vendredi 14 septembre 2007

CAMEROUN : ABAH ABAH, LE PEUPLE ET LA VINDICTE POPULAIRE




Il y a une un peu plus d'une semaine, le 7 septembre 2007, le président camerounais Paul Biya procédait à un réaménagement du gouvernement. Juste une retouche technique qui a quand même conduit au départ de certaines personnalités de premier plan. Grande déception tout de même chez ceux qui attendaient un remaniement gouvernemental avant au besoin un changement de Premier ministre.


Comme après chaque mouvement politique au Cameroun, j'ai appelé deux ou trois personnes pour savoir ce qui se dit dans l'opinion au-delà des analyses de quelques exégètes du dimanche. Au Cameroun le pouvoir est tellement hermétique qu'il ne laisse filtrer que ce qu'il souhaite voir répandre dans l'opinion. Alors la presse s'en empare et fait le reste.
La première personne que j'ai contactée n'a pas caché sa satisfaction par rapport au départ du ministre de l'Economie et Finances, Polycarpe Abah Abah : "Nous avons fêté le départ de Abab Abah. Il a failli nous tuer avec les impôts. Si je n'étais pas très solide, j'aurai moi-même eu un arrêt cardiaque comme les autres", dit-elle. Cette personne m'annonce aussi qu'avec le départ de Abah Abah, c'est la prospérité économique qui s'annonce pour le Cameroun : "Sarkozy a dit qu'il va nous aider. Et nous savons qu'il fait toujours ce qu'il dit. Nous sommes très confiants", dit-elle en faisant à sa manière la lecture du discours de Sarkozy à Dakar qui pourtant dans les milieux intellectuels africains avait reçu une volée de bois vert. Et j'ai compris l'écart qui existe encore en Afrique entre le discours des intellectuels et la compréhension de l'opinion de la base. Cette préoccupation, je l'avais déjà ressentie avant de rédiger une réflexion intitulée : "Les défis des intellectuels africains de la diaspora". Cette personne, je l'ai rappelé trois jours après et elle m'a annoncé non sans satisfaction que "les auditions de Abah Abah avait déjà commencé à la police". Des informations pas toujours vérifiées qui sont souvent aussi malheureusement relayées par la presse camerounaise où on annonce une deuxième opération épervier : "Abah Abah et Cie annoncés au Sed", titre le Messager, l'un des principaux quotidien privé camerounais.
Une deuxième personne que j'ai appelée est celle qui m'avait déjà annoncé une fois avec une pointe de fierté que "au Cameroun, nous sommes maintenant gouverné par l'ambassadeur des Etats-Unis. Il donne les ordres et notre président exécute". J'en avais été choqué. Que nous soyons tombé si bas au point d'être dirigé par l'ambassadeur d'un autre pays, fut-il une grande puissance. Cette personne est donc revenue cette fois pour me faire d'autres annonces. Selon elle, c'est finalement le fonds monétaire international dont une mission se trouve au Cameroun qui a finalement obtenu la tête d'Abah Abah.. Elle m'a dit aussi que l'ambassadeur des Etats-Unis (encore lui!) a demandé de tout faire pour que l'opposition ait un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale au risque pour le Cameroun de représenter aux yeux du monde l'image d'une démocratie monopartisane. Et c'est comme çà qu'elle explique le lâchage des ténors politique du Rdpc comme Françoise Foning, la députée-Maire de Douala 5e qui a vu ses deux élections annulées par la cour suprême.
Mais la vedette au Cameroun reste Polycarpe Abah Abah, le parfait fusible. Et il faut se lever très tôt pour lui voler la vedette. En fait, dans l'opinion camerounaise, on accuse l'ancien ministre de l'Economie et Finances de crimes collatéraux ou si vous voulez d'homicide involontaire. On parle particulièrement à Yaoundé du cas de deux hommes d'affaires promoteurs d'agences de voyages.
Tala Voyages, le propriétaire de l'agence qui porte son nom aurait été foudroyé par une crise cardiaque après que les inspecteurs lui ont annoncé un redressement fiscal de plusieurs dizaines de millions de F CFA : "Lorsque l'inspecteur des impôts lui a dit ce qu'il devait à l'Etat, il a compris que c'est la ruine qui le guettait. Alors il a commencé à suer à grande goutte et il a arrêté sa poitrine. Transporté à l'hôpital, il est passé de vie à trépas", rapporte une source camerounaise.
L'autre opérateur économique, promoteur de l'agence de voyage "Binam Voyages" aurait connu lui aussi le même sort. Il était entré dans une grave dépression depuis le passage des inspecteurs des impôts qui lui avaient aussi annoncé un redressement fiscal. Il était mort lui aussi quelques temps après.
Au Cameroun, on parle aussi de l'autre opérateur économique, Fokou Bernard promoteur du Groupe Fokou Fobert. Il opère dans le secteur des matériaux de construction, de l'industrie, de la construction routière. Il aurait décidé de délocaliser au Gabon et en Guinée Equatoriale pour protester contre ce qu'il considère comme le harcèlement fiscal.
Un autre homme d'affaire de Douala, jadis prospère m'annonçait dernièrement qu'il avait décidé de déclarer faillite à cause du harcèlement fiscal des inspecteurs de impôts : "Depuis que j'ai pris cette décision, je crois que je suis plus tranquille maintenant. Je trouve du temps pour m'occuper de ma santé. Maintenant que j'ai déclaré faillite, je ne sais pas chez qui ils viendront encore réclamer l'argent. Est-ce que l'impôt c'est pour tuer l'économie?", s'interroge t-il.
Tous ces drames, vécus par plus d'un opérateur économique au Cameroun à divers degrés, l'opinion camerounaise ne voit qu'une seule main, celle de Polycarpe Abah Abah, présenté dans certains milieux comme le diable incarné. L'inculpation de son épouse dans une affaire de détournement de deniers publics et sa libération en catimini avait fini de ternir l'image du Minéfi aux yeux de la population. Pour celle-ci, il n'était lui aussi qu'une fripouille, comme son épouse.
Peut-être que eux-mêmes les opérateurs économiques camerounais avaient pris l'habitude de faire les affaires en s'arrangeant avec les agents des impôts, privant ainsi les caisses de l'Etat des ressources substantielles. Pratique à laquelle Abah abah a certainement voulu mettre fin. Peut-être, si on se laisse aller à la théorie du complot qui n'est jamais loin de ces commentaires autour du harcèlement fiscal, Abah Abah ne serait que le bras armé qui veut les asphyxier. Pour quelle raison?

ET POURTANT…

Abah Abah, je l'avais connu dans les années 90, plus exactement en 1994. Il était conseiller technique dans les services du Premier ministre où il menait la réforme fiscale. J'y étais allé en compagnie de Atemebang Achu, un confrère et ami, aujourd'hui disparu, qui était très proche de lui. Je l'avais trouvé très enthousiaste et très volontaire. Il semblait maîtriser son sujet. Il m'avait offert un exemplaire de son rapport et j'avais exploité quelques extraits dans mes papiers Il sera par la suite nommé directeur de impôts avant d'être propulsé ministre de l' Economie et Finances. Et puis il était devenu très impopulaire dans l'opinion.
Après cette rencontre, je ne l'avais plus jamais rencontré mais j'étais resté marqué notre rencontre. Et j'avais de la peine à croire qu'un homme aussi volontaire pouvait dévier au point de ne devenir qu'un vulgaire cerbère doublé de pilleur de fond public impénitent. Il me souvient que je recevais très souvent les flèches de ses détracteurs lorsque j'affirmais qu'il est pour moi la personne indiquée à ces postes parce qu'il est dans son élément. Je leur disais qu'il est l'un des rares qui a une feuille de route qu'il s'était donné et qu'il avait réussi à faire accepter par le gouvernement.
D'autres n'hésitaient pas comme c'est de coutume au Cameroun de croire que mes prises de position n'étaient pas dénuées d'intérêts : "Si c'est parce que tu bouffes avec lui, pardon excuses-nous. Il nous énerve et il doit partir", disaient certaines personnes qui étaient particulièrement remontées contre lui. Elles me disaient que Abah Abah est très mauvais. Alors, je leur demandais pour qui il est mauvais: "Pour vous les opérateurs économique qui êtes à la recherche de votre profit maximum ou pour Paul Biya qui l'a nommé et qui attend de lui qui renfloue les caisses de l'Etat. Je leur disais que, lorsque son patron Paul Biya se rendra compte qu'il est mauvais pour lui, il l'enlèvera. ". C'est ce qui vient d'arriver et c'est le destin des fusibles.
Au demeurant, l'action de Abah Abah a-t-elle été complètement noire pour l'économie camerounaise et le Cameroun tout court? Que non. En renflouant les caisses de l'Etat par les moyens qui étaient les siens et qui c'est vrai ne faisaient pas l'unanimité, Abah Abah a permis à l'administration camerounaise d'éviter le ridicule qui consistait à acheter les voitures d'occasion et être la risée de ces mêmes opérateurs économiques savaient si bien jouer les victimes.
Ce qui est vrai c'est que, porté par son enthousiasme et son volontarisme, Abah Abah a voulu mettre une pression un peu trop forte. Dans beaucoup de domaine, il a fait du copier coller entre le modèle fiscal français et le modèle camerounais. Il imposait ainsi un modèle conçu pour la France dans une société camerounaise qui est complètement différente. Cette inadéquation a fini par ne privilégier que le coté répressif de l'impôt contribuant ainsi à créer des relations plus que distendues entre l'Etat et le secteur privé. C'est pourquoi, au cours du conseil des ministres du 13 septembre 2007, qui a suivi le réaménagement du gouvernement, le Président Paul Biya, dans un désaveu complet de la politique fiscal menée par son ancien ministre de l'Economie et Finances, "recommande de modifier l'attitude à l'égard du secteur privé, notamment en matière de fiscalité, en la rendant plus incitative". Voilà qui est dit et qui va redonner du baume au cœur des opérateurs économiques.
L'autre problème que Abah Abah n'a pas résolu c'est celui de l'équité de l'impôt et finalement une sorte d'égalité de tous les citoyens devant ce devoir. Or au Cameroun, il y a beaucoup de personnes qui bénéficient des passe droit pour ne pas payer les impôts alors qu'elles réalisent parfois des profits faramineux. Il s'agit de tous ces hommes d'affaires qui se réfugient dans le parti au pouvoir. Il s'agit aussi des expatriés qui obtiennent des exonérations injustifiées. L'impôt au Cameroun devient donc le fardeau des faibles qui n'ont personne au sommet de l'Etat. C'est aussi ici qu'il faut venir trouver les raisons de l'impopularité croissante et inquiétante de Polycarpe Abah Abah.
Resté longtemps sourd aux plaintes des opérateurs économiques et même des Camerounais en général, Paul Biya a enfin a compris que Abah Abah pouvait lui nuire personnellement. Il a compris que le fusible avait complètement grillé et pouvait ne plus le protéger. C'est pourquoi il a accédé à la demande d'holocauste des camerounais en leur balançant enfin son argentier. A ce stade, le peuple camerounais est comparable à une meute de chiens affamés. Chaque fois, le pouvoir suce jusqu'à l'os, un des leurs qu'il avait choisi et le leur balance. Alors, ils se précipitent pour le déchirer. Demain, ce sera un autre serviteur tombé en disgrâce qui leur sera servi. Un jour peut-être, un dernier sacrifié sera "l' Agneau de Dieu qui vaincra ce monde inique !"

Par Etienne de Tayo

dimanche 9 septembre 2007

FORUM CHINA-EUROPA OU COMMENT RELEVER LES DEFIS DU NOUVEAU MONDE



Dominique De Villepin vient de commettre un essai, un de plus, sur Napoléon Bonaparte (Le soleil noir de la puissance 1796-1807), pour dit-on contre attaquer en utilisant la "stratégie de la place du marché" dans l'affaire clearstream mais surtout pour tenter de démystifier et démythifier le phénomène Sarkozy. Au même moment, l'une des prédictions de l'avant dernier monarque français est en passe de se réaliser. En effet, au faîte de sa gloire, Napoléon 1er déclara : "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera". Il comparait la Chine à un Lion endormi. Aujourd'hui, le lion s'est réveillé et la panique gagne la jungle qu'est devenu le monde.
Alors que aux Etats-Unis, les membres du congrès, dans leur panique, renouent avec le "china bashing" et brandissent la menace de rétorsions contre la Chine ou encore un recours à des mesures aussi rétrogrades et anachroniques comme le protectionnisme. En Europe, des groupes plutôt pacifistes, qui veulent se démarquer des institutions étatiques, s'organisent pour désamorcer la bombe et "créer un dialogue entre les sociétés chinoise et européenne".
C'est le cas des promoteurs du deuxième Forum "China-Europa" qui ont donné une conférence de presse au Cape de la Maison de la Radio France à Paris. Ils ont compris, peut-être avant tout le monde, que "la mondialisation et la montée en puissance de la Chine posent aux deux sociétés (européenne et chinoise) des défis nouveaux et imposent des modalités nouvelles de dialogue. Autour de Michel Rocard, les organisateurs faisaient ainsi le point des préparatifs en même temps qu'ils commentaient les dernières évolutions de l'actualité au sujet de la Chine.
Sous le thème d'un "dialogue biennal des sociétés pour relever ensemble les défis du monde contemporain" ce Forum, organisé par la fondation Charles Léopold Mayer, la Vrije Universiteit Brussels, l'Université du peuple de Chine et l'Université Sun Yat-Sen, se tiendra du 4 au 7 octobre 2007 en deux étapes : les 4 et 5 octobre 2007 dans 23 villes européennes et les 6 et 7 octobre 2007 une séance plénière à Bruxelles. Près de 50 thèmes allant du vieillissement de la population à la réforme de l'enseignement supérieur, de la gouvernance mondiale au développement durable, seront ainsi abordés dans les 27 ateliers thématiques.
A l'issue de la conférence de presse nous nous sommes tournés vers trois personnalités au centre de l'événement : Michel Rocard, ancien premier ministre français, député au parlement européen et membre de la commission des affaires étrangères. Il a été président de la délégation européenne au premier Forum qui s'est tenu à Nansha; Pierre Calame, Directeur général de la fondation Charles Léopold Mayer et Chen Yan, Secrétaire général de l'Association des intellectuels chinois en Europe. Nous avons voulu, avec eux, commenter les conséquences de l'irruption de la Chine sur la scène internationale et surtout le nouveau sort qui est celui de l'Afrique dans ce monde reconfiguré.

Etienne de Tayo

Promoteur de "Afrique Intègre"

ENTRETIEN AVEC MICHEL ROCARD, ANCIEN PREMIER MINISTRE FRANCAIS, DEPUTE AU PARLEMENT EUROPEEN






"Je vois se développer chez nos amis Américains une théorie de la menace chinoise qui m'inquiète. Et en Europe où nous réagissons différemment, le problème est plutôt la méconnaissance, l'ignorance profonde"




Question : Monsieur le Premier ministre, vous préparez ce forum Chine Europe au moment où les relations sont particulièrement tendues entre la Chine et ce que nous appellerons l'Occident. On a l'impression qu'un certain mépris de l'autre traverse ces tensions. Peut-on réussir à pacifier sans qu'il y ait ce respect nécessaire entre les deux peuples?

Michel Rocard : Il ne faut pas tout mélanger. Ce forum est le deuxième forum chinois et il rassemble des gens qui ne sont pas les gouvernements. C'est une rencontre entre deux sociétés civiles autorisée par les puissances publiques. Mais autorisée seulement et pas contrôlée. Et çà me paraît utile de faire çà justement au moment où les choses ne vont pas très bien sur le plan de la diplomatie commerciale ou encore du débat du conseil de sécurité sur le Darfour.
Ce forum est une recherche de pacification par une meilleure compréhension mutuelle.

Question : Pensez-vous qu'au niveau de l'Occident il y ait cette disposition pour la compréhension nécessaire à cette pacification. Parvenez-vous dans l'élite à présenter une autre Chine au peuple de l'Occident qui, la campagne médiatique aidant, a plutôt l'image d'une Chine qui cherche à l'empoisonner et qui ne joue pas franc jeu?

Michel Rocard : Vous parlez comme si vous résumiez la Chine à son gouvernement. Il y a un milliard trois cent million d'habitants. Il y a une vitalité de la société chinoise qui ne se limite pas aux actes de son gouvernement. D'autre part, l'Occident est un concept dangereux. Je vois se développer chez nos amis américains une théorie de la menace chinoise qui m'inquiète. Et en Europe où nous réagissons un peu différemment, le problème est plutôt la méconnaissance, l'ignorance profonde.Notre deuxième forum Europe-Chine a plutôt pour objet d'élargir la connaissance que nous avons de la Chine et peut-être de nouer des relations interpersonnelles, de commencer à créer des liens de peuple à peuple qui ont besoin de grandir beaucoup avant d'être capable d'apporter des conséquences politiques.

Question : Vous avez été premier ministre de la France, aujourd'hui, l'Afrique est devenu, plus que par le passé, un enjeu pour les grandes puissances. Et la France perd de plus en plus de terrain en Afrique au profit des nouvelles puissances comme la Chine. Comment analysez-vous cette situation?

Michel Rocard : Premièrement, il faudrait vraiment en finir avec le colonialisme. Que la France perde du terrain en Afrique, c'est la moindre des choses. C'est même normal. Je n'aime pas l'impérialisme. J'essaie de travailler à ce que l'Afrique conquière son autonomie, sa souveraineté, son autosuffisance. Elle a besoin de l'extérieur, il y a une émulation. La Chine arrive et offre beaucoup d'aides, c'est bien. La Chine est plus grosse que la France. C'est bien normal que son offre soit importante.
Mais sur l'Afrique, on dit beaucoup d'erreurs. J'espère qu'on comprendra que les exigences de découvertes du développement économique en Afrique sont internes. L'aide ne suffit pas. C'est vraiment le développement d'un entreprenariat notamment de PME et de services qui manquent beaucoup à l'Afrique. Ce n'est pas une multiplication de très grandes usines capables à l'européenne et à l'américaine de traiter les ressources naturelles en Afrique qui pose le problème. Il faut mettre sur pied un tissu économique et çà c'est purement africain.

Propos recueillis à Paris par : Etienne de Tayo

ENTRETIEN AVEC PIERRE CALAME, DIRECTEUR GENERAL DE LA FONDATION CHARLES LEOPOLD MAYER, ORGANISATEUR DU FORUM CHINA-EUROPA



"L'influence de la France en Afrique restera considérable si la France est porteuse d'idées pour l'avenir"


Question : Le climat se détériore de plus en plus entre les Etats-Unis et la Chine. Comment pensez-vous que l'on puisse éviter le clash si vous pensez qu'il peut y avoir clash?

Pierre Calame : Il y a une seule solution que l'humanité a trouvé pour éviter les clash, c'est de se parler. On définit quelque fois la guerre comme la défection de la parole. Il est extrêmement rare de se tuer en se parlant. Maintenant le dialogue, comment et pourquoi faire?
Il faut repartir des bases sinon on est tout dans le malentendu, le préconçu. Il faut que ce soit les sociétés qui se parlent et pas des appareils institutionnels qui ont leurs propres intérêts par rapport à leurs sociétés. Donc un des intérêts, on le voit bien en Europe avec la reprise en main des Etats, est de construire les pseudo intérêts nationaux. Est-ce qu'il y a un intérêt national éminent chinois d'un coté et européen de l'autre? Ou y a-t-il aussi des question qui se posent aux femmes chinoises et européennes, aux entreprises ou aux paysans. Donc une manière de déconstruire l'ennemi c'est de découvrir que parfois ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous oppose. Mais tous les médias et tous les appareils institutionnels vont vous convaincre du contraire.

Question : On sait quand même que pour dialoguer, il faut déjà se respecter. Mais lorsqu'on regarde la campagne médiatique qui est faite actuellement sur le made in china. Est-ce que avec une telle ambiance le dialogue est possible?

Pierre Calame : Totalement. Mais dans dix ans je ne sais pas, parce qu'il est en train de se construire une problématique de l'affrontement. Le blocage du dialogue vient de la peur de voir l'autre ne pas être sincère. Le dialogue est une élaboration sociale. A partir de là, quand on est en face de l'autre, une fois qu'on a accepter ces étapes intermédiaires et où on se trouve dans une situation où des femmes chinoises et des femmes européennes, des journalistes chinois et des journalistes européens, des entreprises chinoises et des entreprises européennes se parlent non pas de qu'est ce que je reproche à l'autre mais qu'est ce que je suis, quelles mes peurs, quelles sont mes points d'interrogation. Alors la prévention tombe automatiquement.

Question : On a aussi l'impression que l'Afrique est devenu un enjeu pour les grandes puissances et l'influence de la France recule dangereusement. Est-ce que la situation telle qu'elle est présentée en Afrique n'est pas parfois déformée juste pour les intérêts des groupes comme vous le rappeliez?

Pierre Calame : Quand vous dites que l'influence de la France recule dangereusement, pour qui? Pour l'Afrique ou pour la France? En quoi l'influence de la France en Afrique est capitale à l'évolution de la société française? Commençons par sortir des rhétoriques de puissance qui n'ont rien à voir avec la gestion du monde de demain. L'influence de la France en Afrique restera considérable si la France est porteuse d'idées pour l'avenir. Les rapports de force sont sans issue dans le nouvel Etat du monde. Vous vous souvenez de la boutade de Staline : "Le pape, c'est combien de division?". N'empêche que c'est finalement l'église catholique qui a largement contribué à l'effondrement de l'Union soviétique. Ce n'est pas qu'avec les divisions qu'on gagne comme l'a rappelé Michel Rocard à la conférence de presse. On est passé dans une nouvelle ère, il n'y a aucun doute. Moi en tant que Français et pensant que la France a une histoire et une culture, qu'elle des choses à dire sur le monde. Si ces choses sont utiles, l'influence de la France sera grande. Mais la question de savoir si on maintient par la françafrique des réseaux occultes, des dictateurs soutenus, des intérêts de tel ou tel groupe économique ne nous intéresse absolument pas.
Par contre l'Afrique est confronté à un autre problème. C'est que la Chine a besoin à son stade de développement d'énergie et des matières premières. Elle pense les trouver en Afrique et y fait une offensive. Elle s'en fout complètement de l'Afrique. La Chine a une histoire de repli sur elle-même. Le Chinois ont été émerveillés par l'intelligence des leaders paysans africains parce que pour eux au départ, c'était des infrahumains. La Chine ne peut avoir actuellement qu'une attitude particulièrement cynique par rapport à l'Afrique. Mais elle va le faire de manière chinoise. Et qui va faire honte à l'inefficacité totale de la coopération européenne en Afrique. Donc, qu'une coopération inefficace soit chassée par des stratégies cyniques, c'est la vie.

Question : Beaucoup d'analystes pensent que la Chine et les Etats-Unis peuvent arriver à un affrontement armé. Partagez-vous les mêmes peurs?

Pierre Calame : Dans l'enjeu du forum, il l'idée que l'Europe sera à un moment probablement le seul médiateur possible entre la Chine et les Etats-Unis. Est-elle capable de l'être maintenant? Je n'en sais rien. La Chine est dans une position extrêmement contradictoire avec les Etats-Unis : Tout le monde en Chine déteste les Etats-Unis et tout le monde ne rêve que d'une chose: émigrer aux Etats-Unis. Au niveau du mode de vie, le modèle américain est la référence. Mais au niveau de la gestion, les élites chinoises qui sont très brillantes, savent que le modèle américain n'est pas jouable. Les Etats-Unis c'est 350 millions d'habitants et des ressources naturelles immenses et pourtant pas suffisantes pour un modèle des prédateurs. Donc ils ont déjà maîtrisé les ressources de la plupart des zones de la planète. A commencer par le pétrole du moyen orient. Ce modèle là n'est absolument pas productif pour la Chine à cause de l'étroitesse de ses terres arables. Toutes les élites chinoises savent que c'est vers le modèle européen qu'il faut se tourner et non le modèle américain. Il y a une fascination en Chine pour la puissance. Elle a été la première puissance mondiale pendant les siècles. Elle a connu un déclin effroyable en 1850 et 1920. La première question de la Chine est de retrouver son rang. S'il y avait pas l'Europe je crois qu'il n'y aurait pas d'amortisseur à un modèle d'intérêts nationaux qui s'affrontent. Les deux pays qui ont gardé la vision nationaliste au sens profond du terme, ce sont les Etats-Unis et la Chine. La Chine a théorisé l'idée qu'il y aune seule chose qui existe c'est les nations. Et les Etats-Unis sont le seul pays au monde où la constitution interdit à des soldats américains d'obéir à des généraux non américains. Donc, deux nationalismes radicaux dont les intérêts sur les matières premières et l'énergie sont complètement divergents. Oui il y a de quoi être soucieux. En plus ils ne se connaissent pas bien. Vous savez que la première guerre mondiale a débuté par un fait divers d'un assassinat à Sarajevo. Ce genre d'étincelle peut bien se passer entre la Chine et les Etats-Unis.

Propos recueillis à Paris par Etienne de Tayo

ENTRETIEN AVEC YAN CHEN, SECRETAIRE GENERAL DE L'ASSOCIATION DES INTELLECTUELS CHINOIS EN EUROPE


"L'intellectuel doit aider les peuples à relever le défi de la mondialisation"

Question : Depuis quelques mois, la tension monte entre les Etats-Unis et l'Europe d'un coté et la Chine de l'autre. Certains analystes craignent même le pire. Quel peut être le rôle de l'association des intellectuels chinois que vous représentez en Europe?

Yan Chen : Je pense que le rôle de l'intellectuel n'est pas d'intervenir dans le secteur du commerce et de la coopération. L'intellectuel devrait contribuer à faire comprendre les deux sociétés et réfléchir sur l'avenir soit de la guerre, soit de la coopération. L'intellectuel doit aider les peuples à relever le défi de la mondialisation.

Question : Quelles sont les objectifs de votre association des intellectuels chinois?

Yan Chen : Notre association regroupe une centaine d'intellectuels chinois en Europe. Elle joue un rôle de pont entre l'Europe et la Chine. Par la communication, elle essaie de faire comprendre d'un coté aux Européen la situation chinoise et de l'autre le fonctionnement du modèle européen. Nous organisons des colloques et des manifestations pour rapprocher les deux peuples.

Question : Les deux modèles chinois et européens reposent sur des socles très différents. Etes-vous partisan de la création d'une culture de l'universelle ou croyez-vous à la force de la diversité?

Yan Chen : Je pense que la question culturelle est très vaste. Je ne pense pas toujours qu'il y a d'un coté une culture européenne et de l'autre une culture chinoise. Puisque la culture chinoise évolue et la culture occidentale pareille. Il y a une modernité qui s'oppose à la tradition. Par exemple, la Chine d'aujourd'hui est bien différente de la Chine d'il y a deux mille ans. La prise de conscience qu'on est dans un univers qui est globalisé. On est au quotidien en contact avec les occidentaux. La Chine aujourd'hui devrait comprendre et ne pas se réfugier dans son modèle de culture traditionnelle.

Question : Les accusations qui sont généralement dirigées en occident contre la Chine c'est d'être trop fermée, de ne pas s'ouvrir au monde. Les trouvez-vous justifiées?

Yan Chen : Elles sont partiellement justifiées. Il y a une Chine tout à fait ouverte et qui est prête à accueillir toutes les idées. Mais il y a une autre Chine qui essaie de retarder et même de réprimer cette demande. Il y a donc une Chine politique qui est à la fois totalitaire et post totalitaire. Elle peut réprimer avec les moyens de l'Etat. En même temps le régime est doté d'une économie très forte et en pleine croissance. Donc il a les moyens modernes de contrôler la société. Mais la dimension politique peut peut-être retarder la prise de conscience et surtout les mutations dans une société qui est en pleine croissance mais il ne peut pas complètement l'étouffer.

Propos recueillis à Paris par Etienne de Tayo

samedi 8 septembre 2007

VOICI POURQUOI LES ETATS-UNIS NE FERONT PAS LA GUERRE A LA CHINE




Ces derniers jours, l'opinion publique américaine, alertée par la campagne médiatique anti "made in china", est particulièrement remontée contre l'empire du milieu. Le pays de Hu Jintao est accusé au mieux d'une concurrence déloyale au plan commercial, au pire d'un plan diabolique visant tout simplement à empoisonner les consommateur américains.

L'énumération macabre qui noirci les pages et défile sur les écrans télé et sonores est de nature à décourager même le consommateur le plus inconscient. Ici, un extrait de l'article de l'Express : "Les pneus défaillants : 2 morts. La mélanine dans la nourriture pour animaux : 4 150 quadrupèdes tués. Les avions télécommandés qui explosent en vol: 22 personnes atteintes de surdité partielle ou temporaire. Les jouets ou bavoirs peints avec de la peinture au plomb ou encore le dentifrice au diéthylène glycol"
Cette campagne de diabolisation, connue sous le nom de "china bashing" (taper sur la Chine) est menée au congrès américain où plusieurs projets de loi protectionnistes sont proposés. Dans un congrès où les "china bashers" sont majoritaires, démocrates et républicains s'accordent pour protéger le petit et fragile Etats-Unis contre la grande et méchante Chine. Par ailleurs, d'autres officiels, plus belliqueux et jaloux du statut de l'hyper-puissance des Etats Unis, n'écartent pas la possibilité des sanctions multiformes à infliger à la Chine.
Il n'en fallait pas plus pour que certains analystes y voient les prémisses d'une guerre économique ou d'une guerre tout court. Mais à y voir de plus près, les chances pour les Etats-Unis d'ouvrir un conflit commercial ouvert ou un conflit armé contre la Chine sont très minces. Ceci pour un ensemble de raisons idéologiques, commerciales, financières, géostratégiques et géopolitiques.
En recourant au protectionnisme quelle qu'en fut la raison au 21e siècle, les Etats-Unis courent le risque d'un reniement idéologique en sapant le socle sur lequel repose l'idéologie capitaliste et libre échangiste dont ils sont les plus grands promoteurs dans le monde. Après la responsabilité que certains lui reconnaissent volontiers dans l'échec du cycle de Doha de l'OMC, la préconisation des mesures de rétorsion protectionnistes des Etats-Unis contre la Chine confirmeraient tout le mal que certaines ONG pensaient du pays de Georges Bush en tant que fossoyeur du libéralisme économique. Cela s'appellerait : scier la branche sur laquelle on est perché.
Au plan commercial, la Chine a fait les choses de telle sorte que, si elle devrait tomber suite à une attaque américaine, les deux économies s'écrouleraient simultanément. Ainsi, les exportations de la Chine vers les Etats-Unis en 2006 se montaient à 288 milliards de dollars. Elles portent sur les équipements électriques, les jeux, les jouets, l'habillement, le mobilier. La Chine est responsable de plus d'un quart du déficit commercial américain avec 232 milliards de dollars. Les Etats-Unis dépendent de la Chine pour le financement de leurs déficits extérieurs. Selon Philippe Boulet Gercourt, correspondant du magazine "Challenges" aux Etats-Unis, "les chinois disposent de gros excédents monétaires qui rendraient suicidaires une guerre commerciale ouverte" contre la Chine.
Au plan financier, bien que la sous-évaluation du Yuan, la monnaie chinoise, soit perçue par les Etats-Unis comme la plus grosse tricherie financière de la part de la Chine, ils se gardent pourtant bien d'engager des mesures de rétorsion. Et pour cause, la Chine détient les bons de trésor américain pour une valeur d'environ 407, 4 milliards de dollar. La vente soudaine de ces titres ferait chuter le dollar d'au moins de moitié. De même que cette monnaie longtemps considérée comme étalon de référence pour les échanges internationaux risquerait perdre ce statut.
Au plan géostratégique, il est important de remarquer que "l'ours Russe, humilié au lendemain du démantèlement de l'union soviétique est en train de sortir les griffes", comme le souligne un article de "The Economist" repris par "l'Express". En fait, entre la Chine et les Etats-Unis, deux belligérants en ordre de bataille, la Russie joue le rôle d'épouvantail capable de dissuader les américains quant à l'éventualité d'une attaque contre le Chine. De même l'Europe occidentale joue le rôle d'amortisseur et de stabilisateur qui permettrait aux deux adversaires d'entendre raison. A savoir que ce qui divise peut parfois être immensément plus minime que ce qui nous unit.
Au plan géopolitique, la mondialisation entamera tellement la souveraineté des Etats qu'il ne sera plus facile de parler de patriotisme commercial aux hommes d'affaire qui n'auront plus envie d'être enfermé dans des entité appelés Etats, mais qui voudraient avoir leur liberté d'action partout dans le monde et surtout dans les secteurs qui comme la Chine leur permet de réaliser des profits substantiels. Dès lors parler des produits chinois et les lier directement à l'image de la Chine relèverait d'une absurdité à nulle autre pareille. Ce d'autant plus que "près de 2/3 des exportations chinoises aux Etats-Unis sont manufacturées par les entreprises non chinoises à Taiwan, au Japon et aux Etats-Unis".
Enfin, contrairement à son apparence, la Chine pratiquerait un lobbying d'une efficacité à faire pâlir les plus grands experts américains en la matière. Ainsi, comme l'écrit "l'Express" : "les chinois possèdent de nombreux amis, prêts à calmer le jeu. Yang Jiechi, l'actuel ministre chinois des affaires étrangères, est un ami de longue date de la famille Bush. Dans l'administration, le secrétaire au Trésor Hank Paulson conserve de nombreuses amitiés chinoises nouées à l'époque où il dirigeait la banque Goldman Sachs. Dans le secteur privé, les chinois peuvent aussi compter sur le soutien de Madeleine Albright ou Charlène Barshefsky ex-secrétaire au commerce qui a négocié l'entrée de la Chine à l'OMC. Quant aux multinationales, elles sont les premières contre toute mesure protectionniste qui irait à l'encontre de leur intérêts". Il faut signaler que "le club for growth a publié une pétition contre les politiques protectionnistes visant la Chine signée par 1028 économistes".
Pour autant, faut-il penser que les china bashers, conscients de cette situation, rangeront leurs armes. Que non. Ils continueront se muscler jusqu'au jour où un président suffisamment belliqueux leur permettra d'assouvir leurs besoins. A savoir, casser du Chinois.

Par Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"

jeudi 30 août 2007

DIASPORAS AFRICAINES : COMMENT VIDER LE CONTENTIEUX AVEC LE BLED?



Les diasporas africaines s'organisent et se structurent de plus en plus. Au gré des événements heureux ou malheureux des groupes se forment et se penchent sur leur sort.

A l'initiative de l'union africaine, une conférence consultative régionale des diasporas africaines se tiendra les 11 et 12 septembre 2007 à Paris. Elle fait suite à une série d'autres conférences, de même nature, organisées au Brésil pour l'Amérique latine, à Londres pour le Royaume Uni, à New York pour l'Amérique du Nord, aux Bahamas. Une dernière aura lieu à Addis-Abeba pour la région Afrique. Au premier trimestre 2008, l'Afrique du Sud accueillera en apothéose la conférence finale dont le thème sera : «Vers la réalisation d’une Afrique et sa Diaspora unies et intégrées : une vision partagée pour un développement durable visant à relever les défis communs». L'objectif est de faire de la diaspora africaine la sixième région de l'union africaine après l'Afrique du Nord, de l'Ouest, de l'Est, Centrale et Australe. C'est pour la première fois qu'une telle initiative est conduite de façon aussi méthodique et les observateurs y mettent beaucoup d'espoirs pour le développement de l'Afrique.
Déjà le 1er septembre 2007 l'Association Africagora que préside Dogad Dogoui (voir photo), organise l'université d'été des diasporas africaines et la 6e édition des Assises nationales de l'Intégration sous le thème : "Que veulent les Africains de France. Et les Français d'ascendance africaine". 300 délégués et représentants de communautés et d'associations de minorités de 40 villes seront présents au Palais des congrès de Paris Est à cette occasion. C'est dire si les diasporas africaines sont en effervescence.
Mais reste qu'un contentieux séculaire, parfois invisible à l'œil nu mais ô combien pernicieux continue d'habiter les relations entre les membres des diasporas africaines et leurs frères et sœurs restés au bled. Ce contentieux a jusqu'ici plombé toutes les initiatives tendant à faire profiter au continent africain aussi bien l'expertise que les ressources de ses filles et fils disséminés partout dans le monde. C'est ce même contentieux qui empêche la création d'une sorte de synergie entre les acteurs de la diaspora et les Africains du continent. Ceci fait qu'à ce jour, les transferts des migrants qui représentent le triple de l'aide publique au développement ne parviennent pourtant pas à enclencher le développement du continent africain. Chaque membre de la diaspora qui tente de faire profiter son réseau de relation à son pays d'origine, rencontre très souvent une série d'obstacles parfois insurmontables. Toutes les tentatives des membres de la diaspora de monter des affaires dans leur pays d'origine ont échoué à cause de la malhonnêteté subite de tous les frères et sœurs restés au bled : "Pour monter et réussir une affaire, il ne reste plus que le père et la mère sur qui on peut compter. Encore que beaucoup de personnes se sont fait escroquer par leurs parents. Je crois qu'il n'y a pas de remède à cette malhonnêteté là", relate, impuissant, un membre de la diaspora. C'est par tonne que les membres de la diaspora rapportent des histoires dans lesquelles leurs proches restés au bled les ont escroqués et leur profèrent des menaces par-dessus le marché.

PARTIR C'EST TRAHIR!

A l'origine, une affaire d'illusion pour les uns, de trahison pour les autres, suivie de honte camouflée, de réparation et même de rachat. L'illusion est celle des Africains du bled qui continuent à croire, durs comme fer, que l'occident vers où ont émigré leurs frères et sœurs est un paradis, mieux, un jardin d'éden où tout se cueille facilement et surtout l'argent. La trahison est celle de l'émigré qui part. Parce qu'à la différence des autres continents, on ne quitte pas l'Afrique sans séquelles, sans remords, sans regrets. C'est pourquoi, à 95%, les migrants africains se fixent souvent des objectifs précis d'épargne en vue du retour pour une meilleure installation sur le continent. Cette trahison dont l'émigré a constamment honte dans son comportement au quotidien, est celle de l'Afrique en tant que continent mais aussi et surtout celle des frères et sœurs restés au bled qui se font d'ailleurs forts de demander aux traîtres, des réparations ou un rachat. Autrement dit, l'émigré qui a quitté son pays, en trahissant ses frères et sœurs, peut se racheter auprès de ces derniers si et seulement ils acceptent de leur envoyer régulièrement de l'argent et d'autres produits de la civilisation occidentale. Seulement, le résident africain qui reçoit l'argent pour lequel il n'a fait aucun effort de travail lui affecte une valeur en dessous de zéro. Il dépense donc cet argent sans compter et se retrouve rapidement dans une position de nécessiteux. Il devient ainsi un vrai tonneau de danaïde qui ne remplit jamais. Dans ce jeu là, l'honnêteté est un défaut qu'il faut vite corriger. Et si d'aventure, le frère ou la soeur de la diaspora lui fait une réflexion dans le sens de lui rappeler les règles d'éthique ou d'une meilleure utilisation de l'aide reçue, il se braque, est le premier à crier au scandale et menace. On entend alors des expressions du genre : "Vous de la diaspora, vous êtes des avions, nous sommes l'aéroport. Je verrai bien où vous allez vous poser lorsque vous en aurez envie".

REUSSIR C'EST SUSPECT

En Afrique, on croit tellement à l'échec, on le conjugue tellement dans les actes quotidiens que celui qui réussit est suspect et est presque invité à s'excuser auprès de ceux qui n'ont pas réussi. Ceux-ci croient toujours qu'il leur a volé quelque chose ou a pris à lui tout seul ce qui leur était destiné. L'Africain de la diaspora n'échappe pas à ces schémas. Lorsqu'il réussit, il est doublement voué aux gémonies par les siens. D'abord pour la trahison du départ et ensuite pour la trahison de la réussite seul. Et il ne devra son salut que si et seulement s'il accepte de se racheter. C'est-à-dire payer une sorte de redevance à la trahison fixée par les frères et sœurs du bled.
De tout temps, il a toujours existé une querelle sourde entre ceux qui partent et ceux qui restent. A preuve, ce chant bien connu, d'un campagnard en direction de ses congénères de la ville:
"A pauvre gens de ville;
Que j'ai pitié de vous;
Vous portez des habits;
Pourtant vous êtes fous;
Palais de grandes pierres;
Qu'entouraient des taudis
Combien je vous préfère;
A mon humble paradis".
Comme ce campagnard, les africains du bled pensent que leurs frères de la diaspora sont un peu fous. Ils savent que certains membres de la diaspora font de temps en temps des incursions au bled pour leur en mettre plein les yeux. Ils n'apprécient pas çà mais ne le font savoir que très rarement. Ils pensent que l'éloignement a privé les membres de la diaspora de la sagesse qui selon eux ne s'acquière qu'au bled. Ils disent qu'au bled, les gens n'ont rien à dire et savent se taire parce qu'on s'exprime aussi par des silences. Mais dans la diaspora, les membres ont parfois trop à dire et s'expriment mal, parlent comme des enfants et finissent par ne rien dire après avoir agacé leur auditoire. Ils les trouvent finalement très superficiels.

CHACUN POUR SOI…

Je pense qu'ils n'ont pas totalement tort. Avant de faire partie de la diaspora, moi aussi j'étais au bled. Depuis que je suis dans la diaspora, je constate que l'organisation est un handicap pratiquement insurmontable. D'abord, il faut reconnaître qu'il existe des diasporas bien compartimentées et bien étanche au lieu d'une diaspora homogène comme on a tendance à le penser.


Il y a un premier groupe de personnes qui se sont pratiquement ghettorisée. Ils sont venus en France avec des objectifs bien précis. Ces objectifs sont parfois chiffrés et ils veulent les atteindre. On retrouve aussi dans ce groupe toutes les personnes en situation irrégulière et généralement précaire. On peut mettre aussi volontiers dans cette catégorie, ceux que j'appellerai des recalés. Il s'agit des personnes qui sont là depuis au moins 30 ans. Ils étaient venus aussi avec des objectifs. Aujourd'hui, ils n'attendent plus que la mort. Ils écument souvent les débits de boisson où ils tentent de parler de leur pays d'origine où ils ne se rappellent plus de rien. Ils parlent aussi de la France qui les a accueilli avec des informations parfois très approximatives.
Le second groupe est formé de ceux que nous nommerons des intellectuels. Ils sont bardés de diplômes. Ils fourmillent de projets, justifient des formations très pointues et d'un réseau de relations respectable. Ils sont enseignants ou hauts cadres. Ils se retrouvent souvent entre eux dans des grands fora. Comme le premier groupe, ces personnes vivent aussi une sorte de réclusion mais pas pour les mêmes raisons.
Le dernier groupe est composé de ceux qu'on peut nommer les activistes. Ils sont animateurs d'associations, de réseaux et autres. Ils sont parfois très informés et sur tout. Mais ils traînent comme un boulet, tous les défauts des autodidactes. Leurs réunions sont interminables parce que constamment ponctuées de péroraisons sans fin. Les gens prennent la parole pour dire en d'autres termes ce que vient de dire leur voisin. D'autres, pourtant complètement hors sujet, tiennent néanmoins à faire étalage de leurs connaissances dans un domaine étranger au thème de la réunion. Très souvent des conflits de personnes émergent et paralysent les travaux. Dans cette partie de la diaspora, chaque membre est une tête de pont qui revendique un leadership et veut l'imposer aux autres. La multiplication des associations favorise l'émiettement des énergies.
L'autre contentieux également préjudiciable à l'Afrique est cette querelle qui a toujours opposé les descendants des esclaves habitants les îles et leurs frères restés en territoire africains. Les premiers accusent les seconds de les avoir vendu aux négriers. Ce contentieux avait été soigneusement monté par les négriers qui redoutaient le fait qu'un jour, les esclaves et leurs cousins restés en Afrique puissent ensemble repérer leur vrai bourreau. Ainsi une cérémonie était organisée à la descente du bateau de négrier au cours de laquelle le prêtre officiant disait à l'esclave que s'il est là, c'est parce que son frère resté en Afrique l'a vendu. Six siècles après, cette manipulation continue de faire son effet et d'opposer les descendants d'esclaves et leurs cousins d'Afrique. C'est dire que même les noirs des îles ont aussi un contentieux à vider avec le bled.

Par Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"

mercredi 29 août 2007

QUAND L'OCCIDENT DEGAINE MEDIATIQUEMENT CONTRE LA CHINE



La guerre que mène l'occident à la Chine sur le plan économique semble avoir pris une tournure dramatique. On pense que désormais, tout peut arriver.

"Attention aux risques liés aux aliments chinois". Ainsi titre le site d'information Yahoo, reprenant une dépêche de l'AFP. Evoquant une étude commandée par le magazine Expansion, l'agence de presse annonce "qu'après les jouets et les tubes de dentifrices, c'est au tour des aliments en provenance de Chine qui présentent des risques graves de santé". Et de décliner la liste macabre qui fait frémir : "Colorants interdits découverts dans des sauces ou dans des gâteaux de riz, moisissures cancérigènes sur des fruits secs, résidus d'antibiotiques dans des lots de miel et de poissons, traces de mercure sur des anguilles ou encore stocks de nouilles incluant des composants génétiquement modifiés... la liste des ingrédients impropres à la consommation est longue, relève le magazine. Les ustensiles de cuisine en provenance de Chine détiennent eux aussi leurs lots de produits insalubres, puisque l'on retrouve sur divers articles des traces de nickel, de manganèse ou de chrome susceptibles de contaminer les aliments". Pour pas que les accusations ne soient sans fondement, l'AFP donne la parole à Christophe Zimmermann de l'organisation mondiale des douanes qui affirme que "sur les 2 millions de produits alimentaires contrefaits recensés dans le monde en 2006, entre 16 et 20% venaient de Chine". D'autres statistiques révèlent que "sur 924 produits dangereux recensés en 2006 par la commission européenne, 440 cas incriminés venaient de Chine, 21% des produits étaient d'origine européenne (19 pour la France, 42 pour l'Allemagne, 38 pour l'Italie, 14 pour la Pologne, 15 pour l'Espagne)"
Dans quelques heures, cette semence épandue par les agences de presse à travers le vaste réseau planétaire, fleurira dans plusieurs medias occidentaux sous des titres plus ou moins apocalyptiques, tentant ainsi de dresser l'opinion publique internationale contre le diable chinois. Loin de moins l'idée de soutenir ou de chercher à comprendre l'action des criminels qui, poussées par l'appât du gain, se permettent de servir des produits dangereux aux populations. Mais à y regarder de près, les choses ne seraient pas aussi simples.
On pouvait se douter de quelque chose. A savoir que, lorsqu'elle se sentira sérieusement menacée sur le champ économique par la Chine comme c'est le cas actuellement, l'occident fera recours, en attendant la provocation armée, à des méthodes éculées de la désinformation et de la manipulation des masses par les médias. Le fait pour les médias et les officiels occidentaux de tenter un dénigrement des produits chinois n'est vraiment pas nouveau. Ce qui est nouveau c'est le caractère presque synchronisé et gradué de la méthode désormais adoptée par l'occident pour combattre son concurrent chinois. C'est la manipulation grise. On part toujours des faits vraisemblable pour bâtir des fantasmes grossiers.
En effet, depuis qu'un certain nombre de classements plus ou moins sérieux ont placé la Chine au second rang mondial des exportations après les Etats-Unis et quatrième rang mondial pour l'industrie manufacturière, l'occident des officiels ne contient plus sa panique. Et elle est même passée à l'action. Sous le couvert du conflit du Darfour stéréotypé comme opposant d'un coté le méchant arabe soutenu par la Chine et de l'autre les pauvres noirs voués à un génocide certain, des groupes se sont organisés en occident pour appeler au boycott des jeux olympiques de Pékin. Et pour en rajouter à l'amalgame, les autres soutiennent que la Chine est la dernière dictature du monde. Les écologistes s'en mêlent aussi parfois pour dire que les chinois maltraitent les chiens ou encore qu'ils exterminent les baleines.
Concomitamment à cette action sur les jeux olympiques, d'autres groupes ont imaginé la diabolisation de l'origine chinoise des produits question d'effrayer les consommateurs et de les détourner des produits "made in china". Ces actions visibles viennent s'ajouter à d'autres actions de déstabilisation moins visibles qui relèvent de la pure guerre économique et dont les champs de bataille sont les principales places financières. Ainsi, les tentatives de déstabiliser le marché financier chinois se sont plutôt retournées vers les Etats-Unis où le secteur de l'immobilier a connu un mini crash dont l'onde de choc a atteint certaines banques en Europe. Pendant ce temps, la Chine, principale cible, continue de caracoler au sommet du hit parade économique. Provoquant plus encore l'ire de ses concurrents occidentaux.

D'Où VIENT LA CHINE?
Lorsque le commun de l'occidental parle de la Chine, c'est toujours avec une pointe de raillerie. Les produits d'origine chinoise sont nommés avec condescendance "chinoiseries" et le chinois est un plagiaire potentiel. On voit là l'influence des thèses particulièrement racistes d'Ernest Renan par exemple qui parla des Chinois comme la race des ouvriers sans aucun honneur.
Et pourtant, la Chine est un pays qui vient du fond des âges et qui semble avoir traversé toutes les étapes de sa maturité. En effet, "la Chine connut son unité entre 221 et 206 avant jésus Christ sous la dynastie de Qin, le premier empereur qui mit sur pieds un empire centralisé et unifié culturellement : l'écriture est standardisé ainsi que les poids, les mesures et monnaie". Qin Shi Huangdi est aussi entré dans la postérité en achevant la construction de la grande muraille. En 105 avant Jésus Christ, les Chinois inventent le papier.
Mais la Chine d'aujourd'hui, celle qui s'est enfin éveillé comme l'avait pressenti Napoléon Bonaparte, plonge ses racines dans la vaste révolution culturelle initiée dans les année 20 par Sun Yat Sen et accomplie de main de maître dans les années 40 et 50 par Mao Tsé Toung. C'est dans cette révolution que la Chine a implanté les fondations sur lesquelles elle a bâti son modèle économique. Un modèle qui est aujourd'hui un vrai mystère, un vrai serpent de mer dans la gueule duquel viennent se perdre toutes les recherches des plus célèbres économistes occidentaux. Ils parlent ainsi tantôt du communisme de marché ou encore du capitalisme rouge. Mais l'universitaire Qu Xing préfère parler, avec une pointe de fierté, du socialisme aux couleurs de la Chine. Au contraire du Japon par exemple qui avait évolué dans le sillage de la civilisation occidentale et qui était de ce fait maîtrisable, la Chine échappe à toute analyse.
En fait, c'est par son cynisme et sa cupidité que l'Occident a généré la Chine. On peut dire que l'Occident a fabriqué les pauvres et la Chine les a ciblés dans son modèle. C'est parce que les méthodes criminelles de la Banque Mondiale et du fonds Monétaire International ont appauvri les populations du reste du monde, créant des inégalités criardes, que le modèle économique chinois s'est installé et a fini par conquérir le monde. Ce modèle repose essentiellement sur le law cost. déjà pratiqué dans le modèle occidental pour cibler les segments de marché formé de personnes à revenu faible.
La Chine propose des produits de très faible durée de vie à un prix très faible. Le consommateur qui a aussi un revenu très faible est ainsi obligé de s'abonner aux produits chinois parce qu'il n'arrivera jamais à épargner suffisamment d'argent pour s'offrir le produit d'origine occidental et sensé avoir une durée de vie plus longue. Si l'occident fabriquait une paire de chaussure vendue à 120 euros et pouvant mettre 5 ans. La Chine propose la copie conforme de cette même chaussure fabriqué avec de la matière moins résistante pouvant durer six mois et vendu à 10 euro. Au bout de cinq ans, celui qui a choisi le modèle chinois aura acheté 10 paires de chaussure pour 100 euros. Il aura au final économisé 20 euros par rapport à celui qui a choisi le modèle occidental. En plus, il gagne à apparaître durant toute cette période avec plusieurs paires de chaussure parfois de modèles différents, à la différence de l'autre qui souffrira de la monotonie d'une seule paire de chaussure. Ce modèle s'approche d'un autre modèle pratiqué en occident et qui consiste à proposer des appareils à utilisation unique.
Voilà le fond du différend qui oppose aujourd'hui l'Occident à la Chine. Mais au lieu de poser clairement le problème, les stratèges occidentaux veulent passer par des subterfuges tendant à démontrer aux populations que la Chine est le nouveau diable contre lequel ils veulent les protéger. Et c'est là où se situe un amalgame insupportable.


UN AMALGAME INSUPPORTABLE :

La Chine en tant que pays et l'origine chinoise des produits incriminés sont deux choses bien différentes. Et pourtant, les accusations de l'occident réussissent à faire tenir les deux concepts dans une même et seule réalité.
La Chine est un pays qui, par ses mesures incitatives, a réussi à attirer les investisseurs du monde entier et à devenir ainsi une sorte "d'usine du monde". Ce pays est aussi attractif pour les investisseurs grâce à sa main d'œuvre bon marché. Avant la Chine, il y a eu le Japon, il y a eu les dragons d'Asie du sud Est, il y a Dubaï. Mais tous étaient sous le contrôle des puissances occidentales qui pouvaient à tout moment dicter leurs desiderata au gouvernement et faire faire leur volonté. Mais tel n'est pas le cas de la Chine qui s'autonomise.
Les produits "made in china" sont des marchandises fabriquées en Chine en majorité par les multinationales souvent d'origine occidentale qui ont été obligées de délocaliser dans l'empire du milieu. Bien entendu, beaucoup de produits sont aussi fabriqués par des entreprises chinoises à 100%.
Ceci dit, les produits dangereux en provenance de la Chine pouvaient bien être le fait des multinationales puisqu'on a vu que même des entreprises installées en Europe font de la contrefaçon et que la part des exportations européennes, japonaises et américaines représente près de 11% des exportations totales de la Chine. Ces produits pouvaient aussi être le fait des entreprises chinoises ou encore des réseaux de trafiquants.
Mais en visant la Chine dans l'oubli total des autres possibilités, les accusations occidentales fortement relayées par les médias veulent atteindre l'image de l'a Chine en tant qu'Etat à travers le scandale des produits dangereux. Si les accusations avaient voulu pousser l'analyse plus loin, elles l'auraient fait et nous auraient donné plus d'informations sur la nature réelle des mises en cause.
Pour comprendre le niveau de manipulation dans cette affaire, il faut prendre un autre scandale. Celui des déchets toxiques déversés à Abidjan visiblement dans le but de provoquer un soulèvement et renverser le régime de Laurent Gbagbo. Dans ce cas précis, aucun média ne s'était préoccupé de l'origine des produits toxiques, se contentant juste de dire qu'ils ont été transportés par un bateau prénommé "Probo-Koala" battant pavillon Panaméen. Par contre tous les médias insistaient sur la corruption du régime Gbagbo qui aurait favorisé une telle opération et une pancarte portée par un manifestant, probablement manipulé en disait long sur les visées des commanditaires de l'acte : "Nos dirigeants ont sacrifié le peuple sous l'autel de leurs intérêts en leur servant des produits toxiques". Il faudra lire entre les lignes des articles pour comprendre que l'affréteur du navire est "Trafigura Beheer" dont le siège est aux Pays Bas.
C'est ce traitement de deux poids deux mesures que l'ont peut dénoncer et comprendre que dans la guerre économique qu'elle livre légitimement à la Chine, devenue un concurrent sérieux, l'occident manque de fair-play et procède par manipulation pour faire gagner les populations à sa cause notamment en utilisant la peur et même la mort.
Ce faisant, l'occident me fait penser à un scénario du célèbre comédien camerounais Otsama Morbitsié. Il présente deux hommes politiques au cours d'une campagne électorale. Le premier est très brillant et très séduisant. Il maîtrise son sujet et soulève les foules quand il parle. Cela ne fait aucun doute qu'il passera comme une lettre à la poste. Quant au second, il est plutôt falot, incapable de s'exprimer devant un public. Mais lorsqu'il prend la parole il dit ceci : "Mon adversaire est très brillant. Je constate qu'il vous a déjà conquis. Mais sachez seulement qu'il a le Sida. Donc, si vous lui confiez le mandat, il mourra avant d'avoir atteint les objectifs qu'il fixe. A vous donc de choisir", avait-il conclu.
Pour éliminer un concurrent, l'occident a recours à des méthodes qui firent des ravages dans le passé mais qui aujourd'hui heureusement n'emballent plus personne.

QUE LES TEMPS ONT CHANGE!

Les spécialistes occidentaux de la désinformation et de la manipulation devraient sérieusement réviser leurs méthodes pour s'adapter au nouveau monde du tout communication. Ils devraient comprendre qu'aujourd'hui, les grands médias n'informent plus exclusivement. Et que dans la formation de l'opinion publique, ces médias ont été relégué au second plan. Ils servent simplement de complément d'information à un public de plus en plus informé par d'autres médias plus citoyen et plus de proximité comme Internet ou le téléphone portable.
Par le passé, la tactique était simple. Les services de renseignement occidentaux manipulaient les médias qui à leur tour manipulaient l'opinion publique dans le but de provoquer un soulèvement populaire dans le pays ciblé et obtenir la caution de l'opinion publique occidentale. Ceci aboutissait très souvent au coup d'Etat en vue du remplacement d'u régime insoumis. Ceci a donné les vrais faux charniers de Timisoara en Roumanie qui contribuèrent à l'exécution de Nicolae Chaucescu. Ou la vraie fausse chair humaine révélée dans les congélateurs de Bokassa à Berengo par les militaires français, ce qui a permis le renversement de l'empereur bouffon Jean Bedel Bokassa. Ou encore plus récemment les vraies fausses armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein et qui permirent l'envahissement de l'Irak par l'armée américaine et finalement la pendaison de Saddam Hussein.
Il y a quelques semaines, certains pays occidentaux en tête desquels les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont tenté d'instrumentaliser le sommet de la Sadc en vue d'obtenir la mise en quarantaine du président zimbabwéen Robert Mugabe. Auparavant, une campagne médiatique particulièrement pernicieuse tendait à lui faire porter la responsabilité de la ruine du pays où la même campagne annonce le chiffre démentiel de 5000% d'inflation. Mais au lieu des sifflets comme l'espéraient les occidentaux, Mugabe a plutôt eu droit à une sorte de standing ovation de la part de ses pairs. C'est parce qu'ils savent que, bien que Mugabe soit un despote qui a depuis dévié de sa trajectoire de libérateur, les raisons présentées officiellement par les occidentaux pour réclamer sa tête, à savoir qu'il fait souffrir son peuple, ne sont pas suffisantes. Bien d'autres chefs d'Etat infligent des pires souffrances à leurs peuples et pourtant les mêmes pays qui s'acharnent sur Mugabe leur déroulent le tapis rouge.
Toutes les actions de désinformation visent à conditionner le peuple et obtenir sa caution pour la conduite des opérations dont seuls les dirigeants politiques et la nomenklatura proche sont les principaux bénéficiaires.
Pour revenir sur le cas chinois, une évaluation de la campagne de manipulation de l'opinion publique est faible sur le site : fr.answers.yahoo.com où cette question fortement suggestive est posée aux internautes : "Après tout (sic) les produits dangereux exporter (sic) par la Chine, continuez-vous à acheter chinois?" Répondez à cette question sur yahoo! Dans les réponses, beaucoup vont dans le sens voulu par les initiateurs du sondage. A savoir qu'il faut bannir les produits chinois parce qu'ils sont essentiellement dangereux.
A travers ces quelques exemples, on entrevoit le danger qui guette la société occidentale où on assiste à un net recul de la démocratie. Si la démocratie dans sa représentation scénique est toujours perceptible au travers des institutions, les libertés individuelles et collectives, gages de la démocratie à la base, reculent dangereusement. Chaque jour, les dirigeants politiques inventent des scénarios toujours plus apocalyptiques pour confisquer les libertés des citoyens et renforcer leurs propres pouvoirs. Ainsi, pour aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui en occident prétendent répandre la démocratie dans les sociétés non "civilisées" vendent en fait un bien qu'ils ne possèdent plus.
De loin, on pense que les peuples de l'occident sont celles qui ont le plus approché la liberté. Mais de plus près on constate que ce sont des peuples en passe de devenir ceux les plus manipulés et même les plus conditionnés de la terre. Tous les moyens modernes de communication sont mis en œuvre pour occuper ce peuple au point de ne lui laisser aucun moment de lucidité. Je pense que les civilisations rentrent dans leur phase de décadence lorsque les peuples, pris dans la spirale de la manipulation, ne sont plus en mesure ou n'ont plus la lucidité de contrôler et sanctionner les actes de leurs dirigeants. Lesquels peuvent se permettre toutes les folies jusqu'à ce que un jour, sans qu'on sache comment, tout s'écroule.

Par Etienne de Tayo
Promoteur du réseau de journalistes pour l'intégrité en Afrique "Afrique Intègre"

samedi 25 août 2007

DISCOURS : ET SI NICOLAS SARKOZY NE S'ADRESSAIT PAS AUX AFRICAINS?




Le discours du président français Nicolas Sarkozy continue près d'un mois après sa délivrance de faire des vagues dans la communauté des Africains. Chacun y allant de ses capacités et de son talent. Mais que de questions en suspens à ce jour!

Ce discours était-il un discours de rupture par rapport à ceux de ses prédécesseurs? Ce discours marque t-il la rupture par rapport à ce que seront désormais les relations entre la France et l'Afrique? Malgré le contexte géographique du prononcé de ce discours, Nicolas Sarkozy s'adressait-il en priorité aux Africains? Et qu'est ce que les Africains étaient en droit d'attendre du discours du président français?
L'intérêt qu'a suscité et suscite encore le discours du chef de l'Etat français chez les Africains éveille chez moi un sentiment à la fois de satisfaction mais aussi de profonde inquiétude. La satisfaction parce qu'il montre le niveau de prise de conscience des Africains par rapport au destin de leur continent. Satisfaction parce que ce discours vient enfin donner du grain à moudre à l'intelligentsia africaine. Satisfaction parce qu'au travers de certaines de ces réactions les intellectuels démontent point par point les pièges de renforcement de clichés dissimulés dans ce discours, donnant ainsi du répondant au président français. Je pense ainsi à Achille Mbembé qui le premier démontre que ce discours n'est qu'une "série de menaces et d'injonctions bien dissimulés dans des basses flatteries et l'évocation des thèmes chères aux Africains".
Mais inquiétude parce qu'il transparaît dans beaucoup de réactions, le malheureux postulat qui voudrait que le destin de l'Afrique dépendent non point de la volonté affirmée de ses fils mais du bon vouloir des personnes extérieures à l'Afrique. Ce que je dénonçais déjà dans mon ouvrage coup de gueule au G8 : "Pour la Dignité de l'Afrique, laissez-nous crever". J'ai bien peur que la réaction plus que enflammée de certaines personnes soit à la mesure de la déception par rapport aux attentes qu'elles avaient placées en l'arrivée de Sarkozy en France. C'est le propre même de l'extraversion intellectuel qui habite encore beaucoup d'Africain malheureusement. Voici le problème. Nicolas Sarkozy, sous la plume de Henri Guaino, a réussi à semer la confusion et même la pagaille dans les rangs des Africains en surfant sur des lieux communs presque éculés mais aussi en évoquant des thèmes fondateurs de la renaissance africaine. C'est la responsabilité des intellectuels africains d'éclairer la lanterne de leurs compatriotes. C'est une mission et ils doivent l'assumer, non pas avec le cœur et l'émotion mais avec la raison et la froideur.

L'IMPOSSIBLE RUPTURE

J'ai l'impression que lorsque beaucoup ont entendu rupture ils l'ont assimilé à la révision des relation France Afrique en faveur de l'Afrique. Je pense qu'à l'image des économies africaines, beaucoup d'Africains sont aussi extravertis dans leur façon de concevoir le développement de l'Afrique. Le discours de Sarkozy à Dakar était un discours de rupture par rapport à l'hypocrisie de ses prédécesseurs. Mais ce discours n'annonçait nullement la rupture par rapport à ce que devraient désormais être les relations entre la France et l'Afrique. Sarkozy, malgré sa volonté de rupture est bien allé à Dakar et à Libreville. Dans la capitale de l'AOF et à coté de la capitale de l'AEF. Il l'a fait parce qu'il a dû se rendre compte que changer les codes de conduite de la politique africaine de la France était aussi délicat que changer les codes du déclenchement de la force dissuasive par exemple. C'est pourquoi il n'a pas résisté à la tentation de suivre les lignes tracées par Foccart et les autres.
En Afrique et même en dehors, beaucoup continuent malheureusement à penser que l'Afrique ne se développera que grâce à l'aide que lui apporteront les pays dits développés dans le cadre du cirque que produit chaque mois de juin les dirigeants du G8. Dans un exercice paradoxal, beaucoup attendent le père noël qui viendra d'un pays du Nord, qui sera évidemment blanc et jamais noir. Sinon, qu'on m'explique pourquoi le discours de Nicolas Sarkozy, qui a eu le courage et même le culot de dire que la France n'a rien à attendre de l'Afrique, aurait plus d'intérêt pour les Africains que le discours de l'actuel président de l'union africaine le Ghanéen John Kofi Agyekum Kufuor ou le président de la commission de l'union africaine Alpha Omar Konaré par exemple. Deux personnalités qui ne manquent pourtant pas de crédibilité et d'audace. Parce que l'union africaine n'est à ce jour qu'un syndicat de dictateurs sans ambition pour leurs pays et leur continent, me diriez-vous. Soit, mais permettez-moi de dire que ce n'est pas suffisant comme explication.
Je pense qu'en se comportant ainsi, nous traduisons une curieuse réalité qui voudrait que la parole d'un blanc, d'un occidental, soit toujours plus importante que celle d'un africain, fut-il chef d'Etat ou même un leader d'opinion qu'on s'est librement choisi. C'est ce que le professeur Théophile Obenga traduit dans ces propos dans une interview accordée à Afrik.com : "Malheureusement en Afrique, au Congo en particulier, lorsqu’une personne donne son avis sur une situation, même s’il est bon, il sera toujours moins considéré que celui d’un Occidental". Je pense que la déception des uns et des autres est à la mesure des attentes qu'ils avaient placées en la France comme partenaire pour le développement de l'Afrique. Et j'en veux pour preuve, une ou deux curiosités.
Avant le second tour de la présidentielle française, j'ai reçu aussi bien des journalistes que d'Africains ordinaires cette question à mon sens saugrenue : "Entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, lequel est bien pour l'Afrique et les Africains". Je répondais systématiquement : aucun. Parce que, pour moi, le destin de l'Afrique n'est pas d'attendre son bonheur des non Africains. Parce qu'on ne brigue pas la magistrature suprême en France pour "être bien" avec les Africains. C'est la naïveté et rien d'autre qui peut nous amener à croire qu'un chef de l'Etat français peut placer les intérêts de l'Afrique au dessus de ceux de la France. On devient président en France pour défendre les intérêts de la France, ceux de l'Europe et ceux de l'occident en général y compris contre l'Afrique. Or à ce jour, l'influence de la France a constamment reculé en Afrique au profit des pays anglo-saxonnes et de la Chine.
Et si la France recule en Afrique aujourd'hui, elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même. Sans raison profonde, la France officielle s'est laissé doubler par la France officieuse des réseaux maffieux et par moment se confondait même à elle. Cela fait plus de 10 siècles que le destin de l'Afrique a rencontré celui de l'Europe. De cette cohabitation, l'Afrique a donné au point de donner ce qu'on ne doit pas donner dans une relation. Mais en retour, elle n'a tiré que misère, larmes et aliénation culturelle. Ironie du sort, même la France et d'ailleurs l'Europe qui croyait avoir tiré meilleure partie de cette relation se trouve aujourd'hui bien désillusionné. Elle est désormais confrontée à la concurrence féroce des nations émergentes et singulièrement de la Chine.
Inquiétude aussi parce que la sortie de Nicolas Sarkozy a installé beaucoup d'Africains dans une saison des réactions qui risque être longue et parfois stérile. D'ici je vois la déception ceux qui s'attendaient à voir le président sud africain Thabo Mbeki servir une volée de bois vert à Nicolas Sarkozy. Et pourtant rien, absolument rien ne doit nous amener à évoluer absolument dans le même registre que les autres. Même ceux qui nous dominent ou croient le faire. Comment peut-on être équilibré et penser que Thabo Mbeki, dans sa réaction, évoluera dans le même registre que Achille Mbembé ou Mamadou Coulibaly ou encore le collectif des écrivains africains par exemple. Il faut savoir rester digne par rapport à sa stature et c'est la dignité qui conduit à garder la hauteur face à la bassesse. La réaction de Thabo Mbeki était à la dimension de l'Homme qui a succédé à Nelson Mandela. Elle était à la dimension de ce que représente l'Afrique du Sud aujourd'hui pour l'Afrique. C'est-à-dire un germoir de la renaissance africaine. Et je respecte cette réaction pour cela.
Lorsque je me suis étonné face à cette sublimation de la réaction pour la réaction quelqu'un m'a répondu qu'il faut qu'on montre aux occidentaux qu'on ne peut plus se frotter à l'Afrique sans se faire piquer. Et il a pris l'exemple des arabes qui réagissent toujours en masse lorsqu'ils sont attaqués en brûlant les drapeaux des pays occidentaux. Je lui ai dit que je n'avais pas exactement la même conception de la gestion des rapports avec l'autre. Et je lui ai fait comprendre que c'est sûrement à cause de leurs réactions épidermiques que les arabes n'effraient plus personne. Et que George Bush peut se permettre de déstabiliser le monde arabe et même de le coloniser. On sait que c'est un chien qui aboie beaucoup mais qui ne mord pas. Et c'est grave lorsqu'on est perçu comme çà par les autres.
Lorsque vous êtes en conflit avec quelqu'un et que vous lui lancer : "je n'ai pas peur de vous". C'est la peur justement qui vous pousse à tenir de tels propos. Celui qui n'a peur ne dit rien ou dit juste l'essentiel de ce qu'il faut dire. Et c'est par cette attitude qu'il déstabilise son adversaire. Et pour avoir un cas pratique de ce que je développe ci-dessus, il faut visiter les relations entre la Chine et l'Occident, entre les Chinois et les occidentaux.

LA LECON CHINOISE!

Je souhaite que dans la relation qu'elle entretient aujourd'hui avec la Chine, l'Afrique ne fasse pas seulement les affaires. Elle a beaucoup à apprendre l'empire du milieu par rapport à la gestion de ses relations avec l'occident. Jamais peuple n'a été aussi insulté et ridiculisé comme les Chinois l'ont été par les occidentaux. Souvenez-vous des propos de l'académicien français Ernest Renan : "La nature a fait la race d'ouvriers. C'est la race chinoise, d'une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d'honneur". Jusqu'à une date très récente, tout ce qui venait de Chine était traité de chinoiseries et regardé avec un certain dédain. Les Chinois ont encaissé mais se sont courbés pour travailler. Ils ont pris en occident, le savoir faire indéniable et lui ont insufflé le substrat culturel propre à la Chine, ce que M. Qu Xing, intellectuel chinois en poste à Paris décrit en ces termes : "Le modèle économique chinois, c'est le socialisme aux couleurs de la Chine". S'appropriant le rôle que Renan a voulu leur attribuer, la Chine est devenue la plus grande usine du monde. Elle a ainsi réussi à faire de ce que les autres prenaient pour sa faiblesse, sa principale force.
Désormais, l'occident redoute la Chine, bien sûr parce qu'elle est la première puissance à s'être développée en dehors des canons de la civilisation occidentale, en dehors du paradigme établi depuis la civilisation gréco-romaine, mais aussi parce qu'elle ne sait même pas ce que les Chinois pensent de tout le mal qu'elle a dit d'elle. Et quand on ne répond pas à l'agression, on est plus redouté. C'est la dialectique de la poule, du canard et de l'épervier.
Aujourd'hui, beaucoup de Français, compatriotes de Ernest Renan, se sont mis à l'apprentissage de la langue chinoise pour pas que le nouveau monde paré aux couleurs de la Chine les laisse sur le bord du chemin. Pour conquérir le monde comme elle est en train de faire, la Chine n'a pas eu besoin de réagir chaque fois pour corriger l'image que l'occident donnait et continue d'ailleurs de donner d'elle. L'Europe officielle des Etats et l'Europe des institutions peuvent continuer à développer leurs discours méprisants et orchestrer des campagnes médiatiques de dénigrement contre la Chine. Mais l'Europe des affaires et celle du réalisme sait que la Chine est un partenaire qu'il faut respecter et traiter avec des égards

QUELLE JEUNESSE?

Mon inquiétude est d'autant plus grande que les réactions africaines suite au discours de Sarkozy se feront au détriment de l'action nécessaire qui attend chaque africain aujourd'hui et qui heureusement est depuis quelques années sérieusement entreprise par certains milieux panafricanistes. Et si ce discours avait pour but de troubler cette lancée? En tout état de cause, j'ai toujours pensé qu'il faut être capable à chaque fois de tirer le bien du mal. Car, au-delà des poncifs qui émaillent ce discours et qui peuvent choquer et choquent d'ailleurs, le discours du président français recèle un certain nombre de thèmes libérateurs pour l'Afrique. Vous me direz qu'il s'agit juste des édulcorants destinés à faire avaler la pilule. Vous me direz qu'il a volé ces thèmes chers aux Africains pour tenter de se faire accepter d'eux. Mais il l'a dit et c'est le plus important pour moi. Nous devons maintenant profiter de son statut d'icône médiatique pour mieux diffuser ces thèmes. En fait, de quoi a besoin l'Africain et plus principalement la jeunesse africaine aujourd'hui? De l'assurance en lui-même; de la prise de conscience; du goût de l'aventure et même du risque; du goût du travail; du patriotisme; de l'aspiration à la liberté.
Or que constate t-on sur le continent aujourd'hui de la part de cette jeunesse africaine? La corruption, la démission, la collaboration, la trahison… Partout, les jeunes, heureusement pas leur écrasante majorité, par leur action et surtout mues par la corruption, contribuent à maintenir les régimes dictatoriaux en place. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, les jeunes soutiennent et envoient des criminels à col blanc dans les assemblées nationales. Cette même jeunesse est par ailleurs presque décimée par la maladie et la misère généralisée. Je crois qu'il ne serait pas exagéré de dire que la jeunesse africaine est en train de se suicider dans un jeu de sadomasochisme extraordinaire. Si la jeunesse africaine veut se débarrasser des régimes dictatoriaux et même de la Françafrique, qui est parfois démesurément grossi pour les besoins de la cause, aucune arme et aucune répression ne peut les en empêcher. On le voit chaque jour en Côte d'Ivoire où les jeunes patriotes contribuent à démystifier la Françafrique et ses tentacules imaginaires. Mais face à cette mission impérieuse, cette jeunesse a choisi la démission. Et pour s'adresser à sa partie gangrenée, a-t-on vraiment besoin de porter les gangs? On peut en toute légitimité demander à Sarkozy : "De quoi je me mêle". Mais s'employer réellement à laver le linge sale en famille.
Théophile Obenga, aujourd'hui l'intellectuel le plus capé d'Afrique, vient de commettre un ouvrage intitulé : "Appel a la Jeunesse Africaine "Contrat Social Africain pour le 21eme Siècle". Dans ce véritable testament avant la lettre, le compagnon de Cheikh Anta Diop voudrait comprendre le pourquoi du "malheur qui frappe principalement la jeunesse africaine". Bien qu'il situe les causes de ce malheur dans le "mariage désastreux" qui a eu lieu entre l'Afrique et l'occident depuis bientôt 10 siècles, il reconnaît que la jeunesse africaine d'aujourd'hui porte une grande partie de responsabilité. Et lorsqu'on a fait l'analyse sur le problème de l'Afrique jusqu'à un niveau, on ne peut parvenir qu'à une telle conclusion.
Je souhaite donc qu'un débat constructif soit mené autour des propositions faites par le professeur Obenga et que les intellectuels africains y consacrent aussi des tribunes afin de parvenir à la prise de conscience collective nécessaire à la renaissance africaine. Je souhaite aussi qu'on comprenne qu'au-delà du discoures de Sarkozy, c'est des régiments entiers qui sont en train d'être mis en place pour des guerre futures qui seront parfois plus dévastatrices et qui n'auront pas toujours la couleur des autres guerres connues jusqu'ici. C'est aussi le devoir des intellectuels d'attirer l'attention sur cet état de chose. Sinon, dans ce spectacle planétaire, nous serons là à regarder les saltinbanques alors que les vrais artistes et le vrai spectacle sera ailleurs.

AU DELA DU DISCOURS

A Dakar, Nicolas Sarkozy était au front parce qu'au 21e siècle, la guerre ne se fera plus avec les armes conventionnelles que nous connaissons mais avec les mots, avec la rhétorique. Après la guerre froide, le monde est résolument entré dans une phase de guerre tiède qui se réchauffe de temps en temps par endroit, comme actuellement en Irak. Officiellement, elle oppose les Etats-Unis et ses alliés à ce qu'ils appellent les Etats voyous qui font la promotion du terrorisme. Mais en réalité, elle oppose l'occident et son modèle de développement aux autres Etats qui proposent autre chose. Pays émergents contre pays développés. La Chine contre les Etats-Unis. Avec en embuscade, la Russie qui attend compter les coups et si possible se saisir de maître Aliboron.
Le président français était au front africain non pas seulement en tant que président français mais comme leader en devenir d'une Europe pacifiée qui veut reconquérir les positions perdues en Afrique. Le président français a été obligé de se hisser au niveau européen parce que, comme l'affirme le Général François Gonnet, "seule l'Europe à ce jour a la taille critique pour dialoguer avec l'Afrique. C'est donc dans le cadre d'un partenariat Euro-africain, qu'elle doit dynamiser, que la France doit et peut aujourd'hui continuer à jouer un rôle influent en Afrique".
Nicolas Sarkozy est venu à Dakar en dépositaire de la civilisation occidentale. Une civilisation qu'il croit flamboyante, dominante et référentielle. Lorsqu'il dit que l'Afrique n'est pas suffisamment entré dans l'histoire, je pense, peut-être en voulant rester naïf, qu'il veut dire que l'Afrique n'est pas suffisamment entré dans l'histoire de la civilisation occidentale parce que pour lui, c'est le modèle des modèles en dehors duquel point salut. Sinon, comment peut-on être lucide et dire que le berceau de l'humanité, le continent qui a vu naître "Toumaï" n'est pas suffisamment entré dans l'histoire alors qu'il est même à la base de cette histoire!
Nicolas Sarkozy est venu donc vendre le modèle de développement à l'occidentale à la jeunesse africaine afin de la préserver contre les sirènes des autres puissances émergentes. Et il suffit d'être juste un peu vigilent pour observer que, pour ce qui est de la Chine principalement, une campagne médiatique de dénigrement est depuis orchestrée contre l'empire du milieu et son ascension fulgurante.
Mais les choses ne sont pas aussi faciles comme elles le paraissent. Bien que Nicolas Sarkozy ait choisi de faire son discours en Afrique devant un auditoire de jeunes étudiants africains, rien n'indique qu'il s'adressait directement à cette jeunesse. Très souvent en communication, le récepteur n'est pas forcément le destinataire d'un message. En donnant l'impression de parler à la jeunesse africaine, Sarkozy s'adressait en réalité à ses partenaires européens dans la perspective du leadership au sein du vieux continent mais surtout s'adressait-il aux nouveaux prétendants sur le continent pour leur montrer ses muscles et tenter de les dissuader. Au sens du discours de Sarkozy, l'Afrique était plus un enjeu stratégique, une cible commerciale et marketing, qu'un partenaire.
Pour qu'elle vous accepte comme partenaire, il faut inquiéter l'occident au triple plan économique, culturel et militaire. Il faut s'élever au niveau de la Chine par exemple. Et ce respect, la Chine l'a conquis non pas dans les discours ou dans les réactions mais dans l'action. Or, jusqu'ici, l'Afrique n'a l'avantage dans aucun de ces domaines et ne peut par conséquent pas inquiéter l'occident.
Pour inquiéter l'Europe, il faut lui montrer qu'on peut se passer d'elle. Il faut lui montrer qu'on peut explorer d'autres voies que celles qu'elle nous propose et nous a toujours proposé. Il faut sur le plan agricole par exemple abandonner les cultures de rente dont on ne maîtrise pas la fixation des prix. Il faut produire ce qu'on peut consommer. Il faut cultiver le goût de l'aventure et du risque afin de s'approprier le monde. Il faut aspirer à la liberté pour se débarrasser des régimes dictatoriaux et ses tentacules françafricaines.
Toutefois, l'Afrique garde par rapport à l'Europe une force d'attraction considérable en raison de son statut de réservoir de matière première et même de la biodiversité. Si l'Afrique est une charogne c'est que l'occident est le charognard. L'Afrique peut donc, à juste titre et se fondant sur cet avantage qui tarde à être reconnu, revendiquer de ses partenaires qu'ils préservent leur dignité. Mais nous sommes dans un monde cynique où, ceux qui pensent le commander, le G8 en l'occurrence, le pauvre n'a aucune dignité. Et si d'aventure il pense qu'il en a une, ce ne serait qu'une maladie qu'il faudrait rapidement soigner. Or, malgré ses richesses, l'Afrique est toujours considéré comme un continent pauvre du point de vue des échanges économiques.
L'Afrique doit donc prendre conscience des atouts qui sont les siens pour ne plus raser les murs dans un monde où elle est en fait l'alpha et l'oméga.

Par Etienne de Tayo
Promoteur de "Afrique Intègre"
Sites visités :
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vendredi 17 août 2007

C'EST QUOI LE CO-DEVELOPPEMENT?






Il y a des concepts qui émergent souvent du débat sur le développement et finissent par emballer l'opinion, embrouiller les experts ou enfler la polémique sans pour autant amorcer un début de résolution du problème posé. Juste de quoi tromper les naïfs et continuer dans la même lancée comme si de rien n'était. Le système des Nations Unies est ainsi passé maître dans l'art d'inventer ces mots génériques.


Il en est ainsi des concepts tels sous-développement, développement durable, gouvernance, société de l'information. Dans la pratique, ce sont des expressions d'apparence généreuses mais qui servent plutôt, comme des commissions dans des systèmes bureaucratiques, à enterrer une problématique.
En France aujourd'hui, c'est le concept de co-développement qui fait courir autant les institutionnels que certaines organisations non gouvernementales. A l'origine, cette expression n'était pas du tout connotée. Elle pouvait même se permettre dans sa définition une certaine dimension généreuse. Il s'agissait pour ses géniteurs d'améliorer les termes de l'échange en achetant les produits des pays en développement à leur juste prix afin de permettre à ces pays d'enclencher leur développement grâce aux revenus substantiels générés par cette équité dans les échanges. A ce titre, l'expression était plus proche du commerce équitable par exemple.
En clair, il s'agit de promouvoir une certaine justice dans les échanges internationaux qui permettra à terme aux Etats du monde de se développer ensemble. Ce qui pour les puristes des questions du développement, avait déjà quelque chose de chimérique. Parce que, soutiennent-ils, le système international est une jungle dans laquelle les plus forts se nourrissent et se sont toujours nourris des plus faibles.
Dans un premier temps, l'expression co-développement est récupérée par la droite et même l'extrême droite française qui lui donne une première explication et lui fixe des objectifs. Il s'agit dans leur tête certes d'aider les pays en développement à se développer mais dans le but de retenir chez eux les vagues d'immigrés potentiels et de parvenir à un accord avec les migrants candidats au retour volontaire dans leur pays en leur attribuant une sorte de prime de retour. C'est dans ce cadre qu'a été mis sur pied en France le Groupe d'appui à la micro entreprise (Game), ainsi que le programme migrations et initiatives économiques (Pmie). D'un autre coté, les migrants qui disposent d'un réseau de relations en France devaient faire reposer sur ce réseau des projets de développement en direction de leurs pays d'origine.
Comme l'explique David Matis dans un article, "le GAME a été mis en place pour rédiger le guide "Se réinstaller et entreprendre au pays". Aujourd’hui, il réunit dix opérateurs spécialisés dans l’appui aux initiatives économiques des migrants. Le GAME est animé par le Programme Migrations et Initiatives Economiques (PMIE), auprès duquel chaque organisme soutient les dossiers de retour des migrants pour un financement. Cet appui est destiné aux personnes souhaitant rentrer au Mali, au Sénégal ou en Mauritanie et faisant appel au Programme de Développement Local Migration (PDLM). Les sommes accordées vont de 4000 euros pour le Sénégal et la Mauritanie, jusqu’à 7000 euros pour le Mali. Outre la subvention, un suivi de gestion est assuré pendant la première année d’installation par un opérateur local. Le PMIE offre une bourse d’étude de faisabilité qui va de 1300 euros (Sénégal et Mauritanie) à 1500 pour le Mali. Pour les autres pays, d’autres organismes partenaires du PMIE pourront aider les personnes à préparer leur projet en France et à trouver des contacts dans le pays d’accueil. Créé en 1996, le PMIE est soutenu par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité et par le ministère des Affaires étrangères. Il a permis à 600 migrants de se réinstaller et de créer leur entreprise. Et c’est l’OMI (Office des Migrations Internationales) devenu l'ANAEM (Agence Nationale pour l'Accueil des Etrangers et des Migrations) qui verse la subvention".
Dans un second temps, les penseurs du co-développement à la française ont jeté leur dévolu sur les transferts des migrants. Il s'agit des flux financiers des migrants en direction de leurs pays d'origine. Pour les organisateurs du séminaire "Midi de la micro finance Transferts des Migrants " c'est une vraie aubaine. Ils révèlent par exemple que "pour de nombreux pays africains, les transferts de fonds des émigrés sont devenus un enjeu socioéconomique déterminant. L’importance des flux financiers migrants se reflète à plusieurs niveaux et vise en priorité :
· à pallier aux faiblesses des ressources de la famille restée au pays, notamment pour faire face aux dépenses de consommation courante (75% du volume total des transferts),
· à contribuer indirectement au financement des infrastructures et aménagements de base sur le territoire d’origine (notamment garantir un accès à l’eau potable, à l’électricité)".
D'autres démarches sont faites auprès des agences de transfert des fonds pour obtenir des taux préférentiels au bénéfice des migrants. En 2003, le ministère français de l'intérieur par la voie de Nicolas Sarkozy en visite au Sénégal, envisagea d'ailleurs la création d'un organisme de transfert de fonds en direction du Sénégal avec pour objectif, d'exercer une certaine concurrence sur le leader du secteur l'américain Western Union dont les taux de commission étaient jugés prohibitifs. Mais les migrants y trouvaient plutôt une "proposition superflue" car disaient-ils, le réseau comprend déjà suffisamment d'établissement de transfert qu'il faut juste soutenir.

A MALIN, MALIN ET DEMI

Beaucoup d'espoirs étaient attachés à ces démarches qui étaient menées par les autorités françaises au plus haut niveau. Mais très vite, elles se rendront compte de leur inefficacité par rapport à l'objectif qui les tenait à cœur, à savoir, la décrue de l'immigration. Elles se sont rendues compte que beaucoup de bénéficiaires de l'aide au retour étaient revenu s'installer en France après un bref séjour dans leur pays d'origine.
De leur coté, échaudées par le rapprochement entre les concepts de co-développement et les concepts de l'immigration et même de l'identité nationale, les ONG panafricaines ont commencé à prendre leurs distance par rapport au co-développement et tous les bienfaits qui lui étaient attachés. Mieux, elles ont trouvé une nouvelle définition au concept. Selon elles, le co-développement signifie l'apport des migrants au développement de la France. Cet apport s'évaluant en terme de travail accompli et d'impôts divers payés en France. Un responsable d'ONG résume ainsi la question : "Il est prouvé aujourd'hui qu'un migrant renvoie l'équivalent d'un tiers de son revenu mensuel dans son pays d'origine. Le reste des deux tiers sont dépensés en France pour la consommation courante et le paiement des impôts. Qu'on me dise alors qui finance qui dans ce cas", s'interroge t-il.
Dans un retour de bâton magistral, beaucoup de responsables d'ONG africaines pensent d'ailleurs que, contrairement à l'idée répandue, c'est plutôt la France qui serait redevable à l'Afrique et aux migrants. Le terme co-développement perdra définitivement sa crédibilité aux yeux de certains africains lorsqu'il viendra comme édulcorant dans un cocktail proposé par le candidat Nicolas Sarkozy et comprenant déjà les termes immigration et identité nationale.
Aujourd'hui, le co-développement continue de mijoter dans la grande marmite qu'est le tout nouveau ministère de l'immigration de l'identité nationale et du co-développement. Autour du feu de Brice, attendent plusieurs partenaires dont curieusement certaines ONG qui étaient pourtant aux premières lignes des manifestations contre le ministère qu'a finalement hérité Brice Hortefeux. Tous, ils sont curieux de savoir ce qui en sortira. Certainement, de façon très parcimonieuse, on distribuera quelques aides pour quelques projets boiteux en Afrique en attendant que des personnes aux idées toujours originales trouvent d'autres concepts et qu'on remette le film à la fin du générique.

Etienne de Tayo
Promoteur "Afrique Intègre"

Sites visités :
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http://www.microfinance.lu/