mieux faire monter les enchères et pour aider ses amis des milieux des affaires dans la perspective d'un meilleur placement de soi même demain lorsqu'on quittera le pouvoir. C'est ainsi qu'après avoir quitté le pouvoir, Tony Blair s'est fait recruter comme conseiller à temps partiel dans le prestigieux cabinet JP Morgan pour un salaire mensuel de 80 000 euros.
D'après le journal Marianne, l'ancien chancelier allemand "Gherard Schröder n’a fait que rejoindre la société de gestion de pipe-line (Northern European Gas Pipeline Compagny) que sa fonction de Chancelier lui avait permis de favoriser" et ce ci pour un salaire de 250 000 euros l'an. Quant à l'ancien président américain Bill Clinton, ses conférences dans le monde lui rapporte tellement d'argent que le comité éthique du département d'Etat veut voir clair sur l'identité de ses bienfaiteurs. Des revenus qui ne laisseraient pas indifférent le président français Nicolas Sarkozy qui selon Marianne aurait tenu ces propos : "je fais çà 5 ans et ensuite je pars faire du fric comme Clinton". Georges W. Bush doit commencer bientôt une série de conférences dans le monde qui lui permettront d'amasser un précieux trésor.
Ainsi, à travers des connexions avec les milieux d'affaires, le leader réalismologiste réussit à faire main basse sur les moyens servant à la fabrique de l'opinion publique. Les médias sont conquis et transformés en une sorte de fusil mitraillette symbolique qui foudroie le petit peuple au travers d'un flow d'information démentiel et parfois inutile. Mais parce que prenant les apparences d'utilité, - en jouant justement sur le réalisme et l'utilitaire – occupe tout le cerveau du peuple ne laissant de la place et du temps que pour la publicité de coca cola comme le disait cyniquement Patrick Le Lay, ancien patron de TF1.
Dès lors que les instruments de la fabrique de l'opinion sont maîtrisés, on assiste à une sorte de conditionnement comparable à ce qui se passait sous les régimes communistes. Privé de lucidité, vidé de sa capacité de réflexion, le petit peuple est réduit à ne penser qu'à son ventre. C'est pourquoi, de plus en plus dans un pays comme la France, on constate que des revendications qui mobilisent encore, sont celles qui tournent autour du pouvoir d'achat ou encore de la sauvegarde des emplois, ce qui revient d'ailleurs au même. Un communiqué invitant les gens à venir défendre la démocratie par exemple, ne fera pas forcément foule. Non pas que le peuple ne trouve pas à redire sur le fonctionnement de la démocratie, mais parce que la réalismologie, du fait qu'elle s'adresse directement à l'individu dans sa distinction, fait exploser la notion d'appartenance et fait du peuple, non plus une entité épistémologiquement autonome et soudée, mais juste un assemblage d'individus incapables de réaliser la médiation politique nécessaire à tout combat. Tout le monde sait qu'il y a des problèmes, tout le monde voit qu'il y a des problèmes, mais comme ils ne peuvent pas fédérer leurs revendications, pris chacun qu'ils sont dans la satisfaction des besoins individuels, le peuple n'est plus qu'un troupeau de moutons qu'on peut diriger à la baguette.

Que va-t-il se passer?
Il se passe et il se passera de plus en plus que de petits groupes venant des extrêmes, qui ont pris conscience de la situation et qui gardent encore suffisamment de lucidité pour comprendre ce qui se passe, vont attaquer violemment les leaders réalismologistes parfois au travers des actions de rébellion. D'autres au sein de l'intelligentsia se laisseront, parce qu'ils perçoivent le problème plus que les autres, aller à une sorte de haine personnelle dirigée contre le leader réalismologiste. On peut relever en France le fait d'attaquer Nicolas Sarkozy sur son physique, sa petite taille, ses tics et le grossissement de certaines bourdes pour montrer son caractère irascible. Cela se voit plus au travers de l'utilisation des caricatures. C'est juste la pudeur qui empêche certaines personnes de l'attaquer sur ses origines. On assiste aussi à des dénonciations quelque peu décalées comme le fait d'accuser Nicolas Sarkozy de tendance monarchique. On peut relever aussi relever en Italie, le fait de partir de l'âge et des bourdes à répétition de Silvio Berlusconi pour évoquer son éventuelle sénilité.
Nous assistons en France à la formation des groupes révolutionnaires d'extrême gauche comme celui dont a accuse Julien Coupat d'être le leader. Ces groupes pourraient s'illustrer par des actes de rébellion. Des journalistes engagés s'empareront des "territoires libérés des médias" et lanceront à partir de là des attaques contre le régime qu'ils accusent de dérive monarchique mais en réalité de réalismologie. C'est le cas en France de certaines radios et de certains journaux où des chroniqueurs s'inscrivent dans une critique systématique du sarkozisme.
Mais toutes ces personnes risque de tomber dans un gros piège. Le risque est ainsi grand qu'ils finissent par ne jouer qu'une partition écrite par la réalismologie. En effet, les attaques violentes finiront par ressembler à de l'acharnement, à une sorte de lynchage symbolique. Et comme le petit peuple ou l'opinion publique qui est tribunalisé dans ce jeu, est foncièrement humaniste, il risque de se resserrer autour du leader réalismologique qui aura joué à fond la victimisation.
Les pouvoirs réalismologiques cultivent l'art de se faire détester. C'est un peu le jeu dans lequel excellait Donald Rumsfeld, le très conservateur secrétaire à la défense de Georges W. Bush. C'est dans le contexte de la haine que le leader réalismologiste parvient à s'imposer au peuple. Parce qu'en fin de compte, s'interroge t-il : à quoi sert l'amour d'un peuple pour un dirigeant qui sait d'avance que ses réformes seront impopulaires? Il s'inscrit ainsi dans le conflictualisme qui est décrit par certains doctrinaires comme le moteur du progrès sociopolitique.
En fait, on devrait remarquer qu'un peu partout, le gros du petit peuple a déjà validé la réalismologie même si on doit reconnaître qu'il le fait en toute inconscience. Sinon, Berlusconi ne serait pas revenu au pouvoir en Italie. Georges Bush n'aurait pas fait deux mandats à la tête des Etats-Unis. Il faut aussi reconnaître que Barack Obama a dû faire jouer son équation personnelle pour triompher de Mc Cain, porteur des valeurs réalismologiques. Le petit peuple reste passif face à la montée de la réalismologie parce que dans sa vie quotidienne, du fait justement de la dureté de cette vie, ils sont obligés d'avoir des conduites réalismologiques. Par exemple, ils n'iront plus manifester en masse dans les syndicats parce qu'ils veulent travailler plus pour gagner plus. Pour la première fois à la gare de Saint-Lazare à Paris, on a vu des gens qui, non seulement se montrent agacés par les grèves à répétition mais prennent à partie les agents de SNCF.

Et l'Afrique dans tout çà
Nous sommes entré par l'Afrique dans cet article, c'est donc judicieux de sortir par l'Afrique. Comme la plupart des pays du monde, les pays africains ont vu depuis les indépendances, des leaders de tous acabits. Des patriotes convaincus aux simples concierges à la solde de la métropole en passant par des illuminés. Aujourd'hui, la réalismologie est présente en Afrique. De tout temps en Afrique, le pouvoir est source d'enrichissement personnel et les connexions avec les milieux des affaires se font à ciel ouvert, notamment à travers l'intégration massive des hommes d'affaires dans le parti au pouvoir. Ceux qui arrivent au pouvoir continuent de se faire adouber par des groupes occultes intérieurs ou extérieurs à l'Afrique. Et lorsqu'ils arrivent au pouvoir, ils sont aussi obligés de s'appuyer sur les mêmes groupes pour s'éterniser au pouvoir.
Pour ce qui est des groupes extérieurs à l'Afrique, on a longtemps parlé des connexions de la Françafrique pour ce qui est des pays de l'ancien empire français. On croyait son influence sérieusement atteinte avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy et ses promesses de rupture. Mais on a très vite compris que la Françafrique coupera la tête à qui osera lui pointer un doigt. L'ancien secrétaire d'Etat français à la coopération Jean Marie Bockel l'a appris à ses dépens. D'ailleurs, ce qui vient de se passer à Madagascar dégage une forte odeur françafricaine pour qui connaît les méthodes de ce serpent de mer. C'est après un séjour hexagonal que le jeune Maire de Tananarive était rentré lancé l'insurrection qui l'a finalement porté au pouvoir. Et au cours de son séjour parisien, des témoins rapporte qu'il avait rencontré l'ancien chef de l'Etat malgache Didier Ratsiraka. Et c'est d'ailleurs une interview de ce dernier qui a véritablement mis le feu aux poudres et contraint Marc Ravalomanana à jeter du lest. D'ailleurs, selon certaines sources à Madagascar, Roland Ratsiraka, le neveu de Didier Ratsiraka serait le vrai prétendant au trône.
Pour ce qui est des groupes intérieurs, l'Afrique affiche une particularité qui est le treillis. Contrairement à ce qui se passe ailleurs, l'armée a toujours été un acteur majeur du champ politique en Afrique. En Afrique, la caserne militaire côtoie de très près le palais présidentiel si ce n'est parfois le sous-sol du palais. Depuis les indépendances africaines en 1960, les militaires ont violé le pouvoir dans l'immense majorité des pays africains. Au début des années 1990, effrayé par la communauté internationale qui recommandait plus de démocratie, ils ont fait semblant de se retirer dans les casernes mais sont revenus aussitôt en force, soit pour s'emparer du pouvoir comme au Benin avec Mathieu Kérékou, au Congo avec Denis Sassou Nguessou soir en prenant les civils au pouvoir en otage.
Aujourd'hui, la majorité des pouvoirs civils en Afrique sont sous le contrôle direct des militaires qui font régner la terreur. On a vu comment au Cap Vert que, pour avoir été soupçonné par les militaires d'être mêlé à l'assassinat du chef d'Etat major des armées, le chef de l'Etat Nino Vierra a été torturé à mort par les militaires. Et on découvre après sa mort qu'il s'était laissé entraîner dans une affaire de trafic de drogue. Ce qui veut dire que le double drame qui s'est produit entraînant la mort du chef de l'Etat et son chef d'Etat major des armées n'est en fait qu'un règlement de compte entre dealer. Cela se passait au Cap Vert mais c'est un message des militaires à tous les pouvoirs civils d'Afrique qui oseraient trahir le pacte qui les lie aux militaires. Parlant justement de drogue, les enfants de Lansana conté, le défunt président de Guinée Conakry, viennent de passer aux aveux par rapport à leur implication dans le trafic de drogue.
Ce qui se passe à Madagascar et nous allons sortir par là, est une illustration parfaite de ce que l'Afrique est sous l'emprise de la réalismologie. Le jeune Andry Rajoelina, comme d'ailleurs son prédécesseur est un homme d'affaires et propriétaires des médias qui n'auront même plus besoin de tisser des connexions dans les milieux des affaires. C'est le Business au pouvoir. Il a une haute main sur les médias qui sont comme on sait de précieux instruments de la fabrique de l'opinion publique. Et comme un leader réalismogiste a toujours un groupe occulte de qui il répond, il a les militaires qui ont tout fait pour l'introniser. Il n'a qu'à leur assurer un bon traitement. Mais le plus à plaindre dans ce jeu, c'est le peuple malgache qui est à la recherche du changement, qui hier a intronisé Marc Ravalomanana, qui l'a chassé et jeté son dévolu sur Rajoelina pour lequel il risque d'être déçu demain.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"
http://www.edetayo.blogspot.com/

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